30/04/2009

Miss Kittin And The Hacker – Two

Miss Kittin And The Hacker – TwoLe pénible souvenir d’un Batbox encore présent dans nos mémoires, on attendait sacrément la Miss Kittin au tournant. Les vieilles casseroles faisant les meilleures (?) soupes, Caroline Hervé retrouve son concitoyen grenoblois Michel Amato aka The Hacker, histoire de reformer le duo gagnant de l’époque First Album, sorti voici déjà huit ans. Le hic, c’est que refaire le coup de l’electroclash en 2009 (The Womb), c’est comme s’imaginer en punk hero dans le garage de papa maman quand ils ont viré le 4x4 pour sortir mémé Alberte au lac de Genval, ça ne le fait pas (du tout). La tentative électro-pop 1000 Dreams, bien que raide (la Miss n’étant pas la chanteuse du siècle), passe un peu mieux le cap de la seconde écoute, tout comme le gimmick villalobossien de PPPO. Puis, le duo de l’Isère se lance dans un hommage à la rythmique kraftwerkienne, elle soutient des synthés morodoriens aériens et planants, ainsi qu’une ligne de chant digne de ce nom qui fait de Party In My Head un sommet de l’album. Ce n’est pas le cas de l’EBM de seconde zone de Indulgence, qui fait plus rire que hurler, sans parler de l’épouvantable reprise du Suspicious Minds d’Elvis, sur lequel on fantasme une Donna Summer qui n’arrive jamais. On se consolera en mettant ses Ray Ban en repensant au Fade To Grey de Visage, quelque part en notre époque.

 

Un disque : Miss Kittin And The Hacker Two (Nobody’s Bizzness)


PPPO - Miss Kittin & The Hacker

Indulgence - Miss Kittin & The Hacker

28/04/2009

Hanne Hukkelberg, la pierre et le sang

hannehukkelberg-bloodfromastoneJour après jour, année après année, le parcours pop – oui, pop, easy listening même – de la Norvégienne Hanne Hukkelberg s’impose à nous, de l’évidence mutine de Little Things de 2005 aux âpres délices de la Rykestrasse 68 en 2007. Troisième épisode d’une discographie qu’on espère longtemps de ce cru où les accents scandinaves croisent des routes nord-américaines, Blood From A Stone résistera-t-il à la durée, juge impartial et définitif des meilleurs disques ? Réponse début mal pour une première écoute, entre espoir et éternité.

 

Un disque : Hanne Hukkelberg Blood From A Stone (Nettwerk)

salt of the earth - Hanne Hukkelberg

midnight sun dream - Hanne Hukkelberg

27/04/2009

Kinit Her – Glyms Or Beame Of Radicall Truthes

kinither-glymsLe danger d’une performance vocale hors du commun – au sens premier du terme – est de phagocyter le terrain musical au point de tout balayer sur son passage, les défauts comme les qualités. Pour rééquilibrer la balance, il faut un génie aux commandes, un maître du funambulisme es partitions, un as des arrangements et des harmonies. A défaut d’avoir pu trouver son Van Dyke Parks en contrepoint de la démesure chantée de Joanna Newsom sur son immense deuxième essai Ys, le trio du Wisconsin Kinit Her passe à côté de la timbale, il s’en serait pourtant fallu de tellement peu. Gorgé des effets de gorge de son chanteur, théâtral et maniéré, Glyms Or Beame Of Radicall Truthes se noie trop souvent dans une expressivité ésotérique à bout de nerfs. En dépit d’incantations médiévales néo-folk tapissées d’humeurs black metal, genre Espers à la rencontre des Swans, les délires incantatoires du chanteur – sorte de cauchemar où un matou en rupture d’acide hurle son malheur dégénéré – donnent plus que jamais raison au dicton ‘tout passe, tout lasse’. Allo, Mr. Parks ?

 

Un disque : Kinit Her Glyms Or Beame Of Radicall Truthes (Hinterzimmer Records)


Quadriga - Kinit Her

Opal Empire - Kinit Her

Gui Boratto – Take My Breath Away

guiboratto-takemybreathawayEt dire qu’il a fallu attendre la trentaine de Gui Boratto (né en 1974) pour qu’il daigne nous proposer le résultat de ses recherches sonores. C’était en 2007, rappelez-vous, son magnifique Chromophobia sous le bras, le producteur brésilien enflammait la planète de sa classe techno folle, elle faisait danser comme elle subjuguait de ses merveilleuses textures. Au menu 2009, le maître brésilien du dancefloor remet le couvert minimal, ses beats sont toujours aussi prenants aux guibolles – sans jamais être assourdissants ou martiaux, ses harmonies répétitives témoignent plus que jamais d’une maîtrise incomparable des éléments, dont le point culminant est incontestablement le très sexy Atomic Soda et ses bourdonnements érotiques, ainsi que le fascinant travail de superposition des couches de No Turning Back, complètement hypnotisant. On regrettera, pour faire le difficile, quelque héritage douteux du passé, tels les sonorités synthétiques de Colors, ce serait faire bien trop de cas de ce titre tout à fait mineur. Aussi à l’aise dans l’electro-pop, c’est la nouveauté de l’album par rapport à son devancier (Azurra), que dans la techno, voire dans l’ambient (Les Enfants), le nouveau cru Boratto témoigne de l’ouverture d’un esprit libre qui ne se refuse à aucune chapelle, quitte à décevoir les fans de la première heure.

 

Un disque : Gui Boratto Take My Breath Away (Kompakt)


Atomic Soda - Gui Boratto

Azurra - Gui Boratto

26/04/2009

Death's not dead

death-forthewholeworldtoseeUne fois n’est pas coutume, c’est à un grand plongeon dans un des disques les plus méconnus des seventies que nous confie le label Drag City, trente-cinq années après sa sortie initiale. Projet des trois frères afro-américains David, Bob et Dannis Hackney, Death n’était heureusement pas un de ses énièmes avatars doom rock pour corbeaux mal démaquillés, contrairement à ce que leur malheureuse dénomination (qu’ils ont toujours refusée de changer) pouvait laisser croire. Adepte d’un style rock mélodique aux effluves punk qui devait autant à la black music de Curtis Mayfield qu’au rock progressif, la fratrie de Detroit est responsable d’un (seul) disque de légende (…For The Whole World To See) resté tellement dans l’ombre que ses auteurs dérivèrent très vite dans une bouse gospel reggae sans nom. Trois décennies et demie plus tard, le mal est réparé, presque.

 

Un disque : Death …For The Whole World To See (Drag City)

Politicians In My Eyes - Death

25/04/2009

Caroline Weeks, en pleine folk

Caroline Weeks – Songs For EdnaAu vu du succès indéniable de Bat For Lashes – elle est multi-instrumentiste du groupe qui accompagne Natasha Khan – l’Anglaise Caroline Weeks (aucun lien avec Greg) ne doit pas ressentir le besoin financier d’enregistrer son propre album solo. Bien lui en a pris de s’en remettre à son désir artistique, à l’écoute des jolies comptines folk qui garnissent le panier de son Songs For Edna (les textes sont de la poétesse américaine de la première moitié du 20è siècle Edna St Vincent Millay). Minimales dans leur accompagnement fingerpicking de sa guitare flamenco, les chansons de la demoiselle de Brighton ont déjà leur place – méritée – au milieu d’un cercle restreint dont les meilleurs rayons ont aussi pour nom Diane Cluck ou Vashti Bunyan.

 

Un disque : Caroline Weeks Songs For Edna (Manimal Vinyl)

Rone – Spanish Breakfast

Rone – Spanish BreakfastAlias du producteur parisien Erwan Castex, Rone fait une entrée remarquée dans la cour des grands de l’electronica mélodique grâce à ce petit déj’ espagnol d’excellente facture. Confrontées à l’excellence des Gui Boratto et autres Plaid de la planète, ses atmosphères optimistes et subtiles remportent la palme de la découverte printanière, qu’il tente le détour sensuel sur un dance floor en mode happy on (Belleville) ou qu’il s’essaie au crochet vers San Diego, histoire de faire coucou à The Album Leaf (Spanish Breakfast). Toujours classes, jamais – ô grand jamais – lourdingues ou poisseuses, les textures hybrides de Rone renvoient tantôt à une after berlinoise (forcément) minimaliste (Aya Ama), tantôt à un spoken word à mille lieues de la froideur d’alva noto vs Anne-James Chaton (ce qui n’enlève rien à l’excellence des uns comme des autres). Cette déclamation cynique, c’est celle de l’écrivain de science-fiction Alain Damasio qui nous invite à vivre à fond, sans regrets mais pas sans rage. Comme nous vous invitons à découvrir ce premier opus, à fond les ballons.

 

Un disque : RoneSpanish Breakfast (InFiné)

Spanish Breakfast - Rone

Bora vocal - Rone

23/04/2009

Mikhail – Morphica (II)

MikhailBushHallDu seul point de vue de l’esthétique visuelle (la suite de cet article abordera bien sûr le côté musical), la nouvelle sortie de l’artiste grec dépasse – et de loin – le niveau lambda des trop nombreux disques aux illustrations sans âme ni saveur. Illustré de quinze cartes – il ne vous reste plus qu’à acheter les cadres qui vont avec, dimensions 15 x 10,5 cm – le coffret offre d’étonnantes découvertes graphiques. Nous en avons retenu plus particulièrement les mystères obscurs du Pakistanais Farina Alam, le manga crayonné de Stephen Wilson, l’arrêt sur images de Paul Gittins, ainsi que l’autoportrait de Karikis, entre comique et vampirisme, en couverture de l’objet. Pour couronner, le tout, un livret de huit pages en anglais, introduit par le patron du label Sub Rosa Guy-Marc Hinant, détaille les tenants et les aboutissants de l’œuvre, complexes d’un premier regard et paradoxalement accessibles lorsqu’on y jette un œil de plus près.

 

Paru en 2007 sur le même label bruxellois, le très recommandé Orphica était la première œuvre en solitaire du musicien grec. Acclamé par une partie bien trop ténue de la critique spécialisée, qui l’avait remarqué deux ans plus tôt sur la compilation Army Of Me de Björk, Mikhail déclinait les grands thèmes de sa musicalité contemporaine, entre pop expérimentale ET romantique (ce n’est pas si fréquent), chants sacrés orthodoxes (les racines grecques, toujours) et instruments de l’époque baroque (clavecin, harpe, chœurs) mêlés à l’electronica de notre temps. En cousin stylistique de l’excellent Murcof, maître absolu de la confrontation entre passé et futur – écoutez ses Versailles Sessions, vous serez instantanément convaincu – il envoûtait de sa voit haut perchée les spectres supranaturels de ses chants (bien plus que chansons), aux frontières de la mystique et de la cosmologie, sans pour autant verser dans un onirisme de pacotille ésotérique.

 

A suivre

22/04/2009

Bad Statistics, oh le bad trip

badstatistics-luckytowngonePrenez, presque au hasard, cing gars de Wellington, Nouvelle-Zélande férus de free rock, genre No-Neck Blues Band meet Père Ubu quelque part sur le label Paw Tracks. Sortez du lot la voix hallucinée/nante/nogène de Thebis Mutante (Jeff Henderson quand il prend l’avion), mêlez-la à une vision rythmique noire où une basse mordue de punk kraut résiste à des percussions minimales et (étrangement) implacables et étirez les séquences sur des minutes qui virent à l’obsession. Vous voilà plongés dans le bad trip des Bad Statistics, c’est ignoble pour la peau et salace pour le cervelet.

 

Un disque : Bad StatiscticsLucky Town Gone (Pseudo Arcana)

21/04/2009

Susumu Yokota – Mother

susumuyokota-motherArdent défenseur des musiques électroniques de ces quinze dernières années, de la techno à l’ambient, le Japonais Susumu Yokota n’était guère attendu dans le champ d’action de ce Mother, et ses treize chansonnettes pop mélancoliques. Parmi les sept invités conviés au bal, Casper Clausen (Efterklang) et Anna Bronsted (Our Broken Garden) ressortent du lot, dès l’introduction de l’album, au thème intemporel qu’on verrait bien chez Claude Lelouch s’il faisait des films dignes de ce nom (Love Tendrilises). Les épanchements langoureux de Nancy Elizabeth, censés émouvoir, donnent surtout des envies de zapper, spécialement sur un A Ray Of Light appliqué et scolaire, heureusement rattrapé par A Flower White, où la voix de soprano de la chanteuse anglaise donne une bien meilleure mesure à sa tendre luminosité. A la frontière, certes, de la lounge attitude pour adepte du taoïsme qu’elle est, Caroline Ross – déjà aperçue aux côtés de Mark Rothko et de Yokota – étage la beauté diaphane de ses vocalises, accrochées à une rythmique prenante dans sa subtilité. D’autres tentatives décoratives énervent plus  qu’ils n’émerveillement par leur pseudo-philosophie de temple zen, la palme revenant aux morceaux où la diva nipponne Kaori se laisse emporter dans des élans planants qui nous font regretter de ne pas avoir mis le dernier Tujiko Noriko sur la platine.

 

Un disque : Susumu YokotaMother (Lo Recordings)


Love Tendrillses - Susumu Yokota

A Flower White - Susumu Yokota