31/03/2009

Symbiosis Orchestra – Live Journeys

symbiosisorchestra-livejourneysProjet du Transalpin Andrea Gabriele, le Symbiosis Orchestra nous offre en onze tableaux d’une finesse électro-acoustique remarquable un panorama de ses contributions en concert. Enregistrés lors de divers festivals de la péninsule (Pescara, Naples, Florence, Gallarate), les morceaux varient les atmosphères, passant d’une vision secrète de la tranquillité à une inquiétude lunaire, notamment grâce à de tranchants changements de line up, du trio au quintet. Retiennent notamment l’attention les compositions soutenues par la voix enchanteresse, bien qu’au bord de la folie, de la vocaliste anglaise Iris Garrelfs, dont un disque solo était déjà paru sur BiP_Hop en 2005. Quatre très grands moments musicaux! D’autres étapes-clés parcourent une séance de percussions dynamiques, fécondes dans leur interactivité tribale soutenue sur des motifs electronica angoissants et d’une manière globale, le travail informatisé d’un Robin Rimbaud – le fameux Scanner, c’est lui – et de ses comparses italiens tient du miracle fréquent, sinon permanent.

 

Un disque : Symbiosis Orchestra Live Journeys (Baskaru)

Live at Peam2005, Ecoteca, Pescara - Symbiosis Orchestra

Live at FABBRICAEUROPA, Florence 1 - Symbiosis Orchestra

The Black Dog back on track(s)

theblackdog-furthervexationsPleinement ancrée dans l’IDM d’une Angleterre conquérante et subtile – celle du label Warp circa 1994 – la techno du duo The Black Dog s’incruste dans les interstices de la cervelle, s’invite dans les nimbes de la conscience. Terriblement ouvragée et sensible, à des années-lumières des contorsions musclées pour dancefloor, la production de Richard et Martin Dust renvoie à la magie de Kraftwerk vs Plaid (dont les deux membres Ed Handley et Andy Turner sont à l’origine du chien noir en question, c’était en… 1989). Vingt ans plus tard, c’est direction, direction la stratosphère, à gauche de l’étoile Murcof.

 

Un disque à venir le 20 avril : The Black DogFurther Vexations (Soma Records)

KTL – IV

ktl-ivLe nom l’indique, IV est la quatrième collaboration des essentiels Peter Rehberg (synthés, laptop) et Stephen O’Malley (guitare) sous le nom de KTL (acronyme de Kindertotenlieder, pour rappel). La comparaison avec les trois précédents numéros est toutefois de peu d’utilité, tant la verve ambient doom metal du patron des Editions Mego et du guitariste de Sunno))) s’épanche en de multiples fracas orageux d’une violence aussi insoutenable qu’elle est balafrée de retenue métaphysique. Produit par l’incontournable Jim O’Rourke – depuis son tentaculaire double album Long Night réédité l’an dernier dix-huit années après sa sortie initiale, il n’a plus rien à prouver dans les drones, et il le montre magnifiquement – le disque est également le premier de la série à ne pas servir de support à une représentation théâtrale ou cinématographique, cela n’enlève rien à sa force ni à sa percussion mentale. Peuplé de spectres morbides le long de ses soixante minutes, l’œuvre des deux traceurs de douleur extatique est en outre renforcée par la présences à la batterie d’Atsuo (du groupe nippon Boris), dont le jeu ferme, puissant et mesuré amplifie encore un peu plus les atmosphères de forêts engluées dans une nuit sans fin (Paratrooper) ou d’aliens aux messages codés subliminaux (Natural Trouble). Prie pour ton salut avant qu’il ne soit vraiment trop tard, pauvre terrien.

 

Un disque : KTLIV (Editions Mego)

29/03/2009

Squares On Both Sides – Indication

squaresonbothsides-indicationLe nom de Daniel Bürkner, alias Squares On Both Sides, timide teuton aux accents folk(tronica) d’une touchante sincérité fragile, rappellera – peut-être, pas sûr – quelques souvenirs des visiteurs d’une des dernières éditions du RhâââLovely Festival, qui avaient découvert ce jour-là un jeune homme introverti caché derrière une guitare trop petite pour sa grande carcasse longiligne. Trois (ou quatre ?) années plus tard, l’impression scénique mitigée laisse la place, définitivement acceptons-en l’augure, à des chansons d’une acuité mélodique discrète et remarquable de longueur en oreille, au bout de quelques écoutes cependant. Au-delà des références trop faciles (Nick Drake, Elliott Smith) que des chroniqueurs fatigués balancent à chaque jeune homme muni d’une guitare acoustique, l’univers précieux – au sens cardiaque du terme – du songwriter allemand s’enrichit de field recordings d’une absolue sobriété (enregistrés à Kyoto), parfois enveloppés d’une electronica tout sauf traumatisante pour les tympans. Quand d’autres instruments tentent une incursion, à l’image du mélodica doucereux de Temples 2, la promenade zen du Munichois achève de nous convaincre de dérouler le tapis de prière sous l’arbre de printemps, pouces et indexes joints vers un avenir qu’on lui souhaite radieux et contemplatif.

 

Un disque : Squares On Both SidesIndication (Own Records)


Pripyat - Squares On Both Sides

Author - Squares On Both Sides

Torngat – La Petite Nicole

torngat-lapetitenicoleInconnu en nos terres européennes, ça ne saurait durer, le nom de Torngat ne renverra plus très longtemps qu’à la chaîne de montagnes québécoise éponyme. Attribut de ce trio montréalais purement instrumental (guitares, orgues, synthés, percussions), il évoque désormais du haut de ses sommets enneigés la faconde pop ambient de ses deux premières compositions Interlude et La Petite Nicole, éprises de cette lutte brumeuse et mélodique qu’aurait pu enfanter The Album Leaf s’il avait été membre de Menace Ruine. L’apparente mélancolie obscure des minutes initiales ne se nourrit toutefois pas uniquement de simplicité tonale. Que du contraire, des vagues menaçantes d’un bruit sourd et mystérieux envahissent peu à peu le fil de l’histoire, qui recherche dans les rythmiques krautrock de L’Ecole Pénitentier un salut dynamique amoureux de My Bloody Valentine et de Babils (les éléphants, ça…). Par-delà l’exercice de style shoekrautjazz, une invitation à la poésie de l’enfance se fait jour, bien qu’assourdie d’un voile d’inquiétude aux accents d’un Pascal Comelade membre de Soft Machine (Afternoon Moon Pie), tandis qu’on se demande encore si la lenteur élégiaque de 6:23 pm est signée de la main de Kevin Shields ou de Tim Hecker.

 

Un disque : Torngat La Petite Nicole (Alien8 Recordings)


La petite Nicole - torngat

6:23pm - torngat

27/03/2009

Strotter Inst. – Minenhund

strotterinst-minenhundAlias du musicien Suisse Christoph Hess (Sum Of R, Herpes Ö DeLuxe), Strotter Inst. héberge sous sa mystérieuse dénomination un véritable as du turntablism, qu’on adorerait observer dans une soirée dédiée à ce genre tellement étonnant. Aux côtés des Giuseppe Ielasi et Philip Jeck, la présence du citoyen helvète sur son compatriote de label Hinterzimmer (en coprod avec la maison de Baltimore Public Guilt) affirme un talent qui ne concède rien au génie de ses deux collègues italo-britannique. La quincaillerie sonore créée par Hess est tout simplement formidable. Au départ de vieilles platines Lenco modifiées, il tourne des disques dont le son est manipulé pour créer des effets de pulsation – et non de rythmes – absolument redoutables de précision martiale et d’envoûtement hypnotique.

Synthèse aussi étonnante que prenante des premiers travaux répétitifs de Steve Reich et de l’indus vue par Throbbing Gristle, sans oublier l’ambient de William Basinski passée à la moulinette des élastiques et fils électriques qui en créent le tempo, les quatorze titres anonymes de Minenhund (chien de la mine) entraînent leur auditeur dans un enchaînement infernal entre monstre sidérurgique et monstre noir assoupi au fond d’un cratère atomique. Loin de simplement raconter le savoir-faire évident d’un maître de l’expérimentation dont on rêve d’admirer le bricolage en concert (à l’image du fondamental Pierre Bastien au dernier festival Happy New Years) et dont l'écoute au casque rend fou, l’œuvre de Hess confirme en toute hypothèse qu’il n’est pas le collaborateur des excellents Sudden Infant et Maja Ratkje pour rien. Disque de l’année ?

 

Un disque : Strotter Inst. Minenhund (Hinterzimmer / Public Guilt)


# 5 - Strotter Inst.

# 11 - Strotter Inst.

26/03/2009

Wevie Stonder – The Bucket

WevieStonder-TheBucketbElectro pop absurditis, présentez gag ! Et oui, c’est une excellente nouvelle pour les zygomatiques de l’humanité (sauf celle restée coincée dans la boîte de capotes à Benoît XVI), le combo anglais Wevie Stonder ressurgit de la gargouille jazz folk space cake de ses deux premiers essais, l’un sur le label Sonig des Mouse On Mars (sous le pseudo de Wevie De Crepon), l’autre sur la structure anglaise Skam. Toujours aussi barrées du bulbe, les douze nouvelles sorties de ces champions de la louf’ attitude se classent heureusement dans une toute autre case que celle de la pure déconne balourde à la Marcel & Son Orchestre.

Jouant d’une série d’éléments maîtrisés à l’extrême, à l’image de la basse post punk qui enroule la pop sex fun du second titre Hans Peach, merveilleux titre d’étirement des mâchoires où les machines donnent à rire à une guitare rumba, le space cabaret des cinq Mancuniens fourmille d’idées brillantes. Entre spoken work hallucinogène en joyeux rappel d’Ergo Phizmiz sur l’incroyable Eloise My Dolly et gimmicks poppy au kitsch volontairement provocateur, chaque détail rappelle un sens du détournement musical éloquent, conjugué au troisième degré des Stereo Total. A l’inverse toutefois de Brezel Göring et de Françoise Cactus, dont le côté je-m’en-foutiste peut finir par lasser, les Wevie Stonder prouvent qu’il est parfaitement possible de dérider une assemblée d’ayatollahs moyenâgeux et de démonter en toute hilarité les airs trop sérieux de nos trente dernières années. Tournez méninges, m’sieurs dames, sans oublier que le premier avril, on vous remboursera d’une livre à l’achat du disque. Euuuuh ?

Un disque : Wevie Stonder The Bucket (Cack Records)


Hans Peach - Wevie Stonder

Small People - Wevie Stonder

A Buddha Made of Mud - Wevie Stonder

25/03/2009

Atom™ – Liedgut

atomtm-liedgutŒuvrant sous divers noms et pseudos, Atom™ est également connu en d’autres occasions sous le moniker de Atom Hearts, quand ce n’est sous son vrai nom de Uwe Schmidt ou sous l’alias le plus connu, celui de Señor Coconut. Auteur d’une multitude de disques et projets en une vingtaine d’années, l’artiste allemand oublie complètement l’héritage électrolatino de M. Noixdecoco pour proposer une épitaphe électronique abstraite d’une grande sobriété arythmique.

Etonnamment romantique dans son âme torturée – elle relie, bel exploit, la fibre ankylosée de Kraftwerk à la radicalité absorbante de Peter Rehberg pour Gisèle VienneLiedgut subjugue par ses textures éclatées, donnant jusqu’à l’impression que les interférences d’un téléphone portable viennent perturber quelque session de studio de Ralf Hütter et Florian Schneider penchés sur leurs nouvelles machines. L’humour n’en est pas absent, par quelques bribes éparpillées, quelques secondes d’introduction techno minimale heurtant un mur du son aux crépitements bruitistes de basse intensité, d’autres instants évoquent des échos de Pac Man joué sur des airs de Schubert – c’est osé et réussi – pour un disque dont le très joli packaging est à la hauteur du travail de son auteur, complètement unique en son genre.

 

Un disque : Atom™ Liedgut (Raster-Noton)


Wellen und Felder: Wellen und Felder II - ATOM TM

Funksignal: Funksignal - ATOM TM

Zwischenstücke: Mittlere Composition, No. II - ATOM TM

24/03/2009

Ethan Rose – Oaks

ethanrose-oaksEpris d’Islande, on songe dès les premières secondes à The Album Leaf quand Jimmy LaValle pilotait ses oripeaux en tenue de múm, Oaks de l’Américain Ethan Rose base pourtant ses déclinaisons ambient – très – relâchées, voire relaxantes, sur un Wurlitzer de… 1926. Transférés dans divers appareillages afin de subir des modifications qui n’altèrent en rien leur pure beauté formelle, les sons déclinés en huit chapitres plutôt monocordes invitent à la paresse vespérale d’une fin d’été cosmique, quand ils n’écoutent pas les fines gouttes de pluie tomber sur le carreau, l’œil chancelant tourné vers la mélancolie torturée d’un film de Gus Van Sant. Qui a carrément repris la musique de notre homme dans son film Paranoid Park.

 

suivre...

 

Un disque : Ethan Rose Oaks (Baskaru)

On Wheels Rotating - Ethan Rose

23/03/2009

Emeralds, trois Ricains dans la kraut

emeralds-whathappenedDans son numéro de mars, le chroniqueur du Wire Byron Conley décrit What Happened du trio américain Emeralds comme « le genre de B.O. que Florian Fricke de Popol Vuh aurait pu écrire pour un documentaire de Werner Herzog. Que la comparaison vous appelle ou non, la musique – entièrement instrumentale et basée sur des improvisations aux synthés old skool – ne vous laissera pas de marbre. A fistful of krautrock, anyone ?

 

Un disque : Emeralds What Happened (No Fun Productions)

Alive In The Sea Of Information - Emeralds