19/02/2009

Loren Connors et Jim O'Rourke

lorenconnorsjimorrourke-twonicecatholicboysCombinaison de deux monstres sacrés de la guitare moderne, électrique le cas présent, Two Nice Catholic Boys voit Jim O'Rourke et Loren Connors se donner la réplique, en un rapport de forces qui relève plus de la complicité intime que de la confrontation musclée. On se tait et on écoute, nom de jam.

Un disque : Loren Connors & Jim O’Rourke Two Nice Catholic Boys (Family Vineyard)

zeitkratzer & Terre Thaemlitz – electronics

zeitkratzerterrethaemlitz-electronicsMusicalement aux antipodes des atmosphères feutrées de zeitkratzer, le New Yorkais Terre Thaemlitz est le moins connu des trois noms à l’affiche, alors que sa musique est sans doute la plus ‘accessible’ du lot. Mélange explosif de rythmes tribaux qui ne sont pas sans rappeler le gospel, les percussions de Down Home Kami-Sakunobe s’intègrent difficilement dans le contexte d’un concert, l’Américain jouant une partie irrésistible (certes) qui rend superflue la présence de l’ensemble allemand. Quand il reprend les commandes seul, l’impression d’unité sonore s’en trouve d’ailleurs ragaillardie, notamment sur sloppy 42nds, où le free jazz et l’electronica jouent à saute-mouton avec des percussions obsédantes sans être mordantes. Les choses s’arrangent lors du second titre commun (Hobo Train) avec Thaemlitz au piano, mélange détonant de violon country, de percussions 4/4 et de jazz dégénéré, qui en dépit d’une unité de vues toute relative, séduit par son dynamisme mélodique et sa vigueur rythmique. Avant une conclusion ambient absolument magnifique, quelque part entre Kapital Band 1 et Svarte Greiner.

Un disque : zeitkratzer & Terre Thaemlitz electronics (zeitkratzer)

17/02/2009

Trentemøller – Live In Concert EP Roskilde Festival 2007

trentemoller-live2007Producteur archi-demandé, redoutable remixeur prisé de Röksopp à Moby en passant par Robyn – son Trentemøller Chronicles l’avait démontré voici une quinzaine de mois – le Danois Anders Trentemøller est forcément un incontournable du tout autant inévitable Roskilde Festival, l’équivalent danois de notre bon vieux Rock Werchter. Enregistrés lors de l’édition 2007 de l’événement, cris du public à l’appui, les quatre titres pris sur le vif de la performance montrent le DJ et producteur de Copenhague en pleine forme dansante, encore que la frime ne soit pas toujours loin. Manifestement d’humeur New Order, il débute son set en fanfare, la basse de Take Me Into Your Skin tournoyant comme en les plus beaux jours de Peter Hook dans le Madchester eighties. Son successeur Snowflake fait tout aussi bonne figure dans un genre plus abstract poptronica, c’est hélas sans compter sur le très putassier Into The Trees et ses gros beats à cent lieues de l’excellente minimale à laquelle l’homme de Copenhague nous a habitués. Le quatrième track en live – le délicat Miss You – n’apportera rien de plus à la gloire de son auteur. Pour faire bonne mesure, trois bonus complètent le disque, dont l’excellentissime Moan dans la version jazzy folk du songwriter danois Mikael Simpson sur laquelle se pose une voix white soul aussi envoûtante qu’elle est mystérieuse.

 

Un disque : Trentemøller Live In Concert EP Roskilde Festival 2007 (Poker Flat Recordings)

Snowflake - Trentemøller

Moan [Mikael Simpson Version] - Trentemøller

15/02/2009

Miwon – A To B

miwon-atobMembre actif d’une scène électronique berlinoise en perpétuelle ébullition, à l’image d’un Paul Kalkbrenner passé du stade de producteur à celui d’acteur dans le long-métrage Berlin Calling, Hendrik Kröz alias Miwon fait partie de ces figures de l’ombre du milieu, plus actif à lancer les batailles de laptop qu’à se soucier de sa gloriole personnelle. Une preuve ? Un premier opus solo, perdu dans les oubliettes, auquel succède cet A To B que nous ne sommes pas près de reléguer aux tréfonds de l’histoire, tant sa qualité musicale met au tapis la concurrence.

Pensé tel un hommage à Fleetwood Mac, repris sur la chanson-titre, l’album ne résiste pas à dévoiler ses charmes secrets à la mesure d’un temps qui s’écoule à la vitesse d’un Shinkansen (le TGV japonais, dénomination du remarquable morceau en introduction), passant d’une mélodie électro-pop très germanique dans la tenue vocale, sobre et décalée, à une veine dancefloor minimale très Cologne-style (Matchbox, magique et sensuel). Remplies de trouvailles qui relèvent bien davantage de l’inspiration réfléchie que du gimmick facile, les dix pépites de ce disque idéal à maints égards étonnent jour après jour, chaque passage dans le lecteur dévoilant une trouvaille cachée dans les beats le lundi, une jonglerie guitaristique épousant un synthé analogique le mardi, sans même vous parler du reste de la semaine. Et c’est là qu’on regrette qu’elle ne dure que sept jours.

 

Un disque : Miwon A To B (City Centre Offices)

 


Matchbox - Miwon

More Guitar on the Monitor, Please - Miwon

Another Term For - Miwon

13/02/2009

zeitkratzer & Carsten Nicolai – electronics

zeitkratzercarstennicolai-electronicsDécidément incontournable ces derniers temps, Carsten Nicolai – aka alva noto – ne pouvait décemment manquer un travail commun avec son compatriote Reinhold Friedl. Déjà auteur en 2008 de l’incontournable Unitxt – album de l’année de votre serviteur – le patron de Raster-Noton pose une patte reconnaissable entre mille sur le second disque. A l’inverse des deux autres parties où le rôle de l’ensemble zeitkratzer est davantage prégnant, les musiciens gardent un profil bas sur les quatre tracks. Ainsi, il n’y a guère que  le minimalisme pianistique sombre – deux seules notes – de Friedl pour accompagner les structures électroniques ravagées de Nicolai sur le magnifique Synchron Bitwave, alors que l’orchestre dépose carrément les armes sur 5 min, où il ne manque plus que la voix d’Anne-James Chaton. Enchaînés en un total de vingt-sept minutes, les conclusifs c1 et c2 montrent également que la collaboration de ces deux fortes personnalités tourne parfois à l’affrontement, le bourdonnement nicolaïen écrasant les restes de notes instrumentales, hormis en les minutes finales où quelques notes de piano et des percussions étouffées nous font regretter la monotonie des instants précédents.

A suivre

 

Un disque : zeitkratzer & Carsten Nicolai electronics (zeitkratzer)

11/02/2009

Mary Halvorson, en trio

maryhalvorsontrio-dragonsheadActive actrice des musiques diverses, Mary Halvorson débroussaille les frontières de genre, passant du jazz du grand Anthony Braxton au free improv de la magnifique Jessica Pavone, sans oublier le duo punk People (troisième opus à l’horizon) qu’elle forme avec Kevin Shea. Pour son premier disque sous son propre blase, la guitariste new-yorkaise forme aux côtés de John Herbert (basse) et Ches Smith (percussions) un trio fondamentalement jazz expérimental qui n’enlève rien à sa vigueur rythmique ni à sa rareté stylistique.

 

Un disque : Mary Halvorson Trio – Dragon’s Head (Firehouse 12)

09/02/2009

DJ Olive trie la nuit

djolive-triageTroisième épisode de la série intitulée – non sans une certaine dose d’autodérision – Sleeping Pills (Somnifères), Triage du célèbre DJ Olive (la scène illbient, ça dit encore quelque chose en 2009 ?) n’est pas pour autant du genre soporifique mièvre, l’inverse en somme du décevant The North Sea. Au-delà du concept, forcément penché dans le bas versant du volume sonore, la spontanéité intense de ses sentiments d’apaisement abreuve les nuits comme il contemple nos jours.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : DJ Olive Triage (Room40)

Xela – In Bocca Al Lupo

xela-inboccaallupoLa pochette – un adepte de Devendra Banhart, figure christique s’il en est, au corps lacéré et sanguinolent guetté par les loups – le déclare sans fausse pudeur, les atmosphères du nouvel opus de Xela seront oppressantes, mortifères et angoissantes. Telle une bande-son pour documentaire noir d’une secte satanique norvégienne, la nouvelle production du boss de Type John Twells est terriblement impressionnante de noirceur poétique, tout entière au service d’un imaginaire dark ambient clairement au-dessus de la mêlée. Exceptionnel de créativité morbide, l’introductif Ut Nos Vivicaret craque de tout son être refroidi – comme si le turntablism de Giuseppe Ielasi était passé au filtre de Svarte Greiner –, tandis que des cloches lointaines rappellent sans doute l’enterrement furtif d’un loup-garou explosé sur une mine. Ecrit à l’origine pour une installation thématique sur la peur, In Bocca Al Lupo trouve autant un écho en le remarquable Requiem For A Young Poet de Bernd Alois Zimmermann que dans les œuvres les plus sombres de l’ambient contemporaine (Jefre Cantu-Ledesma, ce genre). Evitant merveilleusement l’écueil de la monotonie blafarde comme celui de la complaisance gothique, le musicien britannique revisite la chrétienté dans ce qu’elle a de moins lumineux – ô euphémisme – la palme de la fureur tombale revenant au conclusif Beatae Immortalitatis, aux sourdes percussions sur fond de cris enragés (think Prurient) enveloppées dans une électronique aussi hallucinée que conquérante.

 

Un disque : Xela In Bocca Al Lupo (Type Records)

 


Ut Nos Vivicaret - Xela

08/02/2009

Oren Ambarchi repaie de sa Persona

orenambarchi-personaSculpteur sonore de la trempe des Christian Fennesz et Peter Rehberg, l’Australien Oren Ambarchi s’était révélé au tournant du millénaire par la grâce de quelques albums aux ambiances inquiétantes, parfois suffocantes, bien senties. Edité à l’époque en vinyl et en 300 exemplaires, Persona avait été enregistré en un seul jour, il suivait de peu de jours le fameux Afternoon Tea (la collaboration Ambarchi – Fennesz – Rehberg – Rowe – Pimmon) et se situait dans la même veine que le toujours recherché Suspension. Neuf années plus tard, l’œuvre ressort en disque compact, avis à tous les trois cent et unièmes de la terre.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Oren Ambarchi Persona (Black Truffle)

07/02/2009

Les petits enfers de Marissa Nadler

marissanadler-littlehellsAdmirer la plastique de Marissa Nadler est une chance, écouter l’envoûtement de sa voix sombrement lumineuse un ravissement éternel. Magnifique d’un gothisme réverbéré qui remplit l’espace d’une salle de concert comme peu savent le faire (Larkin Grimm ou Alela Diane peut-être, Hope Sandoval sûrement), son organe vocal nous donne rendez-vous sur un quatrième album dont on peut simplement espérer qu’il rejoindra au pinacle le sublimissime Songs III: Bird on the Water.

 

Un disque : Marissa NadlerLittle Hells (Kemado Records)

Heart Paper Lover - Marissa Nadler

Rosary - Marissa Nadler

Little Hells - Marissa Nadler