27/08/2009

God Help The Girl – s/t

godhelpthegirlL’artwork de God Help The Girl menait déjà sur la piste de Glasgow. Un joli minois, l’air pensif et mélancolique, perdue dans un temps où Lee Hazlewood faisait swinguer Nancy Sinatra, l’indice était manifeste. La plaque à peine posée sur la platine, le doute n’était plus permis, Stuart Murdoch l’insatiable avait de nouveau frappé.

Privé, depuis plusieurs années déjà de sa partenaire Isobel Campbell, partie trouver refuge viril dans les bras de Mark Lanegan, l’âme des Belle & Sebastian avait trouvé le temps d’une échappatoire, elle prenait la forme d’une (presque) comédie musicale, dont le tournage est prévu courant 2010.

Et quitte à visiter les années soixante à grandes rasades d’eau de rose, Murdoch endosse l’habit du producteur, classieux et magnétique. A grands coups de violons, il prend à témoins Phil Spector et Burt Bacharach, qui auraient trop heureux d’orner l’écrin de la splendide chanson-titre, écrite de main de maître. Et autour d’une équipe de noms connus (Neil Hannon, Mick Cooke trompettiste des B&S et arrangeur) et inconnus (Catherine Ireton, révélation au chant sur la majorité des titres, l’agaçante Brittany Stallings en Joss Stone de pacotille sur Funny Little Frog), il nous fait passer un délicieux moment de lévitation romantique qui demande confirmation dans les salles obscures.

 

Un disque : God Help The Girl – s/t (Rough Trade)


God Help the Girl - God Help the Girl

Perfection as a Hipster - God Help the Girl

25/08/2009

Delicate Noise – Filmezza

DelicateNoise-FilmezzaL’évidence s’impose, les grands maîtres électroniques d’un passé plus (Kraftwerk) ou moins (Boards of Canada) récent continuent de marquer de leur empreinte les projets contemporains. Voici à peine quelques mois, la très excitante vision synth krautrock des islandais Evil Madness nous faisait tripper d’angoisse en multicolor zygomatique, pour une visite en profondeur de l’esprit faussement sérieux de Ralf Hütter & co. Le milieu de l’année franchi, le Delicate Noise du producteur chicagolais Mark Andrushko empreinte les sentiers stellaires des Ecossais auteurs de Music Has The Right To Children, avec faconde et amplitude.

Profondément mélodique et céleste, la vision du musicien américain débouche sur des airs où un mini-opéra cosmique jubilerait au son d’un good trip émotif. Basée sur des nappes où le velours de Butterfly Envy aspire à la sérénité acidulée de OOOOO1, sa musique humecte sans prévenir des beats évadés de l’ultime opus des BofC (le splendide Trans Canada Highway), tout en incorporant – c’est l’une de ses originalités – des field recordings vocaux aux estivales évocation.

Très linéaire et accessible, l’ensemble dégage une zen attitude à mille lieux des infâmes clichés du Buddha Bar. Derrière son apparente légèreté, le travail sonore d’Andrushko est tout bonnement remarquable, entre synthèse électronique et chaleur mélodique, voire échos de pop music façon Pierre Henry (tout de même). L’un dans l’autre, malgré l’inutile tranche en sous-Venetian Snares We Like Mercury, la très grande beauté sonore de ce disque impressionne et subjugue.

 

Un disque : Delicate Noise – Filmezza (Lens Records)


Butterfly Envy - Delicate Noise

Polaroid Picture Taking - Delicate Noise

24/08/2009

Fenn O'Berg - The Magic Sound & The Return Of...

fennobergTrois dieux des musiques expérimentales, qu’elles soient d’une teneur ambient majestueuse (Christian Fennesz), indie rock folk noise (Jim O’Rourke) ou drone metal vs electronica (Peter Rehberg aka Pita et moitié de KTL). A lire sur le Grisli

Sébastien Schuller – Evenfall

sebastienschuller_evenfallEn 2005, époque de la sortie de son premier opus, le toujours aussi beau Happiness, Sébastien Schuller nous faisait part de sa curiosité pour le personnage fantasmagorique de Mark Hollis. Au-delà de la curiosité pour le mythique personnage caché derrière ses lunettes noires, le temps a prouvé l’originalité profonde de la démarche du chanteur parisien, largement au-delà des cimes d’où l’on se moque de l’infernal arsenal des copieurs de Radiohead (au mieux) ou de Coldplay (fut-il de Courtrai, M. Ozark Henry).

Tout aussi abouti que son prédécesseur, Evenfall’ débute par une ballade triste au piano, belle comme un Maximilian Hecker qui aurait oublié les minauderies. Toujours mélancolique, Schuller oublie l’affèterie et enlumine l’héritage des géniaux Weeping Willow et Tears Coming Home, ces sublimes élégies qui ont hanté nos jours quatre années durant. Magnifiquement accompagné par une clique au pinacle de la scène française (l’incontournable Jean-Michel Pires aux fûts, Richard Cousin à la basse), le Montmartrois étale – sans démonstration aucune – une science infinie des arrangements, héritée d’une pop anglaise entre Divine Comedy et, évidemment, Talk Talk. Quant à la voix de ténor de notre homme, elle tient toujours autant du miracle, perché là-haut vers l’infini.

 

Un disque : Sébastien Schuller Evenfall (Green United Music)


Morning Mist - Sebastien Schuller

The Border - Sebastien Schuller

14/08/2009

Louisville – A Silent Effort In The Night

louisville_asilenteffortinthenightIntroduit par une lignée de héros de la musique indépendante américaine de notre temps – elle prend tout son sens à l’écoute de ce superbe disque – l’univers de Louisville évolue bien au-delà du simple name dropping et des références états-uniennes mal digérées. Susurrées de la voix immédiatement identifiable de la toujours délicate Felicia Atkinson, accompagnée d’Olivier Cavaillé, ces noms – Bonnie ‘Prince’ Billy, David Pajo, Slint ou Rachels – touchent au plus profond l’âme de ses auditeurs, signe imperturbable d’une connivence artistique bien au-delà de la simple pose (avis aux oreilles distraites).

Ponctué d’un banjo discret et d’une electronica nuageuse, le premier titre LouisEville débouche au bout de deux minutes sur un magnifique air pop folk, trempé dans le meilleur de l’americana et de la French scene. Grand moment de l’année musicale (on vous le jure sur la tête de Chan Marshall), le morceau bénéficie, ô quel bonheur, de l’apport vocal de l’ami Sylvain Chauveau, magistralement souligné par un violoncelle amoureux. Après ce choc, il faut quelque temps avant de s’accaparer la vision überminimaliste de la demoiselle Atkinson, enregistrée selon ses (bonnes) habitudes dans des conditions précaires – un dictaphone, en l’occurrence – avant qu’une rengaine aux franges du post rock ne vienne secouer le cocotier d’un Silent Effort pas si silencieux que ça (et c’est tant mieux). Un fragile écho d’un piano en chambre plus tard (Matin), l’ombre de la géante Sylvia Plath plane sur The Only Thing To Come Is The Sea, adapté librement en français (pour une partie) et soutenu musicalement par une cavalcade (post) rock quelque peu cliché et en manque de lâcher prise. Peu importe, tant Soir, émouvant air de violoncelle, réconcilie les possibles (Worrytrain vs Helios, ce genre), prélude évident au spoken word dématérialisé d’Atkinson sur Forest (for Maria Kotalska). Le tout est conclu par l’hommage Johnny And June, où Sylvain Chauveau endosse le chapeau de David Pajo pour mieux nous rappeler que l’écho de Will Oldham avait traversé l’Atlantique tout en honorant de sa grâce la fin de vie du grand Johnny Cash.

 

Un disque : Louisville A Silent Effort In The Night (debruit&desilence)


LouisEville - Louisville

The Only Thing To Come Is The Sea - Louisville

13/08/2009

The Fatales – Great Surround

The Fatales – Great SurroundProfondément ancrée dans une époque qui nous transpose vingt-cinq ans en arrière, au bas mot, le rock sombre de The Fatales nous laisse perplexe. Derrière ses batailles de wave (cold vs new) déballées sur fond de guitares brumeuses, le chant de Wayne Switzer s’emporte dans des tourments dark à rendre jaloux des Interpol en pleine crise existentialiste (ah, ces nappes de synthés pour faire planant !).

Tout n’est cependant pas noir – quelle couleur, sinon ? – sur ce premier opus, décoré d’une belle pochette signée du peintre flamand Valerius De Saedeleer. Globalement, les lignes mélodiques tiennent la route, à commencer par l’expressionniste Evergreen et ses élans lyriques dignes d’Arcade Fire épris de Radiohead. Les arrangements, calibrés sur des guitares aux contours usés ou un piano soi-disant romantique, fleurent – hélas – trop la verve pompiériste des années post-Muse pour nous intéresser durablement.

 

Un disque : The Fatales Great Surround (Monopsone)

12:55 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, pop, critique, monopsone, the fatales |  Facebook |

11/08/2009

Maurizio Bianchi – Dekadenz

mb dedadeknzA près de cinquante-cinq ans au compteur, dont treize de silence musical complet (1984 – 1997), Maurizio Bianchi poursuit son œuvre pianistique en toute liberté, mi-anarchique mi-décadente. Boulimique du travail enregistré, le musicien italien a produit des dizaines d’œuvres, sous le pseudonyme de Sacher-Pelz, sous son propre nom (parfois abrégé M.B.) ou en collaborations (dont le projet M.B. + E.D.A. sur le label Baskaru), sans même parler de ses œuvres éditées en 1981 et 1982 sous le moniker de Leibstandarte SS MB qu’il ne considère pas comme faisant partie de sa discographie.

Auteur déjà d’une petite dizaine de réalisations rien qu’en ces six premiers mois de 2009 (c’est Machinefabriek qui doit l’avoir mauvaise), le Milanais a trouvé en le micro-label belge Young Girls Records – il est à suivre ! – une structure en parfaite adéquation avec sa philosophie, libertaire et audacieuse. Tout en demeurant d’une parfaite musicalité accessible à tout qui a déjà exploré l’univers qui sépare Charlemagne Palestine de Delphine Dora, les huit compositions de Dekadenz explorent les limites sonores d’un piano décadent (d’où le titre), dont les notes sont tenues par une utilisation de la pédale sostenuto, tout en étant assourdies par l’emploi de la pédale de sourdine. Enchaînés et joués sur des tempi plutôt allègres (à l’exception d’Adsorbente), les morceaux évoluent dans un registre tonal emprunt d’une modernité alla jazz, elle évoque la subtilité mélancolique des pianistes juifs d’Europe centrale (on se reportera à la magnifique série Entartete Musik de Decca), transposée en une vigueur contemporaine d’un magnifique désespoir lunaire. En d’autres temps troublés, elle aurait valu à son auteur l’exil, voire le camp de concentration. Une raison supplémentaire et ultime de l’écouter, en toute irrévérence.

 

Un disque : Maurizio Bianchi Dekadenz (Young Girls Records)


Ecmenesia - Maurizio Bianchi

Deciduo - Maurizio Bianchi

08/08/2009

Kenneth Kirschner – Filaments & Voids

Kenneth Kirschner – Filaments & VoidsComplexes et mystérieux, les rapports qui sous-tendent la musique et le silence qui lui succède peuvent donner lieu à de multiples interprétations. Dans quelle mesure l’absence de musique marque-t-elle la fin d’une œuvre musicale ? Le silence est-il un mysticisme ou un néant ? David Tudor, interprète magistral de John Cage, l’avait bien compris, le silence en musique ne l’est jamais totalement. Quand il (non-)jouait la célèbre 4’33, les instants séparant l’ouverture et la fermeture du couvercle de son piano lui faisait entendre les bruits du public, tout comme Cage lui-même prétendait que le silence absolu n’existait pas.

Pour son retour sur le label 12K, le compositeur électro-acoustique Kenneth Kirschner inscrit son œuvre quelque part entre une electronica ambient d’une magnifique pureté post-Ligeti (les Filaments) et un continuum cagien (les Voids). Entre composition moderne et drones numérisés, chaque mini-séquence est suivie d’un silence de quelques secondes, le procédé étant répété à de multiples reprises à l’intérieur même de chaque plage (quatre au total sur ce double disque compact). Absolument remarquables de synthèse métaphysique, elle va bien au-delà de l’apparente froideur intellectuelle du projet, les quatre œuvres du musicien de Brooklyn s’inscrivent complètement dans la logique cosmique d’un Murcof (ou d’un Stanley Kubrick en mode 2001, Odyssée de l’Espace), les spectaculaires effets planants en moins, les insondables mystères interplanétaires en plus. Ce silence de l’infini, toujours lui.

 

Un disque : Kenneth Kirschner Filaments & Voids (12K)


October 19, 2006 (extract) - Kenneth Kirschner

05/08/2009

Pepper And Bones – One

pepperandbones-oneLentement et en toute sérénité electronica, nous nous sommes habitués à la soyeuse élégance des productions de Me Raabenstein, sous ses diverses appellations, seul ou en collaboration(s). Adepte des liaisons inattendues, le Berlinois a déjà mis en scène le hip-hop face à son laptop (Sqaramouche), le classique à l’ére du numérique (Slowcream) ou le jazz vs l’électronique (Langer & Raabenstein).

Pour leur première version en tant que Pepper And Bones, Raabenstein et son comparse Ju Bartolomäus dévoilent un goût manifeste pour la folk music, qu’ils dissimulent à l’envi sous des airs souls aux relents – vous l’avez deviné – électroniques. Toujours très propres, on aimerait parfois plus de Sturm und Drang et moins de froideur, les compositions du boss de Nonine et de son complice Ju dénotent un savoir-faire absolument convaincant. Quand il se marie au spoken word de Bartholomäus – et son timbre à la Tom Waits – on est même carrément ravi, gros coups de basse en sus.

 

Un disque : Pepper And BonesOne (Nonine)


Holy O - Pepper And Bones

Jacqui - Pepper And Bones

04/08/2009

The Glimmers – The Glimmers Present Disko Drunkards

Glimmers Present Disko DrunkardsAs du dancefloor, The Glimmers ont égayé bien des soirées au contact de leur dance music, principalement lorsqu’ils sont aux manettes pour nous offrir des mixes imparables (leurs DJ-Kicks ou Fabric Live). Associé aux idoles de la jeunesse de Flandre anno 2009 (Tim Van Hamel de Millionaire, François Demeyer ex-Vive La Fête, Ben Brunin et Stéphane Misseghers de dEUS), le duo gantois nous balance un disque absolument épouvantable de mauvais goût kitsch. Accords de guitare répétés à rendre maboul sur fond de batterie mixée avec des moufles, visite acide du label Stax ou disco keupon plombée d’une basse pour kermesse aux moules, chaque track nous fait un peu plus toucher le fond. A l’écoute de l’atroce reprise du Physical d’Olivier Newton-John, massacré en règle par deux soulards captés entre trois vomissures aux chiottes, on se dit que la nullité n’a pas de limites...

 

Un disque : The Glimmers The Glimmers Present Disko Drunkards (www.glimmertwins.com)