08/02/2009

Oren Ambarchi repaie de sa Persona

orenambarchi-personaSculpteur sonore de la trempe des Christian Fennesz et Peter Rehberg, l’Australien Oren Ambarchi s’était révélé au tournant du millénaire par la grâce de quelques albums aux ambiances inquiétantes, parfois suffocantes, bien senties. Edité à l’époque en vinyl et en 300 exemplaires, Persona avait été enregistré en un seul jour, il suivait de peu de jours le fameux Afternoon Tea (la collaboration Ambarchi – Fennesz – Rehberg – Rowe – Pimmon) et se situait dans la même veine que le toujours recherché Suspension. Neuf années plus tard, l’œuvre ressort en disque compact, avis à tous les trois cent et unièmes de la terre.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Oren Ambarchi Persona (Black Truffle)

07/02/2009

Les petits enfers de Marissa Nadler

marissanadler-littlehellsAdmirer la plastique de Marissa Nadler est une chance, écouter l’envoûtement de sa voix sombrement lumineuse un ravissement éternel. Magnifique d’un gothisme réverbéré qui remplit l’espace d’une salle de concert comme peu savent le faire (Larkin Grimm ou Alela Diane peut-être, Hope Sandoval sûrement), son organe vocal nous donne rendez-vous sur un quatrième album dont on peut simplement espérer qu’il rejoindra au pinacle le sublimissime Songs III: Bird on the Water.

 

Un disque : Marissa NadlerLittle Hells (Kemado Records)

Heart Paper Lover - Marissa Nadler

Rosary - Marissa Nadler

Little Hells - Marissa Nadler

zeitkratzer & Keiji Haino – electronics

zeitkratzerkeijjihaino-electronicsPersonnage mythique de la scène free noise rock (en gros), le Japonais Keiji Haino n’est plus à présenter quand il s’agit de dépasser les cadres étriqués des bonnes conventions sonores. Présent aux percussions (sur l’étonnant Drum Duo), à la guitare, à l’électronique et surtout au chant (et lequel !), l’ami du génial Kan Mikami intègre mer-veil-leu-se-ment sa voix unique de ténor fou à l’orchestration, notamment sur le premier Aria, où ses variations vocales déclinent à l’infini un sens de la dramaturgie abstraite comme elle est viscérale. Davantage bruitiste, le second Aria voit zeitkratzer (ils insistent sur le z minuscule) jongler avec l’héritage des Einstürzende Neubauten, confronté une radicalité stockhausienne dont on ne ressort que difficilement vivant. Morceau de bravoure du disque, les vingt-cinq minutes de la Sinfonia confirment la folie furieuse – faudrait-il écrire psychiatrique ? – qui s’est emparée en ce soir autrichien d’avril 2006 et on aurait sacrifié nos intégrales Kevin Drumm et Merzbow pour pouvoir en être. Time machine, anyone ?

 

A suivre

Un disque : zeitkratzer & Keiji Haino electronics (zeitkratzer)

06/02/2009

Telepathe – Dance Mother

telepathe-dancemotherA moins d’un long séjour hors de toute civilisation – lisez Internet – vous n’avez pu passer à côté de ce premier album de Melissa Livaudais et Busy Gangnes, alias Telepathe. Chaude comme la braise, la hype entourant le duo new-yokais ne risque hélas guère de flamber à l’écoute de ce Dance Mother, tant pis si la présente chronique vous fait du mal. En dépit de forts relents du trio Au Revoir Simone en balade du côté de Tilly & The Wall et de Mates of State (références incontestables s’il en est), on reprochera aux deux demoiselles de Brooklyn  – c’est là le gros hic – des mélodies parfois paresseuses, notre paire de jouvencelles préférant centrer ses humeurs électro-pop sur des claviers vintage (pour la petite histoire, ils appartiennent à Dave Sitek des TV On The Radio) percutés par des infra basses dub trop propres sur elles pour pleinement convaincre. Une ou deux – vraies – chansons sortent toutefois du lot, à l’image du très touchant Can’t Stand It, aux très réussies harmonies vocales en guise d’adieu à Simone, tout comme le Michael enchaîné (non, rien de BDSM là-dessous). Pour au final, une déception relative mais sans ambages.

 

Un disque : TelepatheDance Mother (V2)

 

 


Chromes on It - Telepathe

I Cant Stand It - Telepathe

Gustaf Spetz en première solo

gustavspetz-goodnigtmrspetzEn congé définitif de son groupe Eskju Divine, le singer songwriter suédois Gustaf Spetz exhume les faux semblants shoegazing en ouverture de son premier effort solo. De ce camouflage décibellique haché menu au bout de quarante (et une) secondes, il surgit tel un jeune homme romantique armé d’un piano envolé, c’est pour nous proposer onze pop songs aériennes et haut perchées (cette voix !).

 

Un disque : Gustaf Spetz Good Night Mr. Spetz (Imperial Recordings)

1Goldenfeathers.mp3 - Gustaf Spetz

3 Burn it, crush it, smash it.mp3 - Gustaf Spetz

6 Restless.mp3 - Gustaf Spetz

9 Dewdrop.mp3 - Gustaf Spetz

03/02/2009

Pit er Pat – High Time

piterpat-hightimeChantre de musiques indépendantes où le concept d’ouverture d’esprit est un maître mot, le label Thrill Jockey démontre, mois après mois, la pertinence de ses choix, jamais prétentieux, toujours défendables. La présence du trio Pit er Pat, depuis les débuts The Babies Are Tired / Lullaby 12 (2004) jusqu’au récent High Time, est à cet égard particulièrement symptomatique des choix stylistiques thrilljockeyens. Perclus d’influences nu jazz exprimées dans des habillages pop d’une redoutable finesse mélodique (écoutez la splendide partie vocale de Evacuation Days, elle ne vous lâchera plus jusqu’au prochain solstice), le mainstream l’ignorera bien sûr superbement, les airs recherchés des Chicagolais détonnent dans ce monde du repiquage élevé au rang d’art. Décorées de ci, de là d’une ligne de basse inoubliablement discrète ou d’une partie de guitare qui doit autant aux notes bleues qu’au continent noir, sans bien sûr négliger l’indie rock du bord du lac Michigan (l’ombre de John McEntire n’est jamais très loin), les chansons de Fay Davis-Jeffers, Rob Doran et Butchy Fuego délaissent la vacuité du beau pour tout discours et interrogent l’intelligence de l’auditeur. Œuvre de pointe certes (tout en étant accessible à tout qui a déjà goûté à Basil Kirchin), complètement intégrée à un corpus musical étalé sur quatre années de grande qualité, la discographie des Pit er Par intègrera à merveille l’intervalle fébrile entre le Birmingham de Pram, le Kenya d’Extra Golden et le Chicago de Tortoise, ce qui ne rend sa fréquentation que plus indispensable ET chaleureuse.

 

Un disque : Pit er Pat High Time (Thrill Jockey)


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01/02/2009

zeitkratzer égratigne le temps

zeitkratzer_HalbTotale_Andreas_HarderEnsemble de musique contemporaine – dans son versant le plus dépoussiéré et moderne – fondé voici une dizaine d’années par le pianiste berlinois Reinhold Friedl, zeitkratzer (égratignure du temps en allemand) confronte depuis ses débuts l’avant-garde instrumentale (John Cage, Stockhausen, La Monte Young…) et la musique électronique. Parution majeure, le coffret Electronics – trois disques également disponibles séparément – confirme le statut unique de la formation germanique dans le petit monde des musiques nouvelles et/ou improvisées. Sans compter qu’il inaugure le propre label de l’ensemble, à la dénomination forcément éponyme.

 

Familiers d’un répertoire qui les voit voltiger entre grands noms de la musique savante du vingtième siècle – mais en dehors de tout académisme – et musiciens ‘populaires’ (dont Lou Reed et son Metal Machine Music, repris avec l’approbation explicite de l’ex-Velvet Underground), la dizaine de membres de l’orchestre met un malin plaisir à brouiller les pistes. Tantôt l’élitisme gronde le populaire, tantôt le rock et l’electronica technoïde dévergondent les musiques atonales, jamais la recherche esthétique ne se subordonne pas à l’expérimentation inaboutie.

 

Enregistrées dans leur majorité dans divers festivals et lieux de concerts européens (Le Lieu Unique à Nantes, le Digressions Festival de Barcelone, le Donaufestival de Krems, Autriche) ainsi que dans leur tanière berlinoise de la Volksbühne, les trois collaborations réunies en ce projet ont pour fil rouge – c’est bien le seul – une absolue indépendance de vue, en dehors de toutes conventions ou de tout formalisme formolisés. Il faut dire qu’on ne réunit pas impunément des esprits aussi libres que Carsten Nicolai, Keiji Haino et Terre Thaemlitz sans prendre quelques risques de clash artistique, il y en a et nous y reviendrons, dans un jeu brûlant qui vaut toutes les chandelles transversales.

 

A suivre...

 

Un coffret : zeitkratzer Electronics (zeitkratzer)