Entre autres musiques (in)dispensables, le blog de Fabrice Vanoverberg, chroniqueur musical du mensuel belge RifRaf et des webzines français Octopus et Hartzine
L’histoire de Mai Lev débute dès ses quatorze ans, quelque part en terre de Galilée. A la tête d’un combo punk, elle parcourt les clubs de son Israël natal, en une épopée de jeunesse qui la guidera, crête bleutée rangée au placard des souvenirs, sur les traces de… Van Dyke Parks (et oui, monsieur, ils comptent jouer ensemble en 2010). Entretemps, la redécouverte de ses premières amours classiques et pop est passée par-là. Où ça? Du côté de Björk ou de Joanna Newsom – tendance Ys – pardi.
C’est qu’entre les comptines folk affûtées seule à la guitare (il en reste de séduisantes traces, notamment sur Give), la demoiselle a fait son chemin, il l’a menée vers un orchestre aux 25 musiciens. De leurs classieux arrangements, ils ont taillé un écrin soyeux, voire esthétisant, qui sied à merveille au timbre de soprano léger de Mai Lev. En dépit d’une ou deux touches exagérément smooth, voire d’une préciosité insuffisamment vagabonde, les chansons de la compatriote de Malka Spigel tiennent la route mélodique de belle façon. Parmi nos préférées, on citera les très touchantes To Me et Better (et son solo de violoncelle à fondre de bonheur), sans même parler du très guilleret Girlie Blue, ironique à souhait.
Précurseur du mondialement célèbre Kompakt, le label Profan de Wolfgang Voigt renait de ses cendres en ce début 2010. Intitulée Abweichung (Déviance), la nouvelle production du maître de maison Voigt augure, espérons-le, d’une renaissance définitive et enthousiaste. En prime – et c’est la seconde bonne nouvelle, le double CD Wolfgang Voigt – Werkschau jettera un autre regard rétrospectif sur la carrière du producteur de Cologne, deux ans après un Nah und Fern d’anthologie. Aux dernières infos, les feux de joie se multiplient aux quatre coins du dancefloor. Minimal.
C’était voici un peu plus d’un an, au moment de boucler notre Top 10 2008. Tout juste arrivé, un disque surgi de nulle part – le label norvégien +3dB, dont c’était la première sortie – imposait l’évidence de son free improv’ noise, mâtiné d’une musique de chambre à la désarmante spontanéité. A peine écouté, cet aujourd’hui incontournable IIIIIII du quatuor Lemur nous imposait une seule obligation, et avec quel plaisir : scruter avec une attention soutenue l’actualité de l’officine d’Oslo, dont quatre récentes publications viennent souligner l’extrême urgence.
Vieille de dix années riches en éruptions sonores multiples, la carrière des Golden Serenades a pris un subit coup d’accélérateur médiatique en 2007. A la (dé)faveur d’une performance où ils ont détruit sur scène des guitares estimées à 5.000 dollars – gloups, ça fait cher le coup de sang, fût-il attendu – la presse de leur Norvège natale leur accorda une série d’articles sur fond de grosse polémique. Brocardé par une série d’hommes politiques de droite, voire d’extrême droite, comme une "horreur" ou un "gaspillage d’argent public", le concert – subventionné par les autorités locales – leur accorda toutefois une attention publique, à défaut d’être réellement artistique.
Deux années plus tard, la vision du trio John Hegre (électronique) – Jørgen Traeen (électronique) – Sigbjørn Apeland (orgue) demeure toujours sans la moindre concession. Parsemée de tempêtes noise qui voguent de Merzbow à John Zorn, l’unique plage démonte quarante minutes durant les fantômes bruitistes des plus extrêmes manipulateurs soniques de notre temps. Les cœurs légers et les pavillons défaits sont avertis de son extrême toxicité distordue.
Un disque : Golden Serenades – Hammond Pops (+3dB)
La boîte aux bons offices Pitchfork le confirme, Sisterworld, nouveau Liars et cinquième du nom, sera également disponible en double CD. La première galette hébergera l’album normal (aussi vendu en un disque ou en vinyl) et la seconde abritera ces mêmes titres remixés par Alan Vega (et ouais), Thom Yorke ou les Melvins. Rendez-vous le 9 mars à la porte de la maison Mute.
Machinefabriek & Andrea Belfi – Brombron 15: Pulses And Places
Volume 15 de la série Brombron du label néerlandais Korm Plastics, la collaboration entre l’électronicien batave Machinefabriek et le percussionniste italien Andrea Belfi est tout bonnement sensationnelle. La suite sur le Grisli.
Un disque : Machinefabriek & Andrea Belfi – Brombron 15: Pulses And Places (Korm Plastics)
Boss du label Dekorder (Guido Möbius, Kuupuu, Xela, Stephan Mathieu) et musicien accompli dans le secteur des drones, Marc Richter aka Black To Comm explore des contrées électronica davantage néo-classiques sur ce nouvel opus, le premier pour Type. Parsemé d’atmosphères multiples et d’influences diverses, Alphabet 1968 est un disque malicieux et long en bouche. Entre velléités pianistiques minimalistes, évasions vers la musique concrète ou beats hyper-discrets très germaniques, les ingrédients se chevauchent dans un premier temps, c’est pour mieux d’amalgamer en un délicieux breuvage. A sa dégustation, nombre de nos héros contemporains se rappellent à notre excellent souvenir. Entre ambiances saupoudrées de turntablism à la Giuseppe Ielasi, escapades humides à la Wolfgang Voigt, rythmiques en sourdine façon Michaela Melian ou glockenspiel fébrile à la manière de Colleen, les points de chute se multiplient et s’entrecroisent. A certains instants, c’est tout bonnement magique (Frost, la conjugaison parfaite entre le Zauberberg de GAS et le Baden-Baden de Mme. Melian) ou gargarisant (Musik für Alle, tel du Benjamin Lew). Dans tous les autres cas, le niveau demeure très haut.
V/A – Watergate05 – Ellen Allien (Watergate Records)
Icône vénérée des clubbers qui lovent la techno, Ellen Allien n’est jamais en reste de classe et de sensualité quand elle se lance derrière les planètes. Reine du mix qui secoue les palmiers, fussent-ils artificiels en bordure de la Spree, la Berlinette détient l’art consommé de l’enchâinement moite et de la dégaine sexy. Excellentissime, dans la meilleure veine du Fabric 34 – un des meilleurs de la série du club londonien, Watergate05 nous lance sur les traces du label éponyme, dont vous aurez deviné qu’il s’agit de la cinquième livrée. Absolument impeccable de bout en bout, la patronne de Bpitch Control enchaîne les perles comme d’autres – hein, Laurent Wolf & co ? – pondent des bouses. Barré de titres excitants comme un DJ set de Ricardo Villalobos, c’est dire la hauteur de la barre, la plaque s’enivre des grands noms de la techno et de l’electro pop de notre époque. Des noms ? John Tejada, Luciano, Matias Aguayo, AGF/Delay ou Röksopp, sans compter les moins courus (et tout aussi bons) DJ Yellow ou Margaret Dygas. En cerise sur la gâteau, une Brigitte Fontaine en pleine forme vient clore la fête, aux alentours des huit heures du mat’.