20/03/2009

V/A – Pop Ambient 2009

kompaktpopambient2009C’est devenu une excellente habitude, chaque début d’année voit la grande maison Kompakt, mère nourricière de tant d’artistes électroniques de qualité, proposer sa compilation Pop Ambient. Neuvième du nom, l’édition 2009 est un très grand cru. Composée d’artistes au pire recommandables, le plus souvent exceptionnels, les douze morceaux choisis ont été  sélectionnés par le boss Wolfgang Voigt lui-même et c’est un sérieux gage de qualité.

Jamais si bien servi que par lui-même, c’est sous le pseudonyme de Mint que WV fait magnifiquement des siennes sur le très cinématique Hindemith aux angoisses lento ressourcées sur un piano qui fait écho au Nuage III de Sylvain Chauveau qui le précède (rappelons que l’œuvre du compositeur français illustre un long métrage fantastique éponyme). Splendide enchaînement ! Ailleurs au remix (assez moyen) de Jürgen Paape ou en collaboration – dans les deux cas, le vieux complice Jörg BürgerVoigt trouve sur Frieden l’écho inoubliable lorsqu’il se produit sous le nom de GAS, sans toutefois faire de l’ombre aux autres artistes présents. Parmi ceux-ci, outre Sylvain C. – son second titre Fly Like A Horse est fantastique avec ses boucles de guitare obsédantes – on relèvera plus particulièrement Klimek et son grandiloquent True Enemies & False Friends, ainsi que les inévitables Marsen Jules et Tim Hecker, meilleurs que jamais.

 

Un disque : V/APop Ambient 2009 (Kompakt)


Fly Like A Horse - Sylvain ChauveauONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'">


Its Only Castles Burning - Marsen Jules

A Dream Of A Spider - Andrew Thomas

18/03/2009

Astral Social Club, not your average electronic stuff

astralsocialclub-octuplexProjet technoïde de Neil Campbell, ancien de la maison foldingue Vibracathedral Orchestra, Astral Social Club vogue depuis 2006 bien au-delà de la vulgate boum boum 4/4 qui marque l’immense majorité de la production du genre. Nettement plus ancré dans une tornade hallucinée ayant emporté les graines démoniaques de Terrestrial Tones, son idée de répétition rappelle la jouissive conviction que les plus prenantes des atmosphères adorent se dissimuler derrière une myriade de sons mariés dans un désordre qui n’est qu’apparent.

 

Un disque : Astral Social ClubOctuplex (VHF Records)

17/03/2009

Joakim – My Best Remixes

joakim-mybestremixesEtre le boss d’un label electro au degré de réputation hautement sensorielle, ça donne des responsabilités, ça crée des attentes, ça gargarise les envies. Allègrement, en toute grande classe, Joakim les concrétise, renforçant son image de producteur shooté à grands coups d’inspiration, tout en laissant aux artistes maison (Poni Hoax, My Sister Klaus) un espace de liberté sonore qui rend fous tous les suiveurs de la planète Justice. Sans même parler de ses trois disques en solo, dont le dernier Monsters And Silly Songs est encore dans toutes les guibolles, trois ans plus tard, la présence au générique de M. Bouaziz est plus que jamais synonyme de virtuosité machinique et, surtout, de tendresse humaine.

Compilation de morceaux parmi ceux qu’il affectionne passé au tamis joakimien, My Best Remixes présente plusieurs constantes au travers des artistes fréquentés. Tout en respectant les tracks originaux – il a le bon goût de ranger la vénération dans la poche gauche de son jean Tigersushi Furs – le géant Parisien apporte sa très enviable touche perso à qui de droit. Sous son inspiration, l’electro-pop de la Norvégienne Annie flanque une belle raclée aux gambettes R’n’b de Beyoncé, les virevoltantes élucubrations de The Chap retrouvent un éclat… éclatant au contact de Daft Punk ou de Feist tendance My Moon My Man revu par Boys Noize, quand ce n’est le krautrock des très hype Zombie Zombie se vautrant dans l’italo disco. Pour chicaner, on ergotera bien sur Tiga en version Tigersushi, en panne de finesse, c’était sans compter sur l’impeccable ravalement Y2K du génial Camino Del Sol des mythiques Antena. Les clubbers sont déjà convaincus, vous non ?

 

Un disque : JoakimMy Best Remixes (Tigersushi)


always to late - Annie

pokket piano - DJ Mehdi

camino del sol - Antena

The Phantom Band – Checkmate Savage

thephantomband-checkmatesavageNouveau venu de la scène de Glasgow, le groupe The Phantom Band, signé sur le label d’Emma Pollock, est bien parti pour trouer les nuages plombant la ville des Celtics et des Rangers, et l’écho de leur pop – très indie dans l’âme – résonne déjà de l’humeur de festivals comme l’excellent (et gratuit) Rock Herk. Capables de très bonnes chansons dans l’esprit du Beta Band (The Howling), le sextet au chardon estompe les traces de rock gothique dans des claviers vintage seventies (Folk Song Oblivion), le tout surplombé d’une voix aux relents de tabac encore tiède. Parfois, les tempi se veulent plus krautrock, à l’image de l’instrumental Crocodile (et sa batterie stereolabienne) alors que quelques titres plus radiophoniques (Left Hand Wave) assurent déjà une place de choix dans le cœur des amateurs de rock tendre sans excès de testostérone.

 

Un disque : The Phantom BandCheckmate Savage (Chemikal Underground)


The Howling - The Phantom Band

Folk Song Oblivion - The Phantom Band

15/03/2009

Daisuke Miyatani, minimaliste techno

daisukemiyataniEn d’autres temps moins pacifiques, l’axe germano-japonais n’évoquait ni la poésie sonore (à moins d’adorer les bruits de bottes et la musique oï), ni la liberté de créer (à moins de s’appeler Leni Riefenstahl). Bien loin de ces horreurs que certains osent encore aujourd’hui minimiser, voire nier – il est vrai que plus c’est gros, plus ça passe – le producteur nippon Daisuke Miyatani ose le minimalisme techno de l’immense alva noto, qu’il confronte à la poésie glacée de Marsen Jules et à la noirceur forestière de GAS. Rien de moins.

Adieu poète, so long rocker

J’ai fait la saison dans cette boîte crânienne

Tes pensées, je les faisais miennes

T’accaparer, seulement, t’accaparer

 

 

11:52 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : video, alain bashung |  Facebook |

14/03/2009

Tujiko Noriko / Lawrence English / John Chantler – U

tujikoenglishchantler-uPassionnante dans sa forte identité, l’œuvre de Tujiko Noriko intrigue depuis ses débuts. Véritables révélations, Shojo Toshi et Hard Ni Sasete, ses deux opus hébergés sur le label Mego (avant sa mue noise radicale en Editions Mego) touchaient de leur grâce élégiaque, perchée sur quelques éléments électroniques d’une fragilité entre douleur et sérénité. Moins convaincante dans son travail pour Tomlab, l’artiste japonaise signait un retour magistral en 2006, le bien nommé Solo confirmant le particularisme unique de son univers tactile et polisson. Habituée des collaborations, la demoiselle d’Osaka a déjà collaboré avec l’Australien Lawrence English, patron de Room40 et auteur du ma-gni-fi-que disque ambient Kiri No Oto sur Touch, c’était en 2005 pour la réalisation en demi-teinte Blurred In My Mirror.

Aujourd’hui complété  d’un autre homme de Brisbane, le guitariste John Chantler, le duo Tujiko – English confirme son sens de l’utopie electronica aux traits oniriques. Plus ue jamais cristalline et superbe de délicatesse, la voix de Tujiko (son nom de famille, pour rappel) étire ses filaments de soie sur des structures micro-mélodiques dont le fil ténu ne fait que prendre de l’ampleur au fil des écoutes. Grâce au travail d’orfèvre de ses deux complices masculins, maîtres es ambiances electro-feutrées, la tentation esthétisante du trio ne vire jamais à la joliesse zen, préférant œuvrer sur des textures dont l’enchevêtrement complexe confirme un sens de la musicalité garant de nombreuses heures de rêveries électroniques.

 

Un disque : Tujiko Noriko / Lawrence English / John Chantler U (Room40)


12OClock on the Highway - Tujiko Noriko Lawrence English John Chantler

Make Me Your Private Party - Tujiko Noriko Lawrence English John Chantler

13/03/2009

Takeo Toyama reprend ses Etudes

TakeoToyama-EtudesAvant tout "connu" et apprécié pour son album Hello 88, paru en 2001 sur le label allemand Karaoke Kalk, le musicien japonais Takeo Toyama n’a guère d’équivalent en matière de tonalité néo-classique fondue de jazz de bonne humeur. Bien sûr, son approche ludique et sensorielle évoque l’écho d’un certain Pascal Comelade, grand pourfendeur de culture nipponne, soit dit en passant. Tout en n’étant pas exempte d’un certain pastoralisme, on songe parfois aux Tableaux d’une Exposition de Moussorgsky sur le morceau Nancy, la verve ludique de l’homme d’Osaka est une très bonne raison d’approcher sur la réédition de ses Etudes. De (beaucoup) plus près.

 

Un disque : Takeo Toyama Etudes (Karaoke Kalk)

Baskaru, une certaine vision de l'éther

baskaruLongtemps – enfin, quelques années – foyer de musiques électroniques expérimentales uniquement disponibles sur le Net et en format CD-R, le label français Baskaru a franchi l’an dernier le Rubicon de la vraie distribution, format digipack et artwork digne de ce nom inclus dans le prix (modeste, 14 € sur le site, port compris). Témoin de cette révolution pour cette petite structure, le Grenoblois Gabriel Hernandez, dites GoGooo, ca fait mieux, indiquait la porte d’entrée baskarienne aux béotiens que nous étions, par la grâce élégiaque d’un disque (Long, Lointain) étiré dans sa prose electronica mais jamais complaisant dans sa vision de l’éther.

 

Epris d’atmosphères absorbantes sans se croire obligé de nous mener par la main comme des enfants qu’il faut trop surveiller, la maison Baskaru nous a déjà valu une autre sortie complètement recommandable, si ce n’est indispensable, c’était au printemps 2008, saison des amours électroniques. Produite par le compositeur japonais Yoshio Machida, cet Hypernatural #3 défibrillait la poésie répétitive de Philip Glass au travers de son spectre digital, ses tentatives mélodiques pleinement abouties dans leur discrétion rappelant la transfiguration fenneszienne, tout en étant porteuse d’une démarche spirituelle – well, sort of – merveilleusement illustrée par un chœur de nonnes bouddhistes en libératrices de nos souffrances existentielles.

 

Intéressante, mais moins fondamentale car trop marquée stylistiquement, la vision du Britannique Michael Santos ne se démarquait pas réellement des meilleurs représentants de sa fratrie, de Belong à Opitope en passant par Jefre Cantu-Ledesma et, bien sûr, l’incontournable Fennesz, sans qui la musique d’aujourd’hui ne serait pas tout à fait ce qu’elle est. Mauvaise langue, on se disait déjà que la mystérieuse structure hexagonale avait déjà mangé l’essentiel de son pain blanc et c’est avec une certaine circonspection qu’un gros paquet – trois disques d’un seul coup – ayant trouvé la boîte aux lettres de votre serviteur, fut déballé et scruté dans ses moindres recoins. On ne perdait rien pour entendre, évidemment.

 

A suivre

11/03/2009

Aidan Baker & Tim Hecker – Fantasma Parastasie

heckerbakerDepuis les absolument essentiels Radio Amor et Harmony In Ultraviolet, le nom de Tim Hecker fait partie du cercle restreint, presque intime, des incontournables de l’electronica contemporaine. Epiée à l’aune de la plus fine des exigences, chaque sortie du maître de Montréal est un événement et la présente collaboration avec son compatriote Aidan Baker ne fait pas exception à une règle que ferait bien se d’appliquer William Basinski, en petite forme ces derniers temps. Fascinante de poésie sonore, la mitoyenneté entre les deux artistes triture des sonorités guitaristiques – instrument de Baker au sein du duo doom ambient Nadja – en marge du shoegazing et de la dream pop, passées à la moulinette expérimentale de son comparse Hecker. Globalement penchée sur une abstraction musicale dont nous nous étions déjà réjouis chez Wzt Hearts ou Jefre Cantu-Ledesma, les sept mouvements du duo canadien bruissent aussi dans leurs structures micro-mélodiques, à l’image de la fascinante colère orageuse de l’inaugural Phantom On A Pedestal ou du méphistophélien Skeleton Dance. A contrario, et pour encore mieux illustrer la diversité stylistique de ce disque remarquable d’équilibre, le jeu de Baker picore de ses quelques la brume ambient de Hymn To The Idea Of Night, tandis que le souvenir du magnifique Benjamin Lew hante de ses harmonies limpides des Auditory Spirits. Sans même parler du sommet absolu de l’album (et du changement d’année), le formidablement onirique Dream Of The Nightmare, preuve ultime et essentielle que l’émotion la plus profonde est totalement soluble entre six cordes électriques et atmosphères digitalisées.

 

Un disque : Aidan Baker & Tim Hecker Fantasma Parastasie (Alien8 Recordings)