16/03/2011

Lorenzo Senni – Dunno

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Masterisé par Marcus Schmickler (et ce n’est nullement un hasard), Dunno est la première étape discographique de Lorenzo Senni, jeune (27 ans) producteur italien fondateur du label Presto!? – maison qui a déjà accueilli en son sein des noise heroes aussi prestigieux que Lasse Marhaug, Lawrence English ou Carl Michael Von Hausswolff.

Sans ambiguïté ni compromission, les dix pièces proposées par l’artiste milanais offrent un pendant actuel – et cependant daté – aux premières heures de l’officine autrichienne Mego, avant sa reconversion en Editions (en gros la période tournant du millénaire de la structure fondée par Peter Rehberg). Parmi tous les radicaux libres ayant eu droit de cité en la boutique viennoise, celui de Yasunao Tone & Hecker ou de Gert-Jan Prins.sont les plus évidents à l’écoute d’une majorité de titres (dont Glowsticking ou http://www.youtube.com/watch?v=epBgHEFbrlg&feature=re..., clickez le lien, il fonctionne !) Toutefois, au-delà de la réelle abstraction bruitiste manifestée par l’électronicien transalpin, d’autres atours pointent le bout de leur nez – à commencer par quelques clins d’œil discrets (mais réels) à des musiques cosmiques que le duo KTL aurait revisitées pour un ballet de Gisèle Vienne (Pumping Geometries, In High Places). Non que vous vous surprendrez à sautiller gaiement en prenant votre douche mais le plaisir coupable de se replonger dans les heures anciennes des musiques inspirées par Xenakis n’a guère de prix.

Un disque : Lorenzo SenniDunno (Presto!?)

13/03/2011

Angelicá Castelló – Bestario

angelicacastello-bestario.jpgAu-delà d’un douteux premier morceau, Bestario de la Mexicaine aus Wien Angelicá Castelló est à conseiller sans autres réserves. La suite sur le Grisli.

Un disque : Angelicá CastellóBestario (Mosz)

12/03/2011

Esben And The Witch – Violet Cries

Esben-and-the-Witch-Violet-Cries.jpg Un trio à Brighton, ça vous dit ? Non, petit fripounet, pas une aventure horizontale en triangle, ponctuée de cris stridents, juste la découverte d’Esben And The Witch (au nom inspiré par un conte de fées danois), trois jeunes gens du cru dont le premier effort vient de prendre (bonne) place dans la discothèque de votre serviteur. Tout avait démarré d’étrange façon, pourtant, quatre minutes durant. L’objet du – bref – délit ? Quelques arpèges de guitare façon Cure, ou même (euh) Indochine, plantés sur un drone doom débouchant sur des échos sonores à la Cocteau Twins vs Mono (et ça préjugeait déjà du meilleur à suivre). Inutile d’en faire des tonnes, la suite est d’un acabit totalement valorisant. Construisant des châteaux rêveurs dans une terre fertile – et gothique – habitée par Bat For Lashes, Midaircondo et Warpaint, les deux garçons et la fille de la South Coast refusent obstinément de s’emprisonner dans un genre rose bonbon à la mords-moi la rondelle. Même si certains détails vocaux de la demoiselle au micro dévoilent certains défauts, dont un haut du spectre qui s’étouffe rapidement, on demeure le plus souvent accrochés à leurs compositions, ancrées dans un romantisme sombre qui convoque les envols romantiques de Sol Seppy, voire les ressorts dramatiques de Shannon Wright. Ainsi que, c’est une évidence, la corbeau attitude des Sisters of Mercy, replacées dans un contexte épris de jeunes femmes au bord de la crise de nerfs.

Un disque : Esben And The WitchViolet Cries (Matador Records)


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10/03/2011

Cocosuma – Le Début

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En fait, de commencement, le duo parisien Cocosuma en est déjà à son cinquième épisode, le second où la douce Anglaise Amanda pose sa voix mutine sur des textes naïfs (sans être niais) et poppy pour les grands ados trentenaires et au-delà. Toutefois, si c’est bien le début pour la formulation francophone du titre, les chansons demeurent écrites en anglais, dans une veine electro pop eighties datée, bien que cajoleusement perverse. Toujours mélodique, inspiré par le disco – l’influence de Giorgio Moroder en mode I Feel Love crève les tympans sur The Jar – mais aussi par un post punk adouci du côté de chez Annie (la ligne de basse de Tickle Me Pink) l’univers bubblegum de Cocosuma frise cependant, par instants, un simplisme vite lassant (Happy Holidays). Heureusement, l’absence de prétention  et une très grande légèreté savonneuse font passer un moment agréable, à défaut d’être toujours pleinement savoureux.

Un disque : CocosumaLe Début (Third Side Records)

09/03/2011

Duffstep – Getting To Sirius

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Conjonction d’un style (le dubstep, au sens élargi du terme) et d’un nom (l’Anglais Jeremy Duffs), le simple nom de Duffstep pourrait très bien figurer au rang des incontournables du genre, aux côtés des extraordinaires Mount Kimbie et de leur incontournable Crooks & Lovers (en bonne place des les tops 2010). Pêcheur de galaxies post-Benga, défricheur d’ambiances où le mortifère transperce ses lézardes de rayons ultraviolets, le producteur anglais inspire, dès la première écoute, un sentiment d’abandon noctambule vivace et enveloppeur. Inspiré, puisant aussi bien dans la scène UK garage des années 2000 que dans les musiques électroniques dansantes des deux décennies précédentes, son premier opus balance une sacrée carte de visite sur le dancefloor. Même si les schtroumpfs grognons sursauteront face à tel ou tel gimmick trop voyant (un clin d’œil au disco par ci, une suavité lounge jazzy par là), ils resteront globalement scotchés devant le mariage fiévreux, voire improbable, des multiples composants du lieu. Telle une gageure citant Kode9 auprès d’un… Robert Wyatt baléarique, tout en n’ignorant pas FaltyDL et Ultravox, Duffstep ose et impose, quitte à chiffonner les bonnes consciences en mal de vécu sentimental.

Un disque : DuffstepGetting To Sirius (Join The Dots)

04 On & On by Duffstep

04/03/2011

Alpha 2.1 – Infinity

alpha21.jpgGrosse poilade du mois (et fous rires de consternation lors de la dernière réunion de la rédac’ de RifRaf), la scène belge francophone nous inflige deux énormes daubes pour le prix d’une en un seul mois. A ma gauche, Charles Blistin (ex-Tellers) se prend pour le Bob Dylan de 1962 alors que sa – comment dire – production donne l’effet d’un poivrot de La Louvière enregistré au fond de son garage après avoir avalé deux boîtes de Valium. A ma droite, les Bruxellois de Alpha 2.1 pondent un gros caca pseudo dance, il ferait passer Sold Out pour Ellen Allien. Lourdingue, ponctué de tics électro bourre-pif qui font définitivement regretter Vitalic ou Apparat, Infinity fait vraiment tordre de rire à son écoute, tellement le recyclage énauuuurme de ses influences (de la funk des eighties à la pop noisy des nineties) déchire les oreilles comme un avion de 11/09 fracasse une tour du World Trade Center. Bouh, même pas peur.

Un disque : Alpha 2.1Infinity (Autoproduction)

28/02/2011

Stranded Horse – Humbling Tides

TAL060P_STRANDEHORSE_HUMBLINGTIDES_72dpi.jpgIl a beau avoir évacué le Thee de son Stranded Horse, Yann Tambour continue de rédiger de son Encre précieuse des chansons d’une immense charge émotive, sans même parler de leur imparable musicalité. Toujours autant plongé dans une équidistance superbe entre folk music occidentale – Nick Drake et John Fahey ne sont jamais loin – et inspirations africaines transpirant de ses notes pincées, le musicien français trace un peu plus profondément un sillon entamé en 2006, année bénie qui avait accueilli son incontournable Churning Strides. Sauf que les années passant, l’instrumentation s’est enrichie, entre deux koras miniatures construites pour les voyages et perfectionnées au contact du grand Ballaké Sissoko et, ne les oublions pas, une guitare acoustique. Ajoutez- y un admirable clin d’œil spoken word au défunt projet Encre – dont on se rappelle quelques disques audacieux et un concert sur la corde raide en première partie de Feist à la Rotonde, ça date – et, aujourd’hui au moins autant qu’hier, la fréquentation humaine des ambivalences intercontinentales du cheval échoué vaut bien tous les secrets du monde.

Un disque : Stranded HorseHumbling Tides (Talitres)

25/02/2011

Jullian Angel – Kamikaze Planning Holidays

jullian angel, half asleep, les disques normal, folk, pop, singer songwriter, critiqueDécouverte, voire révélation de l’année 2007, époque où son second opus Life Was The Answer (including un splendide duo en compagnie de Half Asleep), Jullian Angel poursuit la trame de ses épopées folk en 2011 – guitare pendue en bandoulière et voix plaintive (sans jamais être exagérément gémissante ou pleurnicharde). Toujours à l’aise dans un registre sur l’os qui évoque sans fusse pudeur les (nombreuses) heures pensives de Nick Drake (mais aussi du Dominique A anno 2001), l’intimisme fébrile du songwriter lillois voit toutefois quelques instruments acoustiques rejoindre la séance de thérapie collective. Entre un mélodica, un glockenspiel ou un bandonéon (joués par le monsieur himself), notre Valérie Leclercq nationale (aka la demoiselle à demi endormie déjà mentionnée) pose une flûte discrète et sa troublante voix sur quatre morceaux (dont le joli duo A Choice). Profond, aux frontières du sérieux et de la fracture, le jeune homme du Nord parvient toutefois – l’occurrence est bienvenue – sur Saved By The Monster, quasiment guilleret et serein. Davantage inscrite dans un monde où les vicissitudes de l’existence impriment leur encre dans les hauts et les bas du quotidien, la suite pèche, certes, par un relatif manque de diversité – il est toutefois bon de se souvenir qu’on peut écouter les autres sans rester éternellement prostré dans les recoins abîmés d’une vie trop austère.

Un disque : Jullian Angel – Kamikaze Planning Holidays (Les Disques Normal)

The Strong by Jullian Angel

24/02/2011

Charles-Eric Charrier – Silver

Charles-Eric-Charrier-Silver.jpgArtiste prolifique, en son nom propre ou celui d’Oldman, en duo avec Rasim Biyikli sous l’appellation MAN, collaborateur très apprécié des hautes sphères d’une scène mondiale aux accords de jazz mêlant divers accents rock (Rob Mazurek, Mathias Delplanque, Jérôme Paressant), Charles-Eric Charrier décline en 2011 son véritable patronyme tout en demeurant ouvert aux propositions de ses acolytes. Aujourd’hui accompagné de Ronan Benoît et Cyril Secq (Astrïd), soit deux des participants à l’affiche du bouillonnant Silk-screened de Philippe Petit, l’artiste nantais abord un nouvel épisode sur l’excellent label américain Experimedia – hébergeur des excellents Néerlandais Piiptsjilling.

Baigné dans une tension sournoise, tapissant des ondulations arachnoïdes où le fil du post rock divague de percussions jazz en élans psychédéliques de guitare, Silver multiplie les entrelacs pré- (ou post-)convulsifs. Traitant la matière sonore en négligeant volontairement – et c’est loin de nous déplaire – toute ébauche de joliesse purement décorative, les trois complices jouent aux étirements temporels, quitte à provoquer la rupture de l’élastique lorsque les ressorts dramatiques ont été épuisés (notamment sur le second morceau 12 From). Ailleurs, toutefois, une splendide velléité rock démange toutes les sérénités pastorales, elle nous transpose cinq minutes durant en un monde où la vigueur et l’émotion cohabitent sans ombrages (6 I). N’oubliant ni de se réapproprier les héritages centrifuges du blues au-delà des multiples clichés – et c’est d’autant plus prégnant qu’il le confronte aux musiques indiennes (9 Moving), Charrier termine son périple, non en passant par la Lorraine, mais par les rues de New York, chargées d’une Electricity bienvenue. Hell yeah…

Un disque : Charles-Eric Charrier – Silver (Experimedia)

2.12 from by charlescharrier (Oldman)

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Bill Orcutt – A New Way To Pay Old Debts

BillOrcutt-ANewWay.jpegMembre des défunts Harry Pussy – soit dit en passant, un des nombres de groupes à jamais les plus démentiels – Bill Orcutt balance un énoooooooorme coup de sabot dans les burnes du blues, dévoyé à foison en quatorze séances déboulonnées du cortex. Sans doute un des plus beaux hommages – ‘scusez le terme faisandé – rendus à feu Captain Beefheart, A New Way To Pay Old Debts porte, par ailleurs, merveilleusement son titre. Tout en déconstruisant sans concessions les Appalaches, en un plaisir furibard qui transpire par tous les pores de l’album, le guitariste américain visité les tranchées de Charles Martin Simon aka Charlie Nothing – rappelez-vous, l’artiste qui créait ses dingulators à partir de carcasses de bagnoles recyclées. Au-delà du simple bordel aux antipodes d’un polissage creux et stérile, le bluesman punkoïde de San Francisco réussit la gageure de développer un langage personnel à partir d’un matériau tellement marqué stylistiquement. Pourtant, on n’imagine déjà les cris d’orfraie des puristes qui se touchent le kiki en se croyant dans le delta du Mississipi en 1932 (alors qu’ils se font royalement ch*** à Jodoigne en 2011). Pour notre, nous rendrons grâce aux démoniaques Editions Mego (oui, le label viennois spécialisé dans l’electronica bruitiste) de participer à la renaissance de cet immense disque, déjà paru en 2009 sur la maison Palilalia et augmenté de quatre inédits. Oh My God…

Un disque : Bill Orcutt – A New Way To Pay Old Debts (Palilalia / Editions Mego)