30/07/2009

V/A – Umbrelladelika! – Drops

umbrelladelikaQu’un label aux accents électroniques de qualité voit le jour en nos contrées, réputées accueillantes pour les artistes Warp ou Planet Mu, n’a rien de surprenant. Cette nouvelle structure, c’est celle du Bruxellois Harry Poppins, elle porte l’étrange nom d’Umbrelladelika! Records, on dira UBD pour faire court et sa première sortie donne déjà à entendre – du tout bon, coco. Très jolie carte de visite, la présente compilation regroupe une multitude de styles, entre IDM tendance Autechre (Egon Fisk, dont l’élégante track a beaucoup de gueule dynamique), electronica rêveuse saupoudrée de click’n cuts (Ucture) ou cavalcade de (break)beats en un mode Venetian Snares assourdi (le label manager himself). Seul nom "connu" de la bande, le duo Wevie Stonder confirme tout le bien au moral de son électro-pop dadaïste, ponctuée de scratches et d’un spoken word ergophizmizien, tout comme les délires joueurs de tep auraient pu se retrouver sur le label Gagarin Records d’un Felix Kubin tombé amoureux de Pascal Comelade et de Bogdan Raczynski. Des noms qui évoquent déjà des futures sorties à suivre, et pas que du coin de l’oeil.

 

Un disque : V/A – Umbrelladelika! – Drops (Umbrelladelika! Records)


Desperate Hole Life - Ucture

When Marti Was There - RoachBungincan

Acip Lellien Hungmeister - Egon Fisk

25/07/2009

Roshi feat. Pars Radio – And Stars

roshi-andstarsLes origines iraniennes des musiciennes britanniques sont décidément des plus délicieuses. Après la princesse de l’ambient IDM Leila et son acclamé Blood, Looms & Blooms (Warp, 2008), une autre fille de la Perse (née au Pays de Galles) décide de faire des siennes, et la manière est très jolie. Répondant au doux nom de Roshi Nasehi, alias Roshi, la demoiselle nous présente son univers, tactile et précieux comme le dernier Portishead.

Véritable trésor qui nous ouvre les portes sensibles d’un monde à l’onirisme magique, Night Swimming baigne de la classe lento du soprano de la demoiselle, perché entre une étoile et un violoncelle tombé amoureux de cette sublime mélodie. Plus à l’est, quelque part dans un orient magnifié par une sœur Marie Keyrouz emportée dans un souffle alangui, Dohktar e Boyerhmadi conte en la langue persane de son auteure l’histoire d’une jeune fille, dans un ralenti fascinant de beauté assumée. Très surprenant et énigmatique, le troisième morceau She Paces sonne telle une mélodie en montagnes russes signée Felix Kubin, elle nous démontre les immenses possibilités vocales de Roshi, soutenue en toute agilité par son groupe Pars Radio (elle et Graham Dowdall, plus connu sous le pseudo de Gagarin), avant  d’entamer une seconde partie plus lyrique en pleine inadéquation avec ce qui le précède. La conclusion Rachid Khan voit, une fois de plus et (presque) de trop, l’artiste irano-galloise dialoguer avec un violoncelle qui rivalise de maniérisme avec les vocalises de son mentor vocal. Quelle importance, au vu du très haut degré de raffinement qui l’a précédé.

 

Un EP : Roshi feat. Pars Radio – And Stars (Geo Records)


Night Swimming - Roshi feat Pars Radio

Dohktar e Boyerhmadi - Rosha feat Pars Radio

Hecker – Acid In The Style Of David Tudor

Hecker-AcidInTheStyleHomme aux idées fortes et sans concession à une quelconque chapelle électronique, si ce n’est celle de l’exigence et de l’excellence, Florian Hecker nous avait tout simplement bluffé en 2003 sur son précédent Sun Pandämonium, disque incroyable qui donnait carrément le mal de mer, au sens le plus physique du terme. On adorait ou on détestait, en toute hypothèse. Une multitude d’installations sonores et une collaboration avec le tout aussi impitoyable Yasuano Tone plus tard, le musicien allemand est de retour pour une œuvre qui mêle – le défi est osé – la culture des rave parties et la musique expérimentale du vingtième siècle (David Tudor était ce pianiste et compositeur spécialisé dans les musiques de Cage, Stockhausen ou Boulez).

Autant prévenir les drogués du beat qui rend fou, Hecker ne met nulle eau technoïde dans son vin expérimental, tout digitalisé qu’il soit. Exposées en six pistes (sur les dix du disque) toutes intitulées Acid In The Style Of David Tudor, les manipulations sonores de l’artiste allemand picotent les nerfs, sursautent à un niveau épileptique surhumain et secouent – en toute acidité, indeed, le cervelet. A ce stade de la chronique, vous vous dites que tout cela doit être monotone et intellectualisant au possible, et vous avez êtes passé à la review suivante, grave erreur, voici pourquoi. D’une immense variété stylistique, les sons produits par l’ordinateur analogique de Hecker (un vieux Comdyna, avis aux geeks) – couplés à un synthétiseur modulaire Buchla, favori d’Eliane Radigue ou Pauline Oliveros – ne doivent rien au hasard de l’informatique ou de l’abandon. Entre échos dépecés de video games eighties, bestioles martyrisées dans un circuit électrique ou bribes de dialogues machinisées, l’univers de l’homme d’Augsbourg est pleinement subjuguant, des six pièces déjà citées aux trois plages ASA, aux atmosphères spatiales entre évasion suraiguë et boucles tarkovskiennes. Waw.

 

Un disque : Hecker – Acid In The Style Of David Tudor (Editions Mego)


Acid In The Style Of David Tudor - Hecker

ASA 1 - Hecker

Cortney Tidwell – Boys

Cortney Tidwell – BoysElégante et racée, au plein sens américana du terme, Cortney Tidwell vit garçons, pense garçons, joue avec des garçons et au micro, elle regorge – ô joie sublime – de féminité. Aujourd’hui maman de deux enfants (des garçons, que pensiez-vous ?) et génitrice de deux beaux disques (celui-ci étant le second), la fille de Nashville confirme tout le bien déclamé sur son premier opus, le très affirmé Don’t Let Stars Keep Us Tangled Up.

Très classe et pleinement convaincant, son univers mi feutré mi-expressif se mire dans la beauté de St Vincent, plus spécialement dans le tout récent Actor, encensé en ces pages le mois dernier. Passée au tamis d’une scène féminine où Martha Wainwright jouerait le rock aux côtés de Hope Sandoval, la vision tidwellienne de la musique transcende, hors de toute vénération au formol, les héros nord-américains, du beau sexe et de l’autre. Au nombre se ses atours décisifs, sa voix d’orge décline au plus profond de l’âme des mélodies charmeuses, soutenues par des arrangements épris d’Eleni Mandell, de The Polyphonic Spree et de Mazzy Star. Passé ce stade de la surprise, on appelle cela une – éclatante – confirmation.

 

Un disque : Cortney Tidwell – Boys (City Slang)


Solid State - Cortney Tidwell

So We Sing - Cortney Tidwell

03/07/2009

Beehatch – Brood

beehatch-broodQuand un membre de Download, Dead Voices On Air et de Zoviet*France (Mark Spybey) retrouve son partenaire downloadien Phil Western (Kone, Plateau), on peut s’attendre à une ce que la veine post-industrielle de leurs origines refasse surface. Hormis sur l’initial Edison Medicine, et ses inquiétantes rumeurs aux splendides réminiscences de Throbbing Gristle, le duo Beehatch évite de se regarder le nombril et se tourne vers une musique synth kraut éprise des seventies tout en oubliant de verser dans un passéisme compassé.

L’ami Spybey ayant tourné avec Can, Damo Suzuki, Cluster, Michael Rother et Dieter Moebius, l’évolution de ce second effort du groupe vers des sphères planantes n’étonne guère. Globalement satisfaisantes, les compos n’évitent toutefois pas certains clichés synthétiques, voire versent dans une mystique himalayenne qu’on croyait adultes non admis (On Ideal Wings). On se console toutefois bien vite avec le free jazz à la crudité atmosphérique de Du Du Horn, bizarrement enchaîné à une célébration underground où Tom Waits mettrait l’habit de Jaki Liebezeit. Une sacrée bizarrerie que ce disque, tourné entre influences passées et expérimentations futures.

 

Un disque : Beehatch – Brood (Lens Records)


Du Du Horn - Beehatch

Türkische Hasa - Beehatch

02/07/2009

Trouble Books – The United Colors Of

TroubleBooks-TheUnitedColorsOfProbables uniques représentants de la scène d’Akron, Ohio, le combo Trouble Books s’est fait remarquer par une floppée de CD-R et de cassettes enregistrées sur un huit-pistes vintage antédiluvien, avant de se retrouver sur le label Own Records. A l’écoute de sa dream pop ambient, le trio américain et sa dizaine de voisins et potes ne doit pas être ressorti totalement éveillé de ses séances d’enregistrement, tant la discrétion vaporeuse de ses atmosphères oscille entre rêve éveillé et renoncement utopiste. Les tempi se veulent étalés sur des nuages effilés, les voix empruntent des chemins de traverse fondamentalement indie, ils sont carrément superbes sur le second titre Strelka, chanté en solo et charme par Linda Lejsovska. Tout cela participant d’un minimalisme épuré qui n’exclut guère des arrangements où la subtilité des distorsions n’ignore pas le sens du mot beauté (Night Of The Pelican Street Sweeper), bien que la propension de Keith Freund & co à juguler les intensités puisse aussi lasser. La proposition est à prendre ou à laisser.

 

Un disque : Trouble Books – The United Colors Of Trouble Books (Own Records)


Strelka - Trouble Books

Night of the Pelican Street Sweeper - Trouble Books

30/06/2009

Das Bierbeben – s/t

dasbierbebenElle est pleinement décomplexée, la pop électro-punk des quatre joyeux drilles de Das Bierbeben, et ça fait un réel bien de se soulager – non, pas ce que vous imaginez – sur les élans tubesques d’un Dunkle Tage. Chanté en allemand, avis aux germanophiles, à l’exception du peu convaincant Behind The Green Door, le troisième opus de Julia Wilton et ses potes ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas, et ne s’imagine pas un seul instant en sauveur de la scène indépendante, encore que ses sympatoches mélodies finissent vite par trotter dans un coin de la caboche. Frère de cœur des Lillois de Gomm, le quatuor teuton déroule, sans se prendre la tête ni coup férir, des mélodies éprises de bonne humeur et de liberté. Quelque part à la croisée des chemins d’une électro-clash customisée à la Neue Deutsche Welle (Andreas Dorau, tout ça) et au Kraftwerk, on passe un bon moment sans prétention, bien loin des horreurs pompières du Daan de ces dernières années. Que nous faut-il de plus ?

 

Un disque : Das Bierbeben – s/t (Shitkatapult)

Wie ein Vogel - Das Bierbeben

Der König - Das Bierbeben

28/06/2009

Luke Hess – Light In The Dark

00_ Luke Hess - Light In The DarkFigure remarquée de la scène nu dub techno, le gars Luke Hess s’était fait un nom ces derniers mois en délivrant une série d’EPs pas bégueules pour deux coups de minimale, dont le fameux Dub For Love et ses étouffantes ambiances smooth, ou bien le plus saccadé Believe & Receive, grosse tuerie dancefloor toute en beats retenus.

Pour son premier disque de longue durée, le producteur de Detroit – oui, le son de la ville de la GM est toujours bien vivace – débloque la transe des clubbers, en sueur sur ses tempi d’une magnifique contenance maîtrisée. D’une grande classe, Hess n’a pas peur d’oublier de monter dans les tours, suscitant un appel d’air qui ne vient jamais, il intrigue autant le cortex qu’il sublime la tension. Et en en camarade d’épopée des Berlinois Marcel Dettmann et Ben Klock, on l’imagine parfaitement aux commandes du Berghain, le club mythique de la capitale allemande.

 

Un disque : Luke Hess Light In The Dark (Echocord)

Son Beams - Luke Hess

Self-Control - Luke Hess

Metalycée – It Is Not

metalycee-itisnotLes racines du projet Metalycée remontent déjà à l’an 2003, année de composition d’un disque où les artistes sonores viennois Armin Steiner et Nik Hummer manipulaient numériquement des samples de guitares et de batterie. Complété depuis deux ans, l’effectif du groupe comprend aujourd’hui la chanteuse Melita Jurisic, le batteur Bernhard Breuer et la bassiste Matija Schnellander, ce qui a fait évoluer sa musicalité dans une direction où le metal downtempo croise le fer avec le spoken word, voire le free jazz.

Le plus frappant à l’écoute de cet It Is Not, c’est la voix caverneuse de l’actrice et vocaliste australienne Melita Jurisic, déjà entendue aux côtés de Szely ou de Philipp Quehenberger. Fille très digne de Nico, Myra Davies et Ursula Rucker, elle récite des textes certes pas drôles mais qui prennent tout leur sens lugubre, grâce à l’accompagnement musical de ses partenaires. Relevons notamment le jeu de batterie de Bernhard Breuer sur Satisfy My Soul, implacable et motorique, ainsi que l’abrasivité du duo Hummer / Steiner sur le morceau-titre, remarquable écho du Hello Voyager de Carla ‘Evangelista’ Bozulich, œuvre majeure de l’année écoulée.

 

Un disque : Metalycée – It Is Not (Mosz)


It Is Not - Metalycée

Something Sick - Metalycée

25/06/2009

Lawrence English – A Colour For Autumn

lawrenceenglish-acolourforautumnAdieu embruns, au revoir brouillard, bonjour l’automne, telle pourrait être la devise de A Colour For Autumn, dernière œuvre en date de Lawrence English. Second numéro d’une série inscrite dans le passage des saisons, le disque fait écho à la collaboration entre le producteur australien et le musicien concret espagnol Francisco López (HB), défendue avec enthousiasme en ces pages et, bien plus encore, à For Varying Degrees Of Winter, deux sorties du label français Baskaru.

Pour bien appréhender la chaleur qui se dégage des sept plages de l’album, l’australité d’English est un pré-requis indispensable. Là où en nos terres nordiques, la saison des feuilles mortes évoque engourdissement et hibernation, en l’hémisphère sud de son auteur, elle est synonyme de renouveau et de renaissance. Même quand elle mêle le bruit du mistral enregistré dans  la basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille (Droplet), une cordialité manifeste relie les divers éléments de l’album. Entre la voix de Dean Roberts sur le morceau d’ouverture et les clusters électroniques de Christian Fennesz sur les lenteurs exquises de The Surface Of Everything, les variations sur le même thème – devinez lequel – du patron de Room40 (en exil sur 12K) combleront les heureux modernes qui prennent le temps de s’en donner.

 

Un disque : Lawrence English – A Colour For Autumn (12K)


Droplet - Lawrence English

The Surface of Everything - Lawrence English