10/11/2008

Keiji Haino + Merzbow = Kikuri

Kikuri - Pulverized PurpleLa feuille de presse le dit, Pulverized Purple de Kikuri – l’incendiaire combinaison des papes japonais de la noise music Keiji Haino et Masami Akita (Merzbow) – est la prise sur le vif d’un concert donné le 21 mai 2007 au Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville (Canada). Dit de cette manière, ça peut faire penser à une bizarrerie bruitiste de plus, passée l’écoute de ses cinq morceaux de bravoure (dont les trente minutes du morceau titre), l’impression d’être le seul survivant de l’apocalypse domine, de tout sa rage décibellique. Seule au monde.

 

En écoute sur SquidCo

Un mp3 : Kikuri That Place From Which You Fell Was Lined With A Cushion Of Pain And Is No Proof Of Your Continuing Existence

Un disque : Kikuri Pulverized Purple (Victo Records)

Max Richter – 24 Postcards In Full Colour

maxrichter-24postcardsActeur essentiel de son époque, compositeur magnifique, Max Richter ne peut nous décevoir, son récent en est une nouvelle preuve. Pour chipoter, on ergotera bien sur quelques influences discutables, dont celles de Yann Tiersen sur le déchirant H in New England – difficile de ne pas verser une larme, elles sont toutefois d’un poids minime face à la cavalcade d’émotions fortes que nous procure son nouvel opus, uniquement disponible en vinyl ou en téléchargement. En homme de goût, le musicien écossais s’imprègne ici de l’incroyable écorchure de l’Américain Joshua Neil Geissler aka Worrytrain sur son album Fog Dance, My Moth Kingdom, là du pianisme souverain et élégiaque de Sylvain Chauveau, sans oublier l’incontournable poésie électronique d’un Tim Hecker sur Radio Amor. Quelques grincheux feront même le reproche à l’homme d’Edinburgh d’écrire une musique aux accents tonals et néo-classiques, nous les ignorerons de plus belle pour apprécier à leur juste valeur – très haute dans nos cœurs et nos esprits – ces vingt-quatre miniatures inspirées et inspirantes.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Max Richter 24 Postcards In Full Colour (Fat Cat)

08/11/2008

Il y a Wixel, le soleil et la lune

wixel-sunmoonC’est tout naturellement – le talent, ça ne s’achète pas sur eBay – que la figure de Wixel s’impose dans le grand monde de la musique européenne (celle de F.S. Blumm ou Fennesz), par-delà les frontières étriquées d’un royaume trop content (hum, hum) de croire que ses insignifiantes vedettes occupent un quelconque rang international. Déjà producteur du splendide premier opus de Yuko, le modeste Wim Maesschalk construit le second étage de son édifice très musical, quelque part entre une lune et un soleil vibrants de ses notes poptronica / folktronica. Phénoménales.

 

En écoute sur le site

Deux mp3 : Wixel Fatigas Del Querer

Wixel Outside Your Locked Heart

Un disque : Wixel The Sun And The Moon (Debonair Recordings)

07/11/2008

Sudden Infant – Psychotic Einzelkind

Sudden Infant - Psychotic EinzelkindPersonnage à part de la scène noise de ces vingt dernières années, le Suisse Joke Lanz n’en bien sûr pas à son coup d’essai sur cet enfant unique psychotique. Turbulent comme jamais, tout en ajoutant une grosse pincée de punk jazz au second degré tranchant, Lanz s’associe à son compatriote Christian Weber (basse, caisse claire) et au Greco-Anglais Bill Kouligas (électronique, percussions), pour un disque à mettre en toutes les oreilles des adorateurs de 16-17. Il débute par l’incroyable Somniphobia et sa ligne de basse entêtante confrontée à des percussions violentes dignes du meilleur de la scène norvégienne (ce n’est pas pour rien que Lasse Marhaug signe le remix de Tandoori Chicken Scooter III en fin de disque, occultant sa dynamique orageuse pour une défonce ambient aéroportuaire). Par moments, l’ombre du tentaculaire Kevin Drumm masque des atmosphères déjà entendues ailleurs, en mieux (chez Editions Mego), ce n’est que pour mieux transiter vers des furies rock bruitistes dignes des divers projets parallèles des membres de Sonic Youth (Thurston Moore est d’ailleurs au remix de Somniphobia). Les moments plus calmes – il y en a, on vous le jure – évoquent davantage l’abstraction faite art de Lawrence English à la rencontre de Supersilent, ce qui n’empêche pas le trio de nous balancer le tubesque – au sens underground du terme – Beautiful Tile et son enivrant gimmick de basse cold wave. Prends garde à toi, camarade.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Sudden Infant Psychotic Einzelkind (Blossoming Noise)

03/11/2008

Christophe Bailleau & Neal Williams – On Soft Mountains We Work Magic

bailleauwilliams-onsoftmountainsMusicien français exilé en terres wallonnes (il habite à Huy), Christophe Bailleau nous a donné à entendre par le passé des paysages sonores au pire intéressants, le plus souvent captivants de retenue fragile. En témoignent les visiteurs de son installation sonore L’Echappée Belle, en collaboration avec Julie Maréchal et Paradise Now et présentée au dernier festival CitySonics, l’électronicien hutois s’érige en disciple inspiré de ses contemporains Mitchell Akiyama et Christian Fennesz (cfr. le troisième morceau Eden), qu’il œuvre en solo ou en duo. Associé le cas présent au chanteur folk américain Neal Williams, illustre inconnu d’un bataillon il est vrai peuplé, Bailleau nous offre plusieurs pièces plutôt introspectives de son propre cru electronica, parmi lesquelles nous retiendrons le très subtil dialogue Emulette entre guitare et laptop, le tout ponctué de field recordings délicatement choisis. De son côté – le disque ressemble plus à une alternance de styles qu’à une réelle conversation – le songwriter américain nous propose une sub-li-me mélodie, hélas trop brève, que Simon & Garfunkel eux-mêmes n’auraient pas reniée (Future Plans), tout en connaissait les classiques d’Elliott Smith (le très triste et beau When Does It Start). Au final, si le contraste des genres n’atteint pas le degré de radicalité folktronica de Tangtype, les dix titres se laissent apprécier à leur juste valeur, perchée bien haut dans les sommets.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Christophe Bailleau & Neal Williams On Soft Mountains We Work Magic (Fenêtre Records)

02/11/2008

Keiji Haino et la vielle à roue, take III

Hainto21stCenturyArtiste protéiforme dont les variables stylistiques transcendent les genres dans leur multitude, Keiji Haino poursuit ses explorations de la roue à vielle (électrifiée), entre drones zarbi et noise fêlé, chacun unique en leur genre. Nouvelle production du musicien japonais, la troisième sous la bannière de 21st Century Hard-y Guide-y Man, Koitsukara Usetaitameno Hakarigoto s’annonce déjà comme une avancée majeure dans l’abondante discographie d’un artiste au-dessus de tout soupçon.

 

En écoute sur SquidCo

Un disque : Keiji Haino Koitsukara Usetaitameno Hakarigoto (P.S.F. Records)

Bill Cole Untempered Ensemble

BillCole-ProverbSamRedoutable joueur d’instruments à anche double, Bill Cole s’attaque (une fois de plus) sur Proverbs For Sam - hommage au saxophoniste alto Sam Furnace, mort d’un cancer en 2004 - à divers instruments peu usités en jazz, de la suona chinoise au shehnai indien sans oublier la flûte du Ghana. C’est peu dire que la conjonction de son dynamisme sonore et du groupe de percussions qui l’accompagnent est prenant, carrément excitant même. Empreinte d’une touche funk moderne complètement intégrée dans l’héritage africain de ses notes plus rouges vives que bleues, sa musicalité – prise sur le vif de deux concerts en 2001 – dégage des prodiges de sensualité rythmique à se fracasser la tronche d’enthousiasme. Cheer me up, baby.

 

En écoute sur SquidCo

Un disque : Bill Cole Untempered Ensemble Proverbs For Sam (Boxholder Records)

01/11/2008

TaughtMe – Lady

taughtme-ladyEn dépit de finances précaires – le lot de tous les petits labels – dont il ne fait guère mystère, le label luxembourgeois Own Records maintient le cap de l’exigence accessible, dont nous sommes redevables des excellents Gregor Samsa (un des disques de l’année), Worrytrain, et Khale. Poursuivant sa quête de l’indie pop made in the US, la maison d’Esch-sur-Alzette a une fois de plus le chic de nous dénicher un de ces groupes qui a tout compris de l’héritage introspectif de Talk Talk, tout en le confrontant à un univers bricolé à la maison dont surgissent quelques pépites pop bien senties (Invocation, Dearest, I Told Ya So). Frappante aussi est la voix de Blake Henderson, seul aux commandes du projet, dont le falsetto rapprocherait David Sylvian des déjà cités Khale, ou serait-ce l’héritage précieux de tous ces artisans isolés (Lost On Purpose, Katamine) dont le pain nourricier fait chaque jour un peu plus notre bonheur, encore que leur mélancolie revendiquée ne coïncide pas exactement avec le léger trouble mental de leurs auteurs. Ca ne les rend que plus fréquentables.

 

En écoute sur MySpace

Un mp3 : TaughtMe Strangeness

Un disque : TaughtMe Lady (Own Records)

Old Spendifolia, new folk

Old Splendifolia – Swaying Boldly AfarQuelque part du côté de Nevada City, la séduction de Joanna Newsom n’avait plus aucun secret pour toi, l’esthète. Revenu d’ouest en est, tu te décidais à franchir le Rhin, terre de contrastes musicaux, quand l’appel de l’ami F.S. Blumm t’attira dans ses filets nu folk, garnis de la troublante présence féminine d’une Jana Plewa. Le cœur ébahi, tu ne quittas plus son micro des yeux, subjugué et heureux que tu es, que tu restes.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Old Splendifolia Swaying Boldly Afar (Plop Records / Nature Bliss)

31/10/2008

Initials BM

barbaramorgenstern-bmPersonnage autant sympathique à la ville qu’elle peut être guillerette à la scène, Barbara Morgenstern tient une place de la plus haute estime dans le cœur de tous les germanophiles friands d’electro pop décomplexée. La mouture 2008 de la Berlinoise l’amène aux commandes d’un piano à queue Bechstein (exit les claviers de The Grass Is Always Greener), enluminé des arrangements de cordes de la violoncelliste Julia Kent (Antony And The Johnsons) et, ô cerise, de la voix suave du grand Robert Wyatt sur le duo Camouflage. Machst du auch mit ?

 

En écoute sur MySpace

Un mp3 : Barbara Morgenstern Come To Berlin

Un disque : Barbara Morgenstern BM (Monika Enterprise)