13/10/2008

Byetone – Death Of A Typographer

byetone-death-of-a-typographerCo-fondateur de Raster-Noton aux côtés de Carsten Nicolai et de Frank Bretschneider, Olaf Bender se hisse complètement à la hauteur de son collègue de chambrée électronique sous son pseudonyme de Byetone. Absolument géniale de bout en bout, à commencer par l’intrigante techno complètement desséchée du second titre Plastic Star (Session), également disponible au format 12’’ pour les puristes – ce premier effort du producteur de Chemnitz (et oui, lui aussi) depuis son Feld de 2003 répond à une double gageure, que seuls quelques – très – grands sont à même de relever. Tout en maintenant le cap stylistique de son label à un niveau d’exigence minimaliste aux frontières de la métaphysique, Bender transcende par sa classe visionnaire les limites étroites d’un genre qui en d’autres mains, aurait vite fait de tomber dans l’inhumanité dictatoriale. Rien de tout cela – ou si peu – chez Byetone, tant son art de fouiller les entrailles des machines nous dévoile les cadavres, sombres comme ils sont exquis, de plus de quarante années de musique électronique made in Deutschland. Métronomiques dans leur motorisme tentaculaire, les pulsations tantôt cardiologiques (Rocky (Soft)), tantôt martiales (Black Is Black, où les fans de Vomito Negro ou Front 242 sont cordialement invités) de Byetone subliment en toute immunité mortifère un univers glacé / glacial dont les tétons repeints en noir ont nourri l’incontournable Insights de la Francfortoise Miss Yetti, qui en exploite le côté plus tendu, voire guerrier. Légèrement moins à l’aise quand ses tracks l’amènent sur les chemins sinueux de l’ambient dub techno d’un certain Wolfgang Voigt (Capture This (Part II)), bien que cette ‘faiblesse’ soit toute relative (n’est-ce pas la Ed Banger connection ?), Bender redresse définitivement une barque guère en danger de chavirement sur deux tracks à couper le souffle (Grand Style, Heart). La dernière seconde franchie, le retour à la vie normale n’en est que plus fade et sans intérêt.

 

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Un disque : ByetoneDeath Of A Typographer (Raster-Noton)

12/10/2008

Gary War s'en va-t-en guerre

garywar-newraytheonportLe temps sans Ariel Pink vous semble long? Les récentes circonvolutions des Animal Collective vous laissent sur votre faim ? Les Passions de Fab ont la solution, dix comprimés effervescents dilués dans le psychédélisme lo-fi, remuez, et vous voilà téléporté dans la maison hantée de Gary War. Effets secondaires addictifs possibles, voire probables.

 

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Un disque : Gary WarNew Raytheonport (SHDWPLY Records)

11/10/2008

Mmm, Betty Botox

bettybotox-mmmbettyCompilation de trois disques douze pouces d’une décadence electro disco pop réjouissante de naïveté et de cynisme, les deux n’ayant rien d’incompatible, Mmm, Betty! de JD Twitch aka Betty Botox (ce nom, déjà) est déjà sur toutes les tablettes des disciples du LCD Soundsystem. Et après ça, il y en aura encore pour penser que le monde va mal. Pfffffff…..

 

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Un disque : Betty Botox Mmm, Betty! (Endless Flight)

Setting Sun – Children Of The Wild

Setting Sun-ChildrenUn bref flashback s’impose en ouverture de ces Enfants de la Vie Sauvage, troisième effort du musicien californien Gary Levitt sous le nom de Setting Sun. Assisté d’Erica Quitzow, auteur – et c’est là que nous voulons en venir – du très gratifiant électro-pop arty Art College sur le même label Young Love RecordsLevitt n’a guère son pareil dans la composition de chansons pop imprégnées de l’héritage anti folk des Moldy Peaches et du génie mélodique des Beatles, le tout en version West Coast. Complètement à l’ouest – forcément – dans sa recherche de vraies chansons, empreintes d’une classe désinvolte qui ne vous lâche plus, le disque flanque une branlée sans nom aux tentatives minables de The Thrills de se faire une place au soleil (couchant, of course), tant la haute tenue musicale de son contenu – que ne renieront pas les adeptes de Raymondo, voire du Nirvana acoustique – se marie admirablement d’une modestie intelligente que ne comprendra jamais les bêlants de toute cette scène francophone qui s’essaie péniblement in English dans ze text. C’est bien simple, on a beau se repasser les onze titres depuis des semaines, rien ne parvient à gâcher le moindre d’entre eux et pour tout dire, on désespérait depuis longtemps de renouer avec un disque pop d’un tel niveau mélodique.

 

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Un disque : Setting SunChildren Of The Wild (Young Love Records)

10/10/2008

La noirceur originale de Christina Carter

christinacarter-originaldarknessEn ces temps de tempête financière, elle émerge du néant, telle un roc où les naufragés boursicoteurs se recueilleront en prière devant sa voix mi-angélique mi-mortifère. Elle, c’est Christina Carter, toujours moitié des Charalambides, et sa nouvelle contribution solo Original Darkness. Pour des mots qui résonnent plus que jamais jusqu'à l’émouvant.

 

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Un disque : Christina CarterOriginal Darkness (Kranky)

09/10/2008

Alva Noto – Unitxt

alvanoto-unitxtCela fait des années que chaque sortie de Carsten Nicolai – alias Alva Noto – est scrutée à l’aune de la même envie click ‘n cuts, formidable de précision, glaçante de vitalité robotique. Deuxième publication du Berlinois en 2008 (la première Transform est une réédition du disque sorti en 2001 sur Mille Plateaux), Unitxt approfondit le sillon tracé sur le remix du björkien Innoncence (extrait de l’album Volta de l’Islandaise ), en un registre encore plus radical. Au-delà de sa magique – et inquiétante – obsession pour un monde contrôlé par des machines d’une implacable froideur, le boss de Raster-Noton fait appel au poète et perfomer français Anne-James Chaton sur deux morceaux (u_07 - des extraits de factures, des cartes de crédit sorties du portefeuille de Nicolai – et u_08-1 - des suites de chiffres en français). Son flow implacable de robotisme transcende de magistrale façon les séquences numériques de Nicolai, parvenant de sa voix caverneuse à encore abaisser de plusieurs degrés une température sonore déjà frigorifiante. Bien sûr complètement au sommet du genre, à des années-lumière de ses contemporains, le compositeur né dans la Karl-Marx-Stadt de l’époque où la République Démocratique Allemande faisait la nique à l’Ouest (aujourd’hui Chemnitz) balance le cadavre de Kraftwerk au surgélateur (u_08) avant un néant bruitiste total, composé de quinze courtes plages (de quelques secondes à 1’45) transcriptions sonores de données informatiques (des fichiers jpg, entre autres). Et vous n’avez encore rien entendu.

 

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Un disque : Alva Noto Unitxt (Raster-Noton)

07/10/2008

Josetxo Grieta, que de regrets

josetxogrieta-theartofdistractionOu quand il est regrettable de ne découvrir les gens qu’après leur mort. Prenez le musicien basque (de Bilbao) Josetxo Anitua, décédé le 22 avril dernier au bout de 43 petites années. Prenez son le LP posthume de son groupe Josetxo Grieta  (il était aussi chanteur de Cancer Moon), mi-live enregistré, mi-morceaux de studio. Confrontez-le au meilleur du noise et dites-vous que nom d’une coucougnette, ce qu’on a bien pu branler pendant tout ce temps. Indispensable.

 

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Un disque : Josetxo GrietaThe Art of Distraction (Ozono Kids)

Taub – Bedtime Stories

taub-bedtimestoriesIl n’arrête plus, le gars Me Raabenstein, aus Berlin. Boss de la structure Nonine, co-auteur du très bon disque de Sqaramouche chroniqué en ces mêmes pages le mois dernier, il signe sous le nom de Taub, en collaboration avec l’Ecossais David Hillary, la seizième(!) sortie de son label, au rêve choisi avec beaucoup d’à-propos. Telle une longue rêverie passée dans les bars de Rutger Zuyderveldt – dites Machinefabriek pour faire civilisé – les onze titres de ces histoires de couche oscillent entre somnolence électronique et langueur acoustique, le tout parfois déposé sur quelques notes de piano électrique, dont le terriblement émouvant Wild Blue Yonder, à la croisée des chemins de Sylvain Chauveau et Julien Néto. Par moments plus abstraite, la musique se laisse également – et c’est heureux – aller à des gargouilles jazztronica échappées d’un flipper (Valid Bed’), laisse un dialogue de film français des années soixante (estimation à la louche) garnir de trouées lento entre musique western à la Ennio Morricone et jazz contemporain minimaliste (La Ronde At The Top), l’ensemble dévoilant une science des atmosphères réparatrices pas si fréquentes que ça.

 

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Un disque : TaubBedtime Stories (Nonine)

06/10/2008

Raster-Noton au sommet

alva_noto_01Du haut de ses douze ans d’âge, le label allemand Raster-Noton se porte tel un charme, merci pour lui. Cultissime (à l’image de Mille Plateaux ou Expanding Records)  pour toute une génération de fans d’electronica minimaliste, la maison co-fondée par Frank Bretschneider, Carsten Nicolai et Olaf Bender refait parler d’elle, par la grâce des deux derniers cités, dissimulés sous leurs pseudonymes respectifs d’Alva Noto et Byetone. Pour deux albums à classer d’urgence dans le top du genre, en 2008 comme dans les futures aventures de notre époque. Et des suivantes, tenez-le vous pour dit.

 

Né un soir de 1996 de l’imagination fertile de ses trois colistiers, par ailleurs amis proches de Wolfgang Voigt et Achim Szepanski (que des gens de bonne compagnie), la structure germanique est également connue, au-delà des remarquables qualités musicales de ses sorties, pour le minimalisme – mot-clé pour mieux appréhender son univers – frigorifiant de son esthétique visuelle, généralement très géométrique. Les deux dernières fournées ne faisant pas exception à la règle (les critiques vont suivre), qu’elles ne vous empêchent pas de faire l’effort – certes indispensable mais il est pleinement valorisant – d’approfondir le catalogue maison, remplie de pépites dont nous relèverons en toute subjectivité l’artiste sonore russe (basé à Stockholm) Ivan Pavlov, alias CoH (et dont l’acronyme cyrillique signifie ‘rêve’ en russe, pour la petite histoire). Et qu’elles vous donnent surtout l’envie de vous plonger, tête nue et corps tout entier dévoilé, dans une stratosphère de peu de fureur et de beaucoup de bruits étranges, click ‘n cuts sans concessions pour l’un, techno très minimale pour l’autre.

Sharron Kraus – The Fox’s Wedding

sharronkraus-thefoxsweddingLoin d’être une novice de la folk music, celle d’Espers, d’Islaja ou de Fursaxa, Sharron Kraus en est déjà à son cinquième album solo, sans compter ses autres projets Leaves From Off the Tree (en compagnie de Meg Baird et Helena Espvall) et Tau Emerald (avec Tara Burke). Absolument impeccable de bout en bout, The Fox’s Wedding réussit la gageure suprême de concilier l’intemporalité de son propos et la modernité de son époque. Déjà des classiques de la musique folk alors qu’ils n’ont que quelques mois (à l’exception de Thrice Toss Those Oaken Ashes, écrit par Thomas Campion à la fin du seizième siècle), les douze titres de l’album baignent dans une ambiance légèrement acide, résultat de la fréquentation assidue de la musicienne d’Oxford avec ses amis Greg Weeks et Meg Baird (Espers), qui ne théâtralise jamais un propos qui n’en a pas besoin, et c’est admirable. Derrière une modestie dont nous lui saurons gré à jamais, la docteur en philosophie de la Oxford University – c‘est ça, la classe – débroussaille l’héritage de John Dowland, tout en lui conservant l’immense respect qu’elle lui voue, en le soumettant à la critique de ses contemporaines, qu’elles soient appalachiennes, finnoises ou anglaises. Comme en plus, elle est accompagnée de musiciens de la plus haute tenue (ah, les arrangements de cordes de In The Middle of Summer!), ne reste plus qu’à se taire. Pour encore mieux apprécier.

 

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Un disque : Sharron Kraus The Fox’s Wedding (Durtro / Jnana)