14/09/2009

Cass McCombs – Catacombs

Cass-McCombs-Catacombs-470437La pochette – à l’entrée d’une grotte – et le titre sont parfaitement trompeurs, nulle trace de déprime existentialiste sur le nouvel effort du songwriter américain Cass McCombs. Epris de ballades totalement sixties, McCombs habite en toute sincérité un cabanon romantique, tapissé de veloutes à la M. Ward, orné de sucettes au goût de Zombies. Ouvert sur un splendide duo en compagnie de l’actrice Karen Black (qui à 67 ans, en a vu d’autres, notamment dans le fameux Easy Rider), le disque enchaîne sur une doucerette romance toujours fan des Byrds, une Prima Donna qui touche en plein cœur. Larme à l’œil et pourtant jamais pleurnichard, le Californien fait tout son miel d’une guitare et d’un piano, au milieu de discrets arrangements d’une élégance toute poétique, pleinement au service de mélodies aussi travaillées qu’elles sont attachantes. Et on en redemande.

 

Un disque : Cass McCombs Catacombs (Domino)

Dreams-Come-True-Girl - Cass McCombs

Prima Donna - Cass McCombs

13/09/2009

V/A – An Anthology of Chinese Experimental Music 1992 - 2008

chinesemusicImmense et diversifiée, la culture chinoise se déguste très largement au-delà des clichés habituellement véhiculés par des médias occidentalisés en mal d’exotisme. Vieille d’environ cinq mille années, ancrée dans une tradition qui juxtapose les différents cultes et philosophies (taoïsme, confucianisme, bouddhisme) en privilégiant l’harmonie à la compétition, elle s’est au fil des siècles inscrite dans une double évolution, interne et externe.

 

Tour à tour replié sur elle-même et ouvert sur le monde, l’Empire du Milieu – traduction littérale du mot 中国 (Zhong Guo, Chine) – n’a cessé d’osciller entre rejet et tolérance, rien qu’au cours du vingtième siècle écoulé. Telle une coquille fermée, il s’est cru plus fort que le dragon (symbole de puissance par excellence) en rejetant toute influence, à deux moments cruciaux de son histoire récente, la guerre des Boxers au tournant des 19è et 20è siècles et la période maoïste, principalement la révolution culturelle maoïste des années soixante, tant fantasmée par les intellectuels d’une certaine gauche soixante-huitarde en manque d’exotisme.

 

Trente années après les réformes économiques de Deng Xiaoping, homme fort du régime – il ne faut pas l’oublier – communiste (et tout ce que cela induit en termes de libertés publiques) de 1979 jusqu’à sa mort en 1997, l’intégration du géant asiatique à l’évolution du monde ne fait plus le moindre doute, en dépit de toutes les contraintes économiques et restrictions politiques d’usage que cet article n’oublie pas, tout en se focalisant sur l’étonnant foisonnement artistique de l’underground local.

 

Il n’est donc guère étonnant que les musiques électroniques aient été à l’avant-plan, si ce n’est l’avant-garde, de l’art chinois contemporain. Quoi de plus international, en effet, que les synthétiseurs, ordinateurs et autres laptops, instruments digitalisés dont la maîtrise artistique dépasse toutes les chapelles culturelles pour se fondre en une immense alliance planétaire, de Berlin à Tokyo, en passant par Sydney, Damas ou (évidemment) Pékin.

 

Remarquablement présenté et documenté (selon les bonnes habitudes du label bruxellois Sub Rosa), le coffret An Anthology of Chinese Experimental Music nous convie à découvrir les musiques d’avant-garde de la scène chinoise, au sens le plus large du terme. Tout en intégrant, évidemment, des artistes de la Chine continentale (Pékin, Shanghai, Hangzhou…), il étend sa vision aux producteurs d’outre les frontières de la République Populaire. De Taiwan à Singapour et de Hong Kong à la Malaisie, voire Berlin (!) c’est toute une génération d’électroniciens farouchement indépendantes et étonnamment créatifs qui nous tend les bras.

 

Mise sur pied par le pionnier hong kongais Dickson Dee aka Li Chin Sung à l’invitation du label manager Guy-Marc Hinant et complétée de deux livrets (les biographies des artistes et une introduction à l’histoire des musiques expérimentales en Chine), l’anthologie accorde toute la place, indispensable et méritée, aux pionniers du genre, notamment les essentiels Dajuin Yao et Yan Jun, sans doute déjà connus des lecteurs du Wire et des partisans les plus acharnés de toutes les musiques électroniques peu ou prou dansantes de la planète.

 

Raisons de lisibilité aidant, il nous est impossible d’entrer dans le détail des quarante-huit (!) artistes présentés. Néanmoins, nous tenterons d’explorer, disque par disque, les éléments les plus pertinents de la compilation, d’une variété stylistique bien plus grande qu’il n’y semble au premier regard.

 

Du premier des quatre CD, le nom déjà évoqué de Li Chin Sung retient merveilleusement l’attention, grâce aux dix extraordinaires minutes de son Somewhere, remplies de craquements industriels noyés dans un fascinant brouillard liquéfié. Ca date de 1994 et ça n’a pas pris une ride. Plus loin, la lenteur bestiale de Zenlu nous ouvre les portes d’un inquiétant voyage interstellaire (Zen), le monde hypnotique de Cheewei rappelle l’élégance de GAS et de Murcof (Evening Has Arrived), tandis que le bruitisme maléfique de Goh Lee Kwang nous plonge dans un trou noir aux allures morbides et infinies (Frong Spraying). Avant une très belle conclusion cosmique, signée du maître Dajuin Yao himself (Psycho Realm).

 

Le second disque débute par une cavalcade en breakbeat faussement dansante, tempi saccadés et ligne vocale étonnamment moyen-orientale. Total respect, totale réussite (Crawing State de Sun Dawei). Elle contraste avec la lenteur extrême de l’ambient du duo WFDD (Wang Fan + Dickson Dee) qui, tel un signal capté du fin fond de l’univers, nous renvoie à la place ridiculement modeste que nous occupons dans la galaxie (Sin). D’autres instants évoquent l’éternel retour de la musique industrielle, le cas échéant revue par Prurient (061020 de Stingrays), alors que le para_dot de Dennis Wong (aka Wong Chung Fai) rappelle l’influence majeure d’un alva noto et de son label Raster-Noton.

 

Placé en tête de la troisième plaque du lot, le très noise hardcore Fugutive du trio Torturing Nurse se mue en chambre d’écho de son Shanghai natal. Il contraste très fortement avec le faux calme précaire du Zero de Wang Fan, telle une sourde menace planant sur sa ville de Pékin. On ne s’y attendait guère, le souvenir du Shanghai glamour des années 30 imprègne le début de j gmc de Hong Qile, hélas noyé dans une masse bruitiste informe sans personnalité. L’humour est de la partie, par contre, sur une étonnante folk song, délirante et volontairement(?) mal troussée, qu’on verrait bien sur le label Paw Tracks (422189 de Z.S.L.O.)

 

L’ultime acte du coffret s’ouvre sur des secondes quasi-bartokiennes, magnifiques et suspendues à un fil au BBC Radiophonic Workshop (Through The Tide of Faces de Wang Changchun). Cette sérénité élégiaque fait place à une cavalcade bruyante qui risque d’effrayer jusqu’à Blixa Bargeld (A Dark Knife de D!O!D!O!D!) qui, elle-même, contraste à pas de loup avec le très cinématique It’s More Than Enough de Yan Jun, où un vieux téléphone fatigué ne cesse de sonner en arrière-plan d’un dialogue de film… russe (et oui). Vous l’aurez deviné, Bird Lady de Pei (aka Liu Pei-Wen) repose sur des field recordings de chants d’oiseaux (et d’un vieux pont vermoulu) et c’est mille fois moins passionnant que le morceau sans titre d’Eric Lin aka Lin Chi-Wei, empreint de l’héritage d’un Luciano Berio atterri au beau milieu d’un jardin d’enfants amoureux des chats. A l’image d’un projet fou où les surprises foisonnent et les découvertes pleuvent. De bonheur.

 

Un disque : V/A – An Anthology of Chinese Experimental Music 1992 - 2008 (Sub Rosa)


Evening Has Arrived - Cheewei

Para_dot - Dennis Wong AKA Wong Chung-Fai

422189 - Z.S.L.O.

10/09/2009

Fedaden – Broader

fedaden-broaderLa classe, toujours, la sensualité, souvent, tel était le credo développé par Fedaden en 2007 sur son troisième opus Palabras,  et ses multiples circonvolutions electronica entre Boards of Canada et Benge. Jamais bavard (en dépit de son titre) et d’une musicalité tonale hors de tout soupçon démagogique, l’univers de Denis Fédabeille réclamait une suite, à corps digitalisés et à cris nappés.

La nouvelle édition du musicien français l’annonce dès son titre, elle élargit le propos. Davantage de beats, échappés de Four Tet (par exemple), et même une pop song en compagnie d’un vocaliste, pas n’importe lequel. Répondant depuis plus de quinze années au nom de Dominique A, ce dernier vient poser son timbre unique et son phrasé particulier sur Danseur Inutile, il démontre la toute grande forme du Nantais de Bruxelles en cette année où il chante magistralement La Musique. Entièrement instrumentaux, les douze autres titres font tout particulièrement bonne figure, entre mélodies épurées sur fond de rythmes warpiens (le morceau-titre) et délectations vénéneuses pour dancefloor malade (Musicbox, Key).

 

Un disque : Fedaden Broader (Nacopajaz)


Danseur inutile (feat. Dominique A) - FEDADEN

Key - FEDADEN

09/09/2009

Jason Kahn – Vanishing Point

jasonkahn-vanishingpointArtiste sonore américain émargeant dans les frontières ténues qui séparent la noise music – le cas présent, il faudrait parler de silent music – de l’absence totale de reconnaissance médiatique (en dépit d’une vingtaine de sorties en dix ans), Jason Kahn risque d’entrer dans la cour élective des noms à suivre de l’ambient quietissimo (et c’est tout le mal que nous lui souhaitons à l’issue de ce remarquable Vanishing Point).

Ecrite dans la douleur du décès de sa fille Louise, l’œuvre du résident de Zürich développe des tonalités issues de certaines couleurs précises du spectre, plus précisément les fréquences du blanc, du rose, du marron et du bleu. A l’instar du récent Sur Fond Blanc du duo canadien Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis, mais en une version plus métallique et moins pâle, Vanishing Point décline en une multitude de micro-évolutions sonores l’immense variété ébruitée du monde qui nous entoure.

Tout au long des quarante-sept minutes de son unique morceau, les sons imaginés par le patron du label Cut ne cessent de grandir et de nous prendre par le cortex. En un singulier – et superbe – flux et reflux d’une marée charriant son lot imprévisible de couches échelonnées (et c’est magnifique d’une précision… helvétique), l’œuvre ne cesse de progresser vers un infini inaccessible, entre échos lancinants d’une métallurgie désincarnée et souvenirs colorés d’une vie passée à trépas.

 

Un disque : Jason Kahn Vanishing Point (23five Incorporated)


Vanishing Point (extract) - Jason Kahn

08/09/2009

paTTon – Hellénique Chevaleresque Récital

paTTon – Hellénique Chevaleresque RécitalDeux frères, formés à la Brussels Jazz School, composent le duo paTTon, qui n’a rien de jazz (encore que le jeu de batterie…), tout en cultivant un phrasé spoken word plongé dans l’art du blues et de la folk. Cette fratrie – Sam (voix, batterie, électronique) et Max Bodson (voix, guitare, piano, basse, électronique) – n’a peur de rien, si ce n’est de la retape de sentiers battus et rien qu’en cela, elle se démarque de toute cette ribambelle d’imitateurs mal dégrossis qui peuplent l’essentiel de la scène franco-belge chantant en anglais.

Les premières secondes du morceau-titre laissent toutefois perplexes. Heureusement, cette vingtaine de secondes où les deux frangins de Bastogne échangent les page 1 et page 2 à qui pire pire n’augurent en rien de la suite, ombragée bien que pop.

Transpercé des grands espaces de l’americana, tout en contrastant avec les sombres forêts de leurs Ardennes natales, les mélodies escarpées de paTTon alternent le chanté et le parlé, rugueux tel du Rodolphe Burger folkoïsant. Par moments (Neighbours), c’est même fichtrement séduisant quand des arrangements tout simples (une guitare aux espagnolades raffinées, une batterie aux rythmes irréguliers et d’une sécheresse désarmante, un chouia d’électronique). Guère timide, sans être démonstrative genre ‘regarde comme je sais te pondre un hit’, la musique du duo belge s’égare une ou deux fois en des terres expérimentales qui ne sont pas leurs (Schnee (edit)), ce ne sont que scories mineurs face à des dialogues complices où le français en jette à l’anglais. Tels des Kat Onoma de la folk music ?

 

Un disque : paTTonHellénique Chevaleresque Récital (Matamore/Prohibited Records)


Hellénique Chevaleresque Récital - paTTon

Ramasser - paTTon

27/08/2009

God Help The Girl – s/t

godhelpthegirlL’artwork de God Help The Girl menait déjà sur la piste de Glasgow. Un joli minois, l’air pensif et mélancolique, perdue dans un temps où Lee Hazlewood faisait swinguer Nancy Sinatra, l’indice était manifeste. La plaque à peine posée sur la platine, le doute n’était plus permis, Stuart Murdoch l’insatiable avait de nouveau frappé.

Privé, depuis plusieurs années déjà de sa partenaire Isobel Campbell, partie trouver refuge viril dans les bras de Mark Lanegan, l’âme des Belle & Sebastian avait trouvé le temps d’une échappatoire, elle prenait la forme d’une (presque) comédie musicale, dont le tournage est prévu courant 2010.

Et quitte à visiter les années soixante à grandes rasades d’eau de rose, Murdoch endosse l’habit du producteur, classieux et magnétique. A grands coups de violons, il prend à témoins Phil Spector et Burt Bacharach, qui auraient trop heureux d’orner l’écrin de la splendide chanson-titre, écrite de main de maître. Et autour d’une équipe de noms connus (Neil Hannon, Mick Cooke trompettiste des B&S et arrangeur) et inconnus (Catherine Ireton, révélation au chant sur la majorité des titres, l’agaçante Brittany Stallings en Joss Stone de pacotille sur Funny Little Frog), il nous fait passer un délicieux moment de lévitation romantique qui demande confirmation dans les salles obscures.

 

Un disque : God Help The Girl – s/t (Rough Trade)


God Help the Girl - God Help the Girl

Perfection as a Hipster - God Help the Girl

25/08/2009

Delicate Noise – Filmezza

DelicateNoise-FilmezzaL’évidence s’impose, les grands maîtres électroniques d’un passé plus (Kraftwerk) ou moins (Boards of Canada) récent continuent de marquer de leur empreinte les projets contemporains. Voici à peine quelques mois, la très excitante vision synth krautrock des islandais Evil Madness nous faisait tripper d’angoisse en multicolor zygomatique, pour une visite en profondeur de l’esprit faussement sérieux de Ralf Hütter & co. Le milieu de l’année franchi, le Delicate Noise du producteur chicagolais Mark Andrushko empreinte les sentiers stellaires des Ecossais auteurs de Music Has The Right To Children, avec faconde et amplitude.

Profondément mélodique et céleste, la vision du musicien américain débouche sur des airs où un mini-opéra cosmique jubilerait au son d’un good trip émotif. Basée sur des nappes où le velours de Butterfly Envy aspire à la sérénité acidulée de OOOOO1, sa musique humecte sans prévenir des beats évadés de l’ultime opus des BofC (le splendide Trans Canada Highway), tout en incorporant – c’est l’une de ses originalités – des field recordings vocaux aux estivales évocation.

Très linéaire et accessible, l’ensemble dégage une zen attitude à mille lieux des infâmes clichés du Buddha Bar. Derrière son apparente légèreté, le travail sonore d’Andrushko est tout bonnement remarquable, entre synthèse électronique et chaleur mélodique, voire échos de pop music façon Pierre Henry (tout de même). L’un dans l’autre, malgré l’inutile tranche en sous-Venetian Snares We Like Mercury, la très grande beauté sonore de ce disque impressionne et subjugue.

 

Un disque : Delicate Noise – Filmezza (Lens Records)


Butterfly Envy - Delicate Noise

Polaroid Picture Taking - Delicate Noise

24/08/2009

Fenn O'Berg - The Magic Sound & The Return Of...

fennobergTrois dieux des musiques expérimentales, qu’elles soient d’une teneur ambient majestueuse (Christian Fennesz), indie rock folk noise (Jim O’Rourke) ou drone metal vs electronica (Peter Rehberg aka Pita et moitié de KTL). A lire sur le Grisli

Sébastien Schuller – Evenfall

sebastienschuller_evenfallEn 2005, époque de la sortie de son premier opus, le toujours aussi beau Happiness, Sébastien Schuller nous faisait part de sa curiosité pour le personnage fantasmagorique de Mark Hollis. Au-delà de la curiosité pour le mythique personnage caché derrière ses lunettes noires, le temps a prouvé l’originalité profonde de la démarche du chanteur parisien, largement au-delà des cimes d’où l’on se moque de l’infernal arsenal des copieurs de Radiohead (au mieux) ou de Coldplay (fut-il de Courtrai, M. Ozark Henry).

Tout aussi abouti que son prédécesseur, Evenfall’ débute par une ballade triste au piano, belle comme un Maximilian Hecker qui aurait oublié les minauderies. Toujours mélancolique, Schuller oublie l’affèterie et enlumine l’héritage des géniaux Weeping Willow et Tears Coming Home, ces sublimes élégies qui ont hanté nos jours quatre années durant. Magnifiquement accompagné par une clique au pinacle de la scène française (l’incontournable Jean-Michel Pires aux fûts, Richard Cousin à la basse), le Montmartrois étale – sans démonstration aucune – une science infinie des arrangements, héritée d’une pop anglaise entre Divine Comedy et, évidemment, Talk Talk. Quant à la voix de ténor de notre homme, elle tient toujours autant du miracle, perché là-haut vers l’infini.

 

Un disque : Sébastien Schuller Evenfall (Green United Music)


Morning Mist - Sebastien Schuller

The Border - Sebastien Schuller

14/08/2009

Louisville – A Silent Effort In The Night

louisville_asilenteffortinthenightIntroduit par une lignée de héros de la musique indépendante américaine de notre temps – elle prend tout son sens à l’écoute de ce superbe disque – l’univers de Louisville évolue bien au-delà du simple name dropping et des références états-uniennes mal digérées. Susurrées de la voix immédiatement identifiable de la toujours délicate Felicia Atkinson, accompagnée d’Olivier Cavaillé, ces noms – Bonnie ‘Prince’ Billy, David Pajo, Slint ou Rachels – touchent au plus profond l’âme de ses auditeurs, signe imperturbable d’une connivence artistique bien au-delà de la simple pose (avis aux oreilles distraites).

Ponctué d’un banjo discret et d’une electronica nuageuse, le premier titre LouisEville débouche au bout de deux minutes sur un magnifique air pop folk, trempé dans le meilleur de l’americana et de la French scene. Grand moment de l’année musicale (on vous le jure sur la tête de Chan Marshall), le morceau bénéficie, ô quel bonheur, de l’apport vocal de l’ami Sylvain Chauveau, magistralement souligné par un violoncelle amoureux. Après ce choc, il faut quelque temps avant de s’accaparer la vision überminimaliste de la demoiselle Atkinson, enregistrée selon ses (bonnes) habitudes dans des conditions précaires – un dictaphone, en l’occurrence – avant qu’une rengaine aux franges du post rock ne vienne secouer le cocotier d’un Silent Effort pas si silencieux que ça (et c’est tant mieux). Un fragile écho d’un piano en chambre plus tard (Matin), l’ombre de la géante Sylvia Plath plane sur The Only Thing To Come Is The Sea, adapté librement en français (pour une partie) et soutenu musicalement par une cavalcade (post) rock quelque peu cliché et en manque de lâcher prise. Peu importe, tant Soir, émouvant air de violoncelle, réconcilie les possibles (Worrytrain vs Helios, ce genre), prélude évident au spoken word dématérialisé d’Atkinson sur Forest (for Maria Kotalska). Le tout est conclu par l’hommage Johnny And June, où Sylvain Chauveau endosse le chapeau de David Pajo pour mieux nous rappeler que l’écho de Will Oldham avait traversé l’Atlantique tout en honorant de sa grâce la fin de vie du grand Johnny Cash.

 

Un disque : Louisville A Silent Effort In The Night (debruit&desilence)


LouisEville - Louisville

The Only Thing To Come Is The Sea - Louisville