27/04/2009

Gui Boratto – Take My Breath Away

guiboratto-takemybreathawayEt dire qu’il a fallu attendre la trentaine de Gui Boratto (né en 1974) pour qu’il daigne nous proposer le résultat de ses recherches sonores. C’était en 2007, rappelez-vous, son magnifique Chromophobia sous le bras, le producteur brésilien enflammait la planète de sa classe techno folle, elle faisait danser comme elle subjuguait de ses merveilleuses textures. Au menu 2009, le maître brésilien du dancefloor remet le couvert minimal, ses beats sont toujours aussi prenants aux guibolles – sans jamais être assourdissants ou martiaux, ses harmonies répétitives témoignent plus que jamais d’une maîtrise incomparable des éléments, dont le point culminant est incontestablement le très sexy Atomic Soda et ses bourdonnements érotiques, ainsi que le fascinant travail de superposition des couches de No Turning Back, complètement hypnotisant. On regrettera, pour faire le difficile, quelque héritage douteux du passé, tels les sonorités synthétiques de Colors, ce serait faire bien trop de cas de ce titre tout à fait mineur. Aussi à l’aise dans l’electro-pop, c’est la nouveauté de l’album par rapport à son devancier (Azurra), que dans la techno, voire dans l’ambient (Les Enfants), le nouveau cru Boratto témoigne de l’ouverture d’un esprit libre qui ne se refuse à aucune chapelle, quitte à décevoir les fans de la première heure.

 

Un disque : Gui Boratto Take My Breath Away (Kompakt)


Atomic Soda - Gui Boratto

Azurra - Gui Boratto

26/04/2009

Death's not dead

death-forthewholeworldtoseeUne fois n’est pas coutume, c’est à un grand plongeon dans un des disques les plus méconnus des seventies que nous confie le label Drag City, trente-cinq années après sa sortie initiale. Projet des trois frères afro-américains David, Bob et Dannis Hackney, Death n’était heureusement pas un de ses énièmes avatars doom rock pour corbeaux mal démaquillés, contrairement à ce que leur malheureuse dénomination (qu’ils ont toujours refusée de changer) pouvait laisser croire. Adepte d’un style rock mélodique aux effluves punk qui devait autant à la black music de Curtis Mayfield qu’au rock progressif, la fratrie de Detroit est responsable d’un (seul) disque de légende (…For The Whole World To See) resté tellement dans l’ombre que ses auteurs dérivèrent très vite dans une bouse gospel reggae sans nom. Trois décennies et demie plus tard, le mal est réparé, presque.

 

Un disque : Death …For The Whole World To See (Drag City)

Politicians In My Eyes - Death

25/04/2009

Caroline Weeks, en pleine folk

Caroline Weeks – Songs For EdnaAu vu du succès indéniable de Bat For Lashes – elle est multi-instrumentiste du groupe qui accompagne Natasha Khan – l’Anglaise Caroline Weeks (aucun lien avec Greg) ne doit pas ressentir le besoin financier d’enregistrer son propre album solo. Bien lui en a pris de s’en remettre à son désir artistique, à l’écoute des jolies comptines folk qui garnissent le panier de son Songs For Edna (les textes sont de la poétesse américaine de la première moitié du 20è siècle Edna St Vincent Millay). Minimales dans leur accompagnement fingerpicking de sa guitare flamenco, les chansons de la demoiselle de Brighton ont déjà leur place – méritée – au milieu d’un cercle restreint dont les meilleurs rayons ont aussi pour nom Diane Cluck ou Vashti Bunyan.

 

Un disque : Caroline Weeks Songs For Edna (Manimal Vinyl)

Rone – Spanish Breakfast

Rone – Spanish BreakfastAlias du producteur parisien Erwan Castex, Rone fait une entrée remarquée dans la cour des grands de l’electronica mélodique grâce à ce petit déj’ espagnol d’excellente facture. Confrontées à l’excellence des Gui Boratto et autres Plaid de la planète, ses atmosphères optimistes et subtiles remportent la palme de la découverte printanière, qu’il tente le détour sensuel sur un dance floor en mode happy on (Belleville) ou qu’il s’essaie au crochet vers San Diego, histoire de faire coucou à The Album Leaf (Spanish Breakfast). Toujours classes, jamais – ô grand jamais – lourdingues ou poisseuses, les textures hybrides de Rone renvoient tantôt à une after berlinoise (forcément) minimaliste (Aya Ama), tantôt à un spoken word à mille lieues de la froideur d’alva noto vs Anne-James Chaton (ce qui n’enlève rien à l’excellence des uns comme des autres). Cette déclamation cynique, c’est celle de l’écrivain de science-fiction Alain Damasio qui nous invite à vivre à fond, sans regrets mais pas sans rage. Comme nous vous invitons à découvrir ce premier opus, à fond les ballons.

 

Un disque : RoneSpanish Breakfast (InFiné)

Spanish Breakfast - Rone

Bora vocal - Rone

23/04/2009

Mikhail – Morphica (II)

MikhailBushHallDu seul point de vue de l’esthétique visuelle (la suite de cet article abordera bien sûr le côté musical), la nouvelle sortie de l’artiste grec dépasse – et de loin – le niveau lambda des trop nombreux disques aux illustrations sans âme ni saveur. Illustré de quinze cartes – il ne vous reste plus qu’à acheter les cadres qui vont avec, dimensions 15 x 10,5 cm – le coffret offre d’étonnantes découvertes graphiques. Nous en avons retenu plus particulièrement les mystères obscurs du Pakistanais Farina Alam, le manga crayonné de Stephen Wilson, l’arrêt sur images de Paul Gittins, ainsi que l’autoportrait de Karikis, entre comique et vampirisme, en couverture de l’objet. Pour couronner, le tout, un livret de huit pages en anglais, introduit par le patron du label Sub Rosa Guy-Marc Hinant, détaille les tenants et les aboutissants de l’œuvre, complexes d’un premier regard et paradoxalement accessibles lorsqu’on y jette un œil de plus près.

 

Paru en 2007 sur le même label bruxellois, le très recommandé Orphica était la première œuvre en solitaire du musicien grec. Acclamé par une partie bien trop ténue de la critique spécialisée, qui l’avait remarqué deux ans plus tôt sur la compilation Army Of Me de Björk, Mikhail déclinait les grands thèmes de sa musicalité contemporaine, entre pop expérimentale ET romantique (ce n’est pas si fréquent), chants sacrés orthodoxes (les racines grecques, toujours) et instruments de l’époque baroque (clavecin, harpe, chœurs) mêlés à l’electronica de notre temps. En cousin stylistique de l’excellent Murcof, maître absolu de la confrontation entre passé et futur – écoutez ses Versailles Sessions, vous serez instantanément convaincu – il envoûtait de sa voit haut perchée les spectres supranaturels de ses chants (bien plus que chansons), aux frontières de la mystique et de la cosmologie, sans pour autant verser dans un onirisme de pacotille ésotérique.

 

A suivre

22/04/2009

Bad Statistics, oh le bad trip

badstatistics-luckytowngonePrenez, presque au hasard, cing gars de Wellington, Nouvelle-Zélande férus de free rock, genre No-Neck Blues Band meet Père Ubu quelque part sur le label Paw Tracks. Sortez du lot la voix hallucinée/nante/nogène de Thebis Mutante (Jeff Henderson quand il prend l’avion), mêlez-la à une vision rythmique noire où une basse mordue de punk kraut résiste à des percussions minimales et (étrangement) implacables et étirez les séquences sur des minutes qui virent à l’obsession. Vous voilà plongés dans le bad trip des Bad Statistics, c’est ignoble pour la peau et salace pour le cervelet.

 

Un disque : Bad StatiscticsLucky Town Gone (Pseudo Arcana)

21/04/2009

Susumu Yokota – Mother

susumuyokota-motherArdent défenseur des musiques électroniques de ces quinze dernières années, de la techno à l’ambient, le Japonais Susumu Yokota n’était guère attendu dans le champ d’action de ce Mother, et ses treize chansonnettes pop mélancoliques. Parmi les sept invités conviés au bal, Casper Clausen (Efterklang) et Anna Bronsted (Our Broken Garden) ressortent du lot, dès l’introduction de l’album, au thème intemporel qu’on verrait bien chez Claude Lelouch s’il faisait des films dignes de ce nom (Love Tendrilises). Les épanchements langoureux de Nancy Elizabeth, censés émouvoir, donnent surtout des envies de zapper, spécialement sur un A Ray Of Light appliqué et scolaire, heureusement rattrapé par A Flower White, où la voix de soprano de la chanteuse anglaise donne une bien meilleure mesure à sa tendre luminosité. A la frontière, certes, de la lounge attitude pour adepte du taoïsme qu’elle est, Caroline Ross – déjà aperçue aux côtés de Mark Rothko et de Yokota – étage la beauté diaphane de ses vocalises, accrochées à une rythmique prenante dans sa subtilité. D’autres tentatives décoratives énervent plus  qu’ils n’émerveillement par leur pseudo-philosophie de temple zen, la palme revenant aux morceaux où la diva nipponne Kaori se laisse emporter dans des élans planants qui nous font regretter de ne pas avoir mis le dernier Tujiko Noriko sur la platine.

 

Un disque : Susumu YokotaMother (Lo Recordings)


Love Tendrillses - Susumu Yokota

A Flower White - Susumu Yokota

19/04/2009

Mikhail – Morphica (I)

Mikhail_bySinisaSavicML’histoire de Mikhail Karikis débute dans le port de Thessalonique, un jour de 1975. Des années plus tard, formation classique incluse, le musicien grec émigré à Londres, capitale mondiale de tous les excès soniques et visuels, les deux éléments étant intimement liés dans l’œuvre éprise de liberté du compositeur hellénique.

 

Puisant son inspiration dans une multitude de sources, des rituels de reproduction des insectes aux mouvements des galaxies en passant par les interférences des téléphones portables – le spectre est large, vous le devinez – Karikis n’exclut aucun à priori dans sa démarche stylistique. Fasciné notamment par le groove de la rythmique des ondes GSM dans les haut-parleurs, la faconde musicale du producteur aujourd’hui trentenaire participe pleinement d’un mouvement qui fait la part belle à l’accident, tout en dépassant largement les limites paresseuses de la pure confrontation hasardeuse.

 

Auteur d’une thèse de doctorat au résultat intitulé Silence of the Self, Karikis analysait les rapports entre la voix et le son, c’était pour mieux explorer le moi au sein d’un livre audio de 440 minutes (!), complété d’un livre de textes illustrés, deux CD audio et un DVD abritant quatre courts-métrages. Quelques années plus tard, celle où vous lisez ces présentes lignes, l’intention manifeste de mêler le visuel au sonore est plus que jamais d’actualité, en témoigne le coffret Morphica, édité par l’intransigeant label belge Sub Rosa.

 

A suivre

 

Photo: Sinisa Savic

18/04/2009

Mono – Hymn To The Immortal Wind

mono-hymn-toe-the-immortal-windL’histoire du quatuor japonais Mono débute à la fin du siècle dernier et cinq albums plus tard, les post rockeurs nippons adoubés par Steve Albini (aux manettes pour la troisième fois) n’en démordent pas, ils demeurent adeptes d’un style grandiloquent et cinématique pour fans de heroic fantasy. N’y voyez aucun reproche, juste une tendance à l’émotion sur-jouée toutes voiles romantiques dehors, un peu à l’instar de Sigur Ros wagnériens (Ashes In The Snow, douze inoubliables minutes). A grands coups de trémolos et de distorsions, les trois garçons et la fille du soleil levant construisent des symphonies rock à fleur de peau le long de sept titres illustrant un manga gothique sur la fuite de deux adolescents éperdument amoureux. Soutenus par un orchestre d’une trentaine de musiciens (principalement des cordes) qui ne font que renforcer la majesté incantatoire de ce cinquième opus, ils nous rappellent d’ailleurs que le vibrato d’un violon peut également faire office de contre-point néo-romantique, quitte à tomber dans une tentation fleur bleue à laquelle on pourra préférer les magnifiques Isis.

 

Un disque : MonoHymn To The Immortal Wind (Human Highway Records / Conspiracy Records)

Ashes in the Snow - Mono

Silent Flight, Sleeping Dawn - Mono

15/04/2009

Distance – Repercussions

distance-repercussionsAlbum complètement indispensable de la scène dubstep, My Demons du DJ et producteur londonien – where else ? – Greg Sanders alias Distance fut l’un des événements de l’année 2007. Bourré de hits underground (il fut d’ailleurs proclamé Album de l’année sur un forum dédié au genre), véritable coup de massue pour des tympans qui en pourtant connu d’autres chocs (Burial, Skream, 2562, Benga and so on), ses basses ultra-lourdes et profondes vous catapultaient en trois secondes six dixièmes au fin fond de Croydon, South London, pour un voyage sans retour.

Plus lentes, à peine moins percutantes, les nouvelles tracks  -  neuf au total – de Distance évoquent immanquablement telle banlieue revêche aux bonnes manières, reflet d’un monde industriel à l’impitoyable sauvagerie que nul n’épargne. Encore moins dansantes, voire pas du tout, que les morceaux de son prédécesseur (déjà paru sur Planet Mu), les nouvelles épreuves proposées par Sanders décochent encore de ces coups de poing au ventre dont on ne se relève plus, à l’image de Koncrete, et son tempo infernal à vous défroquer un peuple de ravers en léthargie post-acid. Et les tubes ont beau être moins évidents à la première écoute, la fréquentation du DJ de Rinse FM continuera longtemps d’abreuver nos neurones de ses répercussions hypnotiques.

 

Un disque : DistanceRepercussions (Planet Mu)

Magnesium - Distance

Koncrete - Distance