28/05/2009

Giuseppe Ielasi – Aix

giuseppeielasi-aixAutre suite d’un numéro précédent de Giuseppe Ielasi, Aix succède quant à lui à son August rêvé de 2007. Plus intimiste encore, l’univers de cet album – enregistré, son nom l’indique, à Aix-en-Provence – repose sur des rythmes largement irréguliers (marque de fabrique de ces derniers temps), encore que 02 séduise par sa lente fêlure où de brutales accélérations succèdent à une métronomie sournoise. Très riche et pleinement prenant au fur et à mesure de ses écoutes successives, ce second opus de Ielasi dépasse, et de loin, le simple stade de l’aléatoire qui guide théoriquement ses pas. Tournoyant autour de ses mille trouvailles sonores, chaque seconde en est une preuve de plus, Aix imbibe le moindre neurone de son auditeur tout au long de sa trentaine de minutes, tantôt obsédantes jusqu’à l’étouffement digital (04), tantôt impitoyables dans une répétitivité surgie d’entre les lignes sonores. Loin de toute paresse échaudée par trop d’ambient aseptisée pour lounge bar vert olive, cette langueur chaude et coupante invite à un ailleurs musical où chacun se prend à rêver de lendemains universels. A condition de se donner du temps, notre bien le plus précieux.

 

Un disque : Giuseppe Ielasi – Aix (12K)


02 - Giuseppe Ielasi

06 - Giuseppe Ielasi

Bonnie ‘Prince’ Billy – Beware

bonnie-prince-billy-bewarePour être tout à fait honnête – et c’est bien la moindre des choses pour un chroniqueur musical – ça faisait un bon bout de temps qu’on attendait un disque à l’intérêt marquant de Will Oldham, qui avait actionné la fonction pilote automatique depuis un moment. Etait-ce l’usure du temps ou la sensation malsaine d’avoir tout compris chez le barbu de Louisville, les repères discographiques de ses récents Ask Forgiveness ou Lie Down In The Light manquaient de conviction profonde pour s’établir durablement entre nos cactus et nos prairies. Allelujah !, le cru 2009 du songwriter américain installe en nos pavillons une envie plus que latente de ressortir les violons et les guitares, accompagnées d’un instrumentaire plus développé qu’à l’habitude, ce qui rend au son de M. Palace une vigueur harmonique qui sied à merveille à sa voix toujours autant de velours capitonné. Globalement plus country – mais c’est celle que doivent abhorrer les danseurs en chemises à carreaux du dimanche, oh oui – ce nouvel opus du maître oscille entre sonorités obscures, à l’instar de la lugubre pochette, et pâlots rayons d’un soleil couchant sur les Appalaches. Qui en sont déjà tombées amoureuses.

 

Un disque : Bonnie ‘Prince’ Billy – Beware (Domino)


Beware Your Only Friend - Bonnie "Prince" Billy

I Dont Belong to Anyone - Bonnie "Prince" Billy

27/05/2009

Sleepy Sun – Embrace

sleepysun_embraceIls sont jeunes, 22 et 23 ans, les six membres de Sleepy Sun, et cela ne les empêche nullement de s’y connaître en psychedelia americana. Rempli de guitares torturées à grands coups de distorsions, leur premier opus Embrace indique aux observateurs de la scène West Coast la direction bruyante – et excitante – des Wooden Shjips, débusquée au coin d’un bois où le Neil Young des débuts sous hautes influences illicites éblouit tout son monde. Pour (essayer de) faire bonne figure, les pédales d’effets sont poussés à fond les ballons, ce sont les dealers d’ecsta qui leur disent merci, sans que l’on sache trop si c’est de la pose ou de la sincérité (New Age). Plus sage, sans jamais être soporifique, la ballade Lord invite à un corps-à-corps émouvant de tendresse (oh, rien de nunuche), entre accords de piano échappés de Grizzly Bear et guitare électrique au lyrisme tranchant des Kings of Leon. En d’autres temps (Red/Black), la confrontation tourne au chant du cygne post-The Piper at the Gates of Dawn, sous (haute) influence Thom Yorke, avant que de gros coups de mou au genou, censés incarner une tentation stupéfiante, ne fassent retomber une tension jusque là prenante (Golden Artifact). Bien vite, toutefois, les distorsions enjambent le pont-levis de la scansion acide, encore qu’elles sentent la recette – très – éprouvée (White Dove) aux relents nauséeux de rock prog. L’un dans l’autre, on se sent grugé, en dépit de quelques très bonnes chansons.

 

Un disque : Sleepy Sun – Embrace (ATP Recordings)

Lord - sleepy sun

Sleepy Son - sleepy sun

26/05/2009

Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis – Sur Fond Blanc

bernierpoulindenis-surfondblancCollaborateurs depuis 2006, membres du collectif Ekumen éditeur du présent objet, les compositeurs électro-acoustiques Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis en sont à leur second coup d’essai, deux années après le remarqué Etudes No 3 Pour Cordes Et Poulies, déjà sur le même label québécois. Pour ne rien changer de leurs bonnes habitudes, il s’agit également d’une collaboration avec la compagnie de danse O Vertigo, plus précisément pour le spectacle La Chambre Blanche.

Nettement moins radicale et, osons le mot, dérangeante que les travaux de KTL pour Gisèle Vienne, la vision des deux Canadiens n’en est pas moins parfaitement captivante. A l’image des dialogues cinématiques de Olo, ponctuation sensuelle sur fond de paysages sonores d’une magnifique clarté magnétisante, l’univers en pâles – mais pas pâlottes – déclinaisons de Bernier et Poulin-Denis révisent les classiques de la musique ambient, tout en s’en détachant. Entre onirisme pudique et bruitisme familier (des pas de danseurs, notamment sur Air, Sur Fond Blanc transcende par son simple impact auditif l’habillage sonore qu’il est censé incarner sur la scène chorégraphique. A ce niveau d’altitude, une rencontre impromptue entre musique concrète, soundscapes et électro-acoustique qui n’a pas beaucoup de rivales et se satisfait complètement à elle-même. Qui aurait pensé que l’espace intérieur, le vide et l’absence (les trois thèmes du projet) pouvaient avoir autant de contenu ?

 

Un disque : Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis – Sur Fond Blanc (Ekumen)


Olo - Nicolas Bernier & Jacques Poulin-Denis

Emm - Nicolas Bernier & Jacques Poulin-Denis

Niobe – Blackbird’s Echo

Niobe – Blackbird’s EchoLorsqu’il nous arrive de remontercriti le cours de la carrière d’Yvonne Cornelius (aka Niobe) on s’aperçoit que quelque part sur une étagère traîne encore un White Hats, précédent effort de la diva germano-vénézuelienne. Sans doute était-ce ces tentatives de prétentieuses de complexifier des choses qui ne méritaient pas de l’être, toujours est-il qu’une certaine circonspection prévalait avant l’écoute de cet écho de l’oiseau noir, quatrième sortie de la (jolie) demoiselle de Cologne. Le premier morceau Silicone Soul fait craindre une raide redite du passé, qui s’arrête toutefois à l’orée de You Have A Gift, tentative neo-folk réussie au discret second degré acidulé. A d’autres instants, hélas plus nombreux, on aimerait davantage de lâcher-prise à la Chica & The Folder, encore que Niobe fasse preuve d’une maîtrise vocale supérieure à celui de la Chilienne de Berlin (et le problème, c’est qu’elle ne le sait que trop bien). Et vu que sa propension à dégommer les genres tend plus de l’artifice arty que d’une réelle complicité sensorielle, nous nous permettrons de décliner poliment l’invitation.

 

Un disque : Niobe Blackbird’s Echo (Tomlab)


You Have a Gift - Niobe

Blackbirds Echo - Niobe

24/05/2009

Polar – French Songs

Polar_-_French_SongsPote de Christophe Miossec qui l’encouragea à chanter en idiome hexagonal, Polar joint le verbe francophone à la pop folk passe-partout sur ce French Songs, troisième tentative de son auteur. A la notable exception de la reprise pas dégueu du Some Velvet Morning de Lee Hazlewood & Nancy Sinatra (ici remplacée par la jamais seule Loane), la douzaine de titres se décline sur des textes doux-amers d’une poésie romantique heureusement moins clichée que les pseudo-états d’âme des insupportables Cali/ogero. Moins abouties que les demi-teintes ironiques de Philippe Uminski, les chansons de Polar font en outre des clins d’œil trop marqués à Stephan Eicher (qui a en outre co-écrit Avec Des Si), voire à Pascal Obispo (ouille, ouille), ils lui font perdre de cette personnalité qu’on aimerait voir prendre une direction moins grand public, à l’image du très miossequien ‘Comme Ca.

 

Un disque : Polar French Songs (Virgin / EMI)


Avec des si - Polar

Comme ça - Polar

K-Branding – Facial

k-branding-facialAu sein de ce royaume bizarre qu’est la Belgique, la réputation scénique des K-Branding n’est déjà plus à faire, tant leurs prestations en live qui ont jalonné leurs (déjà) nombreuses années d’existence ont marqué toute une génération d’indie fans adeptes des défunts festival RhâââLovely et salle Magasin 4 (le CBGB brusseleir). Complètement déchaînés le premier orteil à peine posé sur la scène, le trio (depuis 2004) Grégory Duby (guitare) – Vincent Stefanutti (saxophone) – Sébastien Schmit (batterie) ne laisse pas repousser grand-chose, si ce n’est de l’herbe et elle n’a pas exactement le goût du gazon.

Auparavant sextet, c’est bien sûr dans sa formule amputée de moitié que le combo bruxellois est le plus convaincant et ce premier essai de studio démontre – avec quel éclat, mes amis – toute la vigueur décapante de ses vertus. Parfois terrifiant de dézinguage pur-Zu, les trois comparses décapitent le jazz à grands coups de dub, quand ils ne fracassent pas la cold wave sous le pillon du free rock. D’une totale liberté de ton – elle fait songer à une collision entre Cheval de Frise et Pelican – la musique terriblement noise de K-Branding ne se résume pas, ce serait trop simple, à une avalanche de bruits et de claquements. Magnifiquement structurée et étagée dans sa folie guerrière, elle déboule tel un tsunami lyrique dont le saxophone de Stefanutti serait la vague, la guitare l’ouragan et la batterie le coup de massue final. Totally impressive, as they say.

 

Un disque : K-Branding Facial (Humpty Dumpty Records)


Nubian Heat - K-Branding

Africanurse - K-Branding

22/05/2009

Giuseppe Ielasi – (another) Stunt

giuseppeielasi-anotherstuntVous l’imaginez bien, après nous avoir gratifié de ce magistral Stunt, Giuseppe Ielasi était attendu comme au coin d’un bois avec son ‘(another) Stunt’. Deuxième composant de la trilogie, disponible physiquement en vinyl uniquement, il repose toujours sur le même principe du turntablism, associé à des rythmes et des pulsations qui lui donnent tout son sel. Habitude aidant, les six plages ne portent pas de titre, c’est bien la seule monotonie que l’artiste milanais s’autorise. Tout débute par une rythmique abstract hip hop conditionnée à l’hélium, elle hypnotise une voix vinylique qui prétend avoir douze ans sur fond de déconstruction mentale. Encore un cran au-dessus dans la désorganisation des tempi, le second titre s’inscrit dans une névrose cérébrale impitoyable et, pour tout dire, déconcertante. Davantage inscrit dans une discrète pulsation qu’on pourrait imaginer cardiaque, le troisième morceau dévoie une synchronicité très musicale, aux confins des râga indiens et du jazztronica. Episode le plus étonnant, le quatrième track débauche dans sa stupéfiante irrégularité les délires explosés d’un Donald Duck cocaïnomane accroché à une vieille pendule comme bouée de sauvetage. Le morceau final, une réjouissante bravade expressive où l’on fantasme la présence aux fûts de Martin Brandlmayr aux côtés d’une Colleen traçant une voie rapide, donne du baume au corps d’un opus à demi-réussi seulement.

 

Un EP : Giuseppe Ielasi (another) Stunt (Schoolmap Records)

2 - Giuseppe ielasi

4 - Giuseppe ielasi

Whitetree – Cloudland

whitetree-cloudlandLes origines de Whitetree, collaboration entre les frangins Robert et Ronald Lippok et le compositeur italien Ludovico Einaudi, datent d’un concert milanais des To Rococo Hot. Présent ce jour-là, Einaudi proposa à la fratrie allemande d’un jour enregistrer ensemble, fasciné qu’il fut par l’électronique de Robert et les percussions de Ronald. Le musicien transalpin, en contemporain de notre Wim Mertens national, amena donc en studio le duo allemand, pour un disque étonnant de classe harmonique. En ouverture, le piano d’Einaudi démontre la place majeure qu’il occupe dans cette musique, soignée et classe sur des fonds sonores  qu’on pourrait croire sortis de chez Fennesz. Plus mélodique, presque jazz, le second titre Kyril est absolument prodigieux dans ses entrelacs de bruits épars, notamment grâce au jeu d’une infinie précision de Ronald Lippok, digne de Chris Corsano. Pierre angulaire du disque, le morceau se poursuit sous les auspices de Barbara Mogenstern, la grande amie pop qu’il ne faut jamais oublier. A l’image d’un disque qu’on repassera à qui veut l’entendre.

 

Un disque : Whitetree – Cloudland (Ponderosa)

Kyril - Whitetree

Mercury Sands - Whitetree

21/05/2009

Kiki – Kaiku

kiki-kaikuNom de plume – et de scène – du Finlandais Joakim Ijäs, Kiki avait tout pour ne pas casser la baraque minimal dance, vous savez, celle bâtie par une planète se rêvant en Ellen Allien pour se réveiller en Miss Kittin du Borinage. Rythmes chaloupés, beats abasourdis et branlette technoïde solitairement old skool, tout laissait concourir le second opus du protégé d’Ellen Fraatz à ne demeurer qu’une production lambda de plus dans un secteur où le rythme de production kilométrique laisse souvent pantois. C’était sans compter sur la bombinette dancefloor Autumn Leaves en introduction de ce Kaiku qui n’est pas que pour les kakous, bien que d’autres séquences nous renvoient dix ans en arrière sans même faire semblant (Good Voodoo). Toutefois, les bonnes surprises l’emportent largement, en témoigne les boucles downtempo machinalement murmurées de No Words Necessary, originales et subtiles tout en étant dynamiques. Guère éloignée, parfois, de la démarche synth-pop d’un Apparat, en témoigne le violoncelle électrique de Immortal, finalement proche d’un certain Arthur Russell en version Bpitch, la démarche du producteur finnois mérite, sinon notre pleine adhésion, un respect total et sans autres limites que les quelques rappels trop voyants d’un passé trépassé.

 

Un disque : Kiki Kaiku (Bpitch Control)

Autumn Leaves - Kiki

Autumn Leaves - Kiki