10/11/2010

Christina Antipa – Everything Starts To Sing

christinaantipa-everything.jpgMême si Christina Antipa joue du hautbois depuis sa tendre enfance, sa musique est tout sauf du pipeau. Œuvrant dans les travées nu folk qui séparent Tara Jane O’Neil de Dawn Landes et Tamara Williamson, la chanteuse américaine interprète ses chansons ultra-sensibles (mention spéciale à It’s Not Enough) dans une bulle où la tendresse le dispute à la mélancolie, la sensualité à l’autisme – c’est qu’il faut laisser du temps à ses seize morceaux. Au-delà de l’instrumentation, minimale le plus souvent (guitare acoustique ou piano), on pourrait penser que la demoiselle de Sacramento n’est pas la plus grande technicienne de ce début de siècle (certes) mais ses chansons ne nécessitent guère de débauche de pyrotechnie démonstrative. Par ailleurs augmentées, de ci de là, d’extraits cinématiques qui leur donnent un supplément d’âme où l’émotion nous prend encore un peu plus (le magnifique morceau-titre), les compositions de Christina Antipa attrapent les tripes et les relocalisent près du cœur.

 

Un disque : Christina Antipa – Everything Starts To Sing (Waterhouse Records)

09/11/2010

Senking – Pong

senking-pong.jpgQu’un label expert dans l’electronica de haut-vol goûte aux joies ténébreuses du dubstep – le très influent Raster-Noton pour ne pas le nommer – voilà qui n’a rien de bien étonnant. Même si la maison de Carsten Nicolai & co n’intègre que très tardivement les deep basses typiques du genre né à South Croydon, le résultat est à mille lieues des horreurs récentes entendues de l’autre côté de la Manche, en premier le très putassier Outside The Box de Skream. Référence au classique du jeu vidéo, Pong déroule en neuf titres d’une somptueuse – et inquiétante – beauté sonore – un groove lentissimo sensuel, bien que perché dans un au-delà qui séparerait Mullholland Drive de DJ Distance, le tout dans un ancien bunker berlinois ressuscité en pleine guerre froide. Maniaques et sombres, parfois même flippantes (Painbug In My Eye), les atmosphères développées par Senking ne témoignent toutefois nullement d’une quelconque nostalgie pour un âge d’or dubstep entonné par Vex’d, Milanese ou DJ Hatcha. Au contraire, ancré dans une tradition électronique germanique qui relie le fil d’Aleph-1 à Mika Vainio (qui est certes finlandais) s’évadant du côté des docks de Hambourg une nuit froide de novembre, le cinquième numéro de Jens Massel pour le compte du label de Chemnitz est à marquer d’une pierre dark.

 

Un disque : Senking – Pong (Raster-Noton)
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27/10/2010

Sid LeRock – Tout Va Bien

sidlerock-toutvabien.jpgAvouons-le, chaque étape de la discographie du label Shitkatapult nous vaut sa dose de stress pré-auditif. Aurons-nous droit à une avalanche de gros beats martiaux qui donnent la nausée (T.Raumschmiere) ou à de la dentelle électro-pop de haute volée (Judith Juillerat) ? Une quarantaine de minutes plus tard, la solution à notre dilemme est heureusement nuancée. Voguant quelque part entre les vagues d’une techno mortifère – bien que secouant les palmiers berlinois en hiver – Tout va Bien jette un regarde drôlement cynique sur le monde de la nuit. Mariant le rock et l’électro-pop aux sons virtuels, le Franco-Canadien Sheldon Thompson aka Sid LeRock (et alias Pan/Tone) utilise globalement son inspiration à bon escient – fût-ce t’elle à géométrie variable (tel sur l’inutile Pow Wow). Heureusement, l’exception confirme la généralité. Ainsi, Still Life ne déparerait pas du côté d’un Monika Enterprise bis où les mecs auraient pris le pouvoir, tandis que La Guidoune ravira les fans de toutes les compilations Kompakt. Qui se pâmeront devant Incliner et sa rythmique digne de M. Wolfgang Voigt.

 

Un disque : Sid LeRock – Tout Va Bien (Shitkatapult) SID LeROCK "Tout Va Bien" album on (shitkatapult 2010) by Sid LeRock aka Pan/Tone

24/10/2010

Skream – Outside The Box

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Le mystère n’est désormais plus entier, la scène dubstep – le douteux Skream en particulier – vire peu à peu au cauchemar sonnant et trébuchant. A mille lieues des expérimentations sombres qui donnaient aux basses ultra-profondes un parfum envoûtant de fin du monde sophistiqué, le genre se phagocyte aujourd’hui de remixes bancaux pour l’insupportable La Roux (présente ici sur le très mauvais Finally) et des collaborations douteuses. Ce n’est pas ce très mauvais Outside The Box qui changera la donne d’un iota. Echos putassiers d’expériences au-delà du réel – franchement, ça donne envie de regarder un concert d’Elton John sur TF1 – le disque est d’autant plus décevant que son auteur nous avait enchantés en son temps sur ses EP Skreamizm – en un temps où Benga dépeçait un trompe-le-monde sur fond de samples vocaux venus d’une autre planète. Triste constat.

 

Un disque : Skream – Outside The Box (Tempa)
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21/10/2010

Admiral Radley – I Heart California

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Admiral Radley ou quand deux moitiés font l’unité, belle et cohérente, on ne peut que se réjouir. Evidemment, les forces en présence – Jason Lytle et Aaron Burtch de Grandaddy, ainsi qu’Aaron Espinoza et Ariana Murray d’Earlimart – promettaient de beaux lendemains, ils ne nous déçoivent nullement. Témoins d’une indie pop qui rend un hommage au regretté Denis Wielemans d’autant plus séduisant qu’il est involontaire (on doute que la bande de Braine-l’Alleud ait trouvé un écho jusqu’en Californie), le dynamisme mélodique balance son cœur de beurre entre déclinaisons mélancoliques (le morceau-titre) et cavalcade drolatique (Sunburn Kids). Au-delà de l’aspect mélodique évident sur une grande majorité des titres, les grands noms d’une Amérique moderne (et bien au-delà) peuplent de leur écho inconscient les pages de ce très bel opus. Quelque part au centre d’une vaste plaine où des échos exotiques à la Dirty Projectors ouvrent une valse à la Matt Elliott au son de la voix suave d’Ariana Murray (The Thread), l’ambiance musicale dépote sans fausse pudeur le manque d’ambition de nombre de projets contemporains en matière d’harmonies (les très putassiers Editors, anyone ?). Au-delà du simple exercice de name dropping (Ariel Pink, Yo La Tengo, place your bet), la fusion des deux groupes en présence imprime une révélation marquante sur le cervelet et, à l’occasion, les guiboles.

 

Un disque : Admiral Radley – I Heart California (Admiral Radley)

 

19/10/2010

Sky Larkin – Kaleide

skylarkin-kaleide.jpg

Contrairement à ce que leur son laisse transparaître, le trio Sky Larkin n’a pas traversé l’Atlantique mais juste la Manche pour nous arriver. Alors que sa power pop à guitares évoque plus souvent qu’à son tour les Throwing Muses et autres groupes féminins américains des nineties – encore que des soupçons d’Electrelane émergent ça et là, le combo de Leeds énergise sa formule, quitte à ne surprendre personne (et, en premier lieu, les fans de  The Chalets ). Le résultat est toutefois très plaisant à l’écoute. Jamais gras ni surchargé, le paysage sonore de Kaleide se laisse glisser dans l’oreille sans coup férir, abandonnant à l’occasion de très chouettes morceaux qu’on retrouve à l’envi. Une belle œuvre(tte), finalement.

 

Un disque : Sky LarkinKaleide (Wichita Recordings)

 

16/10/2010

We Love – We Love

WeLove_BPitch.jpgCas d’école de l’album estampillé Bpitch, We Love fait déjà saliver les papilles des collectionneurs des sorties du label berlinois. Mélodies electro pop majoritairement dansantes temporisées par des titres plus calmes, la musique de la paire italienne Giorgia Angiuli / Piero Fragola œuvre en territoires familiers. Evidemment, pour le renouvellement, on repassera (ou on retournera du côté de Orchestra of Bubbles, la toujours aussi excitante collaboration entre la boss maison Ellen Allien et le compagnon de toujours Apparat. Inutile de discourir plus longtemps, vous savez déjà tout.

 

Un disque : We LoveWe Love (Bpitch Control)

14/10/2010

Jimmy Edgar – XXX

jimmyedgar-xxx.jpgOn en connait qui doivent être soulagés, ce sont les patrons de Warp. Heu-reux qu’ils doivent être de ne pas être obligés de sortir cet immonde XXX de leur ex-poulain Jimmy Edgar, passé avec armes et bagages sur !K7. Où les boss doivent être tout rouges de honte, tant le niveau du disque frise le néant absolu. Faisant ressortir des placards une vieille stripteaseuse qu’on aurait lâché à la table de remixes electro-disco – genre Brigitte Lahaie voulant faire du Kraftwerk – le producteur de Detroit se prend les pieds dans le tapis à un tel point que ça en devient hilarant. Alors, oui, au douzième degré, nous vous conseillons vivement l’écoute de XXX.

 

Un disque : Jimmy Edgar – XXX (!K7) 

 


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13/10/2010

Mount Kimbie – Crooks & Lovers

mountkimbie-crooksandlovers.jpgTrès belle hype de l’été, Crooks & Lovers sera-t-il le disque fondateur d’un nouveau genre que d’aucuns nomment déjà post-dubstep ? L’histoire le dira mais nous prenons déjà le pari que… peut-être. Au-delà de notre réponse de Normand, le verdict se fait plus nuancé (pour le post-machin) et sans ambigüité (pour la qualité musicale). Croisement entre une tonne de genres, le son de Mount Kimbie est avant tout d’une richesse inouïe et mérite – à lui seul – bien mieux qu’un simple qualificatif. Jouant à saute-moutons entre jazz, electronica, trip hop, dubstep, UK garage, voire pop, le premier opus longue durée de Dominic Maker et Kai Campos nécessite un temps d’acclimatation – impossible d’assimiler autant de belles choses d’un seul tenant en trente-cinq minutes chrono. Au fil du temps, la fascination pour les recherches sonores prend nettement le dessus, aucun acte gratuit n’ayant été posé par ces escrocs et ces amants. Mieux même, à chaque étape du parcours, les multiples trouvailles des Mount Kimbie embaument l’espace de leurs immenses beautés, jamais elles ne sont vaines ou de pure forme. Sans même parler de l’utilisation des samples vocaux, qui renvoient jusqu’au pourtant génial Burial à ses chères études. Ca vous suffit où il vous en faut encore ?

 

Un disque : Mount Kimbie – Crooks & Lovers (Hot Flush Recordings)
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12/10/2010

Zero 7 – Record

Zero7–Record.jpgPour être tout à fait honnête, on s’est longtemps fichu de la carrière de Zero 7 comme de notre premier 45 Tours dédicacé par le Grand Jojo. Dix ans, pourtant, que les sons downtempo trip hop de la paire britannique font leur cours le long d’une berge où les postures d’Alpha et – surtout – Portishead tiennent le haut du pavé, on ne trouve toujours pas la moindre tache osant gâcher l’immaculée surface de leur musique. C’est bien ce qui nous a toujours manqué dans le parcours de Henry Binns et Sam Hardaker, ces manques d’aspérité et de relief, en dépit d’une sélection de vocalistes de très haute volée (Jose Gonzalez, Sophie Barker). Le présent best of ne fait évidemment guère exception à la règle. Les voix, dominées par la sensuelle Sia (présente sur la moitié des titres), dévoilent leur moelleux au sein d’arrangements toujours smooth – ça ne nous suffit guère pour que la balance retrouve le côté positif de la force.

 

Un disque : Zero 7 – Record (Warner)