26/02/2005

Tim Hardin - Biographie d'un talent gâché

Victime de l’héro, cette salope, artiste aussi essentiel que méconnu du grand public, Tim Hardin (1941-1980) fait partie de ces songwriters maudits de leur vivant et encore adulés aujourd’hui (il suffit de voir le nombre qui le citent comme référence) et ça lui fait une belle jambe. Tel Fred Neil dont il reprenait Blues On The Ceiling sur le formidable This Is Tim Hardin, album initial aux marques indélébiles de blues et de folk. Enregistré à l’origine en 1963, mais sorti en 1967 seulement, ce disque à la profondeur d’âme sans égal est de ces œuvres qui devraient être inscrites au patrimoine mondial de l’humanité, tant son empreinte sur ceux qui ont eu la chance de l’écouter est sincère et durable.

 

Originaire de l’Oregon, Hardin s’installa sur la Côte Est au début des sixties et il y fit la connaissance du producteur Erik Jacobsen, qui lui fit enregistrer des démos pour Columbia. Jugées insuffisantes à l’époque, certaines d’entre elles allaient néanmoins se retrouver quelques années plus tard sur Tim Hardin IV et This Is Tim Hardin, bizarre vous avez dit bizarre. Après cette collaboration infructueuse, Tim Hardin partit s’installer en 1965 à Los Angeles et il y épousa l’actrice Susan Yardley. Il y signa un contrat sur le label Verve Forecast et un premier album mélangeant ses premières démos et de nouvelles chansons. Après la naissance de son fils Damion en 1967, il enregistra un deuxième album (contenant les célèbres Reason To Believe et If I Were A Carpenter), ce dernier titre repris par Bobby Darin devint même un énorme succès (tout comme la reprise de Reason To Believe par le pénible Rod Stewart). Hélas pour lui, Tim Hardin ne parvint jamais à profiter du hit de Darin et, au contraire, il développa un sens aigu de la maladresse, annulant des concerts plus souvent qu’à son tour ou bien montait sur scène alors qu’il n’était pas, et c’est un euphémisme, en état de le faire. Après de multiples déménagements (Hawaï, San Francisco, Colorada), il se fit lourder par Erik Jacobsen et c’est grâce à son nouveau manager Steve Paul qu’il put enregistrer Tim Hardin III, un album live avec des musiciens de jazz. Ce live connut un certain succès et son contrat avec Verve terminé, Columbia repointa le bout de son nez et il enregistra Suite For Susan Moore (d’après sa femme Susan) dans des conditions hallucinantes. Hardin avait placé dans toutes les pièces de sa maison des micros et, enregistrant dans à la maison quand bon lui semblait, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, au gré de son inspiration fantaisiste, il lui arrivait d’enregistrer dix secondes d’un titre et d’y revenir des semaines plus tard après un flash d’héroïne ou d’alcool. De plus en plus accro, Hardin vit Susan quitter leur foyer de Woodstock et emmena Damion à LA, et son inspiration s’en ressentit nettement. Il sortit encore pour Columbia Bird On A Wire et Painted Head et il signa pour le label GM, propriété du manager de Rod Stewart, Billy Gaff. De retour de Londres où il vécut quelque temps (comme toxico, il pouvait s’y procurer gratuitement de la méthadone), Tim Hardin retourna à Los Angeles où il retourna habiter près de l’école de son fils Damion. Même s’il avait pris beaucoup de poids, sa voix demeurait toujours aussi forte et son ami d’enfance le persuada d’enregistrer un documentaire télé et un concert, qui allait déboucher sur l’album live Homecoming Concert. Il retrouva aussi à Erik Jacobsen pour une ultime collaboration mais, l’héroïne ayant une fois de plus repris le dessus, il succomba d’une overdose le 29 décembre 1980. Il avait à peine 39 ans

 

De sa profonde voix mystérieuse, Tim Hardin avait le don de faire frémir et vingt-cinq ans après son décès, son aura a franchi les limites des amateurs de folk et de blues pour en faire une des icônes majeures du songwriting moderne.

 

Discographie disponible ici.

 

Sources : Brian Mathieson et The Rough Guide To Rock


15:17 Écrit par Fab | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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