29/06/2010

Marcel Dettmann – Dettmann

ostgutcd12-dettmannLégendaires dans la nuit berlinoise, les platines de Marcel Dettmann font danser les clubbers du mythique Berghain jusqu’à rasade de beats minimalistes depuis déjà pas mal de temps. Auteur de quelques maxis fameux (notamment aux côtés du magnifique Ben Klock), le producteur allemand nous propose – enfin – son premier opus longue durée, il n’est pas sans (belles) surprises. Otez-vous tout d’abord de l’esprit toute tentation dansante de sueur bourrine – ou alors ce disque n’est pas fait pour vous. Ponctué d’atmosphères desséchées – imaginez une rencontre entre le fondamental Unitxt d’alva noto et l’intrigante pièce ambient s6t8r de Gilles AubryDettmann perce l’abandon des environs de la Ostbahnhof au gré de ses rythmes inquiétants. Quasiment industrielle par instants, l’approche décline également des envies de secousses telluriques ubuesques, perçues en écho d’un dancefloor où la vie prend toujours le pas sur la décadence.

 

Un disque : Marcel Dettmann – Dettmann (Ostgut Ton)

27/06/2010

Films – Messenger

films-messengerEmpreinte d’éléments néo-classiques, tel le monde funambulesque de Max Richter illustrant une fable ultime du grand cinéaste Kore-Eda Hirokazu (Nobody Knows, Air Doll), la musique des bien nommés Films se noie – hélas – dans l’évanescence bavarde. Formellement très belles, les atmosphères empreintes de cordes, de piano et d’électronique ont tendance à se perdre dans les méandres vaporeux d’une référence trop voyante. Instrumental, l’univers tonal et apaisant manque de relief rythmique, notamment lorsqu’il s’égare dans un substrat ambient, certes, subtil mais à qui il manque le support visuel pour emprunter davantage de sens. Chantées d’une voix féminine rêveuse, les mélodies s’insèrent dans l’immense interstice séparant les Dead Can Dance de Gutevolk en passant par Soap & Skin (le meilleur) ou Enya (ça devient gênant). A toi de voir, l’ami des elfes aux yeux bridés.

 

Un disque : Films – Messenger (Noble)

21/06/2010

Pamela Hute – Turtle Tales From Overseas

pamelahutePrix – mérité – de la découverte 2009 aux Music Awards Paris, le trio Pamela Hute peut déjà regarder ses glorieux aînés eighties dans le blanc des yeux, sans rougir ni compromissions. Emmené par une androgyne chanteuse qui lui a légué son patronyme, le combo frenchie apporte une énorme soif de vengeance (pas) masquée à tous les vrais aficionados rock désespérément en lutte contre un système qui voudrait nous vendre de la farine Aldi (BB Brunes, Luke) au prix de la Blanche de Colombie (Noir Désir). Totalement crédible dans une bulle post punk qui laisse respirer des bombinettes pop dynamiques, voire un clin d’œil cabaret du plus bel effet (Parachute), Pam, Igor et Ernest Lo aspirent au headbanging de haute lutte, laissant traîner au passage des morceaux qu’on n’espérait plus au sud-est de la Manche (dont notre petit préféré Don’t Help Me, conseil d’écoute absolu). Vivement la scène !

 

Un disque : Pamela Hute – Turtle Tales From Overseas (Tôt ou Tard)

23:12 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, pop, critique, pamela hute, tot ou tard |  Facebook |

04/06/2010

Yannis Kyriakides – Antichamber

yanniskyriakides-antichamberPièce maîtresse du mois, le double album Antichamber nous invite à la découverte de l’œuvre de Yannis Kyriakides, jeune compositeur électroacoustique né à Chypre en 1969 et émigré en Angleterre à la suite de l’invasion turque de la partie nord de l’île en 1974. Aujourd’hui installé à Amsterdam, directeur musical et collaborateur de divers ensembles de musiques contemporaines, notre homme est néanmoins ouvert à d’autres horizons, en témoigne ses duos réguliers avec Andy Moor (The Ex) et sa participation au groupe de musique de ballet improvisée – et oui, ça existe – Magpie Music Dance. Sans compter la gestion du label Unsounds, aux côtés d’Isabelle Vigier (MMD) et du déjà cité Andy M.

Etalés au cours des quinze années écoulées, les dix travaux présentés inscrivent Kyriakides non dans l’antichambre mais dans le salon d’apparat des grands musiciens de notre temps, en premier lieu James Tenney et Louis Andriessen – dont, répétons-le, il faut absolument avoir écouté De Staat pour devenir un honnête homme. Egalement anti-musique de chambre (d’où son titre), la manière de Kyriakides explore diverses combinaisons, tout en demeurant hautement personnelle. Absolument incroyable de tentation subtile, éprise des travaux du BBC Radiophonic Workshop comme de l’idiosyncrasie contemporaine des Berlinois de zeitkratzer, Telegraphic forme un accès idéal au monde cosmogonique du musicien chypriote. Seize minutes d’anthologie que les fans de Kraftwerk ne doivent nullement craindre, parole de… Redécouvrant les racines folkloriques de la musique traditionnelle grecque mêlées à la mélancolie contemporaine d’un émouvant dialogue entre violon et guitare électrique (Zeimbekiko 1918), Kyriakides varie à foison les registres. Faisant œuvre d’abstraction cagienne sur Antichamber, il retrouve la mélodie sur As They Step Into The Same Rivers, superbe lamentation néo-classique où l’alto et la contrebasse dialoguent avec un… iPod, ainsi que sur le lentissimo hYDAtorizon pour quintet avec piano.

Débutant en fanfare où trois instruments évoluent en contrepoint sur des rythmes polyphoniques affolants dans un premier temps, le second disque vise – et atteint – tout autant l’excellence. Seule composition vocale – et de quel niveau !, U mélange dans une folle adresse sinusoïdales et huit voix à la Steve Reich, c’est Mikhail Karikis qui doit être vert de rage (ou d’admiration). Tout aussi remarquable, PNeuma pour basson, piano et bande sonore modernise – c’est une réelle merveille – l’héritage de Luciano Berio, alors que DOG SONG introduit un free jazz virtuose à demi-convaincant seulement. Terminant les trois heures du périple, ATOPIA se promène sur le fil ténu de ses drones harmoniques, pour une pièce à haute teneur en sensibilité acoustique. Les récalcitrants seront enfermés illico au pain sec et au Jean-Michel Jarre.

 

Un disque : Yannis Kyriakides – Antichamber (Unsounds)

03/06/2010

Scuba – Triangulation

Scuba-TriangulationPersonnage central de la scène dubstep, Paul Rose aka Scuba dépasse les étroites frontières de l’infra basse sur son second opus Triangulation – direction un cap où les coups de boutoir aspergent de leur élégance racée une folle envie de violence. Flirtant sans jamais tomber dans la putasserie avec des genres aussi divers que l’electronica, la techno et le trip hop – mais oui, écoutez, le DJ résident du Berghain déboule dans le champ de vision des tout grands producteurs de notre temps, aux côtés de Benga ou de Burial pour ne citer qu’eux.

A la fois terriblement angoissantes, voire mortifères, et excitantes, voire fun, les tracks de Scuba détiennent un pouvoir de percussion absolument incroyable. Construite sur des basses lourdes d’une profondeur inouïe, sa vision intègre au sein de sa fausse langueur une dynamique opaque au premier regard. Les premières secousses encaissées tel un tsunami surgi des profondeurs océaniques, on se laisse transpercer par ses impitoyables coups de boutoir, ils nous percutent jusqu’au plus profond des tripes et des cervicales.

 

Un disque : Scuba – Triangulation (Hot Flush Recordings)

01/06/2010

Denseland – Chunk

denseland-chunkEn avant pour un tour du côté du label viennois Mosz, en attendant le très troublant duo Rdeča Raketa – promis, juré! Développé autour d’un spoken word grave (au sens organique du terme), Chunk du trio austro-germano-américain Denseland s’inscrit – parfaitement, svp – dans les interstices qui sépare les albums 2 de Kapital Band 1 et The Ghost Sonata de Tuxedomoon – le tout conté par le timbre ricaneur de l’incomparable David Moss, à la fois ténébreux et impressionniste (think Tom Waits vs Ergo Phizmiz). D’une teneur électroacoustique qui laisse toute sa juste place aux musiques (semi)-improvisées, les dix propositions bénéficient du soutien dynamique, on pourrait écrire olfactif et poivré, de Hannes Strobl (basse, électronique) et Hanno Leichtmann (batterie, électronique).

Tendu autour d’un fil qui atteint un point d’équilibre au bord du miracle parfois (Monk, Low Velocity Zone) – hormis l’une ou l’autre tentation électro-pop expérimentale comique mais accessoire (Obsidian), les vraies folies de Denseland s’en laissent réellement compter quand, sous ses oripeaux électroniques (faussement) désorganisés, se rejoignent les mondes croisés de Felix Kubin et Yannis Kiriakides, quelque part sous un baobab africain. Qui l’eut cru, Lustucru ?

 

Un disque : Denseland Chunk (Mosz)