30/06/2009

Das Bierbeben – s/t

dasbierbebenElle est pleinement décomplexée, la pop électro-punk des quatre joyeux drilles de Das Bierbeben, et ça fait un réel bien de se soulager – non, pas ce que vous imaginez – sur les élans tubesques d’un Dunkle Tage. Chanté en allemand, avis aux germanophiles, à l’exception du peu convaincant Behind The Green Door, le troisième opus de Julia Wilton et ses potes ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas, et ne s’imagine pas un seul instant en sauveur de la scène indépendante, encore que ses sympatoches mélodies finissent vite par trotter dans un coin de la caboche. Frère de cœur des Lillois de Gomm, le quatuor teuton déroule, sans se prendre la tête ni coup férir, des mélodies éprises de bonne humeur et de liberté. Quelque part à la croisée des chemins d’une électro-clash customisée à la Neue Deutsche Welle (Andreas Dorau, tout ça) et au Kraftwerk, on passe un bon moment sans prétention, bien loin des horreurs pompières du Daan de ces dernières années. Que nous faut-il de plus ?

 

Un disque : Das Bierbeben – s/t (Shitkatapult)

Wie ein Vogel - Das Bierbeben

Der König - Das Bierbeben

28/06/2009

Luke Hess – Light In The Dark

00_ Luke Hess - Light In The DarkFigure remarquée de la scène nu dub techno, le gars Luke Hess s’était fait un nom ces derniers mois en délivrant une série d’EPs pas bégueules pour deux coups de minimale, dont le fameux Dub For Love et ses étouffantes ambiances smooth, ou bien le plus saccadé Believe & Receive, grosse tuerie dancefloor toute en beats retenus.

Pour son premier disque de longue durée, le producteur de Detroit – oui, le son de la ville de la GM est toujours bien vivace – débloque la transe des clubbers, en sueur sur ses tempi d’une magnifique contenance maîtrisée. D’une grande classe, Hess n’a pas peur d’oublier de monter dans les tours, suscitant un appel d’air qui ne vient jamais, il intrigue autant le cortex qu’il sublime la tension. Et en en camarade d’épopée des Berlinois Marcel Dettmann et Ben Klock, on l’imagine parfaitement aux commandes du Berghain, le club mythique de la capitale allemande.

 

Un disque : Luke Hess Light In The Dark (Echocord)

Son Beams - Luke Hess

Self-Control - Luke Hess

Metalycée – It Is Not

metalycee-itisnotLes racines du projet Metalycée remontent déjà à l’an 2003, année de composition d’un disque où les artistes sonores viennois Armin Steiner et Nik Hummer manipulaient numériquement des samples de guitares et de batterie. Complété depuis deux ans, l’effectif du groupe comprend aujourd’hui la chanteuse Melita Jurisic, le batteur Bernhard Breuer et la bassiste Matija Schnellander, ce qui a fait évoluer sa musicalité dans une direction où le metal downtempo croise le fer avec le spoken word, voire le free jazz.

Le plus frappant à l’écoute de cet It Is Not, c’est la voix caverneuse de l’actrice et vocaliste australienne Melita Jurisic, déjà entendue aux côtés de Szely ou de Philipp Quehenberger. Fille très digne de Nico, Myra Davies et Ursula Rucker, elle récite des textes certes pas drôles mais qui prennent tout leur sens lugubre, grâce à l’accompagnement musical de ses partenaires. Relevons notamment le jeu de batterie de Bernhard Breuer sur Satisfy My Soul, implacable et motorique, ainsi que l’abrasivité du duo Hummer / Steiner sur le morceau-titre, remarquable écho du Hello Voyager de Carla ‘Evangelista’ Bozulich, œuvre majeure de l’année écoulée.

 

Un disque : Metalycée – It Is Not (Mosz)


It Is Not - Metalycée

Something Sick - Metalycée

25/06/2009

Lawrence English – A Colour For Autumn

lawrenceenglish-acolourforautumnAdieu embruns, au revoir brouillard, bonjour l’automne, telle pourrait être la devise de A Colour For Autumn, dernière œuvre en date de Lawrence English. Second numéro d’une série inscrite dans le passage des saisons, le disque fait écho à la collaboration entre le producteur australien et le musicien concret espagnol Francisco López (HB), défendue avec enthousiasme en ces pages et, bien plus encore, à For Varying Degrees Of Winter, deux sorties du label français Baskaru.

Pour bien appréhender la chaleur qui se dégage des sept plages de l’album, l’australité d’English est un pré-requis indispensable. Là où en nos terres nordiques, la saison des feuilles mortes évoque engourdissement et hibernation, en l’hémisphère sud de son auteur, elle est synonyme de renouveau et de renaissance. Même quand elle mêle le bruit du mistral enregistré dans  la basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille (Droplet), une cordialité manifeste relie les divers éléments de l’album. Entre la voix de Dean Roberts sur le morceau d’ouverture et les clusters électroniques de Christian Fennesz sur les lenteurs exquises de The Surface Of Everything, les variations sur le même thème – devinez lequel – du patron de Room40 (en exil sur 12K) combleront les heureux modernes qui prennent le temps de s’en donner.

 

Un disque : Lawrence English – A Colour For Autumn (12K)


Droplet - Lawrence English

The Surface of Everything - Lawrence English

24/06/2009

Elfin Saddle – Ringing For The Begin Again

elfinsaddle-ringingforthebeginagainPartenaires de couche et de scène, Jordan McKenzie et Emi Honda en sont à leur second essai discographique sous leur nom d’Elfin Saddle, le premier sur le label Constellation des A Silver Mt Zion, Elizabeth Anka Vajagic et toute la clique de Canadiens farouchement indépendants. L’esprit d’équipe n’étant pas un vain mot au pays du Godspeed, Jessica Moss (violoniste de ASMZ) et Nick Scribner (Clues) viennent pousser le violon et la trompette sur quelques morceaux, alors qu’Efrim Menuck (G!YBE, ASMZ) est aux manettes du projet.

Débutant par une déclamation sombre sur fond de contrebasse, l’inaugural The Bringer évolue progressivement vers une cavalcade à la Yann Tiersen, donnant ainsi le ton à un disque marqué par la multitude de ses styles. Au sein d’un même titre, une folk music balkanique (sans les excès coutumiers du genre, hein Mr. Beirut ?) côtoie une ligne vocale japonisante, chantée évidemment par la demoiselle Honda (Running Sheep), tandis qu’en d’autres lieux, McKenzie entonne une chanson folk nord-américaine de son timbre sombre et cependant enjoué, contrebalancé par les backing vocals de sa comparse nipponne. Très richement orchestré le plus souvent (accordéon, tuba, scie musicale, banjo, xylophone…, l’album peut aussi se rendre plus minimaliste, à l’instar de Sakura, où l’on imaginerait volontiers Emiko (du duo A&E) donner le change à Colleen, avant qu’un rythme naturel enlevé ne reprenne – naturellement – le dessus. Le plus surprenant demeurant ce mélange des genres assumé et naturel.

 

Un disque : Elfin Saddle – Ringing For The Begin Again (Constellation)

Running Sheep - Elfin Saddle

The Procession - Elfin Saddle

23/06/2009

Fennesz – Black Sea

fennesz-blackseaIl suffit de remonter le temps de quelques années, un peu moins de cinq, pour trouver trace de l’ultime effort en solo de Christian Fennesz  - et lequel ! – quand il parcourait la lagune vénitienne le long de ses nappes mélodiques aux dissonances délicatement saturées. Proclamé depuis l’incontournable Endless Summer pape de la génération new ambient, le Viennois confirmait, si besoin était, que sa stature n’était pas usurpée, bien que d’autres albums de Lawrence English, Jefre Cantu-Ledesma ou Wzt Hearts nous aient finalement bien plus convaincus sur la durée.

Pour un come back solo forcément  attendu, le producteur autrichien nous convie à un séjour aux bords de la Mer Noire, en des termes finalement bien similaires à ceux déjà développées dans ses œuvres précédentes. Bien entendu, le niveau de musicalité franchi par le maître de Vienne demeure tout bonnement exceptionnel de maîtrise formelle et d’inventivité esthétique (The Colour Of Three, magnifique le piano préparé de l’Australien Anthony Pateras), personne n’en disconviendra. Le rôle du critique n’étant pas de servir de caisse enregistreuse des sorties immanquables de leur temps, nous nous en voudrions cependant de ne pas remettre en question la volonté de renouvellement de Christian F. au bout de quinze années de discographie. Aussi n’est-ce qu’à demi-surprenant que les réels échos novateurs proviennent des deux morceaux en collaboration, l’une déjà citée, l’autre avec le Néo-Zélandais Rosy Parlane aux fascinants murmures post-post-industriels sur Glide. A l’image d’un autre travail en équipe paru récemment, l’essentiel Till The Old World’s Blown Up And A New One Is Created aux côtés de Werner Dafeldeker et Martin Brandlmayr.

 

Un disque : Fennesz – Black Sea (Touch)

The Colour of Three - Fennesz

Glide - Fennesz

17/06/2009

St Vincent – Actor

stvincent-actorIl est de ces souvenirs qui émerveillent à jamais le parcours discographique d’un(e) artiste. Back in 2007, Annie Clark – dites St Vincent, merci -  présentait à la face du monde son premier Marry Me, une telle proposition séductrice ne pouvait décemment se refuser. D’une grande douceur, caresse ultime pour nos oreilles abreuvées à l’incontournable The Beginning Stages of… de The Polyphonic Spree (dont la demoiselle fit un jour partie).

Toujours d’une classe ultime, celle touchante d’une My Brightest Diamond qui aurait viré gentle pop (Midlake meets Bat For Lashes, kinda), le second effort de la Chicago girl est un – très – grand cru, ceux dont on se repaîtra des années durant, on en prend le pari. Mélodies d’une tendresse acidulée, là où pointe un soupçon de psychédélisme rêveur de Hope Sandoval en tenue d’orage, les hymnes de la belle décochent des flèches en plein cœur, qui en redemande. Malgré – ou à cause de – ses éléments disparates, entre caresses et distorsions, à mi-chemin entre dolce vita et Williamsburg, la tentation de devenir un Actor est irrésistible. Allo, l’Actor’s Studio ?

 

Un disque : St Vincent – Actor (4AD)


The Strangers - St. Vincent

Laughing with a Mouth of Blood - St. Vincent

16/06/2009

Hildur Gudnadottir – Without Sinking

HildurGudnadottir-withoutsinkingVioloncelliste islandaise formée au conservatoire, partenaire de projets aussi divers que remarquables (Pan Sonic, Animal Collective, Throbbing Gristle, múm), Hildur (Ingveldardottir) Gudnadottir avait déjà fait parler d’elle en 2006 sur son label autochtone 12 Tonar. Et si quelques productions du cru s’étaient frayé un chemin plus que convenable jusqu’en nos terres, notamment la récent et excitante tribu synth kraut Evil Madness, le premier opus de la demoiselle de Reykjavik était resté bien plus discret de ce côté de l’Atlantique Nord.

Dorénavant signée sur l’incontournable Touch, Gudnadottir a passé énormément de temps à voyager ces trois dernières années et la vue des nuages  depuis le hublot des avions lui a inspiré ce Without Sinking dont on reparlera. Par-delà le concept, qui faisait craindre un énième bâillement ambient nébuleux, la musicienne du pays de Valgeir Sigurdsson démontre un fameux savoir-faire dans le traitement des instruments, violoncelle (of course) et cithare en tête. Passés par un filtre électronique qui leur un supplément d’âme au lieu de tout bousiller ce qui fait leur substance, les sons chaleureux de la demoiselle des geysers dénotent une emprise sereine de l’instrument qui n’exclut ni lâcher prise dans les moments allegro, ni recueillement dans les passages lento. Un peu comme si elle avait déniché le point d’équilibre entre Gavin Bryars et Colleen, deux des personnages centraux de notre temps qu’il fait toujours bon fréquenter.

 

Un disque : Hildur Gudnadottir – Without Sinking (Touch)

Elevation - Hildur Gudnadóttir

Opaque - Hildur Gudnadóttir

14/06/2009

Lawrence English – Kiri No Oto

lawrenceenglish-kirinootoLes présentations faites, le temps est venu de nous intéresser aux deux dernières productions de Lawrence English, chronologiquement parlant. Parue sur le label Touch, célèbre pour l’édition des passionnants récents travaux de Jacob Kirkegaard (dont nous ne recommanderons jamais assez l’ultime Labyrinthis), Hildur Gudnadottir (ou l’émotion faite violoncelle) ou Fennesz (pas à son meilleur toutefois sur son ultime Black Sea), Kiri No Oto (Le son du brouillard dans l’idiome natal de Keiji Haino) est tout simplement un disque exceptionnel, ce que l’année écoulée depuis sa sortie n’a fait que confirmer. Explication de (con)texte. Au départ de l’opus, il y avait une collection de sons glanés lors des voyages d’English, entre Pologne, Nouvelle-Zélande, Japon et Australie. Filtrées et soumises à des distorsions qui lui confèrent un supplément d’âme absolument stupéfiant de maîtrise technique, les sonorités de Kiri No Oto entraînent l’auditeur en une quête habitée de, vous l’aurez deviné, brumes et brouillard. D’une hauteur de vue qu’on n’espérait guère plus depuis le Zauberberg de Wolfgang Voigt aka GAS, l’œuvre débute par un morceau complètement mystifiant de bruitisme élégant, il est bien plus rêveur qu’inquiétant (Organs Lost At Sea). Toujours en phase avec sa vision de la musique, le cas présent à un environnement où règne une fausse sérénité, il ne se laisse toutefois pas aller à une complaisance reposante et amorphe. Sous des faux airs de tranquillité, le chaos surgit d’où on ne l’attend plus (White Spray), avant que les échos d’une fin de nuit glaciale au-dessus des flots ne submergent la vanité de l’être humain, frêle esquif qui s’imagine omnipotent. Et face à cet immense disque, on s’imagine vraiment (tout) petit.

 

Un disque : Lawrence English – Kiri No Oto (Touch)


Organs Lost At Sea - Lawrence English

White Spray - Lawrence English

09/06/2009

Tall Paul Grundy – Stuff We’ll Never Solve

tallpaulgrundy-stuffExilé mancunien un jour échoué dans les parages géographiques d’un couvent lillois, Tall Paul Grundy – il dépasse allègrement le 1m90 – émarge à cette caste précieuse des singers songwriters britanniques dont le discret parcours ne cesse de nous fasciner (à l’image de cet autre loser magnifique qu’est John Cunningham). Adepte de formes simples – une guitare folk ou un clavier, le plus souvent – maîtrisées à la perfection, ce qui rajoute à leur émotion réelle, le musicien anglais dévoile en toute pudeur des mélodies admirables de retenue. Jamais pris en flagrant délit de forçage de trait, Grundy laisse filer au naturel des chansonnettes qui prennent leur juste place à la gauche de groupes aussi indémodables que les Pernice Brothers. Laissant à chacun le soin de guider ses pas sur des mélopées aux fins traits de comptines pour grands enfants de la pop old skool, notre homme évite de nous flanquer des grosses louches dans la tronche, n’imposant jamais, proposant toujours. Parmi la multitude des réussites de ce disque exemplaire de modestie mi-chantée mi-déclamée (on est moins fan du spoken word de Doing Right By Others), des titres comme Strange Lark sont une bénédiction, grâce à des backing vocals d’une désarmante humilité. C’est qu’il est fort en harmonies vocales, le gars Tall Paul.

 

Un disque : Tall Paul Grundy – Stuff We’ll Never Solve (Structure Records)


Cardboard England - Tall Paul Grundy

Doing Right by Others - Tall Paul Grundy