06/09/2008

Wolfgang Voigt alias Gas (II)

wolfgangvoigtTout à fait cultes pour toute une génération de musiciens et d’amateurs de sons digitalisés, à mi-chemin entre ambient et techno ultra-minimale, et très longtemps introuvables, ces quatre albums étaient parus à l’origine sur Mille Plateaux. A l’origine dédié aux interconnections entre electronica et théorie post-moderne, le label de Francfort dirigé par Achim Szepanski tirait son nom du livre éponyme du philosophe Gilles Deleuze et du psychanalyste Félix Guattari, dans une démarche courageuse – et commercialement suicidaire – de rattachement de la théorie politique aux musiques électroniques expérimentales incarnées par Cristian Vogel ou Alec Empire. Presque défunt, mais en voie de renaissance (car racheté par le distributeur Total Recall), Mille Plateaux ne pouvait rêver plus bel hommage que cette réédition, certes quelque peu spartiate mais ça doit être pour mieux en apprécier le contenu.

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces quatre disques – absolument fondamentaux, et ce n’est rien de l’écrire – témoignent de l’engagement très personnel du producteur de Cologne pour la culture germanique, des musiques folkloriques allemandes à la Schlagermusik en passant par les formes plus classiques de la musique de conservatoire. Toutefois, et c’est là que tient tout le génie de l’artiste rhénan, Voigt déplume en toute subtilité les oripeaux traditionnels de genres trop bien ancrés dans la mémoire collective, pour mieux les noyer sous des brumes inquiétantes, de celles qui recouvrent la Lüneburger Heide les matins déjà froids d’octobre. Tout en évitant les écueils trop visibles de l’intellectualisation outrancière, reproche que l’on peut parfois adresser au Viennois Fennesz, Voigt contourne avec tout autant d’élégance – c’est un maître-mot de son œuvre – les reflux affectés de la manipulation émotive, ce qui le démarque des Boards of Canada, qui doivent se demander pourquoi ils produisent encore des disques.

 

A suivre...

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