23/01/2009

Soccer Committee & Machinefabriek – Drawn

soccercommitteemachinefabriek-drawnQuestion: Rutger  Zuyderveldt a-t-il trouvé la recette pour rester éveillé 24h sur 24, 7 jours sur 7 ? Au rythme actuel de ses productions, sur lequel la rubrique Love On The Bits est revenue le mois dernier, le doute est permis, tant le niveau de constance dans la qualité supérieure de sa démarche reste impressionnant. Associé à sa compatriote néerlandaise Mariska Baars, alias Soccer Committee (c’est loin d’être une première), Machinefabriek tisse des atmosphères d’une délicatesse incomparable à un tel niveau de connivence entre l’electronica dépouillée, la folk et l’acoustique contemporaine, magnifiée de la voix sublime de Baars, au phrasé élégant et qui ne force jamais la note (écoutez Di-o-day, vous nous en donnerez des nouvelles), à l’instar de Tara Jane O’Neil en ses meilleurs moments et ils sont nombreux. Inutile d’ajouter qu’un tel disque, long de ces vingt-quatre courtes minutes, ne voit son intérêt croître qu’au fil des écoutes, que nous vous souhaitons nombreuses.

 

Un mp3 : Soccer Committee & Machinefabriek Cristopher (for Suzanne) 

Un disque : Soccer Committee & Machinefabriek Drawn (Morc Records)

22/01/2009

Richard Pinhas vs Merzbow, décollage immédiat

richardpinhasmerzbow-keiolinePour inattendue qu’elle fut, la collaboration entre Merzbow et Richard Pinhas vaut son pesant de trips atmosphériques en hélicoptère. Mais pourquoi l’engin volant préféré de Bebel dans Le Professionnel, me direz-vous ? Car les effets de pales de rotor donnent un cachet tout particulier au son du travail commun du duo franco-japonais, parmi des surprenantes trouvailles sonores loin de la folie furieuse habituelle de Masami Akita lorsqu’il laisse courir les déluges de décibels bruitistes le long de sa guitare solo.

 

Un disque : Richard Pinhas & Merzbow Keio Line (Cuneiform Records)

Robin Guthrie – 3:19 Bande Originale du Film

robinguthrie-319Héros de tout qui a connu les Cocteau Twins (il en était le guitariste), Robin Guthrie ne se départit jamais sur cette bande originale des lenteurs vaporeuses qui caractérisent sa musique depuis les albums des eighties jusqu’à aujourd’hui. A chaque instant des trente-six minutes, la voix de Liz Frazer guette, sans jamais apparaître, laissant toute la place aux compositions très mélancoliques, voire immensément tristes, du musicien anglais. Décor sonore d’un film mexicain dont le titre évoque le passage de la Bible qui nous rappelle notre état de poussière qui retournera bientôt à son état originel, les dix compositions n’inviteront pas les blasphémateurs des jumeaux Cocteau à réviser leur jugement dernier, tout comme elles confirmeront les disciples du duo de ne pas se muer en Judas.

 

Un disque : Robin Guthrie 3:19 Bande Originale du Film (Rocket Girl / Optical Sound)


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20/01/2009

Peter Rehberg – Work For GV 2004-2008

peterrehberg-workforgvPatron du label Editions Mego, duettiste aux côtés de Stephen O’Malley dans KTL, collaborateur d’une frange radicale de l’electronica (Kevin Drumm, Marcus Schmickler, Z’EV, on en passe), Peter Rehberg (alias Pita) travaille également aux côtés de la chorégraphe (et marionnettiste) française Gisèle Vienne depuis 2001. Par le passé, leur interaction nous a déjà valu les incroyables Kindertotenlieder, dont la suite discographique s’est révélée d’une fertilité fascinante (trois albums de KTL, un quatrième est sorti voici peu). La présente compilation se concentre sur trois autres travaux du Londonien pour la Parisienne, pour I Apologize, Une Belle Enfant Blonde et Jerk, soit autant d’occasions de révéler l’étonnante polymorphie de la musique rehbergienne.

La moitié des huit titres concerne le premier spectacle, produit en 2004. Au sein d’un même titre (ML6), on y trouve Rehberg en spoken word artist déviant progressivement vers le bruitisme incandescent de KTL. D’autres compositions du maître évoquent une inquiétante plongée dans la face obscure de l’univers, peuplé de monstres abrités derrière des pulsations organiques, dont l’évolution vers une furie indus débouche – étonnamment – sur un rappel évident du The Ghost Sonata de Tuxedomoon, sans compter l’exceptionnellement obsédant Boxes & Angels, dont l’écoute au casque peut rendre fou jusqu’à la mort. Inutile de dire qu’on se sent parfois mal à l’aise et c’est ce qui donne tout son piment à un disque à ne pas mettre entre toutes les oreilles juvéniles, tant les thèmes abordés (la violence domestique pour I Apologize, les meurtres en série pour Jerk) explorent les viscères d’une humanité pas toujours agréable à fréquenter.

 

Un disque : Peter Rehberg – Work For GV 2004-2008 (Editions Mego)

 


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The Runs, piss, shit and much more

theruns-pissandshitLes titres des morceaux de The Runs (Constipated, Piss And Shit, My Job Sucks) sonneront, peut-être, aux oreilles puristo-puritaines comme une vaste rigolade juste bonne à balancer sa bière à la tronche de John Stargasm. Tant pis pour eux et toute la clique des losers du mauvais goût tendance section CdH de Morlanwelz, l’énergie punkoïde du combo canadien se mêle d’une morgue mélodique décadente qui fait du bien à tous les tympans usés par trente années de fréquentation post-Hüsker Dü. Dead or alive ? It’s up to you, dude.

 

En écoute sur Juno

Un 7’’ : The Runs Piss And Shit (Criminal IQ)

21:21 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, punk, preview, the runs, criminal iq |  Facebook |

18/01/2009

Annelies Monseré – Somewhere Someone

anneliesmonsere-somewheresomeoneL’heure étant plus que jamais à ces pseudo-artistes imitatrices de Dusty Springfield et Amy Winehouse, il est réconfortant d’entendre de vraies personnalités – discrètes comme elles sont attachantes – tracer leur sillon, en toute lenteur, en pleine humilité. Auteur en 2005 d’un premier disque dont le temps n’a fait que confirmer la juste place aux côtés de Jessica Bailiff, la Gantoise Annelies Monseré nous fait patienter, et de quelle manière sur cet EP qui confirme sa patte sombre et vaporeuse, inquiète et éthérée. Musicalement, le dépouillement dont fait preuve la compagne de Wim Lecluyse (responsable du label Morc) renforce la dynamique immobiliste de ses six nouveaux titres, d’une forte personnalité alanguie qui donne paradoxalement envie de s’allonger dans les bras de l’enfer, histoire de mieux capter un monde entre sérénité coupable et malaise réconfortant.

 

Un mp3 : Annelies Monseré – Golden

Un disque : Annelies Monseré Somewhere Someone (Morc Records)


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17/01/2009

Max Ochs, entre raga et blues

MaxOchs-HoorayEn quelque quarante années de vie musicale, les traces laissées par le guitariste américain Max Ochs relèvent plus du jeu de pistes lacunaire que de la longue ligne droite. Une présence sur la compilation de John Fahey Contemporary Guitar Spring 67, deux versions de Imaginational Anthem trente-sept années plus tard en 2004 sur la compilation éponyme et – ô joir, ô miracle – un vrai album avec de vraies compositions rien que du musicien du Maryland, par ailleurs cousin de feu le protest singer Phil Ochs. Toujours adepte des ragas (le morceau-titre), le bluesman US prouve qu’à soixante balais passés, sa science de la six cordes est restée intacte. Entrecoupé de poèmes récités – sans la moindre note de musique – d’une voix profonde qui rappelle Johnny Cash, son disque émeut autant qu’il se souvient de Robbie Basho et Mississipi John Hurt. Hip hip hip Hooray !

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Max Ochs Hooray For Another Day (Tompkins Square)

Fussel – Planet Egmond

fussel_planet_egmondIl est à mourir d’un rire débile et franc du jarret, l’univers électro-pop d’une terrible espièglerie franco-berlinoise (think Stereo Total meets Hypo & EDH) du duo allemand Fussel. Drôle, à se tordre par terre par moments, la musique ludique des deux comparses Rupert et Droet mélange des délirantes interventions pseudo-radiophoniques à des beats enfantins parfaitement calibrés au format de l’album, délire psycho-cosmique pour crèches où les bambins se seraient mués en adultes gagatisants ET consentants. Joués sur des rythmes aux limites de l’épilepsie parfois, à la course cadencée toujours, cette première sortie d’un nouvel label (la maison Zoikmusic de Hambourg) nous rappelle, le plus souvent avec conviction, que les mélodies dadaïstes de Felix Kubin et Echokrank font toujours mouche quand on hésite entre sarcasmes pop et folies robotiques, et que les bons titres – dans le genre, ceux identifiables dès la seconde écoute – ne sont pas avares de clins d’œil aux dix années d’existence de Gagarin Records, autre label hambourgeois et ce n’est pas un hasard. Vingt-deux titres (!) au menu plus tard, un super moment de détente passé, reste le souriant souvenir d’une ballade dans l’espace – en gros, le pitch du disque – où les aliens ont plus des airs de Mike Myers que de R2-D2.

 

Un disque : Fussel Planet Egmond (Zoikmusic)


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Murcof – The Versailles Sessions

Murcof – The Versailles SessionsElle n’est plus à faire, la réputation de Fernando Corona, les organisateurs des Grandes Eaux Nocturnes l’ont bien compris. Invité dans le cadre de l’édition 2007 de ce festival sons et lumières autour des pièces d’eau du château de Versailles, le génial Murcof s’est inspiré des musiques baroques jouées du temps de la splendeur des lieux voulus par Louis XIV, ses six compositions électroniques s’inspirant d’enregistrements de musique baroque jouée sur instruments itou (clavecin, viole de gambe, violon, flûte…). A peine moins captivantes que les atmosphères spatiales de son magique album Cosmos, les six œuvres du musicien mexicain forment un pont absolument sensationnel entre quatre siècles que tout semble séparer et qui n’ont jamais paru si proches. Telle l’ouverture Welcome To Versailles, d’une renversante beauté qu’on souhaiterait sans fin, le nouvel opus de Corona témoigne d’une maîtrise supérieure de son environnement. Au lieu de se laisser aller à une contemplation majestueuse des lieux, ce que la facilité aurait recommandé, l’homme de Tijuana (et résidant barcelonais) met le doigt sur les contradictions de son décorum, explorant les tourments de ses habitants, jusqu’aux plus célèbres (Louis XIV’s Demons). Quand une mezzo-soprano intervient, son lyrisme enchante d’une beauté vocale surréelle, hors de toute joliesse décorative (A Lesson For The Future, Farewell To The Old Ways), avant qu’un choc intercosmique entre clavecin et laptop inquiète autant qu’il séduit de son obscurité fertile (Spring In The Artificial Gardens). La conclusion – la célèbre Turquerie de Jean-Baptiste Lully mise en regard d’une discrète pulsation contemporaine – confirme l’opportunité absolue d’un projet mené de main de maître.

 

Un mp3 : Murcof Louis XIV’s Demons

Un disque : Murcof The Versailles Sessions (The Leaf Label)


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12/01/2009

Susanna – Flower of Evil

rcd-2080---susanna_-flower-of-evilOrpheline de son Magical Orchestra (aka Morten Qvenild, son claviériste), Susanna Karolina Wallumrød aka Susanna avait produit l’an dernier un premier effort solo très recommandable, suivi en cette fin d’année d’un disque de reprises (à deux exceptions près). De son timbre diaphane à l’arythmie caractéristique, la Norvégienne fait complètement sienne les compositions de ses prédécesseurs discographiques, qu’ils soient dans la veine americana d’un Bonnie ‘Prince’ Billy (présent au micro sur le splendide Jailbreak de Phil Lynott, ainsi que sur le tube Without You, repris maintes fois de Harry Nilsson à Mariah Carey), le sillon folk d’une Sandy Denny (Who Knows Where The Time Goes, très différente de la version des Fairport Convention) ou la sphère rock d’un Lou Reed (la face neuroleptique de son Vicious). On pourra également lui reprocher de tout interpréter de la même manière, c’est tantôt surprenant (amusez-vous à identifier le hit planétaire Lay All Your Love On Me d’Abba !), tantôt agaçant d’affectation (Dance On de Prince), tantôt magnifique (Janitor of Lunacy de Nico, répertoire qui lui sied bien mieux). Cat Power et son The Covers Record peuvent dormir tranquille.

 

Un disque : Susanna Flower of Evil (Rune Grammofon)