14/05/2009

Giuseppe Ielasi, where the tracks have no name (II)

giuseppeielasi2L'année 2005 marquera également un tournant considérable dans la carrière de notre homme, qui voit son horizon géographique s’élargir à la Suède de l’excellentissime refuge Häpna (Tape, Tenniscoats, Anna Järvinen). Première de ses deux œuvres solo pour le compte de ce label, Genise ouvre la voie à une sensibilité acoustique (la guitare, toujours, parfois accompagnée de percussions) à peine remaniée par l’électronique, pour un disque magnifique de délicatesse élégiaque. La voie était toute tracée vers les sentiers empruntés par les Jim O’Rourke et Oren Ambarchi de l’univers, pensions-nous, c’était pour mieux nous tromper l’année suivante. En surprise du chef, Giuseppe Ielasi nous concocta une de ses pirouettes überélégantes auxquelles nous avons pris la délicieuse habitude au fil du temps. Là où chacun attendait une cascade d’arpèges folktronica, il débarquait avec un album éponyme qui évoquait déjà les colorations ambient de son magnifique August et le turntablism du fantastique Stunt (nous y reviendrons). Tout en soignant les formes d’un coup de trompette de ci, de guitare de là, il nous projetait dans les avances fulgurantes de sa discographie, dont nous n’étions qu’au début de la découverte.

 

Un coup de vol transatlantique plus loin, le compositeur  milanais se retrouvait hébergé – pour la première fois – sur la structure new-yorkaise 12K. L’occasion, un voyage en August, était trop belle pour ne point renouer le contact. Etonnant dans sa diversité apaisante, l’objet – très beau comme tous les disques du label de Taylor Deupree – sonnait telle une promenade intime dans les neurones de son géniteur. En apesanteur hors de toute vindicte énervée, entre souvenirs de jazz, pop agenouillée et ambient nordique, l’œuvre sentait alors le souffle obsédant de Jeff Knoch (aka Eyes Like Saucers), en survol horizontal de notre époque, marquée par Machinefabriek et Stars of the Lid. Et tel un objet insaisissable entre deux méridiens liquéfiés, elle glissait entre nos doigts à maintes reprises, avant que l’écoute suivante ne nous la fasse redécouvrir sous un jour à jamais renouvelé.

 

Nous vous l’avons évoqué en introduction, le maître lombard s’occupe également de sa propre maison de production, lancée voici trois ans. Outre deux rééditions pleinement inattendues (Chry-ptus d’Eliane Radigue paru en 1971 et Cholalogues de Nestor Figueras, David Toop et Paul Burwell), il y édite sa trilogie Stunt, dont le premier élément est sorti l’an dernier (et ce fut un sacré choc !). Entièrement joué à partir de disques vinyls tournant sur une seule platine et sur lesquels se greffent des rythmes et des pulsations en sens divers (du breakbeat au click’n cuts en passant par les bips), les six pistes louvoyaient entre les genres, sans jamais se perdre ne fut-ce qu’un dixième de seconde. A peine nous étions-nous remis d’une déviation abstract folktronica, des échos de contrebasse renvoyaient à une voie synthétique ou à un écho mirifique des Boards of Canada, quand ce n’étaient des références à la musique concrète ou à Judith Juillerat. Rarement l’expression de tout grand art prit autant de sens qu’en cette vingtaine de minutes inoubliables.

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