26/11/2007

Julianna Barwick, comme un air d'apesanteur

juliannabarwick1C’est le merveilleux blog portugais Má Fama qui nous les révèlent, ces deux splendides titres de la New-Yorkaise Julianna Barwick. Décollée des réalités trop sordides de notre basse terre, sa musique esquisse entre mille volutes éthérées des boucles qui font plus que bousculer l’étonnement. Utilisant sa voix pour principal – et incomparable – instrument, ça et là accompagnée de quelques (discrètes) notes de piano ou de percussions, la chanteuse américaine susurre des mélodies (sans paroles) humectées d’une sensibilité céleste, où les oiseaux de paradis auraient pour nom Jessica Bailiff et First Nation. Sous hypnose.

 

En écoute sur MySpace

Deux mp3 : Julianna Barwick – Untitled 3

Julianna Barwick – Dancing With Friends

Un disque : Julianna BarwickSanguine (Autoproduction)

Giardini di Mirò – Dividing Opinions

gdm-dividingEn à peine deux albums, plus une floppée d’EPs et de singles, les post rockers italiens de Giardini di Mirò sont parvenus à se créer un écho enthousiaste auprès des fans de Piano Magic et Explosions in The Sky. Du premier groupe cité, le leader Glen Johnson est de la partie sur ce troisième effort, tout comme le Berlinois Apparat et les Floridiens de Cyne. Inchangées, il n’y avait d’ailleurs aucune raison de tout bouleverser, les recettes du combo transalpin font – c’est devenu une bonne habitude – toujours aussi mouche. Ses principales qualités (un indéniable sens mélodique, mis en point d’orgue sur les inauguraux Dividing Opinions et Cold Perfection, des sonorités d’une cristalline obscurité, une architecture élégante sans être compassée) contrebalancent le peu d’éclat d’une voix aux reliquats d’adolescence, voire des réminiscences trop voyantes du Mogwai de 1997 (OK, c’est le meilleur). Plus étonnamment proche, par instants, de la scène flamande (Spectral Woman sonne tel un dEUS évadé au RhâââLovely Festival), les atmosphères panoramiques de Giardini di Mirò partagent la science de l’ambigu de Pillow, tout en diluant la vénéneuse noirceur des déjà nommés Piano Magic dans une luminosité automnale proche de Lisa Germano (Clairvoyance) et Dead Man Ray (Self Help). Tout aussi précieux que mineur, le disque risque de (trop) bien porter son titre et diviser les consciences.

 

En écoute sur MySpace

Un mp3 : Giardini di Mirò – Broken By

Un disque : Giardini di Mirò Dividing Opinions (Homesleep Music)

25/11/2007

The Old Pornographers, version scato

124_full_feat_ACNewman1Accueillis pour leur première bruxelloise dans une Rotonde bien fournie (et hyper-enthousiaste), les New Pornographers m’ont terriblement déçu, et le mot est faible. Alors que ces pages n’avaient eu qu’à se féliciter de l’allégeance pop du supergroupe de Vancouver (et encore plus de ce magnifique concert de Neko Case – absente hier soir - un soir au Witloof Bar), A.C. Newman & co. ont été pris en flagrant délit de malhonnêteté musicale. Car, comment expliquer que des musiciens aussi fins sur disque (et techniquement impeccables en live, ce qui pose encore davantage question) puissent se lâcher dans un gros rock seventies qui tâche, (genre Machiavel qui ferait des reprises de Foreigner) et qui se rêve sur la scène de Wembley? La prochaine édition du concours ‘Toi aussi, tu peux composer le nouveau jingle Classic 21’, ça sera sans moi.
 

Update : Tox n’a pas aimé non plus

23/11/2007

Pram - The Moving Frontier

praram_rel_25En matière de musique pop éprise de grands noms du passé et toute en prospection des genres de demain, deux villes anglaises (Bristol et Birmingham) résistent désespérément (?) à la marchandisation dévoyée du monde, tout en évitant le naufrage dans de fausses expérimentations aux traits interrogateurs. Si à Bristol, une faune en tenue de chasse folk (Gravenhurst, Robin Allender, Crescent) arrime l’indie pop au train de ses mirifiques convictions, à Birmingham, une génération aux gènes abreuvés de l’esprit frondeur de Basil Kirchin sublime l’électro pop (Broadcast) sous des volutes jazz spectrales entre tension et louvoiement (le présent Pram). L’ultime livraison – neuvième du genre – du groupe de la chanteuse-claviériste Rosie Cuckston occulte désormais les penchants juvéniles de ses premiers essais du milieu des nineties. Habité d’un inquiet réconfort en forme d’after-Stereolab, jalonné de cuivres jumelés à une electronica entre étoiles polaires et pierres tombales, le chant magnifié de Cuckston ramène Nico au pays de vivants à demi-conscients, perdus on ne sait trop dans quel bathyscaphe ou quelle station lunaire. Quant aux morceaux instrumentaux, la question n’est pas de savoir s’ils sont géniaux, mais pourquoi, tant chaque écoute révèle une foule de détails confondants de haute tenue musicale.

 

En écoute sur MySpace

Deux mp3 (via Indie for Bunnies): Pram – Empty Quarter

Pram – Mariana Deep

Un disque : PramThe Moving Frontier (Domino)

Wheatie Mattiasich, nom imprononçable pour folk insoupçonnée

wheatie_mattiasichEntre folk maladif (cette voix, héritière d’une Karen Dalton, période chambre de bonne) et minimalisme blues d’une chaleur à faire fondre les antagonismes Cat Power vs. Islaja, la songwriter de Baltimore Wheatie Mattiasich absorbe les références pour en secouer les certitudes trop habituelles de nos discothèques post-féministes. Tu aimes Josephine Foster ? Écoute obligatoire !

 

Des mp3 sur MySpace

Des mp3 sur purevolume

22/11/2007

Drey – s/t

drey-lpFondé en 1999, le groupe strasbourgeois Drey aura mis huit ans à nous parvenir, il a bien eu raison de nous faire patienter. La suite sur Octopus.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Drey s/t (Herzfeld)

Marty Anderson, plus que jamais Okay

okay-huggabledustPersonne ne sait ce qu’il serait advenu de la musique de Okay (alias Marty Anderson) sans la maladie de Crohn qui l’a cloué à son domicile de Berkeley, Californie. Sans doute n’aurions-nous pas eu droit au bouleversant Low Road (chronique à venir dans RifRaf et en ces pages), enfin sorti sous nos latitudes. Entre-temps, le gars Marty n’a pas perdu la main, en témoigne son nouvel album Huggable Dust, déjà échappé dans la stratosphère.

 

Deux mp3: Okay – Already

Okay – Truce

Un disque : Okay Huggable Dust (Absolutely Kosher Records)

18/11/2007

When Larkin met Michael

michaelgira-larkingrimmLabel du grand Michael Gira (qui, à cinquante-trois ans, ne cesse de prouver que ses albums et concerts solo valent toujours autant le détour), Young God Records se devait de compter en ses rangs le folk ravage de psychédélisme de Larkin Grimm. Découverte essentielle d’une caste peu avare en émotions fortes ces dernières années, la chanteuse de Providence risque bien de provoquer des torrents de frissons en 2008. A l’image des larmes qui décoraient ses joues à l’issue du concert de Josephine Foster au Vooruit en mars dernier.

 

En concert à la Ferme du Biéreau (05/12) 

En écoute sur MySpace

Un disque à venir : Larkin GrimmHairy Juggs Band (Young Gods Records)

16/11/2007

PJ Harvey - White Chalk

pj_harvey_white_chalkUne fois n’est pas coutume, la présente chronique se veut autant musicale que cinématographique. Tel un écho du très dur et bouleversant (le mot sonne comme un goût d’euphémisme) 4 Mois, 3 Semaines, 2 Jours, Palme d’Or du dernier Festival de Cannes, le dernier effort de Polly Jean Harvey – entièrement acoustique, avec le piano en tête d’affiche – nous renvoie le spectre de sa maturité tourmentée. Saisissants de parallélisme, les deux univers (le film et le disque) écorchent en mineur leurs premiers instants (de cinéma) et leurs premières écoutes (de musique). Jetant un même sel sur des blessures qu’on imagine volontiers assassines, les deux œuvres déversent leurs torrents d’intenses émotions, où deux parcours du combattant s’observent pour mieux se tendre la main. Tel le sublime Dear Darkness, bande-son idéale d’une scène où les deux héroïnes – le mot est horrible – règleraient son compte à un putain de monde trop grand, et trop injuste, pour elles, les onze titres de White Chalk brûlent ainsi de leur écho enfoui les remords incertains d’une vie passée entre deux chaises. Grand écran ou chaîne hi-fi, la sincérité des uns (le réalisateur roumain Cristian Mungiu) et des autres (PJ Harvey, accompagnée du fidèle John Parish) renvoie définitivement dans un enfer au goût de guimauve pseudo rock toutes les Mademoiselle K du monde.

 

En écoute sur MySpace

Un mp3 (via chezlubacov): PJ Harvey – When Under Ether

Un disque : PJ HarveyWhite Chalk (Island / Universal)

15/11/2007

Orion Rigel Dommisse, complexe et accessible

orion-whatiwantA l’heure où la vespérale Vashti Bunyan fait ressurgir de leurs cendres quelques magnifiques (et le mot est faible) chansons pop de ses touts débuts (certaines préfiguraient même l’univers d’une Hope Sandoval et c’était trente ans plus tôt) et que la tribu des folkeuses ne cesse de nous épater, Orion Rigel Dommisse prouve – si besoin était – qu’entre Espers et Larkin Grimm, l’espace est suffisamment vaste pour accueillir l’inspiration acidulée de ses mélodies intemporelles. Normal, Greg Weeks n’est pas bien loin (c’est signé sur son nouveau label Language of Stone) et c’est (presque) toujours un gage de qualité supérieure.

 

En écoute sur MySpace

Un mp3: Orion Rigel Dommisse – Alice and Sarah

Orion Rigel Dommisse – Drink Yourself (To Death)

Un disque : Orion Rigel Dommisse What I Want From You Is Sweet (Language of Stone)