28/05/2010

Justin Nozuka – You I Wind Land And Sea

justin-nozuka-you-i-wind-land-and-sea-Sortez la collection de mouchoirs tâchés par les premières règles de la cousine qui s’extasie devant AQME et Christophe Maé, l’ignoble Justin Nozuka est de retour. Déjà qu’en 2007, on avait été obligé de coltiner l’insupportable Holly – et c’était tout sauf jojo, à moins de considérer Maroon 5 comme des métalleux stoner apocalyptiques. Trois années de turpitude plus tard, le même désastre est au rendez-vous. Chansons pop folk mielleuses à rendre punk Amandine Bourgeois, mélodies rock – on ne pouffe pas, ou plutôt si – qui ferait passer Bryan Adams pour un membre des Queens Of The Stone Age, on tient trop au prix du papier pour y consacrer plus de quelques lignes. Au bac !

 

Un disque : Justin Nozuka You I Wind Land And Sea (PIAS)

27/05/2010

Eleh – Location Momentum

Eleh_Location_Momentum_Mystère insoluble en dépit de onze sorties – toutes en vinyle – sur les labels Important et Taiga en moins de quatre années, le mystère Eleh inscrit depuis 1999 sa démarche en une exploration de synthétiseurs analogiques, plus précisément les oscillations à basse fréquence et les phénomènes de résonance acoustique. Terriblement impressionnants, tels des vertiges cosmiques nichés dans les trous noirs de la stratosphère, les drones de l’énigmatique artiste – quid de sa nationalité, de son identité ou de son sexe ? – vibrent au creux de nos pavillons tel un magma ralenti sur un faux plat volcanique.

Première œuvre elehienne à être proposée au format CD, Location Momentum trouve en la maison Touch le cadre naturel de son introspection, que d’aucuns – nous n’en faisons pas partie – jugeront dogmatique. Bourdonnantes, quelquefois enivrantes d’une beauté surnaturelle qui vénèrerait des cloches d’église passée à la moulinette de Phill Niblock (le morceau d’ouverture Heleneleh vers les 16’), ses sculptures sonores – plongées dans les tourments nuageux du bas du spectre – impriment au fil du temps un tapis obscur dont les fils finissent par nous embaumer. D’une longueur extrêmement variable – entre deux et vingt minutes, chaque track possède une particularité physique qui rend l’écoute de l’album tout sauf monotone – à l’instar de The Invisible City, dernier opus en date de BJ Nilsen. Ainsi, la troisième étape Circle One : Summer Transcience transvase en deux couches hyper-distinctes (et distinguées) un sifflement continu superposé à une sourde menace noiraude – en proie à des pulsations cardiaques accélérées jusqu’au bord de l’apoplexie. Etalée sur plus de dix minutes, l’expérience s’achève sur un faux calme oppressant, telle une vision post-apocalyptique en rouleau compresseur.

 

Un disque : Eleh Location Momentum (Touch)

26/05/2010

Toog – Goto

toog-gotoSource d’inspiration des artistes, le trafic automobile n’a cessé d’inspirer les artistes, de Charles Trénet à sa Nationale 7 (et les reprises fendardes des Honeymoon Killers et Stereo Total) à Philip Glass (certaines séquences de Koyaanisqatsi). Dans un genre plus grinçant, Gilles Weinzaepflen, alias Toog, aborde le thème avec une distance électro-pop dada – think Felix Kubin vs Matmos – totalement bienvenue. Mêlant des field recordings (klaxons) à des musiques qu’on aurait très bien entendues sur Gagarin Records, Toog pose les bonnes questions (Où Va La Vie ?’, L’Esprit de l’Inventeur) tout en se gardant bien d’un tirer un discours pseudo-philosophique abscons (pour ça, regarder BHL trente secondes sur YouTube suffit). Derrière son dilettantisme en trompe-l’œil, le savoir-faire du bonhomme est immense. Parvenant à traiter de sujets sérieux avec la légèreté onirique d’un François de Roubaix, Weinzaepflen insuffle une énorme part d’humanité dans la multitude de ses influences. Citant Jean-Jacques Perrey tout comme il décorne Katerine (les drolatiques Ebréché et La Chambre Noire), l’homme de Mulhouse nous amène – sans coup férir – à la question : et si on tenait un nouveau Bertrand Burgalat ?

 

Un disque : Toog Goto (Karaoke Kalk)

23/05/2010

Michael Fakesch – Exchange

Michael-Fakesch-ExchangeMembre de Funkstörung jusqu’au split du duo allemand en 2006, Michael Fakesch se livre à l’exercice périlleux du remix – sur lequel il redonne vie à son propre label Musik aus Strom.

Très à son aise dans d’excitantes relectures qui bougent les fesses (Scattfolding, Shadowhuntaz, Raz Ohara ou Hecq), le producteur teuton s’emmêle les pinceaux dans sa révision de Bomb The Bass, où la présence de Paul Conboy en featuring donne des allures pédantes à un pseudo-Thom Yorke se touchant le mou sur des montagnes russes dub house. Amoureux de funk – à l’excès, Fakesch convie à sa table de mixage un formidable (ou agaçant, c’est selon) imitateur de l’artiste anciennement connu sous le nom de Prince. Hélas, l’obsession se transforme vite en affliction (Taprikk Sweezee en guest star chez Towa Tei, Kidkanevil et Herbert) et ce n’est pas la révision classieuse de l’essentiel Gloomy Planets de The Notwist qui nous fera changer d’avis.

 

Un disque : Michael Fakesch Exchange (Musik aus Strom)

04/05/2010

Clara Moto – Polyamour

Clara-Moto-PolyamourProductrice autrichienne à qui l’EP Glove Affair de 2007 avait immédiatement donné du crédit – et pour notre plus grade joie, il est de la partie trois ans plus tard, Clara Moto trouve en la maison InFiné le cadre idéal à ses délicatesses électroniques. Compagne d’épopée d’un Danton Eeprom qu’on ne peut que recommander, la jeune compatriote de Fennesz déjoue les hypes dansantes, conjuguant techno minimale en quête d’absolutisme repu et deep house saupoudré de vagues de chaleur réconfortante. Jamais en mal d’une délicatesse mélodique rare à un tel niveau d’emballement, Clara Prettenhofer (au civil) aligne les délices, seule aux machines ou aux côtés de sa compatriote Mimu aux vocals. Présente sur trois titres impeccables à un tel point qu’on les verrait très bien édités du côté de Monika Enterprise, cette dernière insuffle une brise électro pop à un album qui transforme en (presque) or tous les genres qu’il touche, du plus dansant au plus home listening.

 

Un disque : Clara Moto Polyamour (InFiné)