10/06/2004

Tujiko Noriko - Interview

Trois albums ont passé, dont le fantastique ‘Make Me Hard’ chez le non moins fantastique label autrichien Mego, et le nom de Tujiko Noriko reste toujours cantonné dans le ghetto des fans curieux et exigeants de l’électronica alors que Björk fait des concerts de merde à 150 Euros la place. Heureusement, cette injustice flagrante semble bien être le cadet des soucis de la délicieuse Noriko pour qui les plans de carrière doivent être un concept en vigueur sur une autre planète.

 

Tujiko Noriko, c’est ton vrai nom ?

Tujiko Noriko : « Oui, enfin pas tout à fait. Mon vrai nom c’est Tsujiko (nom de famille) Noriko (prénom) mais beaucoup de gens prononcent Tujiko. Mais je préfère Tsujiko et tout le monde au Japon m’appelle comme ça. »

Et que peut-on savoir de plus à ton sujet ?

Tujiko Noriko : « (Surprise) Qu’est-ce que je pourrais bien dire ? Je suis née à Osaka, en fait sur les hauteurs de la ville à 30 minutes du centre. Aussi, je ne sais pas rouler à vélo, je ne sais pas conduire, j’aime la Formule 1… »

Et qui est ton pilote préféré ?

Tujiko Noriko : « (Enthousiaste) Ah lui je l’aime bien, le pilote japonais, comment il s’appelle encore…Sato Takuma… et Senna mais il est mort. »

Mais ta musique n’a rien à voir avec la F1…

Tujiko Noriko : « Mais si ! ! ! Une de mes chansons s’appelle ‘Porsche’ et j’aime les voitures rapides. J’ai choisi la photo d’une voiture et ‘Make Me Hard’ pour moi c’est comme les courses de voitures, la vitesse, la sophistication, l’énergie et en fin de compte c’est un énorme gaspillage d’argent. »

Un autre lien est l’apparente inutilité de la F1 ou de la musique alors que pour bien des gens, il s’agit d’une des choses qui comptent le plus dans leur vie. J’aurais par exemple beaucoup de mal de vivre sans musique…

Tujiko Noriko : « Ah bon ! Moi je pourrais bien, je pense. Et pour toi ça doit être possible aussi non ? Imagine, tu vivais sur une île et qu’il n’y aurait pas de musique, tu serais bien obligé de vivre sans et tu trouverais ton énergie dans autre chose que de la musique. »

Tu as joué en septembre dernier à Recyclart et le moins que l’on puisse dire est que les conditions étaient loin d’être idéales. A ta place, j’aurais vraiment eu envie de crier « Vos gueules » à tous ceux qui étaient là et n’en avaient rien à cirer de ce qui se passait sur scène.

Tujiko Noriko : « Oh mais ça m’est déjà arrivé plein de fois, plein de gens boivent, discutent… Et en plus c’est vrai qu’il y avait le bruit des trains mais sur scène c’était cool en fait, je ne peux pas me plaindre même si c’est dur dans ce cas-là d’attirer l’attention du public. C’est bien sûr mieux quand le public est tout calme, comme le public au Japon, qui est souvent silencieux et essaie de même de comprendre quand il n’accroche pas tout de suite. Les Japonais se disent OK, on prend notre temps et on essaie de s’intéresser  »

Tu m’as l’air d’être quelqu’un de très calme. Est-ce une fausse impression ?

Tujiko Noriko : « Oui, je suis calme et bon, si les gens n’écoutent pas pendant mes concerts, je m’en fous. Je ne vais pas me mettre à gueuler dans le micro, j’essaie de rester positive »

Tu chantes presque exclusivement en japonais. De quoi parles-tu dans tes chansons ?

Tujiko Noriko : « De plein de choses mais c’est compliqué à expliquer. Sur le dernier album ‘From Tokyo To Naiagara’ il y a une traduction des paroles, ce que je n’avais pas fait pour les albums précédents. Avant, je m’en foutais qu’on ne comprenait pas, peut-être que j’étais arrogante et que je me disais que les gens n’avaient qu’à chercher dans un dictionnaire ou apprendre le japonais. (rires) »

Dans la chanson ‘Machi No Kakera’ tu alternes le japonais et l’anglais. Ca va demeurer une exception ?

Tujiko Noriko : « C’est juste que mon anglais n’est pas assez bon. Peut-être que le jour où l’anglais me sera familier, je chanterai en anglais même si récemment j’ai eu envie de faire des choses en anglais. »

En Belgique, quand un ado annonce à ses parents qu’il veut se lancer dans la musique, on lui dit de finir ses études d’abord, de se trouver un boulot ‘normal’. Et ta famille elle en a pensé quoi ?

Tujiko Noriko : « Oh ça ne les pas inquiétés plus que ça. Il y a une grande différence entre filles et garçons. Je suis la troisième fille et mes parents se sont dits que je faisais ce que je voulais. Et ils connaissent mon caractère et savaient bien qu’ils ne me feraient pas changer d’avis. »

Tu avais des projets avec le chorégraphe Etienne Bideau-Rey. Ca s’est concrétisé ?

Tujiko Noriko : (Très enthousiaste) « Oui ! Non seulement avec lui mais aussi avec la compagnie DACM sur deux spectacles. Je déteste le théâtre ou la danse mais j’ai essayé de rester positive et finalement c’était marrant. J’ai composé deux morceaux et j’étais aussi sur scène. »

Tu ne fais pas que de la musique…

Tujiko Noriko : « Oui je viens de terminer mon premier court-métrage, il ne reste plus qu’à le monter. Peut-être qu’il y aura un peu de ma musique dans ce film mais je veux vraiment faire des films, peut-être plus que de la musique. En fait j’en sais rien mais en ce moment je ne suis pas trop branchée musique. L’an dernier, je n’avais pas trop envie de faire de la musique, et je me suis mise à écrire un film. »

Et on pourra aussi t’y voir comme actrice ?

Tujiko Noriko : « Non, non ici je suis seulement réalisatrice mais un jour j’aimerais bien jouer dans un film. »

Ton dernier album est paru chez Tomlab. Vas-tu continuer à travailler avec Mego ?
Tujiko Noriko : « Il faudrait d’abord que je fasse un album et puis je ne réfléchis pas en termes de label. Je fais mon truc et si on aime tant mieux sinon je vais voir ailleurs. »

Un disque essentiel : ‘Make Me Hard’ (Mego)

 

Interview parue dans le RifRaf de juin (disponible gratuitement un peu partout)



15:39 Écrit par Fab | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Soutien. Ma femme est japonaise mais plus si jeune que ça (ne pas lui dire !) moi non plus d'ailleurs. 50 ans c'est très très vieux !! Toutefois, nous aimons beaucoup la musique - toutes les musiques - mais j'ai une prédilection pour le jazz (sauf de la Nouvelle-Orléans) dans le genre Miles Davis, Marylin Horne, Ella, Duke Ellington. Mais aussi ceux de la nouvelle génération. En Belgique, Steve Houben et d'autres encore. J'ai un deal au "Music Village" mais comme je voyage beaucoup et suis plus souvent en France, je n'en profite guère.
Enfin, je ne peux que t'encourager à poursuivre ton oeuvre (!?), c'est très vite un sacerdoce, une entrée en religion (encore que, avec ma liberté libertine...).
A +

Écrit par : Maugus | 10/06/2004

... Je sens que je vais découvrir des choses, ici ! A bientôt ! Et bienvenue !!!

Écrit par : Cri | 10/06/2004

A Maugus... Marrant ma femme est chinoise et j'apprends d'ailleurs la langue... chose qui n'est pas toujours évidente mais c'est malgré tout agréable de pouvoir lire quelques caractères (enfin quelques plus ou moins 400 maintenant). Et toi tu parles le japonais? Niveau muzzak, le jazz n'est pas ce que j'écoute naturellement (même si Miles Davis...) je ne suis jamais allé au Music Village, en fait chaque fois que je suis allé à des concerts de jazz, je me suis plus ou moins emmerdé, il doit y avoir qqch dans cette musique que je ne comprends pas ou que ma sensibilité ne parvient pas à effleurer... En tout cas merci de ton message de bienvenue, au plaisir de te lire sur ce blog, en espérant que tu y découvriras des choses intéressantes... A +

Écrit par : Fab | 13/06/2004

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