16/01/2005

Der Untergang (La Chute) de Oliver Hirschbiegel

1942, cinq jeunes femmes se présentent pour un poste de secrétaire forcément pas comme les autres puisque le futur employeur n’est autre que le démon personnifié, Adolf Hitler.   Traudl Junge (Alexandra Maria Lara), une jeune femme de 22 ans est engagée

 

Avril 1945, le Troisième Reich est aux abois, Berlin est sur le point de tomber aux mains des troupes soviétiques et le Führer vit ses derniers jours. Entouré de sa garde rapprochée, Hitler (l’époustouflant acteur suisse Bruno Ganz, d’une crédibilité surprenante dans un rôle casse-gueule) n’a de cesse d’ignorer la réalité, projetant sur ses cartes d’état-major, des contre-attaques chaque jour un peu plus improbables, obnubilé qu’il est par son Grand Reich et ses rêves de grandeur mégalomane.

 

Contrairement à ce que bien des commentaires bien-pensants pouvaient faire croire, le film ne laisse guère planer de doutes sur la personnalité d’Hitler, fou mégalomane, psychopathe et colérique, déconnecté du sens des réalités et, surtout, insensible à la douleur de son propre peuple, qu’il sacrifie dans cet ultime assaut car il n’a pas été assez fort pour assouvir ses ambitions dominatrices. Sur ce point, le film d’Oliver Hirschbiegel (Das Experiment) fait clairement porter la responsabilité des morts civils allemands aux Nazis, qui allaient jusqu’à assassiner les vieillards tentant de fuir les combats (même si tout le monde sait que les Soviétiques ont commis des exactions, le film n’en parle pas, sans doute pour ne pas être accusé de dédouaner la clique nazie de ses crimes). Certes, le film montre un Hitler attentionné envers Traudl et Eva Braun (Juliane Köhler, étrangement lumineuse dans une interprétation inattendue) mais il dévoile surtout les facettes les plus grotesques d’un régime ultra-décadent (où les officiers se pochtronnent alors que Hitler et Eva Braun se suicident dans la pièce d’à côté), où seuls quelques derniers fidèles essaient de sauver ce qui peut l’être.

 

Au-delà du personnage monstrueusement diabolique d’Hitler, Oliver Hirschbiegel dresse un portrait qui glace le sang de Magda Goebbels (Corrina Harfouch), mygale perverse au sang froid, véritable guide de son mari Joseph (l’impressionnant Ulrich Matthes) avec qui elle forme un couple enfoncé dans son obsession nationale-socialiste et son délire absolu.

 

Et pour terminer, si certains regrettent l’absence de perspective historique (et l’absence de considération pour les autres victimes non-allemandes), je trouve a contrario que ces ajouts n’auraient fait qu’alourdir un propos d’une clarté exemplaire. A ce sujet, Oliver Hirschbiegel (qui s’est très largement inspiré des souvenirs personnels de la vraie Traudl Junge, négligeant les autres sources, c’est son choix et je le respecte) fait confiance à l’intelligence du spectateur, qu’il en soit remercié, son œuvre, en dépit d’une mise en scène juste honnête (mais là n’est pas l’essentiel), fera date dans l’histoire du cinéma.

 

 


22:13 Écrit par Fab | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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