13/08/2009

The Fatales – Great Surround

The Fatales – Great SurroundProfondément ancrée dans une époque qui nous transpose vingt-cinq ans en arrière, au bas mot, le rock sombre de The Fatales nous laisse perplexe. Derrière ses batailles de wave (cold vs new) déballées sur fond de guitares brumeuses, le chant de Wayne Switzer s’emporte dans des tourments dark à rendre jaloux des Interpol en pleine crise existentialiste (ah, ces nappes de synthés pour faire planant !).

Tout n’est cependant pas noir – quelle couleur, sinon ? – sur ce premier opus, décoré d’une belle pochette signée du peintre flamand Valerius De Saedeleer. Globalement, les lignes mélodiques tiennent la route, à commencer par l’expressionniste Evergreen et ses élans lyriques dignes d’Arcade Fire épris de Radiohead. Les arrangements, calibrés sur des guitares aux contours usés ou un piano soi-disant romantique, fleurent – hélas – trop la verve pompiériste des années post-Muse pour nous intéresser durablement.

 

Un disque : The Fatales Great Surround (Monopsone)

12:55 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, pop, critique, monopsone, the fatales |  Facebook |

11/08/2009

Maurizio Bianchi – Dekadenz

mb dedadeknzA près de cinquante-cinq ans au compteur, dont treize de silence musical complet (1984 – 1997), Maurizio Bianchi poursuit son œuvre pianistique en toute liberté, mi-anarchique mi-décadente. Boulimique du travail enregistré, le musicien italien a produit des dizaines d’œuvres, sous le pseudonyme de Sacher-Pelz, sous son propre nom (parfois abrégé M.B.) ou en collaborations (dont le projet M.B. + E.D.A. sur le label Baskaru), sans même parler de ses œuvres éditées en 1981 et 1982 sous le moniker de Leibstandarte SS MB qu’il ne considère pas comme faisant partie de sa discographie.

Auteur déjà d’une petite dizaine de réalisations rien qu’en ces six premiers mois de 2009 (c’est Machinefabriek qui doit l’avoir mauvaise), le Milanais a trouvé en le micro-label belge Young Girls Records – il est à suivre ! – une structure en parfaite adéquation avec sa philosophie, libertaire et audacieuse. Tout en demeurant d’une parfaite musicalité accessible à tout qui a déjà exploré l’univers qui sépare Charlemagne Palestine de Delphine Dora, les huit compositions de Dekadenz explorent les limites sonores d’un piano décadent (d’où le titre), dont les notes sont tenues par une utilisation de la pédale sostenuto, tout en étant assourdies par l’emploi de la pédale de sourdine. Enchaînés et joués sur des tempi plutôt allègres (à l’exception d’Adsorbente), les morceaux évoluent dans un registre tonal emprunt d’une modernité alla jazz, elle évoque la subtilité mélancolique des pianistes juifs d’Europe centrale (on se reportera à la magnifique série Entartete Musik de Decca), transposée en une vigueur contemporaine d’un magnifique désespoir lunaire. En d’autres temps troublés, elle aurait valu à son auteur l’exil, voire le camp de concentration. Une raison supplémentaire et ultime de l’écouter, en toute irrévérence.

 

Un disque : Maurizio Bianchi Dekadenz (Young Girls Records)


Ecmenesia - Maurizio Bianchi

Deciduo - Maurizio Bianchi

08/08/2009

Kenneth Kirschner – Filaments & Voids

Kenneth Kirschner – Filaments & VoidsComplexes et mystérieux, les rapports qui sous-tendent la musique et le silence qui lui succède peuvent donner lieu à de multiples interprétations. Dans quelle mesure l’absence de musique marque-t-elle la fin d’une œuvre musicale ? Le silence est-il un mysticisme ou un néant ? David Tudor, interprète magistral de John Cage, l’avait bien compris, le silence en musique ne l’est jamais totalement. Quand il (non-)jouait la célèbre 4’33, les instants séparant l’ouverture et la fermeture du couvercle de son piano lui faisait entendre les bruits du public, tout comme Cage lui-même prétendait que le silence absolu n’existait pas.

Pour son retour sur le label 12K, le compositeur électro-acoustique Kenneth Kirschner inscrit son œuvre quelque part entre une electronica ambient d’une magnifique pureté post-Ligeti (les Filaments) et un continuum cagien (les Voids). Entre composition moderne et drones numérisés, chaque mini-séquence est suivie d’un silence de quelques secondes, le procédé étant répété à de multiples reprises à l’intérieur même de chaque plage (quatre au total sur ce double disque compact). Absolument remarquables de synthèse métaphysique, elle va bien au-delà de l’apparente froideur intellectuelle du projet, les quatre œuvres du musicien de Brooklyn s’inscrivent complètement dans la logique cosmique d’un Murcof (ou d’un Stanley Kubrick en mode 2001, Odyssée de l’Espace), les spectaculaires effets planants en moins, les insondables mystères interplanétaires en plus. Ce silence de l’infini, toujours lui.

 

Un disque : Kenneth Kirschner Filaments & Voids (12K)


October 19, 2006 (extract) - Kenneth Kirschner

05/08/2009

Pepper And Bones – One

pepperandbones-oneLentement et en toute sérénité electronica, nous nous sommes habitués à la soyeuse élégance des productions de Me Raabenstein, sous ses diverses appellations, seul ou en collaboration(s). Adepte des liaisons inattendues, le Berlinois a déjà mis en scène le hip-hop face à son laptop (Sqaramouche), le classique à l’ére du numérique (Slowcream) ou le jazz vs l’électronique (Langer & Raabenstein).

Pour leur première version en tant que Pepper And Bones, Raabenstein et son comparse Ju Bartolomäus dévoilent un goût manifeste pour la folk music, qu’ils dissimulent à l’envi sous des airs souls aux relents – vous l’avez deviné – électroniques. Toujours très propres, on aimerait parfois plus de Sturm und Drang et moins de froideur, les compositions du boss de Nonine et de son complice Ju dénotent un savoir-faire absolument convaincant. Quand il se marie au spoken word de Bartholomäus – et son timbre à la Tom Waits – on est même carrément ravi, gros coups de basse en sus.

 

Un disque : Pepper And BonesOne (Nonine)


Holy O - Pepper And Bones

Jacqui - Pepper And Bones

04/08/2009

The Glimmers – The Glimmers Present Disko Drunkards

Glimmers Present Disko DrunkardsAs du dancefloor, The Glimmers ont égayé bien des soirées au contact de leur dance music, principalement lorsqu’ils sont aux manettes pour nous offrir des mixes imparables (leurs DJ-Kicks ou Fabric Live). Associé aux idoles de la jeunesse de Flandre anno 2009 (Tim Van Hamel de Millionaire, François Demeyer ex-Vive La Fête, Ben Brunin et Stéphane Misseghers de dEUS), le duo gantois nous balance un disque absolument épouvantable de mauvais goût kitsch. Accords de guitare répétés à rendre maboul sur fond de batterie mixée avec des moufles, visite acide du label Stax ou disco keupon plombée d’une basse pour kermesse aux moules, chaque track nous fait un peu plus toucher le fond. A l’écoute de l’atroce reprise du Physical d’Olivier Newton-John, massacré en règle par deux soulards captés entre trois vomissures aux chiottes, on se dit que la nullité n’a pas de limites...

 

Un disque : The Glimmers The Glimmers Present Disko Drunkards (www.glimmertwins.com)

02/08/2009

Biosphere – Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol

Biosphere – Wireless – Live at the Arnolfini BristolL’air de rien, ça fait bientôt vingt ans que Geir Jenssen aka Biosphere enchante nos nuits de ses projets mirifiques, le plus souvent à la frontière des musiques ambient et electronica, bien que ses tracks les plus courus (Novelty Waves, Patashnik) allaient clairement chercher du côté de l’IDM tendance Warp. Tourné définitivement dans d’élégantes atmosphères depuis son Substrata de 1997, signé – et ce n’était pas un hasard – sur le label All Saints Records de Brian Eno himself, le musicien de Tromsø était demeuré silencieux depuis 2006 et son Dropsonde, dernière production studio en date où un certain jazz fusion côtoyait des field recordings captés dans l’Himalaya.

Quelques disques plus tard, dont les plus austères Shenzhou et Autour de la Lune, et désormais bien ancré sur le bateau Touch, le Norvégien se rappelle à notre – très – bon souvenir avec le présent Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol, enregistré lors du concert qu’il donna le 27 octobre 2007 au centre d’art contemporain cité dans le titre. Après une brève introduction marquée du fer inquiétant d’une décompression pneumatique au sifflement suraigu (le trombone d’Anders Kalskås sur cet étonnant Pneuma), la performance prend un fascinant tournant mélodique répétitif, quelque part entre Debussy, Berio, Reich et Murcof, où les boucles samplées du grand compositeur français hantent jusqu’à l’hypnose (Shenzou). Véritable trésor de richesses aux multiples facettes (spoken word russe et ambient sur Kobresia, IDM sur When I Leave), le disque prouve que la présence de son auteur tout au sommet de la hiérarchie mondiale tient autant à son génie des ambiances électroniques qu’à sa capacité narcotique de mêler les influences, du classicisme post-romantique au jazz fusion en passant par la dance music.

 

Un disque : Biosphere Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol (Touch)


Shenzou - Biosphere

Kobresia - Biosphere

01/08/2009

Talons – Songs For Babes

talons-songsforbabesFace à la mer et aux cris de ses mouettes, Mike Tolan – homme aux Talons multiples – promenait un fin doigté, précieux tel le bruit des vagues, il annonçait une sensibilité folk, aride et magnifique. Tel un Will Oldham – ou un Nick Drake du pays désolé d’Akron, Ohio – il déposait au creux de nos tympans usés par tant d’inutilités bruyantes des comptines en pointillés de grâce tranquille, leurs subtilités n’avaient pas terminé de nous émouvoir. Soutenu tout en discrétion par de modestes complices aperçus en d’autres lieux, tels Keith Freund et Linda Lejsovka des Trouble Books, il faisait sienne la noirceur subite de notre époque récessive, évitant toute guimauve péremptoire, contemplant sans pleurnicher les dégâts d’un bouleversement économique sans précédents. L’histoire aurait pu mettre les freins, se muer en une auto-complaisance salace, elle avait eu l’extrême bon goût de nous prendre par la main, guitare acoustique en étendard, field recordings dissimulés et arrangements délicats entièrement portés au service d’une narration lyrique qui nous faisait croire en un avenir certainement meilleur. Ca s’appelle la modestie du grand art et c’est magique.

 

Un disque : Talons Songs For Babes (Own Records)


Cole - Talons

31/07/2009

DJ Olive – Triage

DJOlive-TriageLe nom de DJ Olive étant désormais une référence de la musique ambient, nous ne vous ferons plus l’insulte de rappeler que Gregor Asch (à l’état-civil) est tout sauf un pourvoyeur de musiques à secouer les bras et le reste sur les dancefloors du globe. Collaborateur de l’excellente Ikue Mori ou de l’illustre Kim Gordon, le producteur new-yorkais est déjà passé à la postérité pour avoir inventé le terme illbient, devenu depuis un genre, voire une référence, à part entière.

Troisième volet de la série Sleeping Pills, démarrée en 2001 pour les personnes souffrant de troubles du sommeil (véridique !), Triage est tout sauf un disque à dormir debout (ou assis). Absolument remarquable du début à la fin de la seule plage qui le compose, le dernier effort de M. The Audio Janitor (son autre alias) subjugue et transporte dans un au-delà de la nuit qui fait regretter de ne pas avoir de soucoupe volante. Nulle crainte de se laisser abrutir par des atmosphères ultra-reposantes (certes, elles le sont) pour salon de massage tantrique à 200 Euros l’heure, tant la classe infinie du musisien américain dévoile la multiplicité de sa magnificence. Multipliant les variations à l’infini, DJ Olive caresse l’art de l’évolution avec la placidité rupestre d’un maître des estampes japonaises, chaque étape se différenciant de la précédente tout en nous demeurant familière. Immense, tout simplement.

                                                               

Un disque : DJ Olive Triage (Room40)


Triage (extract) - DJ Olive

The Revolution – Revolution

TheRevolutionNé de l’échange entre des producteurs anglo-saxons parmi les plus fameux et des jeunes musiciens cubains, The Revolution vaut bien mieux que ne laisse supposer la lourdeur de son titre, clin d’œil balourd au discours castriste, principalement sur sa première partie, totalement excitante. Notamment, le premier morceau Shelter est tout simplement formidable. Grâce au flow limpide du MC Lateef The Truth Speaker, marié aux cuivres brillamment soul d’un certain Norman Cook (alias Fatboy Slim, si si), l’esprit frondeur de Curtis Mayfield rejoint la diversité foisonnante d’un Jimi Tenor qui aurait viré producteur de hip hop. Splendide ! Echo lointain des Buraka Som Sistema et des… Destiny’s Child, les deux tracks signés du producteur Guy Sigsworth (Seal, Madonna, Björk) ont moins d’allure. Toujours impeccable, Roisin Murphy rehausse l’allure, toujours chic et glam, d’une dance music en souvenirs de Moloko – comme quoi, on ne se refait pas – mis en scène par Marius DeVries (Massive Attack). Un pénible souvenir de Yuri Buenaventura vite zappé, la seconde partie du disque convainc en demi-teintes, entre dream pop (trop) alanguie signée Rich File d’Unkle et les fatigants Orishas.

 

Un disque : The Revolution – Revolution (Rapster Records / !K7)


Shelter - Lateef Daumont

Yellow Moon - Revolution

30/07/2009

Office-R(6) – Recording The Grain

OfficeR6-recordingthegrainSextet composé de Koen Nutters (basse), Robert Van Heumen (laptop LiSa), Jeff Carey (laptop Super Collider), Sakir Oguz Buyukberber (clarinette basse), Dirk Bruinsma (saxophone soprano et baryton) et Morten J Olsen (percussions), Office-R(6) n’est pas qu’un ensemble de plus adepte des textures libres et des formules improvisées.

Fondé en 2001 à Amsterdam, le combo excelle dans l’art de l’accident, librement sonore tout comme il est formidablement musical. D’une justesse d’équilibre absolument fascinante de justesse (a)rythmique, No Tones Around Two (Str 1+3) laisse le soin à la clarinette basse de donner le ton, en un point de convergence où Heinz Holliger intègrerait Supersilent, chaque membre apportant une touche imperceptible qui confine au bonheur absolu. Encore plus constructiviste, follement rempli de ces micro-rencontres qui lui confèrent un charme beriosien, Gold Part II (Str 5) fulmine de son architecture minimale, tandis que Split Breath Ending (Str 1) propose une échappée en solitaire aux confins de la musique concrète, quelque part en un sous-bois grouillant d’insectes invisibles. Merveille de discrétion percussive, The Repeats (Str 1A) jubile du talent inné de son batteur, racé et subtil, tout en se mettant au service de ses partenaires, avant que la conclusion Available Sources (Ex 1) ne donne au saxophone baryton les clés d’une porte derrière laquelle se déchaînent une flopée d’oiseaux en folie qu’une clochette répétée ne vient bien rapidement calmer.

Troisième sortie du label norvégien +3dB (et c’est peu dire que nous attendons les suivantes !), Recording The Grain atteint tout simplement le niveau inouï du IIIIIII du quatuor Lemur, révélation majeure de l’année dernière, cela veut tout dire.

 

Un disque : Office-R(6) – Recording The Grain (+3dB)


No Tones Around Two (Str 1 3) - Office-R(6)

Gold Part II (Str 5) - Office-R(6)