16/10/2009

Broadcast et Gravenhurst, la race des seigneurs

WarpRésidence de projets à l’identité, visuelle et musicale, très marquée (le tout récent disque solo de Tyondai Braxton en est une preuve éclatante de plus), le label Warp s’était longtemps refusé aux sirènes autres que purement électroniques. Une des premières échappées de l’univers purement machinesque des pionniers LFO, Aphex Twin, Autechre et Nightmares On Wax fut la sortie, en 1997, de la compilation Work And Non-Work des premiers singles du groupe Broadcast.

 

Quintet à l’époque, duo aujourd’hui, le projet emmené par les formidables Trish Keenan et James Cargill aka Broadcast démontrait déjà, sans être jamais démenti, que la haute teneur pop de ses chansons méritait de figurer au firmament de la maison alors encore établie à Sheffield. Encore marqué de l’influence du son de son Birmingham natal, on pense plus particulièrement à la délicatesse enrichie de Pram et aux expériences libertaires de Basil Kirchin sur le fondamental Abstractions Of The Industrial North, le son du groupe allait évoluer vers une délectation électro-pop toujours en retenue, voire en épure, où la froideur apparente cède progressivement le pas à des revendications mélodiques d’une classe inouïe. Peu de disques studio jalonnent leur parcours discographique mais, plus que jamais, chaque épisode de leur vie d’artistes est à recommander sans la moindre réserve. Et que dire de la perspective annoncée d’un quatrième opus, annoncé pour très bientôt ?

 

Genre de Nick Drake des temps contemporains égaré dans une galaxie où le post rock serait revu et visité par Jim O’Rourke, Nick Talbot, alias Gravenhurst, est tout simplement un des plus grands génies de son temps. Peu médiatisé et largement ignoré du public, son corpus musical est toutefois de la plus haute tenue. D’une honnêteté et d’une sincérité sans failles ni concessions aux modes ou à la facilité, l’homme de Bristol s’est fendu de quelques-unes des plus belles chansons de ses dix dernières années. Qu’il œuvre en mode acoustique, comme sur la déchirante ballade Song Among The Pine du dernier album en date The Western Lands, ou en version électrique, telle l’imparable cavalcade à la violence toute contenue The Velvet Cell (sur le précédent Fires In Distant Buildings), le musicien anglais prouve, seconde après minute, qu’il est de la race des seigneurs. Voix de velours dans un gant de fer toujours prêt à rugir – sa classe immense l’en empêchera, soyez-en assurés – le gaillard n’a finalement qu’un seul défaut, ne pas sortir de disques assez souvent à notre goût. Pendant ce temps, les infâmes Mars Volta en sont leur énième vomissure…


Americas Boy - Broadcast

Song Among the Pine - Gravenhurst

Les commentaires sont fermés.