17/07/2010

Lazer Crystal – MCMLXXX

lazercrystal-mcmlxxx.jpgOriginaire de Chicago, le trio Lazer Crystal ne pouvait que terminer sa course dans la maison Thrill Jockey pour son premier effort longue durée. La présence sur le label de Tortoise, The Sea & Cake ou The Fiery Furnaces  est toutefois surprenante à l’autopsie, tant la démarche s’inscrit dans un cadre qu’on imaginerait plus chez Sonig (label des Mouse On Mars, pour rappel) – encore qu’un certain rapprochement avec  Trans Am n’est pas à exclure. D’une tonalité globalement sombre avec ses beats martelés et ses synthés évidemment eighties (cfr le titre de l’album), MCMLXXX invite une peuplade gothique – au hasard, les Sisters of Mercy – à la table de The Faint, quelque part sous une chapelle clandestine où les papys du krautrock se feraient vider les tripes. La volonté d’en mettre plein les oreilles est toutefois gênante, pour ne pas écrire déplacée. Manquant souvent de finesse, gourmande sans jamais être repue, la bête rate toutefois sa cible, tant son cœur balance entre le vintage et l’invention.

 

Un disque : Lazer Crystal – MCMLXXX (Thrill Jockey)

 
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09/07/2010

Windsor For The Derby – Against Love

windsorforthederby-againstloveAprès des années de présence au plus haut niveau sur le pay roll de Secretly Canadian (et d’autres labels), les Windsor For The Derby maintiennent toujours le cap – en dépit de deux ou trois bémols. Toujours autant adeptes d’une dream pop parfumée au post rock – lisez My Bloody Valentine lacère Parsley Sound face à la devanture de Galaxie 500 – les Texans embrassent les glissements de rythmes d’une – toujours – très belle volupté romantique. Risquant une échappée acoustique où M Ward squatterait les Belle & Sebastian, quand ce ne serait Ride en gros plan High Llamas, les trouvailles fourmillent, elles enchantent aussi. Pourtant, en dépit de ces milles (re)lectures d’un glorieux passé qui ne se prend jamais les pieds dans la réserve de formol, on ne peut s’empêcher de trop entrevoir les limites de l’exercice. En premier lieu, la recherche du beau son référencé nineties ne masque pas toujours complètement une inspiration mélodique en demi-teintes (exception absolue, le splendide Our Love’s a Calamity). Et quitte à faire sa mijaurée, autant être honnête jusqu’au bout des ongles, fussent-ils rongés par l’envie de toujours mieux.

 

Un disque : Windsor For The Derby – Against Love (Secretly Canadian)


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06/07/2010

alva noto – For 2

alvanoto-for2Personnage quasi-récurrent du Love On The Bits – nous reparlerons très prochainement de sa collaboration avec – mais oui – Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten), alva noto compile sur For 2 les compositions dédiées à des personnages du vingtième siècle, du cinéaste russe Andrei Tarkovsky au dramaturge allemand Heiner Müller en passant par le  musicien américain Phill Niblock. En avant pour un très intéressant aperçu de la vie parallèle de l’auteur de Unitxt, entre 2003 et 2007.

Davantage inspiré par un esprit ambient qui confine au néo-classiscisme tel que l’imaginerait Wolfgang Voigt (alias GAS), Carsten Nicolai n’oublie toutefois pas complètement le minimalisme de ses beats, ceux qui nous excitent tant sur son label Raster-Noton (Garment, 13). Ici penché sur l’héritage indispensable de la musique concrète de Francisco López (Villa Aurora), là imprégné d’un faux jazz viennois que pratiquerait Kai Fagaschinski aux côtés de Philip Glass (Argonaut), For 2 dévoile les multiples facettes méconnues de son auteur. Explorateur des espaces interstellaires, à l’instar de Lawrence English mais aussi de Brian Eno, le musicien de Chemnitz sublime le beau dans la pérennité alors que, trop souvent rangé dans la catégorie des producteurs d’une techno squelettique qui n’en demeure pas moins indispensable, il pourrait se contenter de capitaliser sur la recette d’une relative et bien illusoire notoriété.

 

Un disque : alva noto – For 2 (Raster-Noton)


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04/07/2010

Phlippe Petit & friends – Silk-screened

philippepetitfriends-silkscreenedHomme des coulisses du label marseillais BiP_Hop (les neuf compilations BiP_Hop Generation,  très recommandables), patron exigeant des musiques de notre temps qui n’hésitent pas à en prendre (Janek Schaefer, Rothko, Bela Emerson), Philippe Petit invite – vous l’aurez deviné – une ribambelle d’amis musiciens sur ce très joli Silk-screened. Parmi moult sons familiers d’une scène (très) indépendante où le jazz fait de l’œil à l’electronica, on reconnaît entre milles la clarinette humectée de Jérôme Paressant (abraxas, liquide et transgressif). En d’autres temps, les grésillements turntablisés de Petit – quand il ne s’agit d’égards acoustiques retraités – laissent vibrer de toute leur énergie vitale les instruments. Pièce maîtresse de l’ensemble, l’extraordinaire bravoure free rock a swirling mix of dystopia incruste la totale liberté du No-Neck Blues Band au gré de Miles Davis, pour une sublimissime confrontation où les guitares de Rémi Bellin et Cyril Secq (Astrïd) s’enchevêtrent dans un déluge cuivré – merci la trompette d’Andy Diagram (James) – et percussif (thanks Ronan Benoit). Total respect, dude.

 

Un disque : Phlippe Petit & friends – Silk-screened (Trace Recordings)


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03/07/2010

Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy

rdecaraketa-oldgirloldboyDuo formé de la Slovène (basée à Vienne) Maja Osojnik et de l’Autrichien Matija Schellander (déjà entendu dans Métalycée), Rdeča Raketa – prononcer Rdetcha Raketa – emmène l’auditeur en une extraordinaire promenade fantasmagorique dans les contrées turntablisées de Philip Jeck et de Giuseppe Ielasi. Grâce à la combinaison épatante d’enregistreurs à cassette, de Paetzold recorder, de jouets, de basse électrique et de multiples outils électroniques, les deux complices démontent les concepts nauséeux et placent la bravoure libertaire au centre de leur attention, nourrie d’opposition à tout préjugé. Mariant la décalcomanie à la bravoure sonore, débusquant au coin d’un magasin de jouets pour grands enfants exilés sur Touch ou Schoolmap Records les sonorités d’un voyage au pays de tous les (im)possibles, Osojnik et Schellander déclinent en une seule longue plage un dynamisme intellectuel qui n’exclut ni plaisir ni lucidité. Et pour vous donner une idée encore plus exacte de la vitalité neuronale extrême de notre duo favori – rayon nouveautés 2010, on vous invite à fouiller YouTube, vous y dénicherez une épatante performance au Sonntags Abstrakt de Graz. Disque du mois, M. Charlebois !

 

Un disque : Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy (Mosz)

29/06/2010

Marcel Dettmann – Dettmann

ostgutcd12-dettmannLégendaires dans la nuit berlinoise, les platines de Marcel Dettmann font danser les clubbers du mythique Berghain jusqu’à rasade de beats minimalistes depuis déjà pas mal de temps. Auteur de quelques maxis fameux (notamment aux côtés du magnifique Ben Klock), le producteur allemand nous propose – enfin – son premier opus longue durée, il n’est pas sans (belles) surprises. Otez-vous tout d’abord de l’esprit toute tentation dansante de sueur bourrine – ou alors ce disque n’est pas fait pour vous. Ponctué d’atmosphères desséchées – imaginez une rencontre entre le fondamental Unitxt d’alva noto et l’intrigante pièce ambient s6t8r de Gilles AubryDettmann perce l’abandon des environs de la Ostbahnhof au gré de ses rythmes inquiétants. Quasiment industrielle par instants, l’approche décline également des envies de secousses telluriques ubuesques, perçues en écho d’un dancefloor où la vie prend toujours le pas sur la décadence.

 

Un disque : Marcel Dettmann – Dettmann (Ostgut Ton)

27/06/2010

Films – Messenger

films-messengerEmpreinte d’éléments néo-classiques, tel le monde funambulesque de Max Richter illustrant une fable ultime du grand cinéaste Kore-Eda Hirokazu (Nobody Knows, Air Doll), la musique des bien nommés Films se noie – hélas – dans l’évanescence bavarde. Formellement très belles, les atmosphères empreintes de cordes, de piano et d’électronique ont tendance à se perdre dans les méandres vaporeux d’une référence trop voyante. Instrumental, l’univers tonal et apaisant manque de relief rythmique, notamment lorsqu’il s’égare dans un substrat ambient, certes, subtil mais à qui il manque le support visuel pour emprunter davantage de sens. Chantées d’une voix féminine rêveuse, les mélodies s’insèrent dans l’immense interstice séparant les Dead Can Dance de Gutevolk en passant par Soap & Skin (le meilleur) ou Enya (ça devient gênant). A toi de voir, l’ami des elfes aux yeux bridés.

 

Un disque : Films – Messenger (Noble)

21/06/2010

Pamela Hute – Turtle Tales From Overseas

pamelahutePrix – mérité – de la découverte 2009 aux Music Awards Paris, le trio Pamela Hute peut déjà regarder ses glorieux aînés eighties dans le blanc des yeux, sans rougir ni compromissions. Emmené par une androgyne chanteuse qui lui a légué son patronyme, le combo frenchie apporte une énorme soif de vengeance (pas) masquée à tous les vrais aficionados rock désespérément en lutte contre un système qui voudrait nous vendre de la farine Aldi (BB Brunes, Luke) au prix de la Blanche de Colombie (Noir Désir). Totalement crédible dans une bulle post punk qui laisse respirer des bombinettes pop dynamiques, voire un clin d’œil cabaret du plus bel effet (Parachute), Pam, Igor et Ernest Lo aspirent au headbanging de haute lutte, laissant traîner au passage des morceaux qu’on n’espérait plus au sud-est de la Manche (dont notre petit préféré Don’t Help Me, conseil d’écoute absolu). Vivement la scène !

 

Un disque : Pamela Hute – Turtle Tales From Overseas (Tôt ou Tard)

23:12 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, pop, critique, pamela hute, tot ou tard |  Facebook |

04/06/2010

Yannis Kyriakides – Antichamber

yanniskyriakides-antichamberPièce maîtresse du mois, le double album Antichamber nous invite à la découverte de l’œuvre de Yannis Kyriakides, jeune compositeur électroacoustique né à Chypre en 1969 et émigré en Angleterre à la suite de l’invasion turque de la partie nord de l’île en 1974. Aujourd’hui installé à Amsterdam, directeur musical et collaborateur de divers ensembles de musiques contemporaines, notre homme est néanmoins ouvert à d’autres horizons, en témoigne ses duos réguliers avec Andy Moor (The Ex) et sa participation au groupe de musique de ballet improvisée – et oui, ça existe – Magpie Music Dance. Sans compter la gestion du label Unsounds, aux côtés d’Isabelle Vigier (MMD) et du déjà cité Andy M.

Etalés au cours des quinze années écoulées, les dix travaux présentés inscrivent Kyriakides non dans l’antichambre mais dans le salon d’apparat des grands musiciens de notre temps, en premier lieu James Tenney et Louis Andriessen – dont, répétons-le, il faut absolument avoir écouté De Staat pour devenir un honnête homme. Egalement anti-musique de chambre (d’où son titre), la manière de Kyriakides explore diverses combinaisons, tout en demeurant hautement personnelle. Absolument incroyable de tentation subtile, éprise des travaux du BBC Radiophonic Workshop comme de l’idiosyncrasie contemporaine des Berlinois de zeitkratzer, Telegraphic forme un accès idéal au monde cosmogonique du musicien chypriote. Seize minutes d’anthologie que les fans de Kraftwerk ne doivent nullement craindre, parole de… Redécouvrant les racines folkloriques de la musique traditionnelle grecque mêlées à la mélancolie contemporaine d’un émouvant dialogue entre violon et guitare électrique (Zeimbekiko 1918), Kyriakides varie à foison les registres. Faisant œuvre d’abstraction cagienne sur Antichamber, il retrouve la mélodie sur As They Step Into The Same Rivers, superbe lamentation néo-classique où l’alto et la contrebasse dialoguent avec un… iPod, ainsi que sur le lentissimo hYDAtorizon pour quintet avec piano.

Débutant en fanfare où trois instruments évoluent en contrepoint sur des rythmes polyphoniques affolants dans un premier temps, le second disque vise – et atteint – tout autant l’excellence. Seule composition vocale – et de quel niveau !, U mélange dans une folle adresse sinusoïdales et huit voix à la Steve Reich, c’est Mikhail Karikis qui doit être vert de rage (ou d’admiration). Tout aussi remarquable, PNeuma pour basson, piano et bande sonore modernise – c’est une réelle merveille – l’héritage de Luciano Berio, alors que DOG SONG introduit un free jazz virtuose à demi-convaincant seulement. Terminant les trois heures du périple, ATOPIA se promène sur le fil ténu de ses drones harmoniques, pour une pièce à haute teneur en sensibilité acoustique. Les récalcitrants seront enfermés illico au pain sec et au Jean-Michel Jarre.

 

Un disque : Yannis Kyriakides – Antichamber (Unsounds)

03/06/2010

Scuba – Triangulation

Scuba-TriangulationPersonnage central de la scène dubstep, Paul Rose aka Scuba dépasse les étroites frontières de l’infra basse sur son second opus Triangulation – direction un cap où les coups de boutoir aspergent de leur élégance racée une folle envie de violence. Flirtant sans jamais tomber dans la putasserie avec des genres aussi divers que l’electronica, la techno et le trip hop – mais oui, écoutez, le DJ résident du Berghain déboule dans le champ de vision des tout grands producteurs de notre temps, aux côtés de Benga ou de Burial pour ne citer qu’eux.

A la fois terriblement angoissantes, voire mortifères, et excitantes, voire fun, les tracks de Scuba détiennent un pouvoir de percussion absolument incroyable. Construite sur des basses lourdes d’une profondeur inouïe, sa vision intègre au sein de sa fausse langueur une dynamique opaque au premier regard. Les premières secousses encaissées tel un tsunami surgi des profondeurs océaniques, on se laisse transpercer par ses impitoyables coups de boutoir, ils nous percutent jusqu’au plus profond des tripes et des cervicales.

 

Un disque : Scuba – Triangulation (Hot Flush Recordings)