19/02/2010

Undine – Exo

Undine-ExoC’est à un cas d’école de disque sympatoche – et dispensable – que nous convoque le trio flamand Undine. Les bonnes intentions ne manquent pas, pourtant. Des arrangements acoustiques d’une belle délicatesse, qui souligne un amour des belles choses romantiques – ou une volonté manifeste d’un rappel moderniste des avantages certains de l’acoustique. Mais bon dieu, que tout cela est maniéré et manque de spontanéité. Même en tentant d’oublier, l’espace d’un instant, les sirènes diaphanes des géniales Midaircondo ou l’acidité magique d’Espers, impossible d’y entendre qu’une suite trop propre sur elle de chansons nu folk trop bien jouées (et surproduites) pour captiver au-delà du lectorat de Humo.

 

Un disque : Undine – Exo (Undine Music)

17/02/2010

Aufgang – s/t

aufgang2Chaque jour davantage lisible, l’échange entre  les musiques classiques et électroniques ne cesse de gagner du terrain. En songeant à de récentes épopées discographiques (ReComposed de Carl Craig & Moritz von Oswald, The Versailles Sessions de Murcof), la très grande réussite est au rendez-vous, quitte à laisser les ayatollahs de chaque bord à l’orée du bois. Issus, eux aussi, du milieu classique (ils ont étudié le piano à la très prestigieuse Julliard School), Rami Khalifé et Francesco Tristano ont fait leurs armes, c’était au Sonar Festival 2005, aux côtés de l’immense Jeff Mills. Rejoints par le batteur Aymeric Westrich (Cassius), ils avaient repris le fantastique track The Bells du producteur américain, point d’ancrage d’un projet qu’ils dénommeraient Aufgang.

Traversé d’un esprit libre, le disque décline la virtuosité contemporaine de ses notes de piano au gré des fantaisies électroniques. Traversée d’un esprit jazz prégnant sur certains titres (Channel 7, Good Generation) et davantage moderniste sur d’autres (Channel 8), l’entreprise joue à saute-moutons au-delà des siècles. Picorant son inspiration chez Bach – rappel évident de la fréquentation de haut vol de Tristano pour l’œuvre du monstre sacré Johann Sebastian (Barock) – comme chez… Sébastien Tellier (Sonar), le trio peut également s’inscrire dans une exquise langueur (Prélude Du Passé). Seul hic par instants, les ajouts électroniques dénaturent plus qu’ils n’enrichissent des morceaux joués de divine manière.

 

Un disque : Aufgang – s/t (InFiné)

Aufgang from discograph on Vimeo.

12/02/2010

R. S. Gjertsen – Grains

RSGjertsen-GrainsLa démarche du jeune compositeur Ruben Sverre Gjertsen – il est né en 1977 – s’inscrit dans une sphère contemporaine uniquement acoustique. Composé de cinq œuvres à l’aspect diversifié, Grains démontre l’étendue de la palette instrumentale des travaux du musicien norvégien. Musique de l’accident défragmenté, confrontation dynamique des transferts secrets entre contemporanéité désarçonnée et musique de chambre post-Giacinto Scelsi, la vision défendue par Gjersten déplace les repères mélodiques sous la tourmente moderne d’une vivifiante atonalité. Joué par trois solistes du prestigieux Ensemble Intercontemporain, Contradiction for violin, bass clarinet and horn constitue un merveilleux exemple de transparence dynamique. Tour à tour, les instruments se répandent en sarcasmes isolés, avant de laisser place à un discours amoureux tourmenté, qui héberge en son propre sein une violence contenue, au bord de l’implosion rythmique. La pièce pour violoncelle seul Fluente for cello, admirablement jouée par Friedrich Gauwerky), offre, elle, une porte d’entrée idéale, contrairement aux grincements abyssaux de Duo for viola and contrabass, d’une radicalité effrayante. Bien plus écoutable, la composition pour orchestre tReMbLiNg for 14 musicians évoque une collaboration entre Keiji Haino et l’ensemble berlinois zeitkratzer, tel qu’un Pierre Boulez en chef d’orchestre l’imaginerait revue et corrigée (et on adore). Ultime œuvre présentée, Grains for percussion, viola and harp n’est pas sans rappeler certains traits de génie d’Edgar Varèse, plus d’un demi-siècle après. Certes moins novatrice que ne le furent les compositions du Franco-américain en leur temps, la pièce inscrit ses gènes dans un continuum d’une affolante précision, où chaque note tombe à un instant tellement incontournable qu’on ne finit plus d’y revenir.

 

Un disque : R. S. Gjertsen – Grains (+3dB)

09/02/2010

Mai Lev – Birthday

mailev-birthdayL’histoire de Mai Lev débute dès ses quatorze ans, quelque part en terre de Galilée. A la tête d’un combo punk, elle parcourt les clubs de son Israël natal, en une épopée de jeunesse qui la guidera, crête bleutée rangée au placard des souvenirs, sur les traces de… Van Dyke Parks (et oui, monsieur, ils comptent jouer ensemble en 2010). Entretemps, la redécouverte de ses premières amours classiques et pop est passée par-là. Où ça? Du côté de Björk ou de Joanna Newsom – tendance Ys – pardi.

C’est qu’entre les comptines folk affûtées seule à la guitare (il en reste de séduisantes traces, notamment sur Give), la demoiselle a fait son chemin, il l’a menée vers un orchestre aux 25 musiciens. De leurs classieux arrangements, ils ont taillé un écrin soyeux, voire esthétisant, qui sied à merveille au timbre de soprano léger de Mai Lev. En dépit d’une ou deux touches exagérément smooth, voire d’une préciosité insuffisamment vagabonde, les chansons de la compatriote de Malka Spigel tiennent la route mélodique de belle façon. Parmi nos préférées, on citera les très touchantes To Me et Better (et son solo de violoncelle à fondre de bonheur), sans même parler du très guilleret Girlie Blue, ironique à souhait.

 

Un disque : Mai Lev – Birthday (Off / Still)

07/02/2010

La renaissance du Profan

voigt02Précurseur du mondialement célèbre Kompakt, le label Profan de Wolfgang Voigt renait de ses cendres en ce début 2010. Intitulée Abweichung (Déviance), la nouvelle production du maître de maison Voigt augure, espérons-le, d’une renaissance définitive et enthousiaste. En prime – et c’est la seconde bonne nouvelle, le double CD Wolfgang Voigt – Werkschau jettera un autre regard rétrospectif sur la carrière du producteur de Cologne, deux ans après un Nah und Fern d’anthologie. Aux dernières infos, les feux de joie se multiplient aux quatre coins du dancefloor. Minimal.

06/02/2010

Golden Serenades – Hammond Pops

goldenserenades-hammondpopsC’était voici un peu plus d’un an, au moment de boucler notre Top 10 2008. Tout juste arrivé, un disque surgi de nulle part – le label norvégien +3dB, dont c’était la première sortie – imposait l’évidence de son free improv’ noise, mâtiné d’une musique de chambre à la désarmante spontanéité. A peine écouté, cet aujourd’hui incontournable IIIIIII du quatuor Lemur nous imposait une seule obligation, et avec quel plaisir : scruter avec une attention soutenue l’actualité de l’officine d’Oslo, dont quatre récentes publications viennent souligner l’extrême urgence.

 

Vieille de dix années riches en éruptions sonores multiples, la carrière des Golden Serenades a pris un subit coup d’accélérateur médiatique en 2007. A la (dé)faveur d’une performance où ils ont détruit sur scène des guitares estimées à 5.000 dollars – gloups, ça fait cher le coup de sang, fût-il attendu – la presse de leur Norvège natale leur accorda une série d’articles sur fond de grosse polémique. Brocardé par une série d’hommes politiques de droite, voire d’extrême droite, comme une "horreur" ou un "gaspillage d’argent public", le concert – subventionné par les autorités locales – leur accorda toutefois une attention publique, à défaut d’être réellement artistique.

Deux années plus tard, la vision du trio John Hegre (électronique) – Jørgen Traeen (électronique) – Sigbjørn Apeland (orgue) demeure toujours sans la moindre concession. Parsemée de tempêtes noise qui voguent de Merzbow à John Zorn, l’unique plage démonte quarante minutes durant les fantômes bruitistes des plus extrêmes manipulateurs soniques de notre temps. Les cœurs légers et les pavillons défaits sont avertis de son extrême toxicité distordue.

 

Un disque : Golden Serenades – Hammond Pops (+3dB)

05/02/2010

Liars en simple et en double

Liars-SisterworldLa boîte aux bons offices Pitchfork le confirme, Sisterworld, nouveau Liars et cinquième du nom, sera également disponible en double CD. La première galette hébergera l’album normal (aussi vendu en un disque ou en vinyl) et la seconde abritera ces mêmes titres remixés par Alan Vega (et ouais), Thom Yorke ou les Melvins. Rendez-vous le 9 mars à la porte de la maison Mute.

 

La tracklist du second disque

 

01 Scissor (Pink Dollaz, Lance Whitaker & Transformation Surprise)

02 No Barrier Fun (Duetonal aka Alan Vega of Suicide)

03 Here Comes All the People (Atlas Sound aka Bradford Cox)

04 Drip (Kazu Makino of Blonde Redhead)

05 Scarecrows on a Killer Slant (Tunde Adebimpe of TV On The Radio)

06 I Still Can See an Outside World (Boyd Rice of NON)

07 Proud Evolution (Thom Yorke 500qd Remix)

08 Drop Dead (Fol Chen)

09 The Overachievers (Devendra Banhart and the Grogs)

10 Goodnight Everything (Melvins)

11 Too Much, Too Much (Carter Tutti of Throbbing Gristle)

13:49 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, preview, liars, mute |  Facebook |

04/02/2010

Machinefabriek & Andrea Belfi – Brombron 15: Pulses And Places

brom15kleinVolume 15 de la série Brombron du label néerlandais Korm Plastics, la collaboration entre l’électronicien batave Machinefabriek et le percussionniste italien Andrea Belfi est tout bonnement sensationnelle. La suite sur le Grisli.

 

Un disque : Machinefabriek & Andrea Belfi – Brombron 15: Pulses And Places (Korm Plastics)

Black To Comm – Alphabet 1968

blacktocomm-alphabet1968Boss du label Dekorder (Guido Möbius, Kuupuu, Xela, Stephan Mathieu) et musicien accompli dans le secteur des drones, Marc Richter aka Black To Comm explore des contrées électronica davantage néo-classiques sur ce nouvel opus, le premier pour Type. Parsemé d’atmosphères multiples et d’influences diverses, Alphabet 1968 est un disque malicieux et long en bouche. Entre velléités pianistiques minimalistes, évasions vers la musique concrète ou beats hyper-discrets très germaniques, les ingrédients se chevauchent dans un premier temps, c’est pour mieux d’amalgamer en un délicieux breuvage. A sa dégustation, nombre de nos héros contemporains se rappellent à notre excellent souvenir. Entre ambiances saupoudrées de turntablism à la Giuseppe Ielasi, escapades humides à la Wolfgang Voigt, rythmiques en sourdine façon Michaela Melian ou glockenspiel fébrile à la manière de Colleen, les points de chute se multiplient et s’entrecroisent. A certains instants, c’est tout bonnement magique (Frost, la conjugaison parfaite entre le Zauberberg de GAS et le Baden-Baden de Mme. Melian) ou gargarisant (Musik für Alle, tel du Benjamin Lew). Dans tous les autres cas, le niveau demeure très haut.

 

Un disque : Black To Comm – Alphabet 1968 (Type)

03/02/2010

V/A – Watergate05 – Ellen Allien (Watergate Records)

ellen-allien-mixes-for-watergate_header_imageIcône vénérée des clubbers qui lovent la techno, Ellen Allien n’est jamais en reste de classe et de sensualité quand elle se lance derrière les planètes. Reine du mix qui secoue les palmiers, fussent-ils artificiels en bordure de la Spree, la Berlinette détient l’art consommé de l’enchâinement moite et de la dégaine sexy. Excellentissime, dans la meilleure veine du Fabric 34 – un des meilleurs de la série du club londonien, Watergate05 nous lance sur les traces du label éponyme, dont vous aurez deviné qu’il s’agit de la cinquième livrée. Absolument impeccable de bout en bout, la patronne de Bpitch Control enchaîne les perles comme d’autres – hein, Laurent Wolf & co ? – pondent des bouses. Barré de titres excitants comme un DJ set de Ricardo Villalobos, c’est dire la hauteur de la barre, la plaque s’enivre des grands noms de la techno et de l’electro pop de notre époque. Des noms ? John Tejada, Luciano, Matias Aguayo, AGF/Delay ou Röksopp, sans compter les moins courus (et tout aussi bons) DJ Yellow ou Margaret Dygas. En cerise sur la gâteau, une Brigitte Fontaine en pleine forme vient clore la fête, aux alentours des huit heures du mat’.

 

Un disque : V/A – Watergate05 – Ellen Allien (Watergate Records)

 

Tracklisting:

 

01. DJ Yellow - Lost

02. John Tejada - The End Of It All

03. Lump – Music Lover

04. Luciano - Celestial

05. Niconé & Sascha Braemer - Nur Mal Kurz (Phillip Bader Remix)

06. Audiophungz - Pretending

07. Aerea Negrot - All I Wanna Do

08. Dark Unknown - The Dark (Black Mix)

09. Juno 6 - Action 2

10. Matias Aguayo - Bo Jack (Vocal Mix)

11. Alexi Delano - Molar One

12. Röyksopp – This Must Be It (Apparat Remix)

13. Uffie - Pop The Glock (Ellen Allien Remix)

14. Agf/Delay - Connection (Hearthrob Remix)

15. Margaret Dygas - Hidden Form View (Hidden Nsi. Mix)

16. Brigitte Fontaine & Khan - Fine Mouche (Original Tango Piano Version)