31/07/2009

DJ Olive – Triage

DJOlive-TriageLe nom de DJ Olive étant désormais une référence de la musique ambient, nous ne vous ferons plus l’insulte de rappeler que Gregor Asch (à l’état-civil) est tout sauf un pourvoyeur de musiques à secouer les bras et le reste sur les dancefloors du globe. Collaborateur de l’excellente Ikue Mori ou de l’illustre Kim Gordon, le producteur new-yorkais est déjà passé à la postérité pour avoir inventé le terme illbient, devenu depuis un genre, voire une référence, à part entière.

Troisième volet de la série Sleeping Pills, démarrée en 2001 pour les personnes souffrant de troubles du sommeil (véridique !), Triage est tout sauf un disque à dormir debout (ou assis). Absolument remarquable du début à la fin de la seule plage qui le compose, le dernier effort de M. The Audio Janitor (son autre alias) subjugue et transporte dans un au-delà de la nuit qui fait regretter de ne pas avoir de soucoupe volante. Nulle crainte de se laisser abrutir par des atmosphères ultra-reposantes (certes, elles le sont) pour salon de massage tantrique à 200 Euros l’heure, tant la classe infinie du musisien américain dévoile la multiplicité de sa magnificence. Multipliant les variations à l’infini, DJ Olive caresse l’art de l’évolution avec la placidité rupestre d’un maître des estampes japonaises, chaque étape se différenciant de la précédente tout en nous demeurant familière. Immense, tout simplement.

                                                               

Un disque : DJ Olive Triage (Room40)


Triage (extract) - DJ Olive

The Revolution – Revolution

TheRevolutionNé de l’échange entre des producteurs anglo-saxons parmi les plus fameux et des jeunes musiciens cubains, The Revolution vaut bien mieux que ne laisse supposer la lourdeur de son titre, clin d’œil balourd au discours castriste, principalement sur sa première partie, totalement excitante. Notamment, le premier morceau Shelter est tout simplement formidable. Grâce au flow limpide du MC Lateef The Truth Speaker, marié aux cuivres brillamment soul d’un certain Norman Cook (alias Fatboy Slim, si si), l’esprit frondeur de Curtis Mayfield rejoint la diversité foisonnante d’un Jimi Tenor qui aurait viré producteur de hip hop. Splendide ! Echo lointain des Buraka Som Sistema et des… Destiny’s Child, les deux tracks signés du producteur Guy Sigsworth (Seal, Madonna, Björk) ont moins d’allure. Toujours impeccable, Roisin Murphy rehausse l’allure, toujours chic et glam, d’une dance music en souvenirs de Moloko – comme quoi, on ne se refait pas – mis en scène par Marius DeVries (Massive Attack). Un pénible souvenir de Yuri Buenaventura vite zappé, la seconde partie du disque convainc en demi-teintes, entre dream pop (trop) alanguie signée Rich File d’Unkle et les fatigants Orishas.

 

Un disque : The Revolution – Revolution (Rapster Records / !K7)


Shelter - Lateef Daumont

Yellow Moon - Revolution

30/07/2009

Office-R(6) – Recording The Grain

OfficeR6-recordingthegrainSextet composé de Koen Nutters (basse), Robert Van Heumen (laptop LiSa), Jeff Carey (laptop Super Collider), Sakir Oguz Buyukberber (clarinette basse), Dirk Bruinsma (saxophone soprano et baryton) et Morten J Olsen (percussions), Office-R(6) n’est pas qu’un ensemble de plus adepte des textures libres et des formules improvisées.

Fondé en 2001 à Amsterdam, le combo excelle dans l’art de l’accident, librement sonore tout comme il est formidablement musical. D’une justesse d’équilibre absolument fascinante de justesse (a)rythmique, No Tones Around Two (Str 1+3) laisse le soin à la clarinette basse de donner le ton, en un point de convergence où Heinz Holliger intègrerait Supersilent, chaque membre apportant une touche imperceptible qui confine au bonheur absolu. Encore plus constructiviste, follement rempli de ces micro-rencontres qui lui confèrent un charme beriosien, Gold Part II (Str 5) fulmine de son architecture minimale, tandis que Split Breath Ending (Str 1) propose une échappée en solitaire aux confins de la musique concrète, quelque part en un sous-bois grouillant d’insectes invisibles. Merveille de discrétion percussive, The Repeats (Str 1A) jubile du talent inné de son batteur, racé et subtil, tout en se mettant au service de ses partenaires, avant que la conclusion Available Sources (Ex 1) ne donne au saxophone baryton les clés d’une porte derrière laquelle se déchaînent une flopée d’oiseaux en folie qu’une clochette répétée ne vient bien rapidement calmer.

Troisième sortie du label norvégien +3dB (et c’est peu dire que nous attendons les suivantes !), Recording The Grain atteint tout simplement le niveau inouï du IIIIIII du quatuor Lemur, révélation majeure de l’année dernière, cela veut tout dire.

 

Un disque : Office-R(6) – Recording The Grain (+3dB)


No Tones Around Two (Str 1 3) - Office-R(6)

Gold Part II (Str 5) - Office-R(6)

V/A – Umbrelladelika! – Drops

umbrelladelikaQu’un label aux accents électroniques de qualité voit le jour en nos contrées, réputées accueillantes pour les artistes Warp ou Planet Mu, n’a rien de surprenant. Cette nouvelle structure, c’est celle du Bruxellois Harry Poppins, elle porte l’étrange nom d’Umbrelladelika! Records, on dira UBD pour faire court et sa première sortie donne déjà à entendre – du tout bon, coco. Très jolie carte de visite, la présente compilation regroupe une multitude de styles, entre IDM tendance Autechre (Egon Fisk, dont l’élégante track a beaucoup de gueule dynamique), electronica rêveuse saupoudrée de click’n cuts (Ucture) ou cavalcade de (break)beats en un mode Venetian Snares assourdi (le label manager himself). Seul nom "connu" de la bande, le duo Wevie Stonder confirme tout le bien au moral de son électro-pop dadaïste, ponctuée de scratches et d’un spoken word ergophizmizien, tout comme les délires joueurs de tep auraient pu se retrouver sur le label Gagarin Records d’un Felix Kubin tombé amoureux de Pascal Comelade et de Bogdan Raczynski. Des noms qui évoquent déjà des futures sorties à suivre, et pas que du coin de l’oeil.

 

Un disque : V/A – Umbrelladelika! – Drops (Umbrelladelika! Records)


Desperate Hole Life - Ucture

When Marti Was There - RoachBungincan

Acip Lellien Hungmeister - Egon Fisk

25/07/2009

Roshi feat. Pars Radio – And Stars

roshi-andstarsLes origines iraniennes des musiciennes britanniques sont décidément des plus délicieuses. Après la princesse de l’ambient IDM Leila et son acclamé Blood, Looms & Blooms (Warp, 2008), une autre fille de la Perse (née au Pays de Galles) décide de faire des siennes, et la manière est très jolie. Répondant au doux nom de Roshi Nasehi, alias Roshi, la demoiselle nous présente son univers, tactile et précieux comme le dernier Portishead.

Véritable trésor qui nous ouvre les portes sensibles d’un monde à l’onirisme magique, Night Swimming baigne de la classe lento du soprano de la demoiselle, perché entre une étoile et un violoncelle tombé amoureux de cette sublime mélodie. Plus à l’est, quelque part dans un orient magnifié par une sœur Marie Keyrouz emportée dans un souffle alangui, Dohktar e Boyerhmadi conte en la langue persane de son auteure l’histoire d’une jeune fille, dans un ralenti fascinant de beauté assumée. Très surprenant et énigmatique, le troisième morceau She Paces sonne telle une mélodie en montagnes russes signée Felix Kubin, elle nous démontre les immenses possibilités vocales de Roshi, soutenue en toute agilité par son groupe Pars Radio (elle et Graham Dowdall, plus connu sous le pseudo de Gagarin), avant  d’entamer une seconde partie plus lyrique en pleine inadéquation avec ce qui le précède. La conclusion Rachid Khan voit, une fois de plus et (presque) de trop, l’artiste irano-galloise dialoguer avec un violoncelle qui rivalise de maniérisme avec les vocalises de son mentor vocal. Quelle importance, au vu du très haut degré de raffinement qui l’a précédé.

 

Un EP : Roshi feat. Pars Radio – And Stars (Geo Records)


Night Swimming - Roshi feat Pars Radio

Dohktar e Boyerhmadi - Rosha feat Pars Radio

Hecker – Acid In The Style Of David Tudor

Hecker-AcidInTheStyleHomme aux idées fortes et sans concession à une quelconque chapelle électronique, si ce n’est celle de l’exigence et de l’excellence, Florian Hecker nous avait tout simplement bluffé en 2003 sur son précédent Sun Pandämonium, disque incroyable qui donnait carrément le mal de mer, au sens le plus physique du terme. On adorait ou on détestait, en toute hypothèse. Une multitude d’installations sonores et une collaboration avec le tout aussi impitoyable Yasuano Tone plus tard, le musicien allemand est de retour pour une œuvre qui mêle – le défi est osé – la culture des rave parties et la musique expérimentale du vingtième siècle (David Tudor était ce pianiste et compositeur spécialisé dans les musiques de Cage, Stockhausen ou Boulez).

Autant prévenir les drogués du beat qui rend fou, Hecker ne met nulle eau technoïde dans son vin expérimental, tout digitalisé qu’il soit. Exposées en six pistes (sur les dix du disque) toutes intitulées Acid In The Style Of David Tudor, les manipulations sonores de l’artiste allemand picotent les nerfs, sursautent à un niveau épileptique surhumain et secouent – en toute acidité, indeed, le cervelet. A ce stade de la chronique, vous vous dites que tout cela doit être monotone et intellectualisant au possible, et vous avez êtes passé à la review suivante, grave erreur, voici pourquoi. D’une immense variété stylistique, les sons produits par l’ordinateur analogique de Hecker (un vieux Comdyna, avis aux geeks) – couplés à un synthétiseur modulaire Buchla, favori d’Eliane Radigue ou Pauline Oliveros – ne doivent rien au hasard de l’informatique ou de l’abandon. Entre échos dépecés de video games eighties, bestioles martyrisées dans un circuit électrique ou bribes de dialogues machinisées, l’univers de l’homme d’Augsbourg est pleinement subjuguant, des six pièces déjà citées aux trois plages ASA, aux atmosphères spatiales entre évasion suraiguë et boucles tarkovskiennes. Waw.

 

Un disque : Hecker – Acid In The Style Of David Tudor (Editions Mego)


Acid In The Style Of David Tudor - Hecker

ASA 1 - Hecker

Cortney Tidwell – Boys

Cortney Tidwell – BoysElégante et racée, au plein sens américana du terme, Cortney Tidwell vit garçons, pense garçons, joue avec des garçons et au micro, elle regorge – ô joie sublime – de féminité. Aujourd’hui maman de deux enfants (des garçons, que pensiez-vous ?) et génitrice de deux beaux disques (celui-ci étant le second), la fille de Nashville confirme tout le bien déclamé sur son premier opus, le très affirmé Don’t Let Stars Keep Us Tangled Up.

Très classe et pleinement convaincant, son univers mi feutré mi-expressif se mire dans la beauté de St Vincent, plus spécialement dans le tout récent Actor, encensé en ces pages le mois dernier. Passée au tamis d’une scène féminine où Martha Wainwright jouerait le rock aux côtés de Hope Sandoval, la vision tidwellienne de la musique transcende, hors de toute vénération au formol, les héros nord-américains, du beau sexe et de l’autre. Au nombre se ses atours décisifs, sa voix d’orge décline au plus profond de l’âme des mélodies charmeuses, soutenues par des arrangements épris d’Eleni Mandell, de The Polyphonic Spree et de Mazzy Star. Passé ce stade de la surprise, on appelle cela une – éclatante – confirmation.

 

Un disque : Cortney Tidwell – Boys (City Slang)


Solid State - Cortney Tidwell

So We Sing - Cortney Tidwell

03/07/2009

Beehatch – Brood

beehatch-broodQuand un membre de Download, Dead Voices On Air et de Zoviet*France (Mark Spybey) retrouve son partenaire downloadien Phil Western (Kone, Plateau), on peut s’attendre à une ce que la veine post-industrielle de leurs origines refasse surface. Hormis sur l’initial Edison Medicine, et ses inquiétantes rumeurs aux splendides réminiscences de Throbbing Gristle, le duo Beehatch évite de se regarder le nombril et se tourne vers une musique synth kraut éprise des seventies tout en oubliant de verser dans un passéisme compassé.

L’ami Spybey ayant tourné avec Can, Damo Suzuki, Cluster, Michael Rother et Dieter Moebius, l’évolution de ce second effort du groupe vers des sphères planantes n’étonne guère. Globalement satisfaisantes, les compos n’évitent toutefois pas certains clichés synthétiques, voire versent dans une mystique himalayenne qu’on croyait adultes non admis (On Ideal Wings). On se console toutefois bien vite avec le free jazz à la crudité atmosphérique de Du Du Horn, bizarrement enchaîné à une célébration underground où Tom Waits mettrait l’habit de Jaki Liebezeit. Une sacrée bizarrerie que ce disque, tourné entre influences passées et expérimentations futures.

 

Un disque : Beehatch – Brood (Lens Records)


Du Du Horn - Beehatch

Türkische Hasa - Beehatch

02/07/2009

Trouble Books – The United Colors Of

TroubleBooks-TheUnitedColorsOfProbables uniques représentants de la scène d’Akron, Ohio, le combo Trouble Books s’est fait remarquer par une floppée de CD-R et de cassettes enregistrées sur un huit-pistes vintage antédiluvien, avant de se retrouver sur le label Own Records. A l’écoute de sa dream pop ambient, le trio américain et sa dizaine de voisins et potes ne doit pas être ressorti totalement éveillé de ses séances d’enregistrement, tant la discrétion vaporeuse de ses atmosphères oscille entre rêve éveillé et renoncement utopiste. Les tempi se veulent étalés sur des nuages effilés, les voix empruntent des chemins de traverse fondamentalement indie, ils sont carrément superbes sur le second titre Strelka, chanté en solo et charme par Linda Lejsovska. Tout cela participant d’un minimalisme épuré qui n’exclut guère des arrangements où la subtilité des distorsions n’ignore pas le sens du mot beauté (Night Of The Pelican Street Sweeper), bien que la propension de Keith Freund & co à juguler les intensités puisse aussi lasser. La proposition est à prendre ou à laisser.

 

Un disque : Trouble Books – The United Colors Of Trouble Books (Own Records)


Strelka - Trouble Books

Night of the Pelican Street Sweeper - Trouble Books