12/11/2009

Cate Le Bon – Me Oh My

cate-le-bon-me-oh-myRemarquée en featuring du tubesque I Lust U du duo électro pop Neon Neon (soit Boom Bip et Gruff 'Super Furry Animals' Rhys), la Galloise Cate Le Bon aborde un toute autre genre sur ce second effort, intimiste sur l'os et mélancolique dans son brasier couvant.

Les premières secondes, un jeu de guitare rappelant Joanne Robertson, donnent le ton, il est tout sauf lénifiant. Ponctué d'étranges sonorités d'un clavier déglingué et blafard, le morceau-titre nous fait toutefois chanceler, entre fascination dark et perplexité ralentie. Alors, de l’art ou du cochon ? La suite, d’une féerie qui frise la préciosité (Sad Sad Feet), est révélatrice d'un penchant trop évident pour les amours entre Nico et le Velvet Underground un certain Sunday Morning. Tout en ne jouant pas la carte du m’as-tu-entendue, la demoiselle de Cardiff nous conte ainsi ses histoires d'amour, que l'on devine désenchantées et nostalgiques, et on se croit parti pour un disque insignifiant de plus. Sauf que… Plus rock en apparence (Hollow Trees House Hounds), d'autres instants dévoilent les instincts de troubador folk de la donzelle, très charmante par ailleurs. Et quand la simplicité naturelle d'un violon celtique orne son très joli timbre de soprano des champs, ou quand un bête Casio souligne en douceur minimale une ligne vocale tout simplement superbe (Terror of The Man), on en vient même à regretter que Me Oh My ne dure que trente-cinq minutes. Chiche qu’on y revient dans quelques mois.

 

Un disque : Cate Le Bon Me Oh My (Irony Bored)

11/11/2009

Christophe Bailleau – Lights Out In The Ghosting Hour

os032Collaboration avec l’intransigeant Won (aka Sébastien Llinares), installations sonores pour le CitySonics montois et très réussie tentative en duo avec le songwriter folk Neal Williams, entre autres projets, l’activité de Christophe Bailleau est aussi intense que le rythme des tournées de Bob Dylan. Retrouvant le chanteur américain et le directeur du CitySonics Philippe Franck aux synthés, guitare et vocoder, l’électronicien franco-hutois ouvre la voie à une quadruple échappée, aux côtés de l’artiste belge Niko Hafkenscheid (guitare).

Le disque, excellent, débute avec un extraordinaire morceau de bravoure, où les orages de l’électronique se mêlent au banjo jovial de Williams, entre autres méandres où il fait bon gambader malgré les éclairs menaçants. D’une manière plus globale, l’electronica de Bailleau ouvre les morceaux, chantés en alternance par ses trois comparses. Un rappel n’ayant jamais explosé au visage d’un lecteur, nous rappellerons juste que la fréquentation assidue des chansons de Neal Williams est chaque jour un peu plus indispensable. Ecorchés juste ce qu’il faut, tout en préservant cette dose d’empathie salvatrice, ses A Night Of Real Recognition et I’ll Be There sont une vraie – vous pouvez nous croire – bénédiction auditive. Moins naturel, le chant de Hafkenscheid fait relativement moins bonne figure, notamment en raison de l’amplitude plus limitée, voire monocorde de sa voix. Bouleversant de justesse et d’équilibre, Christophe Bailleau lui-même prend également le micro, pour deux titres d’une beauté élégiaque digne, n’ayons pas peur des mots, du grand David Sylvian lui-même. Quatrième et ultime vocaliste, Philippe Franck ose une toute autre approche. Proclamé tel un discours maléfique, son spoken word intrigant signe un appel à la mort complètement scotchant qui, en d’autres temps, lui auraient valu un billet direct pour l’enfer. Celui-ci est tout, sauf pavé de bonnes intentions, et on adore ça.

 

Un disque : Christophe Bailleau / Neal Williams / Philippe Franck / Niko Hafkenscheid Lights Out In The Ghosting Hour (Optical Sound)


A Night Of Real Recognition - Christophe Bailleau

Walk The Curse - Christophe Bailleau

Vladislav Delay – Tummaa

VladislavDelay_TummaaMarquant les dix années d'existence de Sasu Ripatti sous le moniker de Vladislav Delay, Tummaa voit le musicien finlandais prendre place aux percussions, aux côtés du clarinettiste argentin Lucio Capace et du compositeur/arrangeur écossais Craig Armstrong au piano et Rhodes. A la lecture des intervenants et des instruments, vous avez déjà compris que de techno et de musiques dansantes, il ne sera guère question sur ce disque empreint d'un fort goût pour les musiques improvisées et expérimentales, voire ambient.

En dépit de la réputation du producteur de Oulu, cette exploration des atmosphères lentes et contemplatives s’inscrit dans une certaine continuité artistique. Véritable dieu des textures quand il inonde le dancefloor de ses beats ultra classe, Ripatti s'était déjà évadé dans les brumes, certes glitch, de l'ambient sur un Anima porté par les mythiques Mille Plateaux. Le cas présent diffère toutefois fondamentalement, tant les machines jouent un rôle infiniment moins prégnant, du moins au premier abord. Le résultat laisse fort perplexe, toutefois. Epris de sonorités alanguies héritées de Brian Eno ou de Harold Budd, le successeur du très froid et léthargique Whistleblower ne suscite, en fin de compte, que bâillements intrigués et sourcils perplexes. En dépit d'une ou deux compositions prenantes, tel le très dub jazz Mustelmia et sa clarinette basse surgie du néant électronique, et qui nous donne encore davantage de regrets, on se pose la question ultime: c'est grave, docteur?

 

Un disque : Vladislav DelayTummaa (The Leaf Label)


Mustelmia - Vladislav Delay

08/11/2009

The Fiery Furnaces – I’m Going Away

fieryfurnacesimgoingawaAprès la terrible récompense auditive de leur septième numéro Widow City, les Fiery Furnaces étaient sacrément attendus au tournant. Ne tournons pas autour du pot thrilljockeyien, son successeur I'm Going Away est du même tonneau, celui dont fût tiré la magnificence revêche de leur récent passé.

Démarrant par une cavalcade espiègle où la guitare de Matthew Friedberger joue à saute-arpèges avec la voix toujours aussi subtile de sa complice Eleanor, le disque est tout simplement fabuleux de joie déconstruite à la fréquentation de Kurt Weill et de Deerhoof. Coquins et sexys en diable, sans jamais la moindre once de vulgarité salace, nos deux frangins explosent un piano de bordel new-yorkais, martelé d'une batterie enregistrée sur l'os. Toujours imprégnée d'une envie rock, leur envie communicative gargarise l'âme de Sonic Youth au son d'une décadence post-grande dépression, version moderne (lisez, qui a écouté Television et The Ex, entre autres). Bourrées d'un humour qui explose les humeurs maussades, les douze chansons débauchent les mélodies en les dévoyant à coup de tord-boyaux jazz, tendance Tom Waits ivre de bonheur - et de plein d'autres choses. Au-delà de toutes ces splendides références, I'm Going Away envoie un formidable uppercut à la tronche de tous ceux qui s'imaginent encore que le rock n'a d'essence qu'entre Manchester et Sheffield, sans compter que jamais, ô non jamais, les mélodies des fourneaux furibards n'ont été autant enthousiasmantes et accessibles. Vous avez dit pop ?

 

Un disque : The Fiery Furnaces I’m Going Away (Thrill Jockey)


Im Going Away - Fiery Furnaces, The

Ray Bouvier - The Fiery Furnaces

07/11/2009

Muse – The Resistance

Muse-TheresistanceEtant au rock ce que la frite mayo est à la gastronomie, Muse balance depuis une quinzaine d’années ses déluges populistes à une terre entière semble-t-il encline au masochisme. Pompier au possible, Freddy Mercury doit en être vert de jalousie dans l’au-delà, le trio du Devon n’a de cesse de balancer des hymnes stadiers absolument infects de prétention pseudo-artistique, là où il n’est question que de tiroir-caisse qui fait bling bling.

Encore plus dégueulasse que ses quatre prédécesseurs, The Resistance appuie encore un peu fort sur les plus insupportables scories de Matt Bellamy & co. Chansons ampoulées à l’extrême – elles feraient passer Ghinzu pour du folk neurasthénique, son gonflé à l’hélium (et quoi de plus vide qu’un gaz ?) ou déluge mégalomane de soupe à la Twilight, rien ne nous est épargné. Le pire dans tout ça ? Cette impression, plus vive que jamais, que le Queen de 1992 est de retour sous le déguisement des Radiohead pour un numéro de cirque même pâs drôle. A l’heure d’écrire ces lignes, le disque est déjà en tête des charts dans seize pays différents et on meurt d’envie de hurler au secours.

 

Un disque : Muse The Resistance (Warner)

22:34 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, pop, critique, muse, warner |  Facebook |

27/10/2009

Green Sky Accident – Drops Of Color

greenskyaccident-dropsofcolorPays des durs à cuire aux grosses bécanes qui font vroum vroum, la Norvège compte aussi en ses rangs nationaux quelques-uns des plus beaux spécimens de la musique pop/folk contemporaine, des héros subtils Kings Of Convenience à l'américana secrète de Thomas Dybdahl. A l'écoute du présent Drops Of Color, il faudra (peut-être) compter sur le duo Green Sky Accident et ses entêtantes chansonettes folky, entre bien d'autres bonnes choses.

Bien qu'ayant, eux aussi, sacrifié à l'insupportable mode du ukulélé, les deux Nordiques échafaudent une maison mitoyenne des Herman Düne relookée par Erlend Oye (In And Out Of Tune). Adeptes des fausses pistes (un peu, beaucoup de guitares à la My Bloody Valentine sur Something To Believe In et on les croit volontiers), Tore Torgrimsen et Stian Mathisen connaissent leurs classiques poppy sur le bout de leur gratte, de Simon & Garfunkel à la grande période shoegazing. Pas toujours affranchis de leurs glorieux aînés, les deux comparses déclinent parfois des clichés too much (ces pa pa pa pa féminins sur You Draw The Line), ils ne sont heureusement qu'accessoires mineurs. Bien meilleure quand elle se dépouille de ses oripeaux inutiles, la musique de Green Sky Accident prend alors un bien chouette envol. Face à ses mélodies aux réminiscences de ces délicieuses heures d'été passées à sublimer le temps (The Tiger And The Whale), optimiste sans être béate, cette première œuvre des GSA invite à l'abandon juvénile.

 

Un disque : Green Sky Accident Drops Of Color (Interregnum Records)


Something To Believe In - Green Sky Accident

Is It Too Late - Green Sky Accident

25/10/2009

We Are Unreasonable People, 20 years later

Warp20NewYorkYES-DanHoldsworth2009withborder(1)Pour ses dix années d’existence, c’était en 1999, Warp Records avait publié une triple compilation résumant non seulement les artistes phares de sa première décennie, certains toujours mythiques (Nightmares On Wax, LFO), d’autres tombés dans l’oubli, en dépit d’une aussi courte qu’impeccable discographie (le duo Sweet Exorcist). Encore très profondément imprégné d’une éthique dancefloor électronique, le label alors de Sheffield nous avait gratifié d’une sacrée livrée de ses influences. Elles prouvaient les goûts, marqués et transcendants, des fondateurs Steve Beckett et feu Rob Mitchell pour tout ce qui touchait à l’acid house et à la techno, quelque part entre l’incontournable A Guy Called Gerald et Model 500 (aka l’immense Juan Atkins), alors que le virage vers une musique plus diversifiée s’état déjà fait sentir avec les signatures de Broadcast ou Jimi Tenor. La deuxième page de son existence tournée, c’est en toute beauté que la maison désormais établie à Londres nous gâte, sous la forme d’un riche coffret, comprenant un livre (192 pages pour plus de 400 artworks) et, bien entendu, de la musique – en cinq CD et cinq vinyls. Coûteux bien que goûteux (120 € pour le copieux tout, et on en a pour son argent), l’anniversaire se décline également en deux doubles albums Chosen et Recreated disponibles séparément.

 

Désormais moins au sommet de la branchitude électronique que des Planet Mu ou Tempa, notamment en matière de dubstep ou de funky – encore que de récentes sorties des excellents Clark et Flying Lotus infirment cette théorie – Warp a parfois semé le doute chez ses fans de la première heure. En adeptes inconditionnels des beats et du glitch défendus par Aphex Twin ou Plaid, ils ont eu bien du mal à encaisser la pilule indie mainstream que constituait les récentes signatures des arty pop Grizzly Bear, sans même évoquer le rock généraliste et (parfois) démago des Maxïmo Park. En dépit de ces quelques glissements de terrain, l’officine anglaise est cependant restée terre fertile de découvertes (Harmonic 313, totalement à sa place, les essentiels Battles), tout en intégrant des transfuges au sommet de leur art (la magnifique Leila, ex-Rephlex et les fuyants du bulbe Gang Gang Dance, ex-The Social Registry).

 

Certains aspects de l’abondante discographique warpienne ne sont guère mis en avant en ces vingt ans. Du funk soul barré de Jamie Lidell, on ne trouve guère trace (hormis, et encore, un Daddy’s Car plus electro pop qu’autre chose), son Little Brother étant repris, d’une maîtresse manière folkisante, par des Grizzly Bear vocalement à un sommet fleetfoxesien.

Les deux disques de reprises sont tout à fait remarquables d’équilibre et de cohésion. Au sommet de la pointe, Leila expurge les beats en pente raide du fameux Vordhosbn d’Aphex Twin, qu’elle joue uniquement au piano à la manière de Max Richter. Absolutely fabulous, indeed. Tout aussi géniale et intense est la relecture de In A Beautiful Place Out In The Country des Boards of Canada, version Mira Calix. Totalement personnelle et, osons-le, supérieure à l’original, la vision de la Sud-Africaine replace l’adagio de la mélodie (et les field recordings bucoliques) dans un ensemble de cordes proche d’un nirvana vu par le Kronos Quartet. Dans le pire des cas, on va du moyen (Broadcast imaginé par Gravenhurst) à l’excellentissime (Milanese dépoté par Clark au travers d’un prisme à la Venetian Snares)

 

Les deux CD Chosen tiennent tout autant la routé. Choisis par les fans sur le site Warp20.net, les dix titres de la première plaque mettent en avant les stars IDM (Aphex Twin, Squarepusher, Autechre, LFO) et electronica (Boards of Canada, Clark) de la maison We Are Reasonable People. Placé judicieusement entre toutes ces musiques synthétisées, le génialissime Atlas de Battles offre un contrepoint formidablement dynamique, qui rappelle à quel point l’album Mirrored est un des disques de la décennie, sinon du siècle. Et en avant pour ‘Central Market’ l’opus solo de Tyondai Braxton, guitariste du groupe américain, dont la sortie est toute récente !

La seconde page de Chosen est tournée par le boss Steve Beckett. Elle confirme, en quatorze étapes, la versatilité des goûts du co-fondateur de la boîte anglaise, entre influences jazz (les Tender Buttons de Broadcast), dance music irrésistible sans être putassière (I’m For Real’ des vétérans Nightmares On Wax) et plages nappées d’une splendide electronica rêveuse (Drane, un des meilleurs titres d’Autechre ou l’incroyable Amo Bishop Roden d’encore Boards of Canada) sans oublier, qui d’autre ?, Battles. La planète Warp a encore de beaux jours en heavy rotation devant elle…

 

Un coffret : Warp20 (Box Set)

Deux doubles albums : Chosen et Recreated


Amo Bishop Roden - Boards of Canada

Vordhosbn - Leila

22/10/2009

múm – Sing Along To Songs You Don't Know

mum-singalongLa plus élémentaire honnêteté nous le recommande, cela faisait un - très - long moment (le splendide Finally We Are No-one' de 2002) que la discographie de múm ne nous inspirait plus qu'une écoute polie (mais à se décrocher la mâchoire, d'ennui). Hormis les très beaux quatre titres enregistrés lors d'une Peel Session en 2006, rien de bien consistant n'était venu se glisser entre nos pavillons, à commencer par le très vie oublié Go Go Smear The Poison Ivy.

Le grand Leonard Cohen l'avait prédit, le retour des Islandais en 2009 est à marquer d'un Hallelujah! Oubliées, les aventures mal fringuées des dernières années sur Fat Cat, c'est en toute grande forme que Gunnar Örn Tynes & co débarquent dans l'officine berlinoise Morr Music (qui, du coup, redonne une fameuse bouffée d'oxygène à son catalogue). Tout en n'oubliant pas les toujours attendrissants frissons vaporeux de l'album vert où ils n'étaient personne pour devenir poisson (If I Were A Fish), les compatriotes de Valgeir Sigurdsson entament une ritournelle pop, elle est inoubliable comme elle est délicate (Prophecies And Reversed Memories). Toujours épris d'arrangements qui présentent Nico Muhly aux Taxi Taxi (un glockenspiel par ci, des cordes par là), le disque se risque aussi, et c'est très jouissif, à la tentation tropicalia - on vous le jure, rafraîchie à petits coups de geyser qui fait gling gling (l'étonnant The Smell Of Today...). Nettement plus extravagant que ses prédécesseurs, sans pour autant se perdre dans les méandres d'un pompiérisme clownesque, Sing Along... fait bien sûr la part toujours aussi belle aux harmonies vocales célestes (Show Me), tout en ouvrant des perspectives pop qui nous feront fredonner des mélodies que nous connaîtrons bientôt par cœur.

 

Un disque : múm Sing Along To Songs You Don't Know (Morr Music)


Prophecies & Reversed Memories - Múm

Show Me - Múm

22:30 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pop, critique, morr music, mum |  Facebook |

21/10/2009

Marc Behrens – Compilation Works 1996 - 2005

marcbehrens-compilationDisponible en téléchargement libre, avis aux aficionados fauchés de la noise ambient, le double album Compilation Works 1996-2005 retrace le parcours hautement agnostique du producteur allemand Marc Behrens. Première sortie sur le web autorisée par son auteur, les dix-neuf projets nous entraînent dans un - parfois - éprouvant voyage électronique, aux frontières malléables et translucides.

Entre réinterprétations d'artistes contemporains (John Hudak, TV Pow, Ilios et quelques autres) et retours sur ses propres compositions, la toute grande majorité des tracks présentées est - avant tout - pleinement conceptuelle. A l'instar du morceau initial, dédié - et oui - à la Coca-Cola Company, la matière sonore s'applique en transformer en instants audibles des éléments inaudibles, au sens premier du terme (la lumière, dans le cas présent, est convertie en sons, cela donne une splendide fluidité qui évoque les installations sonores de l’artiste français Denys Vinzant).

A l'évidence, la patience est de prime vertu quand on aborde l'abstraction behrensienne. Tantôt aux prises avec le non-événement, réfugiée entre silence et chaos, la vision développée par l'homme de Francfort ne laisse pas de poser des questions sur la notion même de matière musicale. Pleinement idiosyncrasique et bruitiste, son œuvre évolue très clairement dans les marges de la marge. Quelque part aux extrémités d'une planète peuplée de tous les Yasuano Tone et Gert-Jan Prins en devenir, l'ampleur de son regard distancié, voire intellectualisant et narcissique, demandera à l'auditeur - quoiqu'il en soit - un effort certain de compréhension, voire d'abandon de soi. A vous de juger, d'autant que son écoute n'allègera votre portefeuille du moindre centime.

 

Un disque : Marc Behrens Compilation Works 1996 - 2005 (Crónica)


Track 1 - Marc Behrens

Track 4 - Marc Behrens

18/10/2009

Laura Gibson – Beasts Of Seasons

lauragibbson-beastsofseasonsMise à l'honneur en ces mêmes pages voici moins d’un an, Laura Gibson nous avait à l’époque fait parvenir son premier album, le parfaitement recommandable If You Come To Greet Me sorti sur l’épicerie fine espagnole Borne!. En adepte d'une folk music qui trempait sa mélancolie dans l'encre de Peter Broderick (il était du nombre présent sur le disque) et d'Adam Selzer (qui le produisait), la demoiselle américaine nous avait profondément séduits par son naturel, désarmant comme du Julie Doiron et beau comme du Mariee Sioux.

C'est donc rempli d'un enthousiasme débordant que notre lecteur a englouti ces bêtes des saisons, bien plus automnales que printanières et, pour la petite histoire, première sortie du nouveau label berlinois Souterrain Transmissions. Divisée en deux parties (Communion Songs et Funeral Songs), l'œuvre débute par deux titres d'une grande tristesse, heureusement jamais surjouée, qui évoque la rencontre des grandes Billie Holliday et Sibylle Baier. Le troisième morceau Spirited vient, heureusement, mettre du baume au coeur, aux battements rythmés par Feist sur fond de nymphe des bois. Entre envolées belles à pleurer sur le Carbon Glacier de Laura Veirs et magnifiques arrangements, riches et décorés comme du Lambchop, le temps vire à novembre, et sa morte saison.

 

Un disque : Laura Gibson Beasts Of Seasons (Souterrain Transmissions)


Shadows On Parade - Laura Gibson

Spirited -