28/02/2011

Stranded Horse – Humbling Tides

TAL060P_STRANDEHORSE_HUMBLINGTIDES_72dpi.jpgIl a beau avoir évacué le Thee de son Stranded Horse, Yann Tambour continue de rédiger de son Encre précieuse des chansons d’une immense charge émotive, sans même parler de leur imparable musicalité. Toujours autant plongé dans une équidistance superbe entre folk music occidentale – Nick Drake et John Fahey ne sont jamais loin – et inspirations africaines transpirant de ses notes pincées, le musicien français trace un peu plus profondément un sillon entamé en 2006, année bénie qui avait accueilli son incontournable Churning Strides. Sauf que les années passant, l’instrumentation s’est enrichie, entre deux koras miniatures construites pour les voyages et perfectionnées au contact du grand Ballaké Sissoko et, ne les oublions pas, une guitare acoustique. Ajoutez- y un admirable clin d’œil spoken word au défunt projet Encre – dont on se rappelle quelques disques audacieux et un concert sur la corde raide en première partie de Feist à la Rotonde, ça date – et, aujourd’hui au moins autant qu’hier, la fréquentation humaine des ambivalences intercontinentales du cheval échoué vaut bien tous les secrets du monde.

Un disque : Stranded HorseHumbling Tides (Talitres)

25/02/2011

Jullian Angel – Kamikaze Planning Holidays

jullian angel, half asleep, les disques normal, folk, pop, singer songwriter, critiqueDécouverte, voire révélation de l’année 2007, époque où son second opus Life Was The Answer (including un splendide duo en compagnie de Half Asleep), Jullian Angel poursuit la trame de ses épopées folk en 2011 – guitare pendue en bandoulière et voix plaintive (sans jamais être exagérément gémissante ou pleurnicharde). Toujours à l’aise dans un registre sur l’os qui évoque sans fusse pudeur les (nombreuses) heures pensives de Nick Drake (mais aussi du Dominique A anno 2001), l’intimisme fébrile du songwriter lillois voit toutefois quelques instruments acoustiques rejoindre la séance de thérapie collective. Entre un mélodica, un glockenspiel ou un bandonéon (joués par le monsieur himself), notre Valérie Leclercq nationale (aka la demoiselle à demi endormie déjà mentionnée) pose une flûte discrète et sa troublante voix sur quatre morceaux (dont le joli duo A Choice). Profond, aux frontières du sérieux et de la fracture, le jeune homme du Nord parvient toutefois – l’occurrence est bienvenue – sur Saved By The Monster, quasiment guilleret et serein. Davantage inscrite dans un monde où les vicissitudes de l’existence impriment leur encre dans les hauts et les bas du quotidien, la suite pèche, certes, par un relatif manque de diversité – il est toutefois bon de se souvenir qu’on peut écouter les autres sans rester éternellement prostré dans les recoins abîmés d’une vie trop austère.

Un disque : Jullian Angel – Kamikaze Planning Holidays (Les Disques Normal)

The Strong by Jullian Angel

24/02/2011

Charles-Eric Charrier – Silver

Charles-Eric-Charrier-Silver.jpgArtiste prolifique, en son nom propre ou celui d’Oldman, en duo avec Rasim Biyikli sous l’appellation MAN, collaborateur très apprécié des hautes sphères d’une scène mondiale aux accords de jazz mêlant divers accents rock (Rob Mazurek, Mathias Delplanque, Jérôme Paressant), Charles-Eric Charrier décline en 2011 son véritable patronyme tout en demeurant ouvert aux propositions de ses acolytes. Aujourd’hui accompagné de Ronan Benoît et Cyril Secq (Astrïd), soit deux des participants à l’affiche du bouillonnant Silk-screened de Philippe Petit, l’artiste nantais abord un nouvel épisode sur l’excellent label américain Experimedia – hébergeur des excellents Néerlandais Piiptsjilling.

Baigné dans une tension sournoise, tapissant des ondulations arachnoïdes où le fil du post rock divague de percussions jazz en élans psychédéliques de guitare, Silver multiplie les entrelacs pré- (ou post-)convulsifs. Traitant la matière sonore en négligeant volontairement – et c’est loin de nous déplaire – toute ébauche de joliesse purement décorative, les trois complices jouent aux étirements temporels, quitte à provoquer la rupture de l’élastique lorsque les ressorts dramatiques ont été épuisés (notamment sur le second morceau 12 From). Ailleurs, toutefois, une splendide velléité rock démange toutes les sérénités pastorales, elle nous transpose cinq minutes durant en un monde où la vigueur et l’émotion cohabitent sans ombrages (6 I). N’oubliant ni de se réapproprier les héritages centrifuges du blues au-delà des multiples clichés – et c’est d’autant plus prégnant qu’il le confronte aux musiques indiennes (9 Moving), Charrier termine son périple, non en passant par la Lorraine, mais par les rues de New York, chargées d’une Electricity bienvenue. Hell yeah…

Un disque : Charles-Eric Charrier – Silver (Experimedia)

2.12 from by charlescharrier (Oldman)

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Bill Orcutt – A New Way To Pay Old Debts

BillOrcutt-ANewWay.jpegMembre des défunts Harry Pussy – soit dit en passant, un des nombres de groupes à jamais les plus démentiels – Bill Orcutt balance un énoooooooorme coup de sabot dans les burnes du blues, dévoyé à foison en quatorze séances déboulonnées du cortex. Sans doute un des plus beaux hommages – ‘scusez le terme faisandé – rendus à feu Captain Beefheart, A New Way To Pay Old Debts porte, par ailleurs, merveilleusement son titre. Tout en déconstruisant sans concessions les Appalaches, en un plaisir furibard qui transpire par tous les pores de l’album, le guitariste américain visité les tranchées de Charles Martin Simon aka Charlie Nothing – rappelez-vous, l’artiste qui créait ses dingulators à partir de carcasses de bagnoles recyclées. Au-delà du simple bordel aux antipodes d’un polissage creux et stérile, le bluesman punkoïde de San Francisco réussit la gageure de développer un langage personnel à partir d’un matériau tellement marqué stylistiquement. Pourtant, on n’imagine déjà les cris d’orfraie des puristes qui se touchent le kiki en se croyant dans le delta du Mississipi en 1932 (alors qu’ils se font royalement ch*** à Jodoigne en 2011). Pour notre, nous rendrons grâce aux démoniaques Editions Mego (oui, le label viennois spécialisé dans l’electronica bruitiste) de participer à la renaissance de cet immense disque, déjà paru en 2009 sur la maison Palilalia et augmenté de quatre inédits. Oh My God…

Un disque : Bill Orcutt – A New Way To Pay Old Debts (Palilalia / Editions Mego)

22/02/2011

Shannon Wright – Secret Blood

Shannon Wright, rock, singer songwriter, songwriting feminin, critique, vicious circleCamarade lecteur, toi qui collectionnes passionnément tous les numéros de RifRaf depuis 1858 – tu t’en souviens bien, Offenbach était en couv’ en bas résilles, sacré Jacques – tu n’es pas sans ignorer la profonde gratitude que nous éprouvons pour le parcours de Shannon Wright. D’une hauteur de vue rock et d’une probité émouvante sans équivalent(e)s, l’Américaine chouchou du public français (et de Yann Tiersen) n’a cessé de nous envoûter, tant et plus. Qu’elle nous livre ses états d’âme ténébreux au bord du précipice (Over The Sun), qu’elle éructe sa colère intérieure tout en maintenant un détonant mélange de tendresse et de noirceur (Dyed In The Wool) ou que sa maternité lui dicte des tonnes d’amour empilées sous un spleen récurrent (Let In The Light), l’univers de la chanteuse d’Atlanta demeure à jamais dans notre panthéon des plus intenses émotions musicales des dix dernières années. Tel un mariage des multiples courants qui traversent sa vie, le nouvelle effort de l’ex-membre de Crowsdell unit les contrastes, voire les contradictions, au sein de douze nouveaux titres de fort belle tenue – mais où, vous l’aurez deviné, il manque l’étincelle qui nous a causé plus d’un collapse mental dans le passé. Déçu ? Peut-être mais il n’est pas dit que dans quelques mois, au moment de remettre l’objet sur la platine, on ne succombe pas de nouveau à l’appel.

Un disque : Shannon WrightSecret Blood (Vicious Circle)

Francisco López – Köllt / Kulu

franciscolopez-kolltkulu.jpegAbondante et très majoritairement captivante, l’œuvre de Francisco López se recoupe en deux axes aussi antinomiques qu’ils sont complémentaires. Dans ses multiples variantes calmes, n’y lisez aucune asepsie ou fadeur, le travail de l’artiste espagnol campe sa tente au milieu de field recordings resculptés par les doigts d’orfèvre de son auteur. Le versant noise hardcore est, lui aussi, pareillement époustouflant – et le présent Köllt / Kulu n’apportera nul démenti à ces propos dithyrambiques, notamment par l’usage d’un déluge de batteries qui feraient passer Boredoms pour Norah Jones.

Basé sur une double version de chaque pièce (une longue en audio et une courte en vidéo - et inversement), le double CD et DVD emporte l’auditeur dans une catharsis bruitiste d’une immense acuité sonore, aussi bien dans ses propensions secouées (le début de Köllt) que dans les brouillards industriels insectivores qui leur succèdent (ou précédent, tout étant imbriqué dans un magma de bruit, de fureur et d’abandon). Comme dit précédemment, la version en vidéo des deux morceaux est soit plus courte (Köllt) soit plus longue (Kulu) qu’en format audio. Apportant un supplément d’âme visuel – encore que la simple écoute en aveugle suffise pleinement à s’en prendre plein la gueule, les deux films rendent toute la folie auditive à leur juste (dé)mesure. Que des milliers d’insectes traversent l’écran pour explorer Köllt ou que des variations de noir et de blanc illustrent les moments de bruit ou de silence de Kulu, on reste ébahis et subjugués.

Un CD + DVD : Francisco López – Köllt / Kulu (Störung)

09/02/2011

Piiptsjilling – Wurdskrieme

piipsjtilling.jpgRégion du nord des Pays-Bas dont la réputation tient essentiellement au… patinage de vitesse – pour qui le stade couvert de Heerenveen représente le même statut iconique que Wembley en football, la Frise possède également pour particularité de conserver la vivacité de sa langue, dont les sonorités gutturales ne sont pas sans évoquer les idiomes scandinaves. Hors de toute idée véloce imaginée sur des lames coupantes, Wurdskrieme (Le Cri des Mots)  de Piiptsjilling conserve l’usage exclusif du Frison, sous la plume insolite de Jan Kleefstra (dont les textes sont traduits en anglais dans le livret). Aux côtés de son comparse de frangin Romke Kleemstra, mais aussi des essentiels Machinefabriek (aka Rutger Zuyderveldt) et Soccer Committee (alias Mariska Baars), il développe des atmosphères nocturnes totalement enveloppantes. Qu’elles soient en duo féminin-masculin (le magnifique Unkrûd), "simplement" accompagné d’un long drone obscur éclairé de quelques notes de guitare ou en solo (Tsjsutere Leaten ou Sangerjende Wyn) épaulé de craquèlements torrentiels et orageux, les déclinaisons en spoken word du musicien néerlandais ne tardent guère à faire leur effet. Prenant le temps de la langueur fugace (sans jamais donner des signes de paresse), échafaudées sur des structures tactiles aux traits inquiétants, le second opus du quatuor tient toutes ses promesses crépusculaires – et même davantage.

Un disque : Piiptsjilling – Wurdskrieme (Experimedia)


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08/02/2011

Sic Alps – Napa Asylum

sicalps-napaasylum.jpgParfois, souvent en fait, quand on insère un disque dans le lecteur et qu’on aperçoit le chiffre 22, on n’a qu’envie de s’encourir et appeler Asnières en criant au secours ils sont devenus fous. Dans le cas de Napa Asylum, troisième effort des Sic Alps, on est vraiment triste de s’arrêter à ce double chiffre, tant leur double nouvel album regorge de pépites lo-fi psyché de la plus haute teneur addictive. Prenez le morceau Cement Surfboard, (presque) au hasard. Vous les entendez ces échos post-Smile revigorés au blues cracra des Two Gallants, le tout embrigadé dans une division explosée au crack emmenée par Ariel Pink ? Et bien, les amis, figurez-vous que dans la balance, au-delà de la poudreuse qui ressort du pif, la verve toxico-salace surgit à la manière d’une session des Rolling Stones miraculeusement retrouvée, quarante-trois ans après et ressuscitée à l’aune californienne de notre temps – un peu comme si Phil Spector s’était reconverti en Gary War patron de Paw Tracks. Messieurs les programmateurs de concerts et réjouissances estivales, on compte sur vous !

Un disque : Sic AlpsNapa Asylum (Drag City)


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06/02/2011

Slowcream – River Of Flesh

me raabenstein, slowcream, critique, nonine, neo classique, experimental, electronica, critiqueÉpoque propice à tous les mal-être du monde, la saison froide recommande, parait-il, de longues séances de luminothérapie, bercées d’une intense clameur infrarouge, enveloppée dans une douce musique lounge achetée au rayon balnéo du centre Yves Rocher du coin. Comment, qu’entends-je, on n’y trouve pas le nouveau Slowcream – il paraîtrait même qu’il est en rupture de stock dans les étagères ambiances dark plongées dans la brume humide ? Vérifions, voulez-vous – écoutons, c’est encore mieux, d’autant que le jeune homme, alias Martin Eugen (Me) Raabenstein, n’en guère à son coup de peinture noire initial.

Un coup d’œil sur les ingrédients nous renseigne une combinaison riche, voire surchargée, de samples, compositions et de free improv’ live, joués sur des lecteurs à cassettes et des platines vinyles. Vous avez dit Giuseppe Ielasi, petit coquin ? Dans le mille, mon ami, notamment sur le second titre Atrocity, réellement superbe (en dépit de son patronyme) et qui aurait fait merveilleuse figure sur le premier volet de la série Stunt du maître milanais – tout comme Hunting Song, aux accents GASsiens. Sans doute la pièce la plus musicale du lot, au sens "mélodique" du terme, ce deuxième épisode contraste fortement avec ses cinq acolytes, plongés dans des ténèbres dark ambient, une seule fois inutilement surchargés (Spiritual Training In Cataclysm), sinon agencés avec une spendide ingéniosité (Unspeakable Acts). Et si tout cela n’est forcément pas très drôle, voire carrément lugubre, on reste abasourdi – track initiale exceptée, devant la dextérité noctambule du musicien berlinois, promeneur virtuose dans les entrelacs impitoyables et mortifères de nos insomnies oniriques.

Un disque : SlowcreamRiver Of Flesh (Nonine)

Stereolab – Not Music

stereolab-notmusic.jpegEmaillé de tant d’instants merveilleux – d’un concert au Botanique à l’époque de feu Mary Hansen aux passages chez Jools Holland, sans même évoquer une foule d’albums tous plus indispensables – le parcours de Stereolab est à jamais gravé au firmament de RifRaf, dont il épouse peu ou prou les trajectoires temporelles. Vingt années de proliférations sublimes ont entre-temps passé et nous avons bien du mal à admettre que le présent Not Music pourrait bien être la toute dernière étape discographique du groupe franco-britannique, qui s’est imposé un hiatus dont on ne sait trop s’il se terminera un jour. Au-delà de l’ironie gracieuse du titre, le douzième opus studio de Tim Gane, Laetitia Sadier & co s’inscrit – faudrait-il dire forcément – dans la continuité artistique du projet initié en 1992 par les totalement indispensables Switched On et Peng!. Au fil du temps, si les soupçons de shoegaze early nineties se sont rapidement dissolus dans les rythmiques krautrock d’Andy Ramsay, les ornements des Moog vintage ont pris, mois après mois, un tour davantage ligne claire – devenu totalement manifeste à partir de Margerine Eclipse et, surtout, l’incroyable compilation de singles Fab Four Suture. Captées  lors des mêmes séances d’enregistrement que Chemical Cords – sans doute le moins bon album de Stereolab – leurs treize pop songs révèlent, une fois de plus, tout la douceur ensorcelante du labo stéréophonique. Et même si, à l’instar de nombre de grands groupes à l’impressionnante longévité (Sonic Youth, Lambchop, Belle & Sebastian), on ne décèle plus guère d’étonnements dans le propos, on reste à jamais ébahi devant leur capacité à renouveler un langage, certes très codé, dans une continuité stylistique hors de tout soupçon démagogique. On dit chapeau et merci.

Un disque : StereolabNot Music (Duophonic)


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20:19 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stereolab, critique, pop, duophonic |  Facebook |