21/02/2013

Einstürzende Neubauten – Live At Rockpalast 1990

neubauten-live.jpgEnregistré à Düsseldorf en 1990 pour la chaîne WDR, qui nous le propose dans le même boîtier en CD et en DVD (d’ailleurs très bien filmé), Live At Rockpalast 1990 de mes vénérés Einstürzende Neubauten comporte son lit de titres devenus classiques – pour ne pas dire légendes, qu’on songe à Prolog, Feurio, Der Tod ist ein Dandy ou Haus der Lüge – en fait, on pourrait citer l’intégralité des seize morceaux. Témoignage supplémentaire, mais était-ce encore nécessaire de le préciser, de l’importance unique occupée par la bande à Blixa Bargeld, FM Einheit & co, le concert démontre à foison que le quintet berlinois savait reproduire avec un brio inouï les atmosphères inquiétantes de ses enregistrements de studio. Tout en demeurant fidèles à une ligne de conduite entre dandysme noise et colère rock, que Blixa B. a par ailleurs poursuivie sous une note technoïde aux côtés d’Alva Noto, les nouvelles constructions écroulées demeurent, plus de vingt ans après les faits, d’une formidable actualité moderne.

 

Un disque : Einstürzende Neubauten – Live At Rockpalast 1990 (MiG-Music/WDR)

19/02/2013

Thomas Köner – Novaya Zemlya

thoma köner,ambient,musique concrete,electronica,touchPoint d’ancrage de ma rubrique Love on the Bits dans RifRaf, le label Touch a tellement peu déçu ces dernières années (en vrac, Jana Winderen, Hildur Gudnadottir, Chris Watson) que je me jette sur ses productions les yeux fermés (mais les écoutilles grandes ouvertes). Déjà habitué au Grand Nord grâce à des étapes précédentes du label – on songe notamment à l’excellentissime Energy Field de Jana W. – on reprend la route de Septentrion en compagnie de Thomas Köner, cap sur l’archipel de Novaya Zemlya, quelque part dans l’Océan Arctique au nord de la Russie. Comment on pouvait s’y attendre, mais c’est un constat objectif et nullement une crainte, les atmosphères qui s’en dégagent nous plongent dans une sensation froide et désolée où la vie lutte contre toutes les formes d’abandon. Trois tracks durant, chacune d’une douzaine de minutes, on se plonge intensément dans un monde engourdi et, dans un sens premier, exotique, d’où émergent quelques rares échos assourdis, échappés d’un lointain campement dont les quelques habitants ne doivent s’extraire que par brefs instants épars. Fascinant et introspectif, à condition de ne pas oublier les peaux de phoque et les moufles triple épaisseur.

 

Un disque : Thomas KönerNovaya Zemlya (Touch)

14/02/2013

Delphic – Collections

delphic, pop, polydor, critiqueChoisi pour figurer sur la bande son des JO 2012 pour le morceau Good Life, ce n’est pas leur compte en banque qui doit le regretter, Delphic bat le fer tant qu’il est chaud et nous propose dans la foulée un second effort, quatre ans il est vrai après le précédent Acolyte. Produit par Ben Allen, déjà aperçu aux manettes d’Animal Collective, et Tim Goldsworthy (Massive Attack, LCD Soundsystem), Collections sonne typiquement comme le disque surproduit qui essaierait de faire passer de la musique de boys band pour de l’électro pop branchouille. On a beau multiplier les effets de manche déjà entendus, en nettement mieux évidemment, du côté de Panda Bear & co, rien ne vient sauver du naufrage des harmonies vocales dignes de tous les infâmes successeurs de Take That. A un moment, on se demande même si ce n’est pas une vilaine blague, genre Michel Leeb qui s’essaierait à Grizzly Bear. Et bien, même pas.

 

Un disque : DelphicCollections (Polydor)

22:17 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : delphic, pop, polydor, critique |  Facebook |

12/02/2013

Julia Holter – Ekstasis

Julia Holter, singer songwriter, songwriting feminin, folktronica, experimental, rnvg intl., domino, critiqueAprès un cru 2012 on ne peut plus faste qui l’aura vue fréquenter une multitude de tops de l’année (pas celui de votre serviteur mais il s’en est fallu de peu), Julia Holter est de retour avec le… même album. La différence ? Le label, mon cher, puisque de l’ultraconfidentiel Rvng Intl., la New-Yorkaise est passée à la grosse écurie Domino. Pour le reste, on ne peut que répéter les multiples louanges de cet Ekstasis toujours aussi extatique. Numéro d’équilibre subtil où l’éther de Beach House vient côtoyer les expériences d’une Laurie Anderson, le disque continue, écoute après passage, d’enchanter les écoutilles, surtout si elles ont déjà été séduites en leur temps par Midaircondo, Maja Ratkje ou Islaja. Une séance de rattrapage indispensable, quoi.

 

Un disque : Julia HolterEkstasis (Domino)

11/02/2013

Gareth Dickson – Quite A Way Away

garethdickson-quite.jpgNom qu’on n’aurait jamais imaginé associé à 12K, la structure de Taylor Deupree, l’icône Nick Drake est ressuscitée pour l’occasion, Dieu qu’elle est belle, sous les traits d’un certain Gareth Dickson. Car, nom de Zeus, quelle magnifique révélation que voilà. Tout en oubliant de fouiller les fonds de tiroir vintage pour y ressortir sa panoplie de chanteur maudit à la guitare sèche, le musicien écossais apporte une touche de modernité stupéfiante à l’auteur de Five Leaves Left, et ce n’est pas un hasard si je cite le premier des trois disques du songwriter anglais. D’ailleurs, bien des points tragiques rapprochent les deux hommes, au-delà de l’évidence stylistique à laquelle Dickson ajoute un bluffant complément d’âme – telle une reverb’ comme seule Marissa Nadler sait l’utiliser. Si, on le sait, l’histoire s’est terminée tragiquement pour Drake à l’âge de 26 ans, vaincu par la maladie, la vie de Gareth D., expatrié en Argentine auprès de sa girlfriend, n’est pas exactement de tout repos, entre attaque de clébards, braquage où une balle s’est perdue (devinez qui l’a reçue) et moteur d’avion en feu dans les Andes. Qu’importent les circonstances, on ressort grandi de sa découverte folk(tronica) et ce n’est qu’un bouleversant début.

 

Un disque : Gareth DicksonQuite A Way Away (12K)

Big Deal – Lights Out

big_deal_lightsout_2s.jpgPour faire de la bonne zique, il n’est pas toujours nécessaire de recourir à un déluge de moyens – n’est-ce pas les gros vomis de Muse ? Dites-le vous pour dit, le dicton s’applique dorénavant au duo Big Deal – une guitare électrique, une gratte acoustique, deux voix (et pas mal de réverb’ aussi) and that’s it. Oui, mais ces Big Deal, c’est qui ? Juste un ténébreux mec ricain (Kacey Underwood) et une jeunette londonienne à la voix angélique (Alice Costelloe, 18 ans !) pour un putain de mariage musical qui frise non le big deal mais le big love. Improbable combinaison entre Camera Obscura et My Bloody Valentine sur fond de Mazzy Star, la plupart des titres fonctionne merveilleusement, notamment grâce aux accents shoegaze – ils sont un magnifique contrepoint au chant perlé de Costelloe dont on tombe amoureux dès les premières secondes. Même si en un instant ou deux (Homework), on frise la sortie de route fleur bleue, les Big Deal prouvent à suffisance qu’ils sont largement au-delà de ces projets bidon dont on nous soûle et qu’au rayon crédibilité, ils n’ont déjà plus de leçon à recevoir. Programmateurs de Bruxelles, Liège et Fontaine-l’Evêque, on vous attend !

 

Un disque : Big DealLights Out (Mute)

10/02/2013

Atom TM – Winterreise

atomtm-winterreise.jpgTotale sortie majeure de l’année 2012 (époque où ce blog était en stand-by), Winterreise d’Atom TM se veut une suite du Liedgut de 2009 – il vaut nettement plus que cela. Inspiré dans ses dédales électroniques où l’ambient et la techno jouent à cache-cache au-delà de toute misère stylistique, le nouvel opus d’Uwe Schmidt (que pour rappel, on connait aussi sous les pseudos de Senor Coconut ou Atom Heart, entre autres) prend à la gorge dès les premières secondes pour ne plus rien lâcher, cinquante et une minutes durant. Digne du choc que j’avais ressenti dans un glorieux passé lorsque j’ai découvert les premiers travaux du seigneur Wolfgang Voigt sous le masque de GAS, l’album illustre également une série de photos exposées en 2011 à Francfort et Tokyo – tout en ayant des liens plus que distendus avec le cycle homonyme de Lieder schubertiens. Who cares ?

 

Un disque : Atom TMWinterreise (Raster-Noton)

08/02/2013

U.S. Girls – Gem

usgirls-gem.jpgRévélation hypnagogic pop de ces dernières années, Meghan Remy (alias U.S. Girls) pousse encore le cran de l’émotivité bricolo un rang plus loin en 2013. Penchant féminin d’un Ariel Pink qui aurait rencontré Xiu Xiu et Marianne Faithfull, la Canadienne – qui n’a rien d’U.S. ni de pluriel – torture son électro pop dans un sens davantage expressif que par le passé, notamment par rapport à son déjà excellent U.S. Girls On Kraak paru en 2011 sur, cocorico, le fameux label belge de son titre. Même si, de toute évidence, on ne fredonnera jamais ses chansons entre le pommeau et la savonnette, la musique de Meghan Remy poursuit son chemin en toute indépendance, à mi-chemin entre expérimentations personnelles et recherches mélodiques surréelles. Vous cherchiez un conseil d’écoute dans la marge ? Ne cherchez plus, il est tout trouvé.

 

Un disque : U.S. GirlsGem (FatCat)

05/02/2013

Laurel Halo – Quarantine

laurel halo, hyperdub, electronica, dubstep, electro pop, critique, songwriting femininGrosse hype en 2011 avec son très réussi EP Hour LogicLaurel Halo signe un an plus tard un très joli opus en format étendu, son apparente inoffensivité au premier abord est extrêmement trompeuse. D’une longueur en bouche subtile et harmonieuse, l’œuvre de la New-Yorkaise évolue dans des eaux pop expérimentales où s’est baignée la grande Laurie Anderson, ainsi que, mais ça va de soi vu qu’ils forment un couple à la ville, Oneohtrix Point Never alias Daniel Lopatin. Pour multiplier le name dropping, on citera aussi une Julia Holter, en mode un chouia moins accessible, mais l’énorme force de Quarantine est de multiplier les tentatives électroniques, couplées à un chant angélique, voire diaphane. Alors oui, par moments, on reste tellement longtemps sous l’eau qu’on en perd la respiration, mais quand on retrouve la surface, un monde en technicolor digital exprime toutes ses nuances, elles sont riches et multiples. Nombreuses écoutes conseillées avant d’atteindre la plénitude, got it ?

 

Un disque : Laurel HaloQuarantine (Hyperdub)

Majeur – Maury Road

 

majeur-mauryroad.jpgAprès sa reprise du Summertime Sadness de Lana Del Rey qui a suscité un mini-buzz sur la toile, Majeur était attendu au tournant de son premier album, le résultat est mitigé. A vrai dire, on ne sait trop si c’est l’agacement ou l’émerveillement qui prédomine à l’issue du – long – parcours (14 titres, mazette). Il y a bien quelques pépites, dont un Message Perso et un Open Your Eyes qui vont droit au cœur et aux tripes, il y a aussi pas mal de pose faussement éthérée, genre tu l’as vu comme moi aussi je sais faire de la dream pop, sans compter certains passages où on se demande vraiment, et c’est dit sans méchanceté, si les musicos ont appris à jouer il y a plus de trois semaines (le pompon revenant aux catastrophiques Where Are You Now et Festival de Cannes). Ou bien, c’est de l’humour et je n’ai rien compris.

 

Un disque : Majeur – Maury Road (Autoproduction)