11/04/2013

Bachar Mar-Khalifé – Who’s Gonna Get the Ball From Behind

Bachar Mar-Khalifé, infine, techno, jazz, folk, critiqueIl est libre, Bachar. Non, pas l’affreux jojo aux commandes de la Syrie, plutôt le Franco-Libanais Bachar Mar-Khalifé, dont le présent Who’s Gonna Get… est une des plus excitantes révélations de l’hiver. Capteur d’univers disparates qu’il fusionne dans une cohérence à couper le souffle, le jeune pianiste, frère du fondateur d’Aufgang Rami Mar Khalifé, enfile – telles  les perles – une multitude d’événements musicaux du plus bel effet. En premier, on songe – et pas qu’un peu – à la formidable rencontre de la techno et du jazz  initiée en son temps par Francesco Tristano (par ailleurs ami et compagnon de label). Ensuite, au fil de la fréquentation, chaque jour plus assidue, de ses dix morceaux, le chant en arabe de Bachar révèle une connexion affirmée entre Orient et Occident, tel un gigantesque pied-de-nez libertaire à tous les conservatismes bloqués au stade anal. N’hésitant pas à faire sien l’héritage de la tradition koweitienne (Ya Nas), le musicien parisien enchaîne les références politique (Marea Negra, emblème du printemps arabe) et artistique (Requiem, tel du Sébastien Tellier première mouture sous nette influence Jean-Claude Vannier vs Jeff Mills). Poivrées, épicées et rondes en bouche, les saveurs s’entrecroisent, le festin est somptueux.

 

Un disque : Bachar Mar-KhaliféWho’s Gonna Get the Ball From Behind (InFiné)

04/04/2013

Dawn McCarthy & Bonnie ‘Prince’ Billy – What The Brothers Sang

Dawn_McCarthy___Bonnie_'Prince'_Billy_-_What_The_Brothers_Sang.jpgDeuxième collaboration entre Dawn McCarthyet Bonnie ‘Prince’ Billy, What the Brothers Sang se veut un hommage aux Everly Brothers, il est toutefois bien plus qu’une simple évocation des plus belles heures du folk made in the USA. Comme on pouvait s’y attendre avec Will Oldham, les treize reprises jalonnent le parcours d’un certain de personnalisation à la fois dans l’esprit de BPB et ses auteurs (en vrac, Kris Kristofferson, Carole King et bien sûr, à quatre reprises, Don Everly). Parfois, ça groove même à fond les ballons, et ça fait un rude bien (Milk Train), à une occasion, ça rocke les miches dans le bayou (Somebody To Help Me, fascinant mix entre le Spencer Davis Group et les New Pornographers) et le reste du temps, la voix de velours de M. Oldham caresse plus que jamais les écoutilles. Toutefois, même si l’on sent toujours la patte d’un des plus grands artisans de la folk music d’outre-Atlantique, une certaine lassitude pointe le bout de son nez en plusieurs instants, d’autant que le rôle de Dawn McCarthy, dans l’ombre, manque du relief qu’une voix féminine aurait pu apporter à l’ensemble. Dommage.

 

Un disque : Dawn McCarthy & Bonnie ‘Prince’ BillyWhat The Brothers Sang (Domino)

03/04/2013

Claire Diterzi – Le Salon Des Refusées

diterzi-salon.jpgMême si perso, j’ai toujours eu du mal avec les remontées expressionnistes de Claire Diterzi, que j’ai souvent comparées à une version pseudo-déjantée de Camille Dalmas, je dois bien reconnaître que Le Salon Des Refusées est son meilleur album à ce jour. Là où en d’autres temps elle agaçait (son Tableau De Chasse était le pompon), l’artiste française réussit la gageure de transcender ses habituelles caractéristiques, voire défauts (un sens du spectaculaire pour le plaisir de…) sur son quatrième opus solo. Est-ce le lieu de l’enregistrement (la prestigieuse Villa Médicis à Rome, elle est la première artiste non-classique à bénéficier d’une résidence), en son cru 2012-2013, la demoiselle désormais quadra parvient à donner plus de corps à ses chansons. Non qu’elle ait renoncé à ses échos expansifs, ils sont après tout sa marque de fabrique, simplement que les divers éléments de son salon sont aujourd’hui recouverts de teintes harmonieuses qui ne misent plus tout sur la voix. Que les ingrédients soient arabisants, classiques (au sens français à la Rameau) ou simplement pop arrangée avec un énorme soin (who said Joanna Newsom ?), la dernière œuvre en date de la Diterzi risque de faire chavirer bien des chaloupes, la mienne en premier. Vous savez bien ce qu’on dit des imbéciles et des avis...

 

Un disque : Claire DiterziLe Salon Des Refusées (Naïve)