06/02/2011

Z’ev + Jason Kahn – Intervals

ZevJasonKahn–Intervals.jpgVénéré en ces lieux pour la réédition de son chaos percussif As/if/When chez Sub Rosa, l’Américain Z’ev aka Stefan Joel Weisser n’a pas fini de nous surprendre, dans le bon sens toujours. Confrontant son univers à la fausse quiétude de Jason Kahn – dont nous avions particulièrement goûté les sonorités blanchâtres dans son Vanishing Point en 2009, Weisser incline ses déclinaisons bruyantes dans un calme qui vire entre angoisse et recueillement. Telle une lecture californienne – les deux protagonistes en sont originaires – du formidable s6t8r de Gilles Aubry, on guette le moindre détail sonore comme si notre vision de l’instant en dépendait. Ponctués d’entrechocs captés dans le lointain d’un outre-monde, la notion de concentration acoustique prend un tour quasiment neurasthénique – imaginez, pour faire bref, un anti-Merzbow s’extasiant de la paix toute relative de la nuit après un orage ravageur. Basé autour de deux pièces de concert enregistrées en Suisse en avril 2009, Intervals réussit la gageure de présenter Chris Corsano à Machinefabriek en passant par le Kreuzberg de 1980, celui où Blixa Bargeld & co découpaient les contours de la musique industrielle. Tel un négatif aux antipodes de Berlin, la vision de la paire US invite son apparente imperturbabilité à la table de l’inquiétude – pour un défi relevé avec brio en dépit de son éprouvant caractère.

Un disque : Z’ev + Jason KahnIntervals (Monotype)

03/02/2011

Philippe Petit & friends – A Scent Of Garambrosia

philippepetitfriends.jpgEntouré d’une ribambelle de compagnons de haut vol, Philippe Petit laisse tout le champ libre à ses partenaires d’un morceau (ou plus) sur A Scent Of Garambrosia. Qu’il s’agisse de l’harpe électrique de Raphaëlle Rinaudo (qui défie carrément la grande Zeena Parkins, ô compliment) sur When A Seahorse Meets A Seafish… ou que les violons de James Johnston remplissent un espace constellé qui n’est pas sans évoquer le récent Off To Titan, les atmosphères dévoilent – au casque, svp – leurs intimes secrets au fil des écoutes. Visant même un hyper-monde partant en vrille sous la trompette d’Andy Diagram (oui, celui de Pale Fountains, The Spaceheads et James), l’œuvre éteint ses tentacules vivaces entre maintes sonorités originales dans leur familiarité dissolue.

A l’instar du morceau-titre (et phare) du disque, où Maria Grigoryeva, Helena ‘Espers’ Espvall, Hervé Vincenti et Alexander Bruck exploreraient un étonnant – et fameux – rapprochement entre Andy Moor et Lene Grenager quelque part sur le label Tzadik, les ambiances nocturnes convergent à l’unisson, tantôt dans une lenteur assumée (Night Elves Jukebox), tantôt dans un déferlement craquelant où le violoncelle de Bela Emerson rejoindrait Svarte Greiner (The Moon Woman). Et tel un diable au corps maculant ses victimes d’un noir désir d’envoûtement céleste, l’ultime descente anoblit les mystères acides de ses pensées obliques.

Un disque : Philippe Petit & friendsA Scent Of Garambrosia (Aagoo Records)

01/02/2011

RV Paintings – Samoa Highway

The Helen Scarsdale Agency, rv paintings, jon pyle, brian pyle, electronica, ambient, experimental, love on the bitsMembre fondateur des libérateurs psyché Starving Weirdos – c’est là son principal fait d’armes « people », Brian Pyle fait cause commune avec son frangin Jon au sein de RV Paintings. Nés en Californie, plus exactement dans le Humboldt County, soit très loin des lumières de San Francisco et Los Angeles, ils conjuguent les visions impressionnistes de leur terre natale à un psychédélisme cinématique ravageur – le résultat est très satisfaisant, voire par instants stupéfiant (tel l’inaugural Millions). Pendues sur le fil d’un drone qui relie un shoegaze abstrait aux réflexes pavloviens d’une sortie de route bruitiste, les déclinaisons de Samoa Highway (dont le titre fait référence au long pont reliant les deux communautés du comté) s’imprègnent des bruits familiers du lieu – l’aéroport du coin, par exemple. Alors que tout cela risquait de nous faire glisser vers le déjà entendu, d’autres ingrédients viennent, heureusement, ajouter une touche personnelle aux cinq morceaux. Entre un piano minimaliste à ma gauche et des effets organiques à ma droite (on songe notamment à Hildur Gudnadóttir), les instants fouillés développés par la fratrie américaine s’imposent par l’évidence de leur architecture, en dépit de (ou plutôt grâce à) la richesse flamboyante de ses oripeaux ambient, servis sur des souvenirs néo-classiques qu’on ne peut que vous recommander.

Un disque : RV PaintingsSamoa Highway (The Helen Scarsdale Agency)


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