11/02/2013

Big Deal – Lights Out

big_deal_lightsout_2s.jpgPour faire de la bonne zique, il n’est pas toujours nécessaire de recourir à un déluge de moyens – n’est-ce pas les gros vomis de Muse ? Dites-le vous pour dit, le dicton s’applique dorénavant au duo Big Deal – une guitare électrique, une gratte acoustique, deux voix (et pas mal de réverb’ aussi) and that’s it. Oui, mais ces Big Deal, c’est qui ? Juste un ténébreux mec ricain (Kacey Underwood) et une jeunette londonienne à la voix angélique (Alice Costelloe, 18 ans !) pour un putain de mariage musical qui frise non le big deal mais le big love. Improbable combinaison entre Camera Obscura et My Bloody Valentine sur fond de Mazzy Star, la plupart des titres fonctionne merveilleusement, notamment grâce aux accents shoegaze – ils sont un magnifique contrepoint au chant perlé de Costelloe dont on tombe amoureux dès les premières secondes. Même si en un instant ou deux (Homework), on frise la sortie de route fleur bleue, les Big Deal prouvent à suffisance qu’ils sont largement au-delà de ces projets bidon dont on nous soûle et qu’au rayon crédibilité, ils n’ont déjà plus de leçon à recevoir. Programmateurs de Bruxelles, Liège et Fontaine-l’Evêque, on vous attend !

 

Un disque : Big DealLights Out (Mute)

10/02/2013

Atom TM – Winterreise

atomtm-winterreise.jpgTotale sortie majeure de l’année 2012 (époque où ce blog était en stand-by), Winterreise d’Atom TM se veut une suite du Liedgut de 2009 – il vaut nettement plus que cela. Inspiré dans ses dédales électroniques où l’ambient et la techno jouent à cache-cache au-delà de toute misère stylistique, le nouvel opus d’Uwe Schmidt (que pour rappel, on connait aussi sous les pseudos de Senor Coconut ou Atom Heart, entre autres) prend à la gorge dès les premières secondes pour ne plus rien lâcher, cinquante et une minutes durant. Digne du choc que j’avais ressenti dans un glorieux passé lorsque j’ai découvert les premiers travaux du seigneur Wolfgang Voigt sous le masque de GAS, l’album illustre également une série de photos exposées en 2011 à Francfort et Tokyo – tout en ayant des liens plus que distendus avec le cycle homonyme de Lieder schubertiens. Who cares ?

 

Un disque : Atom TMWinterreise (Raster-Noton)

08/02/2013

U.S. Girls – Gem

usgirls-gem.jpgRévélation hypnagogic pop de ces dernières années, Meghan Remy (alias U.S. Girls) pousse encore le cran de l’émotivité bricolo un rang plus loin en 2013. Penchant féminin d’un Ariel Pink qui aurait rencontré Xiu Xiu et Marianne Faithfull, la Canadienne – qui n’a rien d’U.S. ni de pluriel – torture son électro pop dans un sens davantage expressif que par le passé, notamment par rapport à son déjà excellent U.S. Girls On Kraak paru en 2011 sur, cocorico, le fameux label belge de son titre. Même si, de toute évidence, on ne fredonnera jamais ses chansons entre le pommeau et la savonnette, la musique de Meghan Remy poursuit son chemin en toute indépendance, à mi-chemin entre expérimentations personnelles et recherches mélodiques surréelles. Vous cherchiez un conseil d’écoute dans la marge ? Ne cherchez plus, il est tout trouvé.

 

Un disque : U.S. GirlsGem (FatCat)

05/02/2013

Laurel Halo – Quarantine

laurel halo, hyperdub, electronica, dubstep, electro pop, critique, songwriting femininGrosse hype en 2011 avec son très réussi EP Hour LogicLaurel Halo signe un an plus tard un très joli opus en format étendu, son apparente inoffensivité au premier abord est extrêmement trompeuse. D’une longueur en bouche subtile et harmonieuse, l’œuvre de la New-Yorkaise évolue dans des eaux pop expérimentales où s’est baignée la grande Laurie Anderson, ainsi que, mais ça va de soi vu qu’ils forment un couple à la ville, Oneohtrix Point Never alias Daniel Lopatin. Pour multiplier le name dropping, on citera aussi une Julia Holter, en mode un chouia moins accessible, mais l’énorme force de Quarantine est de multiplier les tentatives électroniques, couplées à un chant angélique, voire diaphane. Alors oui, par moments, on reste tellement longtemps sous l’eau qu’on en perd la respiration, mais quand on retrouve la surface, un monde en technicolor digital exprime toutes ses nuances, elles sont riches et multiples. Nombreuses écoutes conseillées avant d’atteindre la plénitude, got it ?

 

Un disque : Laurel HaloQuarantine (Hyperdub)

Majeur – Maury Road

 

majeur-mauryroad.jpgAprès sa reprise du Summertime Sadness de Lana Del Rey qui a suscité un mini-buzz sur la toile, Majeur était attendu au tournant de son premier album, le résultat est mitigé. A vrai dire, on ne sait trop si c’est l’agacement ou l’émerveillement qui prédomine à l’issue du – long – parcours (14 titres, mazette). Il y a bien quelques pépites, dont un Message Perso et un Open Your Eyes qui vont droit au cœur et aux tripes, il y a aussi pas mal de pose faussement éthérée, genre tu l’as vu comme moi aussi je sais faire de la dream pop, sans compter certains passages où on se demande vraiment, et c’est dit sans méchanceté, si les musicos ont appris à jouer il y a plus de trois semaines (le pompon revenant aux catastrophiques Where Are You Now et Festival de Cannes). Ou bien, c’est de l’humour et je n’ai rien compris.

 

Un disque : Majeur – Maury Road (Autoproduction)

 

04/02/2013

Bee Mask – Vaporware / Scanops

beemask333.jpgVous disiez inépuisable ? Chris Madak, alias Bee Mask, n’a de cesse d’enrichir son catalogue, à raison d’une sortie tous les six mois. Certaines (Canzoni Dal Laboratorio Del Silenzio Cosmico, bof) sont plus dispensables que d’autres (le récent When We Were Eating Unripe Pears) mais la dernière fournée en provenance de son nouveau hébergeur Room40 fait partie des excellents crus. Telle une odyssée fantasmagorique en un monde où tout ne serait que Kosmische et volupté, Vaporware / Scanops évolue entre fantasme seventies assumé et déclinaisons stellaires redoutables, à l’image d’un mariage entre Boards of Canada et Evil Madness. Bordel de Zeus, ça fait rudement du bien par où ça passe – je dirais même plus, album de Kosmische de l’année !

 

Un disque : Bee MaskVaporware / Scanops (Room40)

Grischa Lichtenberger – And IV [Intertia]

grischalichtenberger.jpgMine de rien, ça faisait un rude bail qu’on avait plus guère de news tranchantes du label Raster-Noton. Même si la dernière fois, nous avions été servis avec l’incroyablement formidable du feu de Dieu (ça suffit ou vous en voulez encore ?) Winterreise d’AtomTM, ça fout bien la patate de remettre la main sur un disque de l’officine de Carsten Nicolai, d’autant qu’il s’agit de Grischa Lichtenberger dont nous avions déjà goûté à l’EP Treibgut en 2009. Tout en inscrivant dans la lignée techno asséchée de ses comparses de label Alva Noto, Byetone ou Frank Bretschneider ; le producteur de Düsseldorf dévoile sur ce premier opus longue durée une très belle créativité dans la recherche de beats et tempos originaux. D’une franche dynamique où la robotique s’incruste sur le dancefloor pour mieux le dévoyer, l’artiste allemand imprime à ses vingt-et-uns tracks, dont certains dépassent à peine la minute, un sens en zigzags multiples et pertinents. Mieux, tout au long du parcours, la tentation de la monotonie demeure hors-jeu et on est beaucoup plus proche du hat-trick que du renvoi aux vestiaires pour non-combativité. Deutschland regiert !

 

Un disque : Grischa LichtenbergerAnd IV [Intertia] (Raster-Noton)

01/02/2013

Blackie & The Oohoos – Song For Two Sisters

Blackie & The Oohoos - Song For Two Sisters.jpgRéponse belge à Mazzy Star, Blackie & The Oohoos inscrit ses gènes dans la dream pop, genre très encombré depuis l’avènement au plus haut des cieux de Beach House. Loin, toutefois, d’être de simples suceuses de roue à l’inspiration provinciale, les deux frangines Loesje et Martha Maieu, joliment secondées par Pascal Deweze (Sukilove, Broken Glass Heroes), explorent les interstices entre Twin Peaks et Portishead, tout en évitant la guimauve romantique neuneu. Du haut de leurs voix, angéliques et malicieuses, on les imagine échappées d’une photo de David Hamilton, qui aurait troqué pour l’occasion les bords embrumés d’un lac frisquet au backstage intimiste du Vooruit. Pour grincher un peu, on ajoutera que mélodiquement, le travail n’est pas toujours forcément accompli, mais dans la petite trentaine de disques que votre serviteur a ingurgités en ce mois, l’objet lorgne sans fausse modestie une place dans le premier tiers.

 

Un disque : Blackie & The OohoosSong For Two Sisters (Unday Records)

29/01/2013

Ephraim Wegner & Julia Weinmann – Eins bis sechzehn

wegnerweinmann.jpgRetour sur la magnifique microstructure portugaise Crónica pour notre troisième écoute mensuelle – qui vaut sacrément le détour. Collaboration entre une photographe allemande (Julia Weinmann) et un compatriote de producteur (Ephraim Wegner), Eins bis sechzehn (de un à seize) offre un fascinant chassé-croisé entre visuels et sonorités, mais aussi de formidables croisement stylistiques au sein même des vingt minutes de son. Electronica abstraite, noise parallèle, musique concrète et soundscapes angoissants, les six étapes du processus ne cessent d’épuiser notre imaginaire, génialement secouru par le passionnant travail photographique de Frau Weinmann. Question une : pourquoi seulement 1200 secondes ? Question deux : qui songera un jour à ériger une statue à Miguel Carvailhais, infatigable tête chercheuse de son label.

 

Un disque : Ephraim Wegner & Julia Weinmann – Eins bis sechzehn (Crónica)

27/01/2013

Hot Coins – The Damage Is Done

hot coins, daniel berman, sonar kollektiv, pop, electro pop, critiqueDans la grande série moi aussi, je kiffe la dance pop synthétique et je me branle sur les Pet Shop Boys, voici le candidat Hot Coins, alias Danny Berman, plus connu sous son autre pseudo Red Rack’em. Mignardise gâteuse pour nostalgiques des eighties, format première moitié, The Damage Is Done fait l’effet, un peu honteux, un peu couillon, d’une vieille émission d’Antenne 2 (style Platine 45) visionnée en qualité moyenne sur YouTube. On se paluche de la main droite en pensant à un Richard Gotainer recyclé en membre de Visage (New Beat’), on s’emmerde royalement de temps en temps (le pompon revenant à Leathered), on s’arrête deux minutes sur la case Gang of Four vs ESG en mode italo disco blasé, l’humour à la Yello en moins (Freestyle Lover, Confined). Au final, on se dit que pour la grosse bosse dans le slip, on repassera par une autre case que celle de l’Irlandais de Berlin.

 

Un disque : Hot Coins – The Damage Is Done (Sonar Kollektiv)