09/05/2009

LoSoul – Care

LoSoul – CareArtiste emblématique d’une certaine scène techno germanique qui ne craint ni le mélange des genres (techno, disco, electro-pop), ni le second degré – c’est souvent pour le meilleur, Peter Kremeier aka LoSoul répond toujours à nos attentes, près de dix années après son classique Raw Beauty, ressuscité en 2008. Sans doute moins immédiatement dansantes, les dix nouvelles tracks du DJ et producteur allemand gagnent en recherche sonique ce qu’elles perdent en gesticulations déhanchées. Ca n’empêche guère le disque d’être intéressant, dans le pire des cas, sinon captivant, comme sur l’introductif Slightly. Ce qui frappe surtout, c’est la science de LoSoul dans la construction méthodique de ses morceaux, qui gagnent progressivement en intensité là où d’autres – Mathias Schaffhäuser ce mois-ci – cassent les bonbons au bout de douze secondes et demi.

 

Un disque : LoSoul – Care (Playhouse)


Slightly - Losoul

Gridlock - Losoul

06/05/2009

Andrey Kiritchenko – Misterrious

andreykiritchenko-misterriousFondateur du label Nexsound, personnage central dans le développement des musiques électroniques en Europe de l’est, particulièrement en son Ukraine natale, Andrey Kiritchenko enchante, quelque soit la destination de son œuvre. Particulièrement apprécié, notamment pour sa contribution à la formidable compilation BiP_Hop Generation Vol. 9, où aux côtés de Hauschka et du Kammerflimmer Kollektief, le producteur de Kharkov est parvenu à se forger un nom, recommandé auprès des plus grands électroniciens de notre temps, de Francisco Lopez à Frank Bretschneider en passant par Scanner ou l’incontournable Philippe Petit, vingt ans d’activisme musical cette année.

Bien que les machines demeurent (discrètement) présentes dans ce Misterrious intégrant des field recordings d’insectes captés sur la presqu’île de Crimée, c’est bien davantage de jazz - dérivé sous une forme poptronica – qu’il est question sur cette deuxième sortie de notre homme pour le compte du magnifique label japonais Spekk. Composé de séquences d’une tonalité magique, faudrait-il écrire féérique, le disque révèle des boucles de piano pleinement absorbantes, voire légèrement psychédéliques, qui prennent tout leur sens dans un monde où Volker Bertelmann règne en maître. Ailleurs, le magnifique Martin Brandlmayr (Kapital Band 1, Radian, Autistic Daughters) vient révéler sa science du toucher percussif sur Your Thoughts In Scary Forest, entre piano minimalissime et guitare aux notes pincées. Un autre batteur, Jason Kahn – comparse de Tetuzi Akiyama – accompagne d’une admirable discrétion sur trois autres titres, dont le magnifique Wounded By Love, aux relents printaniers de mélodica pastoral en duo avec un piano apprivoisé et c’est tout un pan généreux ET intime de notre contemporanéité qui éblouit nos nuits et apaise nos journées.

 

Un disque : Andrey Kiritchenko – Misterrious (Spekk)


Wounded by love - Andrey Kiritchenko

Your thoughts in scary forest - Andrey Kiritchenko

Jimi Tenor & Kabu Kabu – 4th Dimension

jimtenorkabukabu-4thdimensionLes collaborations entre rockeurs occidentaux et musiciens africains ont ceci de particulier qu’elles débouchent souvent sur des saveurs uniques et inédites. Qu’ils aient pour nom Extra Golden (deux albums très recommandables sur Thrill Jockey) ou The Ex & Getatchew Mekuria (l’incroyable Moa Anbessa), ces projets laissaient de côté tout exotisme de pacotille, à l’instar de Joystone, précédent essai de Jimi Tenor et de sa bande Kabu Kabu, Africains de l’Ouest rencontrés à Berlin. Toujours aussi en verve, le producteur finlandais remet le couvert de l’afro beat en compagnie des potes de Fela Kuti, pour un résultat tranchant et sexy, tout comme il témoigne d’une ouverture d’esprit stupéfiante de musicalité transcendée. Empreinte de sonorités pêchées dans les musiques noires des deux rives de l’Atlantique, de l’afro beat au jazz en passant of course par le funk, voire le rock, 4th Dimension fait la part belle à des cuivres d’une formidable chaleur, témoignage d’une complicité hors  normes et d’une amitié qui doit cacher bien des fiestas nocturnes sous les frimas berlinois. Encore, oui, encore !

 

Un disque : Jimi Tenor & Kabu Kabu – 4th Dimension (Säkhö Recordings)

Global Party - Jimi Tenor & Kabu Kabu

Mogadishu Ave. - Jimi Tenor & Kabu Kabu

05/05/2009

Mikhail – Morphica (III)

morphica-mikhailDéclinaison en trois actes – électronique, voix et cordes – répartis sur un nombre égal de disques, Morphica aurait pu ne constituer qu’un simple exercice de remix de plus, nous sommes évidemment très loin du compte, au vu du niveau des acteurs en présence. Toujours, il y a cette voix pénétrante dans les aigus de Mikhail, toujours à la limite de la pop contemporaine et de la musique savante (fans d’Antony et de Joanna Newsom, elle est faite pour vous). Qu’elle soit soutenue de chœurs magnifiques dans leur médiévalité, à l’instar du très prenant Prediction, revu de maîtresse façon par Lee Fraser sur le premier cd Electronics ou qu’une harpe ponctue les bruissements digitalisés de Archon du néo-dadaïste belge Gabriel Séverin, aka Rob(u)rang, les atmosphères farouchement habitées de Morphica transportent au-delà de la mystique, dans un univers fantasmagorique peuplé d’elfes bleutées aux yeux mi-narcois mi-surpris. Bien entendu, la familiarité de l’auditeur laissera parfois de marbre à l’une ou l’autre reprise, à l’image de la reprise d’Incubus qui nous a abandonnés au bord du chemin. La méprise ne dure toutefois jamais plus que le temps d’une simple plage de disque laser, la dramaturgie poignante d’un Intitled in Cof Minor venant rappeler l’excellence du projet, qu’il passe sous les manettes du compositeur irlandais Conall Gleeson ou du pape américain du trip hop DJ Spooky.

 

Accompagnées – quel ravissement pour les oreilles ! – par le chœur Alamire, formé de membres d’ensembles aussi fameux, et c’est peu de l’écrire, que The Hilliard Ensemble, The Sixteen, The Tallis Scholars et I Fagiolini, les deux premières compositions du second cd Voices accentuent encore le contraste, magnifique, entre musique médiévale et interprétations modernes. Déjà entendues sous d’autres formes électroniques revisitées, ces relectures purement vocales de Prediction et de Untitled In Cof Minor mériteraient de ne jamais se terminer. Beaucoup plus inattendue est la vision de la Love Song par E.laine qu’on réservera en priorité à tous les thuriféraires de Camille et de Zap Mama, avant que le trio féminin Juice Vocal Ensemble n’offre un regard vocal tout sauf passéiste sur ‘Invisible Thread’, à la ravageuse poésie syllabique. On les suivra attentivement, ces trois demoiselles britanniques ! Le Incubus conclusif renvoie dans les limbes soniques de Michael Cashmore et c’est tout simplement beau.

 

Bien plus bref (une quinzaine, l’ultime disque Strings ne propose pas, loin s’en faut, que des visions cordées de l’univers de Mikhail. Il débute même par le regard electronica néo-classique du l’Allemand Matthias Grüber, le vrai nom de Phon°noir, présent dans notre cas sous le pseudo de Telekaster (ah, cette manie des papes de l’ambient à multiplier les identités!). Enveloppé sous des nappes de cordes synthétiques à la rencontre de Fernando Corona et de Marsen Jules, le chant de Mikhail n’en prend que plus d’intensité dramatique, à la limite du ciel qui vous tombe sur la tête (Asteris (monochrone)). Par contraste, le même morceau soutenu par de vraies cordes, une flûte et un clavecin offre un rapprochement entre Current 93, la musique baroque française et la musique de film hollywoodienne à la John Williams. Inattendue, la comparaison n’en est pas moins captivante. Bien plus spatiale, l’approche de Maenads rejoint le Cosmos de Murcof, étoilé et serein bien qu’on y devine l’ombre d’une puissance stellaire maléfique et l’ultime remix de Untitled In Cof Minor rend les trois autres versions présentées méconnaissables. Et c’était une fichue bonne idée de conclure ce splendide coffret par la vision désincarnée de la compositrice germano-anglaise Claudia Molitor, dont on retiendra désormais le nom.

 

Un coffret : Mikhail – Morphica (Sub Rosa)

Prediction (Lee Fraser mix) - Mikhail

Untitled In Cof Minor (Alamire Consort) - Mikhail

Asteris (strings) - Mikhail

04/05/2009

SND – Atavism

Une des pierres angulaires du mythique – et défunt – label Mille Plateaux, le duo anglais SND ne pouvait que se retrouver sur Raster-Noton pour la suite de ses aventures, neuf années (et oui, déjà!) après la sortie de son dernier opus sur la tant regrettée structure fondée par Achim Szepanski (exception faite du triple vinyl 4, 5, 6 de l’an dernier).

Les excellentes habitudes conservant leur très robotique – tiens, le terme rime avec extatique – vigueur en cette fin de première décennie du 21è siècle, Mat Steel et Mark Fell maintiennent plus que jamais leur place au sommet de la hiérarchie überminimaliste, aux côtés des – who else ? – alva noto et Pan Sonic. Comme toute démarche un tant soit peu recherchée, celle remarquable d’AtomTM par exemple, l’auditeur sera immanquablement sollicité à franchir le pas qui le sépare du Rubicon glacé aux multiples craquelures glitch que forme cet Atavism. Les premières épreuves franchies, le corps tout entier expurgé de ses restes de chaleur humaine, la satisfaction – masochiste en son commencement, expiatoire en son terminus – le rendra définitivement accro à une œuvre qu’on peut déjà classer parmi les meilleures de la maison menée de main de maîtres par Carsten Nicolai, Olaf Bender et Frank Bretschneider. Et en soi, c’est un énorme exploit qui, nous l’espérons ardemment, ne nous fera pas patienter neuf autres années.

 

Un disque : SND Atavism (Raster-Noton)


2 - SND

14 - SND

Felicia Atkinson – La La La

feliciaatkinson-lalalaTout compte fait, la présence de Felicia Atkinson sur le label japonais minimaliste Spekk relève de l’ordre le plus naturel des choses. Reprenons les choses dans l’ordre, quelque part en 2006. Encore Parisienne, la musicienne et illustratrice conjugue ses efforts à la délicatesse poétique de Sylvain Chauveau, pour un duo épistolaire absolument remarquable, où l’intransigeance sonore du duo japonais Opitope (signé sur Spekk, tiens, tiens) confrontait ses trouvailles à un spoken word à la sourde tragédie épurée (Roman Anglais, O Rosa). Deux années plus tard, la demoiselle liait sa destinée à Elise Ladoué au sein du projet Stretchandrelax, pour un disque en tous points sensationnel de dépassement micro-folk allant droit à l’essentiel (…/ Instead of Buying Shoes, Nowaki).

Oeuvrant en solo pour la première fois, encore que le sieur Chauveau ait mis la main à la pâte, Atkinson s’est emparée d’instruments maison (une guitare acoustique, un piano, un glockenspiel, des field recordings) pour décorer – en toute intimité – les nuances überminimalistes de son œuvre, prenante et enivrante au fil des écoutes. Il suffit qu’elle s’empare d’un piano bien (ou mal) tempéré pour que la grâce inquiète de sa poésie lunaire rejoigne sous la voûte céleste un No Wedding aux échos emmurés d’Half Asleep. Au-delà de la démarche, improvisée bien qu’éditée, c’est avant tout la cohérence intime des onze morceaux qui impressionne, que la guitare prenne les commandes sur quelques arpèges simplement belles (Guitar Means Mountains) ou qu’un mélodica accompagne une voix, celle de Nico au petit matin, maladroite comme elle est sensible (Blue Walls). Elle a beau affirmer que ‘les couleurs changeantes sont néfastes pour la santé morale’, la fréquentation habitée de ses miniatures soniques donne aux froids hivernaux un manteau de chaleur humaine dont on ne peut plus se passer.

 

Un disque : Felicia Atkinson La La La (Spekk)


No weddingNo Wedding - フェリシア・アトキンソンFelicia Atkinson

courirCourir - フェリシア・アトキンソンFelicia Atkinson

03/05/2009

Asobi Seksu – Hush

Asobi Seksu - HushMerveille shoegazing qui rappelait bien des souvenirs à tous les fanatiques des murs de guitare à la My Bloody Valentine, le second opus Citrus du duo Asobi Seksu nous avait plongés directos dans la fosse aux secousses nineties, ambiances rose fuchsia incluses dans le package. Trois années plus tard, le choc a perdu de sa vigueur, constat confirmé par le successeur Hush. Le constat paraîtra sévère, il ne l’est toutefois que partiellement, tant la capacité de James Hanna et Yuki Chikudate à composer des jolies chansons atmosphériques est un fait désormais établi. Cependant, et là est notre réserve, au lieu de poursuivre dans le développement d’un langage personnel un peu plus affirmé, la paire new-yorkaise recule encore davantage la montre de la rock music, piquant sans vergogne des traits à la Cocteau Twins qui les rendent davantage aimables copistes que créateurs uniques en leur(s) genre(s).

 

Un disque : Un disque : Asobi Seksu Hush (One Little Indian)

Familiar Light - Asobi Seksu

Me & Mary - Asobi Seksu

30/04/2009

Miss Kittin And The Hacker – Two

Miss Kittin And The Hacker – TwoLe pénible souvenir d’un Batbox encore présent dans nos mémoires, on attendait sacrément la Miss Kittin au tournant. Les vieilles casseroles faisant les meilleures (?) soupes, Caroline Hervé retrouve son concitoyen grenoblois Michel Amato aka The Hacker, histoire de reformer le duo gagnant de l’époque First Album, sorti voici déjà huit ans. Le hic, c’est que refaire le coup de l’electroclash en 2009 (The Womb), c’est comme s’imaginer en punk hero dans le garage de papa maman quand ils ont viré le 4x4 pour sortir mémé Alberte au lac de Genval, ça ne le fait pas (du tout). La tentative électro-pop 1000 Dreams, bien que raide (la Miss n’étant pas la chanteuse du siècle), passe un peu mieux le cap de la seconde écoute, tout comme le gimmick villalobossien de PPPO. Puis, le duo de l’Isère se lance dans un hommage à la rythmique kraftwerkienne, elle soutient des synthés morodoriens aériens et planants, ainsi qu’une ligne de chant digne de ce nom qui fait de Party In My Head un sommet de l’album. Ce n’est pas le cas de l’EBM de seconde zone de Indulgence, qui fait plus rire que hurler, sans parler de l’épouvantable reprise du Suspicious Minds d’Elvis, sur lequel on fantasme une Donna Summer qui n’arrive jamais. On se consolera en mettant ses Ray Ban en repensant au Fade To Grey de Visage, quelque part en notre époque.

 

Un disque : Miss Kittin And The Hacker Two (Nobody’s Bizzness)


PPPO - Miss Kittin & The Hacker

Indulgence - Miss Kittin & The Hacker

28/04/2009

Hanne Hukkelberg, la pierre et le sang

hannehukkelberg-bloodfromastoneJour après jour, année après année, le parcours pop – oui, pop, easy listening même – de la Norvégienne Hanne Hukkelberg s’impose à nous, de l’évidence mutine de Little Things de 2005 aux âpres délices de la Rykestrasse 68 en 2007. Troisième épisode d’une discographie qu’on espère longtemps de ce cru où les accents scandinaves croisent des routes nord-américaines, Blood From A Stone résistera-t-il à la durée, juge impartial et définitif des meilleurs disques ? Réponse début mal pour une première écoute, entre espoir et éternité.

 

Un disque : Hanne Hukkelberg Blood From A Stone (Nettwerk)

salt of the earth - Hanne Hukkelberg

midnight sun dream - Hanne Hukkelberg

27/04/2009

Kinit Her – Glyms Or Beame Of Radicall Truthes

kinither-glymsLe danger d’une performance vocale hors du commun – au sens premier du terme – est de phagocyter le terrain musical au point de tout balayer sur son passage, les défauts comme les qualités. Pour rééquilibrer la balance, il faut un génie aux commandes, un maître du funambulisme es partitions, un as des arrangements et des harmonies. A défaut d’avoir pu trouver son Van Dyke Parks en contrepoint de la démesure chantée de Joanna Newsom sur son immense deuxième essai Ys, le trio du Wisconsin Kinit Her passe à côté de la timbale, il s’en serait pourtant fallu de tellement peu. Gorgé des effets de gorge de son chanteur, théâtral et maniéré, Glyms Or Beame Of Radicall Truthes se noie trop souvent dans une expressivité ésotérique à bout de nerfs. En dépit d’incantations médiévales néo-folk tapissées d’humeurs black metal, genre Espers à la rencontre des Swans, les délires incantatoires du chanteur – sorte de cauchemar où un matou en rupture d’acide hurle son malheur dégénéré – donnent plus que jamais raison au dicton ‘tout passe, tout lasse’. Allo, Mr. Parks ?

 

Un disque : Kinit Her Glyms Or Beame Of Radicall Truthes (Hinterzimmer Records)


Quadriga - Kinit Her

Opal Empire - Kinit Her