01/06/2010

Denseland – Chunk

denseland-chunkEn avant pour un tour du côté du label viennois Mosz, en attendant le très troublant duo Rdeča Raketa – promis, juré! Développé autour d’un spoken word grave (au sens organique du terme), Chunk du trio austro-germano-américain Denseland s’inscrit – parfaitement, svp – dans les interstices qui sépare les albums 2 de Kapital Band 1 et The Ghost Sonata de Tuxedomoon – le tout conté par le timbre ricaneur de l’incomparable David Moss, à la fois ténébreux et impressionniste (think Tom Waits vs Ergo Phizmiz). D’une teneur électroacoustique qui laisse toute sa juste place aux musiques (semi)-improvisées, les dix propositions bénéficient du soutien dynamique, on pourrait écrire olfactif et poivré, de Hannes Strobl (basse, électronique) et Hanno Leichtmann (batterie, électronique).

Tendu autour d’un fil qui atteint un point d’équilibre au bord du miracle parfois (Monk, Low Velocity Zone) – hormis l’une ou l’autre tentation électro-pop expérimentale comique mais accessoire (Obsidian), les vraies folies de Denseland s’en laissent réellement compter quand, sous ses oripeaux électroniques (faussement) désorganisés, se rejoignent les mondes croisés de Felix Kubin et Yannis Kiriakides, quelque part sous un baobab africain. Qui l’eut cru, Lustucru ?

 

Un disque : Denseland Chunk (Mosz)

28/05/2010

Justin Nozuka – You I Wind Land And Sea

justin-nozuka-you-i-wind-land-and-sea-Sortez la collection de mouchoirs tâchés par les premières règles de la cousine qui s’extasie devant AQME et Christophe Maé, l’ignoble Justin Nozuka est de retour. Déjà qu’en 2007, on avait été obligé de coltiner l’insupportable Holly – et c’était tout sauf jojo, à moins de considérer Maroon 5 comme des métalleux stoner apocalyptiques. Trois années de turpitude plus tard, le même désastre est au rendez-vous. Chansons pop folk mielleuses à rendre punk Amandine Bourgeois, mélodies rock – on ne pouffe pas, ou plutôt si – qui ferait passer Bryan Adams pour un membre des Queens Of The Stone Age, on tient trop au prix du papier pour y consacrer plus de quelques lignes. Au bac !

 

Un disque : Justin Nozuka You I Wind Land And Sea (PIAS)

27/05/2010

Eleh – Location Momentum

Eleh_Location_Momentum_Mystère insoluble en dépit de onze sorties – toutes en vinyle – sur les labels Important et Taiga en moins de quatre années, le mystère Eleh inscrit depuis 1999 sa démarche en une exploration de synthétiseurs analogiques, plus précisément les oscillations à basse fréquence et les phénomènes de résonance acoustique. Terriblement impressionnants, tels des vertiges cosmiques nichés dans les trous noirs de la stratosphère, les drones de l’énigmatique artiste – quid de sa nationalité, de son identité ou de son sexe ? – vibrent au creux de nos pavillons tel un magma ralenti sur un faux plat volcanique.

Première œuvre elehienne à être proposée au format CD, Location Momentum trouve en la maison Touch le cadre naturel de son introspection, que d’aucuns – nous n’en faisons pas partie – jugeront dogmatique. Bourdonnantes, quelquefois enivrantes d’une beauté surnaturelle qui vénèrerait des cloches d’église passée à la moulinette de Phill Niblock (le morceau d’ouverture Heleneleh vers les 16’), ses sculptures sonores – plongées dans les tourments nuageux du bas du spectre – impriment au fil du temps un tapis obscur dont les fils finissent par nous embaumer. D’une longueur extrêmement variable – entre deux et vingt minutes, chaque track possède une particularité physique qui rend l’écoute de l’album tout sauf monotone – à l’instar de The Invisible City, dernier opus en date de BJ Nilsen. Ainsi, la troisième étape Circle One : Summer Transcience transvase en deux couches hyper-distinctes (et distinguées) un sifflement continu superposé à une sourde menace noiraude – en proie à des pulsations cardiaques accélérées jusqu’au bord de l’apoplexie. Etalée sur plus de dix minutes, l’expérience s’achève sur un faux calme oppressant, telle une vision post-apocalyptique en rouleau compresseur.

 

Un disque : Eleh Location Momentum (Touch)

26/05/2010

Toog – Goto

toog-gotoSource d’inspiration des artistes, le trafic automobile n’a cessé d’inspirer les artistes, de Charles Trénet à sa Nationale 7 (et les reprises fendardes des Honeymoon Killers et Stereo Total) à Philip Glass (certaines séquences de Koyaanisqatsi). Dans un genre plus grinçant, Gilles Weinzaepflen, alias Toog, aborde le thème avec une distance électro-pop dada – think Felix Kubin vs Matmos – totalement bienvenue. Mêlant des field recordings (klaxons) à des musiques qu’on aurait très bien entendues sur Gagarin Records, Toog pose les bonnes questions (Où Va La Vie ?’, L’Esprit de l’Inventeur) tout en se gardant bien d’un tirer un discours pseudo-philosophique abscons (pour ça, regarder BHL trente secondes sur YouTube suffit). Derrière son dilettantisme en trompe-l’œil, le savoir-faire du bonhomme est immense. Parvenant à traiter de sujets sérieux avec la légèreté onirique d’un François de Roubaix, Weinzaepflen insuffle une énorme part d’humanité dans la multitude de ses influences. Citant Jean-Jacques Perrey tout comme il décorne Katerine (les drolatiques Ebréché et La Chambre Noire), l’homme de Mulhouse nous amène – sans coup férir – à la question : et si on tenait un nouveau Bertrand Burgalat ?

 

Un disque : Toog Goto (Karaoke Kalk)

23/05/2010

Michael Fakesch – Exchange

Michael-Fakesch-ExchangeMembre de Funkstörung jusqu’au split du duo allemand en 2006, Michael Fakesch se livre à l’exercice périlleux du remix – sur lequel il redonne vie à son propre label Musik aus Strom.

Très à son aise dans d’excitantes relectures qui bougent les fesses (Scattfolding, Shadowhuntaz, Raz Ohara ou Hecq), le producteur teuton s’emmêle les pinceaux dans sa révision de Bomb The Bass, où la présence de Paul Conboy en featuring donne des allures pédantes à un pseudo-Thom Yorke se touchant le mou sur des montagnes russes dub house. Amoureux de funk – à l’excès, Fakesch convie à sa table de mixage un formidable (ou agaçant, c’est selon) imitateur de l’artiste anciennement connu sous le nom de Prince. Hélas, l’obsession se transforme vite en affliction (Taprikk Sweezee en guest star chez Towa Tei, Kidkanevil et Herbert) et ce n’est pas la révision classieuse de l’essentiel Gloomy Planets de The Notwist qui nous fera changer d’avis.

 

Un disque : Michael Fakesch Exchange (Musik aus Strom)

04/05/2010

Clara Moto – Polyamour

Clara-Moto-PolyamourProductrice autrichienne à qui l’EP Glove Affair de 2007 avait immédiatement donné du crédit – et pour notre plus grade joie, il est de la partie trois ans plus tard, Clara Moto trouve en la maison InFiné le cadre idéal à ses délicatesses électroniques. Compagne d’épopée d’un Danton Eeprom qu’on ne peut que recommander, la jeune compatriote de Fennesz déjoue les hypes dansantes, conjuguant techno minimale en quête d’absolutisme repu et deep house saupoudré de vagues de chaleur réconfortante. Jamais en mal d’une délicatesse mélodique rare à un tel niveau d’emballement, Clara Prettenhofer (au civil) aligne les délices, seule aux machines ou aux côtés de sa compatriote Mimu aux vocals. Présente sur trois titres impeccables à un tel point qu’on les verrait très bien édités du côté de Monika Enterprise, cette dernière insuffle une brise électro pop à un album qui transforme en (presque) or tous les genres qu’il touche, du plus dansant au plus home listening.

 

Un disque : Clara Moto Polyamour (InFiné)

29/04/2010

Stereo Total – Baby Ouh!

Stereo Total – Baby OuhEn voiture les petits champions, le manège Stereo Total rouvre toutes grandes les vannes de la déconne caustique, faussement bébête, vraiment fendarde. En toute grande forme, le duo Françoise CactusBrezel Göring nous refait le meilleur coup des années Musique Automatique et Do The Bambi. Derrière ses airs faussement ingénus et son imaginaire électro-pop pour grands enfants qui n’ont jamais cru à l’innocence, les duettistes berlinois enfoncent le clou de la mélodie imparable (Alaska), débauchant des oreilles qui ne demandent que ça (Du Bist Gut Zu Vögeln, traduction : tu es un bon coup – mais oui). Les trop sérieux du bulbe qui pleurent la disparition de Jean Ferrat trouveront évidemment ça superficiel et creux, les autres kékés s’encanailleront au son de la Barbe A Papa, délicieuse et excitante reprise de la diva décalée Brigitte Fontaine. Pour compenser, on sera bien un moins friand de la relecture cheap du Tour de France kraftwerkien, mais on ne chipotera pas pour si peu. Vous reprendrez bien une tranche de déjante, Simone ?

 

Un disque : Stereo Total Baby Ouh! (Disko B)

28/04/2010

The Album Leaf – A Chorus Of Storytellers

The Album Leaf – A Chorus Of StorytellersToujours autant éprises du A Safe Place de 2004, les pages de ce blog guettent à chaque instant les news en provenance de San Diego, California, patrie de The Album Leaf . Nous ne sommes pas les seuls. Familière aux oreilles des fans d’une Islande électronica aux vaporeux contours (Sigur Ros, múm), la musique de Jimmy LaValle étire toujours, six années plus tard, le spleen paradoxalement réconfortant de ses ritournelles. Au départ de variations post rock qui évoquent les sensations accalmées des Gregor Samsa sur leur fantastique Rest, le Californien peine toutefois à capter l’essentiel. Braqué sur l’accessoire – une recherche désespérée d’une joliesse sonore en recherche de consistance, le disque vogue le long de ses onze titres sur une mer aux trop rares ondulations (en dépit de la très jolie tenue mélodique pop de Falling From The Sun¸chanté avec une élégante retenue). Telle une traversée ordinaire de flots huileux sans trop d’âme, le fil nautique entre le Golden State et Reykjavik manque de tension pour que ses funambules ne s’y tiennent droit. Trop rares exceptions, le splendide et très à-propos nommé Within Dreams emmène les plus essentiels Nico Muhly et Peter Broderick sur un lit de cordes subtilement dosées et c’est à regret que nous abandonnons le navire à la vue des premiers icebergs.

 

Un disque : The Album Leaf A Chorus Of Storytellers (Sub Pop)

23/04/2010

Baktruppen – 1986-2008

baktruppen_testSous la forme d’un coffret de trois CD, elle retrace en 105 (!) morceaux la vingtaine d’années de carrière du collectif Baktruppen, entre 1986 et 2008. Formé dans la ville portuaire de Bergen, l’ensemble – what else ? – norvégien est complètement inclassable. Tour à tour adepte des musiques populaires, entendez folkloriques au sens de la poésie sonore d’un Ghédalia Tazartès, d’improvisations théâtralisées en allemand (et anglais) ou d’échappées électroniques cinématiques, pour ne citer qu’elles, la troupe scandinave fait définitivement partie de ces farouches indépendantistes de l’idiosyncrasie sans concessions – ah que non – ni prises de tête – encore moins. Absolument culte dans les milieux berlinois underground, la vision libertaire des Baktruppen est virtuellement impossible à résumer en l’espace de quelques lignes. Echappées rigolotes qui se foutent de la tronche trop sérieuse d’une certaine musique concrète ou délires ludiques de grands enfants à jamais de bonne humeur, les morceaux s’inscrivent dans une démarche où la musique n’est qu’une des composantes – et à sa simple écoute, elle est globalement satisfaisante. Aussi bien performers scéniques que musiciens événementiels, les fascinantes photos du livret en témoignent, l’ensemble nordique se laisse parcourir au gré de son incomparable fantaisie. Idéalement, on la parcourra en poussant la touche Random du lecteur, histoire d’oublier l’éventuelle lassitude qui pourrait guetter au coin du feu.

 

Un disque : Baktruppen 1986-2008 (+3dB)

22/04/2010

Chihei Hatakeyama – Ghostly Garden

chiheihatakeyama-ghostlygardenElectronicien japonais dont nous avons déjà apprécié la subtilité des tons clairs sur l’excellent Hau du duo Opitope qu’il forme avec Date Tomoyoshi – mais aussi en solo sur Kranky, Chihei Hatakeyama nous revient en solo sur la maison luxembourgeoise Own Records, pourtant davantage orientée vers une certaine indie pop americana – à l’instar de l’excellent Gathered Tones des Trouble Books, sur lequel nous reviendrons prochaînement. Très sereine et entre deux eaux calmes, l’approche métaphysique du producteur nippon intègre une série d’éléments premiers pour mieux les malaxer et les rendre méconnaissables. Véritable maître de la déconstruction sonore passée au crible d’une galaxie limpide où trônent les œuvres de Lawrence English, Christopher Bissonnette et DJ Olive, Hatakeyama déploie ses drones filandreux au sein d’une soierie émergeant d’un filet de brume rafraichissant. Finalement très en phase avec lui-même, il nous propose sans doute le plus accessible de ses travaux et vous auriez bien tort de ne pas vous noyer dans les profondeurs de sa non-métamorphose.

 

Un disque : Chihei Hatakeyama Ghostly Garden (Own Records)