13/09/2005

Laura Veirs - Interview

Après avoir exploré la terre, le feu et l’eau dans ses opus précédents, Laura Veirs nous fait visiter le ciel et l’espace dans un album aux accents (un peu) plus électriques, qui n’enlève à l’émotion que sa musique ne manque jamais de susciter chez toute personne normalement constituée. Et si, avouons-le, le petit miracle permanent qu’était ‘Carbon Glacier’ ne se réédité pas totalement ici, nous sommes déjà tombés amoureux des nouvelles perles de la demoiselle de Seattle, dont on espère qu’elle nous refera le coup encore longtemps. Des âmes torturées comme celles-là nous réconfortent le cœur, et n’y voyez rien de paradoxal.

On peut dire que les choses vont bien pour toi en Belgique. Te souviens-tu de ta première apparition scénique belge ?

LV : " Oui, je m’en souviens très bien. C’était dans un petit club, attends comment ça s’appelle… (elle réfléchit)… le Toogenblik, c’est ça ? Il y avait du genre trois ou quatre personnes, c’était un soir de semaine, bref pas mon meilleur souvenir. "

Puis tu as joué deux fois en six mois au Botanique. La première fois, la Rotonde était à moitié remplie, genre 150 personnes, la seconde fois, elle était sold out, ça a dû te faire plaisir.

LV : " Bien sûr, c’est très chouette de voir la réaction du public belge. (Observant sur la table le Rifraf dont elle faisait la couverture) Ton journal y est aussi pour quelque chose, non ? Tu sais que quand j’étais chez moi à Seattle, on m’a envoyé une copie de la couverture, ça m’a fait plaisir. "

Parlons de tes disques. Ce qui me frappe, c’est leur continuité stylistique et la volonté que tu as de travailler avec les mêmes personnes. As-tu besoin de te sentir entourée d’amis dans ton travail ?

LV : " C’est très important pour moi d’avoir une bonne alchimie et de bons rapports avec les gens qui m’entourent. Ca nous fait gagner en efficacité aussi. Je veux dire que ça rend le boulot plus agréable et tout va plus vite. Nous avons enregistré ‘Year Of Meteors’ en trois semaines, c’est très rapide. En fin de compte, tout a été très facile. "

Ce qui veut dire que la plupart des chansons étaient prêtes…

LV : " Oui, j’avais écrit la plupart d’entre elles l’été dernier, plus quelques-unes en automne et hiver dernier. Seule la chanson ‘Magnetized’ a été écrite au studio. "

Tucker Martine (production, batterie), Karl Blau (basse, guitare) et Steve Moore (piano, claviers) sont des personnages très importants dans ton univers. Participes-tu aussi à leurs projets personnels ?

LV : " Ca m’arrive même si leurs projets ne sont pas aussi actifs. En fait, Steve est en train de faire un nouveau disque de jazz, ce qui n’est pas vraiment dans mes cordes. Karl a enregistré un disque récemment, auquel j’ai collaboré. Tucker est dans un autre groupe et il m’a demandé d’y jouer. Donc oui, nous bossons ensemble mais la plupart du temps, quand nous nous retrouvons, c’est autour de ma musique. Tucker sera de la prochaine tournée et c’est génial pour tout le monde. Il a tellement d’énergie derrière sa batterie que ça donne plus de liberté à tous les autres musiciens en terme d’improvisation. "

Tu me parles d’improvisation, aimes-tu le jazz ?

LV : " Ecoute, je ne pourrai pas faire comme Steve, faire des jams de 3-4 heures sans arrêter, c’est vraiment trop long. Je préfère jouer une heure et donner tout ce que j’ai. "

Dès ‘The Triumphs and Travails of Orphan Mae’, tu as fait appel à Tucker pour la production.

LV : " Oui, même si ‘Orphan Mae’ est en fait mon deuxième disque. Avant cela, j’avais enregistré un premier album, en édition limitée, dont je ne suis pas très fière. C’est un disque de 1999 et je n’ai pas l’intention de le rééditer comme cela a été le cas avec ‘Orphan Mae’. "

‘Year Of Meteors’ a aussi été enregistré dans le même studio que ses prédécesseurs…

LV : " Presque. En fait, Tucker a déménagé de quatre blocs. Comme il habite au-dessus de son studio, nous avons suivi le mouvement et nous avons même été les premiers à y enregistrer. Tu sais, Tucker travaille avec plein de gens différents qui font plein de musiques différentes, c’est un mec très occupé. C’est vraiment sympa de sa part de participer à la tournée, il a tellement de choses à faire rien qu’avec son propre studio. Il n’est pas encore aussi connu que Steve Albini mais tout va très vite pour lui. "

Quelles sont les principales différences entre ce nouvel album et les précédents ? Je n’en vois pas des dizaines…

LV : " Non, il est juste un peu plus électrique et il y a plus de percus, sur quelques titres du moins. Certains ne sont pas de ton avis et le trouvent très différent, à mon avis, il est juste un peu différent des autres. "

Les deux fois que je t’ai vue sur scène, j’ai aussi remarqué cette évolution vers plus de guitares éléctriques…

LV: " C’est juste que depuis un an, je m’intéresse plus à cet instrument. J’aime jouer et j’en avais marre de jouer des petites chansons calmes. Pour la prochaine tournée, je jouerai les deux types de guitare, électrique et acoustique. Ca sera chouette d’ailleurs puisque sur la tournée américaine, on va faire la première partie de Sufjan Stevens. Ca marche super pour lui, il joue dans des salles de plusieurs milliers de personnes et certaines sont déjà sold out. "

Dans une interview précédente pour RifRaf, tu disais que le côté graphique des pochettes t’intéressait beaucoup. Ici, le changement est radical. Est-ce vraiment ton choix ou celui du label ?

LV : " Un peu des deux. J’avais fait appel à un illustrateur et ça ne donnait rien. Comme le délai approchait, il fallait trouver une solution. Le label a alors proposé de mettre ma photo et j’ai dit non, jamais, je suis trop timide (rires). Puis je me suis dit que des gens comme Joni Mitchell ou Bob Dylan avaient mis leur tronche sur la pochette pour se rapprocher de leur public. Et j’ai pris l’avion pour L.A. pour y rencontrer la photographe Autumn de Wilde qui avait déjà bossé avec Elliott Smith notamment. "

‘Carbon Glacier’ parlait d’un glacier à 200 km de chez toi, quel est le thème de ‘Year Of Meteors’ ?

LV : " C’est l’album de l’espace et de l’air. ‘Carbon Glacier’ évoquait l’eau et la glace, ‘Troubled By The Fire’ le feu bien sûr et ‘Orphan Mae’ la terre. C’est aussi simple que ça. Sur ce disque, tout flotte autour de nous, il y a le ciel, les étoiles, les avions, et tout le reste. C’est aussi le titre d’un poème pas très connu de Walt Whitman. "

Certaines de tes chansons comportent une charge émotive intense, je pense à ‘Rapture’ sur l’album précédent ou ‘Magnetized’ sur cet album, où tu parles de tatouages noirs…

LV : " C’est pour évoquer l’idée d’une certaine permanence, l’espoir de laisser une trace de notre passage sur terre. Même si ça ne m’obsède pas vraiment, je trouve important de tenir compte de notre statut de mortel. Nous devons être conscients qu’un jour, nous allons mourir, c’est d’ailleurs ce que certains rituels bouddhistes nous enseignent chaque jour. Grâce à ce rituel, les bouddhistes se rendent compte de la chance qu’ils ont de vivre chaque jour, c’est une idée libératrice en fait. "

Et comment fais-tu pour faire passer cette émotion chaque soir à un public différent ?

LV : " C’est compliqué, tu t’en doutes, nous ne sommes pas des robots. Avant chaque concert, j’essaie de trouver en moi un endroit paisible et je m’y réfugie. J’essaie de penser que ma musique peut rendre le monde un peu meilleur et ça me donne de l’énergie. Avant chaque concert, j’essaie de rester seule un moment, je fais du stretching et spécialement pour ces nouvelles chansons, j’ai besoin de beaucoup de concentration. Dans un premier temps, ça sera un effort mental conséquent, j’espère qu’avec l’habitude, nous arriverons à plus de naturel et de spontanéité. En tout cas, nous aurons de meilleures conditions qu’avant puisque nous aurons un tour manager pour la première fois, ça va nous faciliter la vie et j’espère que ça se va se ressentir sur scène "

Qui sont les vrais punks pour toi aujourd’hui ?

LV : " Oh, des gens comme Joanna Newsom, Antony & The Johnsons, Sonic Youth. Mon pote Karl Blau aussi, il est tout le temps occupé avec sa musique, c’est une vraie attitude punk je trouve. "

Tes chansons évoquent la nature, quel est ton endroit préféré ?

LV : (sans hésiter) " L’Alaska, j’y suis allée l’été dernier, j’ai adoré ! C’était vraiment génial, c’est tellement sauvage et isolé. Camper entouré de grizzlis, c’est tellement effrayant et tellement beau. Bien sûr, ça me rend dingue que le gouvernement US veuille y pomper du pétrole, mais il y a plein d’autres choses sur mon pays qui m’exaspèrent. "

Un disque : Laura Veirs – Years of Meteors (Nonesuch)

Les photos d’Autumn de Wilde sont en ligne sur le site www.autumndewilde.com


11:10 Écrit par Fab | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.