29/03/2011

Rotterdam – Cambodia

Everest RecordsAutant néerlandais que le combo australien Architecture In Helsinki était finlandais, le duo viennois Rotterdam a patienté dix longues années d’expérimentation avant de nous offrir ce premier opus, auquel nous adhérons sans guère de réserves. Le plus captivant dans l’histoire de ce Cambodia, qui, vous l’avez deviné, n’a rien d’Indochine (la bande de neuneus, hein) ? Les pulsations, mon Gaston, hypnotiques et au-delà de toutes les conventions. D’entrée de jeu, Susanne Amann (violoncelle, flûte, électronique) et Michael Klauser (guitare acoustique, électronique) nous scotchent au dossier, à la faveur d’un Cool Bum Bum à faire tomber les pucerons arrimés aux ouvrages de Radian. Tout, pourtant, devrait concourir à faire des six pièces de l’album une master class en monotonie rythmique – dont une répétitivité qui confine à l’obsession post-No-Neck Blues Band vs Kapital Band 1. Toutefois, la paire autrichienne remporte le pari, haut la main. Intégrant des tempos rapides qui s’entrelacent au contact d’une guitare qu’on jurerait amoureuse des tablas de Ravi Shankar (Sup Sup), les divagations sensuelles du duo aus Wien explosent les canevas sans jamais parader inutilement. Imposant l’évidence de leur conviction d’un naturel déconcertant, Amann et Klauser sont, peut-être, moins à l’aise quand ils invitent l’obscurité à leur table (Eckig), ce ne sont que détails. Le flambeau est bien vite repris de main de maître sur un morceau-titre qui rend maboul par ses deux notes répétées à l’infini. Évidemment, contexte aidant, la techno minimale trouve une place naturelle largement au-delà des clichés dancefloor (Rotterdam) tout comme des rythmes africains étonnamment intitulés… Berlin. Au final, on en redemande tant et plus !

 

Un disque : RotterdamCambodia (Everest Records)

24/03/2011

Stuart Sweeney – 16:9

Stuart SweeneyEntre échos surprenants et lignes venteuses, 16:9 du Britannique Stuart Sweeney est à découvrir sur le Grisli.

 

Un disque : Stuart Sweeney16:9 (Oomff)

The Banjo Consorsium – A Turning One

Mariage déroutant (ou pas)banjo_consorsium-turning.jpg entre la musique folk nord-américaine et l’electronica tendance pop ambient, A Turning One dévoile, après une période d’adaptation nécessaire, de très jolies choses. Œuvre du Québécois The Banjo Consorsium, alias (on s’accroche au manche) Jacques-Philippe Lemieux-Leblanc, le disque inscrit dans ses gênes dans les pas des songwriters d’outre-Atlantique (M. Ward vient directement à l’esprit), à l’instar du finalement très pop hymne Burning Feet en ouverture des (pacifiques) hostilités. Là où la démarche gagne en individualité, c’est quand les échos digitalisés de Taylor Deupree ou Ghislain Poirier s’invitent à l’unisson. A l’instar des superbes travaux du Breton de Belgique Christophe Bailleau aux côtés du baroudeur folk américain Neal Williams, mais en mode solo uniquement, Lemieux-Leblanc imprime une touche électronique, la sienne penche toutefois très nettement du côté de l’electro-pop façon Fedaden (tiens, une des autres signatures Nacopajaz). Quelques accrocs, toutefois, viennent perturber l’harmonie. On note sur Name April une incongrue intervention de cordes synthétiques douteuses ainsi qu’un démarrage traînant en longueur sur Rocky (mais la machine lancée, elle est d’une vigueur inarrêtable).  Au-delà de ces quelques regrets, les quelques titres chantés, notamment la très Under Byen-like collaboration Until Morning avec la vocaliste danoise Sara Savery sont totalement délicieux. Extrêmement accessible, en tout cas parfaitement mélodique, les douze morceaux méritent bien davantage qu’un simple crochet distrait.

Un album (download only) : The Banjo ConsorsiumA Turning One (Nacopajaz)

13/03/2011

Angelicá Castelló – Bestario

angelicacastello-bestario.jpgAu-delà d’un douteux premier morceau, Bestario de la Mexicaine aus Wien Angelicá Castelló est à conseiller sans autres réserves. La suite sur le Grisli.

Un disque : Angelicá CastellóBestario (Mosz)

09/03/2011

Duffstep – Getting To Sirius

duffstep-getting-to-sirius.jpg

Conjonction d’un style (le dubstep, au sens élargi du terme) et d’un nom (l’Anglais Jeremy Duffs), le simple nom de Duffstep pourrait très bien figurer au rang des incontournables du genre, aux côtés des extraordinaires Mount Kimbie et de leur incontournable Crooks & Lovers (en bonne place des les tops 2010). Pêcheur de galaxies post-Benga, défricheur d’ambiances où le mortifère transperce ses lézardes de rayons ultraviolets, le producteur anglais inspire, dès la première écoute, un sentiment d’abandon noctambule vivace et enveloppeur. Inspiré, puisant aussi bien dans la scène UK garage des années 2000 que dans les musiques électroniques dansantes des deux décennies précédentes, son premier opus balance une sacrée carte de visite sur le dancefloor. Même si les schtroumpfs grognons sursauteront face à tel ou tel gimmick trop voyant (un clin d’œil au disco par ci, une suavité lounge jazzy par là), ils resteront globalement scotchés devant le mariage fiévreux, voire improbable, des multiples composants du lieu. Telle une gageure citant Kode9 auprès d’un… Robert Wyatt baléarique, tout en n’ignorant pas FaltyDL et Ultravox, Duffstep ose et impose, quitte à chiffonner les bonnes consciences en mal de vécu sentimental.

Un disque : DuffstepGetting To Sirius (Join The Dots)

04 On & On by Duffstep

22/02/2011

Francisco López – Köllt / Kulu

franciscolopez-kolltkulu.jpegAbondante et très majoritairement captivante, l’œuvre de Francisco López se recoupe en deux axes aussi antinomiques qu’ils sont complémentaires. Dans ses multiples variantes calmes, n’y lisez aucune asepsie ou fadeur, le travail de l’artiste espagnol campe sa tente au milieu de field recordings resculptés par les doigts d’orfèvre de son auteur. Le versant noise hardcore est, lui aussi, pareillement époustouflant – et le présent Köllt / Kulu n’apportera nul démenti à ces propos dithyrambiques, notamment par l’usage d’un déluge de batteries qui feraient passer Boredoms pour Norah Jones.

Basé sur une double version de chaque pièce (une longue en audio et une courte en vidéo - et inversement), le double CD et DVD emporte l’auditeur dans une catharsis bruitiste d’une immense acuité sonore, aussi bien dans ses propensions secouées (le début de Köllt) que dans les brouillards industriels insectivores qui leur succèdent (ou précédent, tout étant imbriqué dans un magma de bruit, de fureur et d’abandon). Comme dit précédemment, la version en vidéo des deux morceaux est soit plus courte (Köllt) soit plus longue (Kulu) qu’en format audio. Apportant un supplément d’âme visuel – encore que la simple écoute en aveugle suffise pleinement à s’en prendre plein la gueule, les deux films rendent toute la folie auditive à leur juste (dé)mesure. Que des milliers d’insectes traversent l’écran pour explorer Köllt ou que des variations de noir et de blanc illustrent les moments de bruit ou de silence de Kulu, on reste ébahis et subjugués.

Un CD + DVD : Francisco López – Köllt / Kulu (Störung)

09/02/2011

Piiptsjilling – Wurdskrieme

piipsjtilling.jpgRégion du nord des Pays-Bas dont la réputation tient essentiellement au… patinage de vitesse – pour qui le stade couvert de Heerenveen représente le même statut iconique que Wembley en football, la Frise possède également pour particularité de conserver la vivacité de sa langue, dont les sonorités gutturales ne sont pas sans évoquer les idiomes scandinaves. Hors de toute idée véloce imaginée sur des lames coupantes, Wurdskrieme (Le Cri des Mots)  de Piiptsjilling conserve l’usage exclusif du Frison, sous la plume insolite de Jan Kleefstra (dont les textes sont traduits en anglais dans le livret). Aux côtés de son comparse de frangin Romke Kleemstra, mais aussi des essentiels Machinefabriek (aka Rutger Zuyderveldt) et Soccer Committee (alias Mariska Baars), il développe des atmosphères nocturnes totalement enveloppantes. Qu’elles soient en duo féminin-masculin (le magnifique Unkrûd), "simplement" accompagné d’un long drone obscur éclairé de quelques notes de guitare ou en solo (Tsjsutere Leaten ou Sangerjende Wyn) épaulé de craquèlements torrentiels et orageux, les déclinaisons en spoken word du musicien néerlandais ne tardent guère à faire leur effet. Prenant le temps de la langueur fugace (sans jamais donner des signes de paresse), échafaudées sur des structures tactiles aux traits inquiétants, le second opus du quatuor tient toutes ses promesses crépusculaires – et même davantage.

Un disque : Piiptsjilling – Wurdskrieme (Experimedia)


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06/02/2011

Slowcream – River Of Flesh

me raabenstein, slowcream, critique, nonine, neo classique, experimental, electronica, critiqueÉpoque propice à tous les mal-être du monde, la saison froide recommande, parait-il, de longues séances de luminothérapie, bercées d’une intense clameur infrarouge, enveloppée dans une douce musique lounge achetée au rayon balnéo du centre Yves Rocher du coin. Comment, qu’entends-je, on n’y trouve pas le nouveau Slowcream – il paraîtrait même qu’il est en rupture de stock dans les étagères ambiances dark plongées dans la brume humide ? Vérifions, voulez-vous – écoutons, c’est encore mieux, d’autant que le jeune homme, alias Martin Eugen (Me) Raabenstein, n’en guère à son coup de peinture noire initial.

Un coup d’œil sur les ingrédients nous renseigne une combinaison riche, voire surchargée, de samples, compositions et de free improv’ live, joués sur des lecteurs à cassettes et des platines vinyles. Vous avez dit Giuseppe Ielasi, petit coquin ? Dans le mille, mon ami, notamment sur le second titre Atrocity, réellement superbe (en dépit de son patronyme) et qui aurait fait merveilleuse figure sur le premier volet de la série Stunt du maître milanais – tout comme Hunting Song, aux accents GASsiens. Sans doute la pièce la plus musicale du lot, au sens "mélodique" du terme, ce deuxième épisode contraste fortement avec ses cinq acolytes, plongés dans des ténèbres dark ambient, une seule fois inutilement surchargés (Spiritual Training In Cataclysm), sinon agencés avec une spendide ingéniosité (Unspeakable Acts). Et si tout cela n’est forcément pas très drôle, voire carrément lugubre, on reste abasourdi – track initiale exceptée, devant la dextérité noctambule du musicien berlinois, promeneur virtuose dans les entrelacs impitoyables et mortifères de nos insomnies oniriques.

Un disque : SlowcreamRiver Of Flesh (Nonine)

03/02/2011

Philippe Petit & friends – A Scent Of Garambrosia

philippepetitfriends.jpgEntouré d’une ribambelle de compagnons de haut vol, Philippe Petit laisse tout le champ libre à ses partenaires d’un morceau (ou plus) sur A Scent Of Garambrosia. Qu’il s’agisse de l’harpe électrique de Raphaëlle Rinaudo (qui défie carrément la grande Zeena Parkins, ô compliment) sur When A Seahorse Meets A Seafish… ou que les violons de James Johnston remplissent un espace constellé qui n’est pas sans évoquer le récent Off To Titan, les atmosphères dévoilent – au casque, svp – leurs intimes secrets au fil des écoutes. Visant même un hyper-monde partant en vrille sous la trompette d’Andy Diagram (oui, celui de Pale Fountains, The Spaceheads et James), l’œuvre éteint ses tentacules vivaces entre maintes sonorités originales dans leur familiarité dissolue.

A l’instar du morceau-titre (et phare) du disque, où Maria Grigoryeva, Helena ‘Espers’ Espvall, Hervé Vincenti et Alexander Bruck exploreraient un étonnant – et fameux – rapprochement entre Andy Moor et Lene Grenager quelque part sur le label Tzadik, les ambiances nocturnes convergent à l’unisson, tantôt dans une lenteur assumée (Night Elves Jukebox), tantôt dans un déferlement craquelant où le violoncelle de Bela Emerson rejoindrait Svarte Greiner (The Moon Woman). Et tel un diable au corps maculant ses victimes d’un noir désir d’envoûtement céleste, l’ultime descente anoblit les mystères acides de ses pensées obliques.

Un disque : Philippe Petit & friendsA Scent Of Garambrosia (Aagoo Records)

01/02/2011

RV Paintings – Samoa Highway

The Helen Scarsdale Agency, rv paintings, jon pyle, brian pyle, electronica, ambient, experimental, love on the bitsMembre fondateur des libérateurs psyché Starving Weirdos – c’est là son principal fait d’armes « people », Brian Pyle fait cause commune avec son frangin Jon au sein de RV Paintings. Nés en Californie, plus exactement dans le Humboldt County, soit très loin des lumières de San Francisco et Los Angeles, ils conjuguent les visions impressionnistes de leur terre natale à un psychédélisme cinématique ravageur – le résultat est très satisfaisant, voire par instants stupéfiant (tel l’inaugural Millions). Pendues sur le fil d’un drone qui relie un shoegaze abstrait aux réflexes pavloviens d’une sortie de route bruitiste, les déclinaisons de Samoa Highway (dont le titre fait référence au long pont reliant les deux communautés du comté) s’imprègnent des bruits familiers du lieu – l’aéroport du coin, par exemple. Alors que tout cela risquait de nous faire glisser vers le déjà entendu, d’autres ingrédients viennent, heureusement, ajouter une touche personnelle aux cinq morceaux. Entre un piano minimaliste à ma gauche et des effets organiques à ma droite (on songe notamment à Hildur Gudnadóttir), les instants fouillés développés par la fratrie américaine s’imposent par l’évidence de leur architecture, en dépit de (ou plutôt grâce à) la richesse flamboyante de ses oripeaux ambient, servis sur des souvenirs néo-classiques qu’on ne peut que vous recommander.

Un disque : RV PaintingsSamoa Highway (The Helen Scarsdale Agency)


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