26/11/2008

Smile Down Upon Us – s/t

Smile Down Upon UsLes auspices de Jessica Bailiff et Annelies Monseré – ne biffer aucune de deux mentions très utiles – inaugurent en toute sobriété l’œuvre folk contemporaine du projet anglo-japonais Smile Down Upon Us, enfant de MySpace et de la collaboration de la Nipponne moomLooo (chant) et des Britanniques David Sheppard / Keiron Phelan. Abritées dans le sillage de Piana, notamment sur la magnifique ouverture Girl Of A Skin Coloured Blanket No 2, les chansons du trio s’envolent subrepticement entre la Philadelphie de Meg Baird et la Suède de Taxi Taxi. Très joliment ornées ici d’arpèges de mandoline et d’accords de guitare, là de pizzicati de violon et de coups de glockenspiel, les morceaux impressionnent par leur science des arrangements et leur tendance à la coupe claire. Surtout, c’est l’intense travail de composition mélodique, admirable d’invention folk, qui retient l’attention. Portée par cette mystérieuse voix, tantôt en japonais, tantôt en anglais, le monde onirique des SDUS renvoie l’écho de Miyazaki et s’engouffre en toute fronde dans la moellesse vénéneuse de Juana Molina, plus que jamais en très bonne compagnie sur ce premier opus complètement prenant.

 

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Un disque : Smile Down Upon Uss/t (Static Caravan)

25/11/2008

Yellow Swans, for ever

yellowswans-deteriorationDésormais officiellement dissous au bout de sept années de folies sonores sans limites, les uniques Yellow Swans n’en ont heureusement pas terminé avec leur discographie, et c’est un délice de l’écrire du bout son clavier. Nouvelle étape officielle de Pete Swanson et Gabriel Saloman – une version en cassette était déjà sortie en 2007 – Deterioration voit le duo de Portland meilleur que jamais, ses éternels drones mâchouillant des restes de mélodies surgies d’un day after apocalyptique. En attendant le vrai disque d’adieu, prévu l’an prochain, snif…

 

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Un mp3 : Yellow Swans Broken Eraser/Time Stretch (Extrait)

Un disque : Yellow Swans Deterioration (Modern Radio)

DJ Distance répercute

distance-repercussionsLe recul le démontre à satiété, Demons, premier album de Distance (aka DJ Distance), est un grand disque de dubstep. Toujours client de la même crèmerie Planet Mu, Greg Sanders met les bouchées doubles en 2008, multipliant les live et DJ-sets, tout en trouvant l’inspiration d’un second effort, double lui aussi. Dancing in the dark, kinda.

 

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Un disque : Distance Repercussions (Planet Mu)

24/11/2008

Myra Davies – Cities And Girls

myradavies-citiesandgirlsEn cette année électorale américaine où une illuminée défend(ait) becs et ongles l’interdiction de l’avortement, même en cas de viol (on ne vous en voudra pas de gerber sur votre écran de PC), une simple chanson peut suffire à faire des miracles d’émotion politique. Sous des dehors très early sixties girlie pop, My Friend Sherry de l’artiste spoken word Myra Davies défend d’une rage tout en retenue les affres de notre époque soi-disant moderne. Fille en cloque qu’on laisse crever dans un avortement clandestin, l’histoire terriblement d’actualité (hélas) de la Sherry du titre nous fait dire que les cinglés ne sont pas près de dégager le plancher. Comme sur la majorité des autres morceaux, la musique de l’essentielle Gudrun Gut tient le haut du pavé, accompagnant en toute humilité les textes parlés de la poétesse canadienne, sur des thèmes aussi variés qu’une vision impressionniste de Berlin (Rain) ou la visite des femmes qataries voilées jusqu’aux yeux au centre commercial local (Qatar). Pour notre part, nous avons particulièrement goûté la dégustation d’un café au Vietnam (Hanoi, titre génial sur une musique de Beate Bartel (la première bassiste des Einstürzende Neubauten), accompagné d’un dan bau, instrument vietnamien traditionnel) ou la description de la ville de Calgary à la fin du 19è siècle (Calgary). Entre autres atmosphères (très) délectables.

 

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Un disque : Myra Davies Cities And Girls (Moabit Musik)

23/11/2008

Howie & The Hotknives, oh yeah!

howiehotknives-shutupFuck Or Fight, Shut Up & Dance, Drinking For Free ou Young Fun, les titres des Howie & The Hotknives, combo punk de Portland, balancent un second degré énergétique ET bordélique des plus réjouissants.  D’une humeur poilante à se noyer dans sa Budweiser, leurs pop songs éclatées donnent des fichtres envies de coups de genou dans les burnes trop nettes de ces lopettes de BB Brunes. Oh yeah !

 

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Un 7’’ : Howie & The HotknivesShut Up & Dance (Felony Fidelity)

Machinefabriek – Dauw

Machinefabriek – DauwLe meilleur de Machinefabriek, c’est cette pure merveille qu’est l’EP Dauw, paru sur le label allemand Dekorder. Entièrement construit sur quelques notes de guitare acoustique ou de piano entremêlées à des samples de disques noirs (ce qui nous ramène à un autre EP essentiel, le Stunt de Giuseppe Ielasi), le disque subit, en toute apothéose, les craquements originels de sa matière première vynilique. Tout en dépossédant les oripeaux traditionnels du folktronica ou de l’ambient, Roger Zuyderveldt ne néglige aucun détail sonore, tous d’une beauté follement saisissante de justesse harmonique. Enorme, tout simplement énorme.

 

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Un mp3 : Machinefabriek Fonograaf

Un disque : Machinefabriek Dauw (Dekorder)

Tokyo Sonata, la B.O. avant le film

Kazumasa Hashimoto - Tokyo SonataGrand spécialiste d’un cinéma d’horreur japonais où le pire côtoie le meilleur, notamment dans ses propres œuvres, Kiyoshi Kurosawa présentait en mai dernier son ultime opus Tokyo Sonata dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes. Très bien accueilli, le film décline un thème pourtant guère original – un père licencié cache à sa famille son inactivité forcée en partant le matin comme de si de rien n’était, ça rappelle, et pas qu’un peu, le bouleversant L’Emploi du Temps de Laurent Cantet. D’une grande attractivité néo-classique, à peine augmentée d'electronica, au son gorgé d’un passé nourri de mellotron, la bande originale signée Kazumasa Hashimoto baigne dans un mélancolisme surrané décoré de feuilles mortes fraîchement tombées d’un arbre centenaire. Planté depuis tellement longtemps dans le paysage qu’on n’y prête plus guère d’attention.

 

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Un disque : Kazumasa Hashimoto Tokyo Sonata (Noble)

22/11/2008

John R. Carlson – In November

johnrcarlson_innovemberNouvelle venue sur la scène discographique, la maison Parvoart nous avait indiqué sur la première sortie (le splendide Ecclesia Semper Reformanda du label manager Duncan O Ceallaigh) le chemin d’une musique ambient de la plus haute tenue electronica. Dès le second numéro, les ordinateurs sont rangés au placard et font la place nette au piano de John R. Carlson, un danseur de ballet devenu musicien résidant à Wismar dans l’est de l’Allemagne. Compositeur très prolifique (plus de soixante-dix productions en une quinzaine d’années), le musicien d’origine américaine a enregistré les cinq pièces de ce minidisque trois pouces (marque de fabrique Parvoart) sans qu’elles soient éditées ou overdubbées et leur musicalité, bien que quelque peu surannée, témoigne d’un sens généreux de la mélodie romantique, au sens le plus noble du terme. Contrairement au néo-classicisme presque gâteux d’un Dustin O’Halloran, les compositions de Carlson bercent leurs arpèges dans une sphère contemporaine (bien que tonale) qui doit autant à Yann Tiersen qu’à Max Richter, tout en n’atteignant pas le miraculeux dépouillement de Sylvain Chauveau sur Un Autre Décembre.

 

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Un disque : John R. Carlson In November (Parvoart)

21/11/2008

Buraka Som Sistema, incandescents

BURAKA SOM SISTEMA - Black DiamondEngourdi par le froid naissant, enrhumé des guibolles ? Pas de lézard, ou plutôt si, et bien multicolore. Ces déclinés de teintes flashy nous viennent des ghettos de Luanda, Angola, capitale mondiale du kuduro, mix incandescent de musiques d’Afrique australe et de techno européenne, repris à son compte par le combo portugais Buraka Som Sistema. Qui lui ajoute une bonne dose de grime, de dubstep et de hip hop, le tout emballé dans une transe énervée qui transporte de l’autre côté de l’Atlantique, où s’est planté cet autre grand pays lusitanophone qu’est le Brésil et ses favelas à la dangerosité énergivore. Première vrai album du label Fabric par ailleurs, après une quarantaine de mixes de tout haut niveau.

 

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Un disque : Buraka Som SistemaBlack Diamond (Fabric)

Broadcast 2000 – Building Blocks

broadcast2000-buildingblocksSous ses dehors très – trop ? – sages, Broadcast 2000 (rien à voir avec le duo électro pop Broadcast) est un sacré farceur, amateur sans doute de la Suite de jazz N° 1 de Chostakovitch, qui a tout d’une valse et rien du jazz et qui est une influence manifeste de l’introductif Run. De sa folk music solaire au parfum d’oasis (le lieu, pas le groupe), il élabore des mélodies pop d’une douceur joviale, tout en reprenant à son compte des danses traditionnelles que n’auraient pas reniées le grand Paul Simon himself. Profondément musicale et hédoniste, sans pour autant tomber dans le piège de la vulgarité ou du poujadisme, la démarche de Joe Steer mérite un respect conséquent qui n’attend plus que le premier album longue durée.

 

En concert au Beurs (Bruxelles) le 6 février

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Un EP : Broadcast 2000 Building Blocks (Grönland)