22/04/2010

Tosca – Pony No Hassle Versions

tosca-ponyRelecture d’un No Hassle qui nous avait passablement laissé indifférent en son temps, c’était il y a une éternité dans le calendrier de la hype – soit quelques mois, Pony No Hassle Versions est bien (mal ?) parti dans l’imitation de son modèle originel. Ambiances downtempo pour chaudasses lounge repeintes à grands coups de make up, voix d’hôtesses du Thalys qui se veulent sexy ou douteux trip reggae trip hop (gloups, mon général), les choix du duo Tosca laissent pantois. D’une vacuité réchauffée au biffeton qu’on claque à une demi-pute pour soulager ses malheurs à fond de gorgées de mousseux Lidl, l’infâme objet est à déconseiller de la plus extrême des manières.

 

Un disque : Tosca Pony No Hassle Versions (G-Stone Recordings)

17/03/2010

Phill Niblock – Touch Strings

PhillNiblock–TouchStringsVidéaste, réalisateur, compositeur, les branches qui sous-tendent l’art de Phill Niblock reposent sur un tronc commun solidement implanté dans une indépendance farouche. Personnage majeur de la musique contemporaine, cela fait plus de vingt ans qu’en tant que directeur d’Experimental Intermedia, il offre des lieux de vie à des artistes d’avant-garde, en ses terres new-yorkaises comme en notre bonne vieille ville de Gand (Sassekaai 45, au nord de la ville). Pour ne rien gâcher, un double CD du musicien américain proposé par le passionnant label Touch vient ancrer l’artiste new-yorkais dans l’actualité discographique récente.

 

Habitant de la Grosse Pomme depuis plus de cinquante ans (à l’époque, il avait une vingtaine d’années), Niblock s’est tout d’abord formé une renommée en tant que cinéaste. Spécialisé dans la réalisation de films de jazz, au premier rang celui consacré à Sun Ra et de son Arkestra. Célèbre et célébré, son The Magic Sun de 1966 est un immense chef-d’œuvre, autant musical que visuel. Filmé en un noir et blanc onirique et sensuel en dépit de – ou plutôt grâce à – son abstraction überinspirée, l’œuvre évoque – et pas qu’un peu – la manière hypnotique des vidéos du label Raster-Noton, la chaleur humide en plus. Dans une telle mise en perspective, où l’on ne sait plus trop qui de la musique ou de l’image complète l’autre, certaines visions sont totalement inoubliables, tant la complémentarité des deux artistes est singulière d’envie vitale. Un exemple, parmi tant d’autres ? Quand les doigts de Ronnie Boykins, le contrebassiste du Sun Ra Arkesta, surgissent d’une obscurité tournée en négatif – à l’instar de tout le film, c’est tout un monde d’allégories férocement dynamiques qui s’ouvre à nous, auditeurs/spectateurs veinards de tant d’audace faconde informelle. Le DVD est toujours disponible sur le site du label américain Atavistic, faites-vous plaisir, c’est le moment, c’est l’instant.

 

Deux années plus tard, en 1968, Phill Niblock entamait ses premiers travaux musicaux. Sans aucune formation musicale, c’est en acteur/spectateur assidu de la scène de la Big Apple qu’il se lança dans l’aventure. Citant notamment les œuvres du grand Morton Feldman pour sources d’inspiration, l’artiste de la East Coast est toutefois parvenu à se forger – et rapidement – un vocabulaire propre. Fondé sur des structures généralement sombres et lentes jusqu’à la folie, le langage niblockien s’inscrit dans un cosmos atonal entre bourdonnements insondables et expérimentations métaphysiques. Multipliant les couches et les sous-couches pour ne plus former qu’un magma dont les textures se sont faites plus riches et complexes au fil des années, le son de Phill Niblock invite inévitablement au décloisonnement des fils, ceux qui relient les premières expériences d’un György Ligeti aux plus récents travaux d’un Jim O’Rourke tendance Long Night.

Toutefois, faudrait-il écrire évidemment, les drones élaborés du compositeur new-yorkais nécessitent une attention soutenue pour être appréciés à leur juste – et immense – mesure. Au-delà des premières impressions, qui promènent l’auditeur au sein d’un bloc de granit monochrome, les murmures inquiétants émis par les machines de Niblock impriment au fil des minutes une marque sourdement indélébile dans l’esprit de ses auditeurs.

Evidemment invité à partager les audaces stylistiques, c’est-à-dire à s’impliquer pavillons grands ouverts, le spectateur est avant tout acteur de la passion selon Saint-Phill. Là où une trop grande superficialité l’aurait forcé à quitter le chemin des ombres pour les mirages faussement lumineux de la musique commerciale, l’auditeur s’imprègne, lentement et imperceptiblement, des subtiles variations de la stratosphère relue par l’homme de New York.

 

La vision artistique de Phill Niblock ne se limite toutefois pas à l’utilisation exclusive des machines, fussent-elles de plus en plus complexes. A ses débuts de compositeur, à la fin des années soixante, la musique électronique n’avait pas encore atteint, loin s’en faut, la phase de démocratisation ultime que nous lui connaissons aujourd’hui. Certes, les travaux du BBC Radiophonic Workshop et des deux Pierre (Schaeffer et Henry) dataient déjà de plusieurs années, sans même parler des œuvres de Stockhausen, dont le fameux Gesang der Jünglinge avait déjà passé le cap des dix ans. A l’époque, les moyens employés par Niblock étaient somme toute modestes. Utilisant des bandes pour overdubber des enregistrements bruts d’instruments principalement classiques, l’artiste américain parvenait déjà à insuffler une unité stylistique qui ne s’est jamais démentie.

 

Aujourd’hui âgé de 76 ans, Phill Niblock demeure plus que jamais fidèle à ses principes sur le double album Touch Strings. Dans un premier temps, des instruments (à cordes, comme le nom du disque le prouve) sont enregistrés – les guitares et les basses de Susan Stenger et Robert Poss pour le premier volume Stosspeng, le violoncelle d’Arne Deforce sur Poure (une commande du Centre de Recherches et de Formation Musicales de Wallonie, basé à Liège) et l’Ensemble Nelly Boyd pour One Large Rose sur le second volet. Manipulés à l’aide d’une technologie plus avancée que les bandes de ses débuts, les sons organiques des instruments subissent un traitement ProTools d’une complexité étonnante qui leur donne une épaisseur moite absolument incroyable. Au-delà de toute fausse monotonie distraite, les drones étalonnés sous les doigts de Niblock impriment un rythme trouble et opaque. Jamais, et la multiplication des écoutes le confirme, la démarche n’exploite une quelconque fumisterie grotesque et inscrit son auteur, plus que jamais, au panthéon des mythes vivants de la musique électronique contemporaine. Vous en doutiez ?

 

Un disque : Phill Niblock Touch Strings (Touch)


The Magic Sun (Sun Ra filmed by Phil Niblock)

LittLe Boy | Clips vidéo MySpace

12/03/2010

Oren Ambarchi – Intermission 2000 - 2008

OrenAmbarchi-Intermission2000-2008La liste des collaborateurs d’Oren Ambarchi au fil des ans prend des allures de best of des musiques électroniques et/ou expérimentales, tendance grands maîtres. Entendu aux côtés de Jim O’Rourke, Christian Fennesz, Phill Niblock, Keiji Haino ou SunnO))) – il était de la partie sur l’incroyable Monoliths & Dimensions, le guitariste australien a depuis longtemps atteint le stade d’expert dans la manipulation numérisée des sons de sa six-cordes, quitte à rester hermétique auprès du plus grand nombre. Introduction idéale à son univers, le présent disque Intermission 2000 - 2008 pourrait bien changer la donne.

Compilation de performances de concert, de raretés et de faces B, la plaque démonte en cinq titres les diverses facettes du talent du producteur aussie. Le premier morceau Intimidator est une vraie machine infernale. Bâties autour d’un drone sourd et lentissimo échappé du piano préparé de son compatriote Anthony Pateras, ses quelque douze minutes rendraient fou le moindre moine bouddhiste en pleine crise existentialiste. L’influence orientale se fait encore plus marquée sur Iron Waves (un remix du Parasail de Paul Duncan), aux impressionnants échos de cloches et de cymbales surgis d’un néant obscurci par le traitement ravagé d’une guitare vrombissante. Déjà publié sur Touch (la compilation du 25è anniversaire), Moving Violation offre une pause balançant entre repos et malaise, alors que le numéro suivant The Strouhal Number ignore remarquablement le second volet du paradigme pour se plonger entièrement dans le premier. Bien plus secouée – au sens Harold Budd du terme, la conclusion A Final Kiss On Poisoned Cheeks vibre d’un être qui ne se pose plus la question du néant, tant ses torpeurs éclatées finissent par l’emporter dans ses cavités les plus férocement subliminales.

 

Un disque : Oren Ambarchi Intermission 2000 - 2008 (Touch)

09/03/2010

Small Color – In Light

smallcolor-inlightDes chansonnettes nipponnes folktronica qui embrassent à défaut d’étonner. La suite sur le Grisli.

 

Un disque : Small Color In Light (12K)

08/03/2010

Micragirls – Wild Girl Walk

micragirls-wildgirlwalkQuiconque veinard ayant assisté à un concert des 22 Pistepirkko le confirmera, l’humour caustique des Finlandais se marie extraordinairement bien à leur vision du rock, plongé dans un bain acidulé qui lui donne toute sa personnalité gaillarde. Produit par le bassiste du groupe Asko Keränen, le second opus du trio féminin Micragirls imprime, lui aussi, sa marque au deuxième degré. Bourré de références addictives, de la girlie pop sixties au punk, le tout raconté sur un mode qui relie The Organ aux Breeders sur un fond de Throwing Muses, Wild Girl Walk est à prendre à pleines mâchoires. Excellemment jubilatoires tout en demeurant parfaitement dispensables (faute à des références tellement rabâchées qu’on n’y prête plus toujours attention), leurs douze bombinettes renverront les coincés du slip au ras des jupettes mi-cloutées mi-Hello Kitty, histoire qu’ils se dévergondent une bonne fois pour toutes. Ou pas.

 

Un disque : Micragirls Wild Girl Walk (Bone Voyage)

07/03/2010

Him –ん

him-hmmmmmUne très goûteuse collision les rythmiques chaudes de l’afro beat et du tropicalia, formant un hybride véloce qui joue à saute-moutons avec les Brésiliens de Hurtmold, ainsi que les Japonais Piana et Shugo Tokumaru, à lire sur le Grisli.

 

Un disque : Him – (Hip Hip Hip)

Hindi Zahra – Handmade

hindi-zahra-handmadeBerbère du Maroc débarquée en 1993 à Paris à l’âge de 14 ans, Hindi Zahra est plutôt du genre self-made-woman, tendance affranchie des contrariétés variétoches. Signée sur la branche française du prestigieux label Blue Note, la demoiselle a composé – et réussi, disons-le d’emblée – son premier opus tout seule comme une grande. Mélangeant allègrement les genres (soul, funk et folk) et les langues  (anglais et berbère), Hindi est manifestement née sous une bonne étoile.

Charmantes et bien plus, ses onze chansons invitent le soleil de la vie, tout en évitant le spectre glauque de la nunucherie faussement adolescente (The Do, Cocoon, anyone ?). Œuvre d’une jeune femme – très – douée, on songe parfois à Keren Ann dans ses meilleurs moments, Handmade dépasse allègrement le stade d’une innocence trompeuse à la première écoute. A d’autres instants, magiques, c’est même l’ombre tutélaire de l’immense Billie Holliday (et pour rester dans le récent, de Madeleine Peyroux) qui plane sur des chansons dont la profondeur réelle n’entrave ni le plaisir mélodique ni la richesse harmonique. Bon, il sort quand, le deuxième ?

 

Un disque : Hindi Zahra – Handmade (Blue Note)

04/03/2010

Lene Grenager – Affinis Suite

LeneGrenager–AffinisSuiteAutre compositeur (il faudrait écrire compositrice dans son cas) en vue du pays des fjords, Lene Grenager (née en 1969) collabore depuis plus de dix ans avec l’Affinis Ensemble, à qui elle dédie cette Affinis Suite. A la lisière des musiques classiques et du jazz, la manière de Grenager s’inscrit dans les interstices dynamiques de ses géniaux compatriotes du Quatuor Lemur. Bien qu’il soit difficile de faire la part des choses entre la part écrite et les éléments improvisés des six mouvements, Affinis Suite séduit au-delà de toute tentative de chapellisation abusive. Epris du magnifique hautboïste Heinz Holliger, un des maîtres de l’instrument au siècle dernier, Duped for solo oboe étend son aura au-delà des œuvres remarquables d’un Luciano Berio. D’un esprit frondeur et espiègle, la musique de Lene Grenager évite – et c’est évidemment plus que bienvenu – l’écueil du dessèchement théorique. Emprunts d’une liberté totale de ton qui n’est pas sans rappeler un certain Steve Reich parachuté sur Rune Grammofon (Redolence for piano and marimba), certains aspects de son travail sonore impliquent un abandon total dans un hédonisme absolu qu’on n’attendait guère dans un secteur d’activités en telle marge des courants dominants.

 

Un disque : Lene Grenager – Affinis Suite (+3dB)

Quitzow – Juice Water / Setting Sun – Fantasurreal

Quitzow–JuiceWaterMettons les pieds dans le plat tout de suite, depuis 2008 et leurs doublettes Art College / Children Of The Wild, notre degré de vénération pour Erica Quitzow et Setting Sun atteint des sommets sur l’échelle pop. Qu’elle joue sous son propre nom de famille ou qu’elle rejoigne son comparse Gary Levitt au sein du groupe au soleil couchant, l’artiste new-yorkaise conjugue à tous les modes du présent l’enthousiasme arty et la classe entraînante.

Vraiment formidable, Juice Water nous embarque dans un bateau électro pop à l’équipage sous haute addiction. Dans ses imparables mélodies à fredonner de bon matin, des CSS lo fi font de l’œil à Robyn, des pop songs romantiques invitent les ados attardés à se kisser les papouilles en souvenir des Ting Tings, et les Bondo de Role accompagnées de toute la clique donnent le sourire pour des semaines. Le plus fort ? Cette verve mélodique constante sur dix titres qu’on ne voit pas passer.

 

SettingSun–FantasurrealEnsoleillé, forcément, mais toujours voilé de cette fine pellicule mélancolique qui lui donne tout son cachet, la nouvelle mouture de Setting Sun s’inscrit, elle aussi, dans le cadre de l’excellence pop. Davantage inscrite dans une filiation mélodique qui renverrait plus à la brit pop (genre Belle & Sebastian) qu’à la sunshine pop, la vision de Gary Levitt & co donne des envies irrésistibles de fonder son propre groupe, tant leur manière de composer et de jouer sonne naturelle. Ne nous trompons point, derrière cette apparente simplicité se cache un sens aigu du songwriting qui n’attend plus que votre platine et/ou iPod.

 

Deux disques : Quitzow – Juice Water

Setting Sun – Fantasurreal (Young Love Records)

02/03/2010

Danton Eeprom – Yes Is More

Danton-Eeprom-Yes-is-MoreQuand il est affaire de chiffres (un peu)… et de cœur (beaucoup). En 2009 (ou en 2010, 2011…) la French Touch 2.0 trace plus que jamais sa voie, tracée à coups de sillons dansants classieux et de mélodies pop aux mille trouvailles. A l’autopsie de Yes Is More, premier effort longue durée de l’hexagonal Danton Eeprom, le genre ne cesse de confirmer ses nuances spongieuses. Intégrant l’héritage universalisant d’une floppée de stars de la dance music, d’Ellen Allien à Simian Mobile Disco en passant par Sébastien Tellier – façon Sexuality – et, qui d’autre ? – les essentiels Poni Hoax, le producteur marseillais s’invite d’emblée à ta table (de mixage) des tout grands. Adepte de sonorités old skool, sa démarche ne regarde toutefois nullement dans le rétro – ou alors, c’est pour exorciser un passé glorieux où la house faisait de l’œil à la dance pop.

Embrigadé dans des ambiances sexy glam, limite porno chic, où tout beat grossier est banni, le disque était pourtant attendu au tournant. Successeur d’une série d’EPs remarqué jusqu’au grand Ivan Smagghe himself – il avait qualifié son Confessions Of An English Opium Eater de morceau de la décennie, ça en jette coco, la plaque s’écoute à merveille dans divers environnements sonores. Qu’on la passe dans une after où l’envie de se bouger les fesses n’a pas faibli ou qu’on l’écoute tranquillos dans son living room customisé, les ambiances chaudement fébriles qui la traversent demeurent pour longtemps dans la tête et les guibolles. Présente chacune sur un titre, la troublante Chloé et la craquante Erika ‘Au Revoir Simone’ Forster ne s’y sont pas trompées.

 

Un disque : Danton Eeprom – Yes Is More (Fondation / InFiné)