11/10/2010

Max Richter – Infra

maxrichter-infra.jpgOn a beau le répéter, le parcours de Max Richter ressemble à un sans-faute. Soulmate de tous les Sylvain Chauveau et Hauschka de notre planète, le compositeur britannique d’origine allemande n’a guère son pareil pour affranchir les bornes néo-classiques de ses trouvailles electronica, tel que le prouve encore la surprenante introduction de ce nouvel Infra. Toujours à son apogée dans la construction d’atmosphères mélancoliques d’une immense beauté plastique, le Germano-Ecossais offre ici au ballet éponyme du chorégraphe Wayne McGregor un décor magnifique sans jamais verser dans un esthétisme planplan. Songeant parfois à l’inquiétude sublimée de Fog Dance, My Moth Kingdom de Worrytrain ou aux trouvailles aquatiques du Luminarium de Tape, Infra marque encore davantage l’impact de Max Richter, artisan des temps modernes entre tradition et renouvellement.

 

Un disque : Max Richter – Infra (Fat Cat)


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16/08/2010

Oneohtrix Point Never – Returnal

oneohtrix-point-never-returnal.jpgLa Kosmische Musik anno 2010, c’est du côté de Oneohtrix Point Never – alias Daniel Lopatin aus den USA. La suite sur le Grisli.

 

Un disque : Oneohtrix Point Never – Returnal (Editions Mego)

 


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18/07/2010

Wildbirds & Peacedrums – Rivers

wildbirdspeacedrums-rivers.jpeg Duo suédois à l’excellente réputation critique, voire publique, Wildbirds & Peacedrums poursuit délicatement un chemin tracé au son des harmonies vocales et de la batterie, éléments constitutifs majeurs des chansons du couple Mariam Wallentin / Andreas Werlin. Inclassable défintivement, l’univers de W&P évolue entre diverses planètes musicales, de la musique contemporaine à la folk mystique en crochetant du côté du jazz et de la dream pop. En creusant un peu, on y trouve des traces manifestes d’autres Scandinaves – tels les Danois d’Efterklang, mais aussi des restes de Kate Bush réfugiée dans une église l’intégrale Maja Ratkje sous le bras, le tout sous des auspices charismatiques indéniables. En tout état de cause, ces Rivers ne font que confirmer un peu plus la renommée méritée du Wildbirds & Peacebrums, là-haut in the sky.

 

Un disque : Wildbirds & Peacedrums – Rivers (The Leaf Label)

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17/07/2010

Lazer Crystal – MCMLXXX

lazercrystal-mcmlxxx.jpgOriginaire de Chicago, le trio Lazer Crystal ne pouvait que terminer sa course dans la maison Thrill Jockey pour son premier effort longue durée. La présence sur le label de Tortoise, The Sea & Cake ou The Fiery Furnaces  est toutefois surprenante à l’autopsie, tant la démarche s’inscrit dans un cadre qu’on imaginerait plus chez Sonig (label des Mouse On Mars, pour rappel) – encore qu’un certain rapprochement avec  Trans Am n’est pas à exclure. D’une tonalité globalement sombre avec ses beats martelés et ses synthés évidemment eighties (cfr le titre de l’album), MCMLXXX invite une peuplade gothique – au hasard, les Sisters of Mercy – à la table de The Faint, quelque part sous une chapelle clandestine où les papys du krautrock se feraient vider les tripes. La volonté d’en mettre plein les oreilles est toutefois gênante, pour ne pas écrire déplacée. Manquant souvent de finesse, gourmande sans jamais être repue, la bête rate toutefois sa cible, tant son cœur balance entre le vintage et l’invention.

 

Un disque : Lazer Crystal – MCMLXXX (Thrill Jockey)

 
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06/07/2010

alva noto – For 2

alvanoto-for2Personnage quasi-récurrent du Love On The Bits – nous reparlerons très prochainement de sa collaboration avec – mais oui – Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten), alva noto compile sur For 2 les compositions dédiées à des personnages du vingtième siècle, du cinéaste russe Andrei Tarkovsky au dramaturge allemand Heiner Müller en passant par le  musicien américain Phill Niblock. En avant pour un très intéressant aperçu de la vie parallèle de l’auteur de Unitxt, entre 2003 et 2007.

Davantage inspiré par un esprit ambient qui confine au néo-classiscisme tel que l’imaginerait Wolfgang Voigt (alias GAS), Carsten Nicolai n’oublie toutefois pas complètement le minimalisme de ses beats, ceux qui nous excitent tant sur son label Raster-Noton (Garment, 13). Ici penché sur l’héritage indispensable de la musique concrète de Francisco López (Villa Aurora), là imprégné d’un faux jazz viennois que pratiquerait Kai Fagaschinski aux côtés de Philip Glass (Argonaut), For 2 dévoile les multiples facettes méconnues de son auteur. Explorateur des espaces interstellaires, à l’instar de Lawrence English mais aussi de Brian Eno, le musicien de Chemnitz sublime le beau dans la pérennité alors que, trop souvent rangé dans la catégorie des producteurs d’une techno squelettique qui n’en demeure pas moins indispensable, il pourrait se contenter de capitaliser sur la recette d’une relative et bien illusoire notoriété.

 

Un disque : alva noto – For 2 (Raster-Noton)


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03/07/2010

Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy

rdecaraketa-oldgirloldboyDuo formé de la Slovène (basée à Vienne) Maja Osojnik et de l’Autrichien Matija Schellander (déjà entendu dans Métalycée), Rdeča Raketa – prononcer Rdetcha Raketa – emmène l’auditeur en une extraordinaire promenade fantasmagorique dans les contrées turntablisées de Philip Jeck et de Giuseppe Ielasi. Grâce à la combinaison épatante d’enregistreurs à cassette, de Paetzold recorder, de jouets, de basse électrique et de multiples outils électroniques, les deux complices démontent les concepts nauséeux et placent la bravoure libertaire au centre de leur attention, nourrie d’opposition à tout préjugé. Mariant la décalcomanie à la bravoure sonore, débusquant au coin d’un magasin de jouets pour grands enfants exilés sur Touch ou Schoolmap Records les sonorités d’un voyage au pays de tous les (im)possibles, Osojnik et Schellander déclinent en une seule longue plage un dynamisme intellectuel qui n’exclut ni plaisir ni lucidité. Et pour vous donner une idée encore plus exacte de la vitalité neuronale extrême de notre duo favori – rayon nouveautés 2010, on vous invite à fouiller YouTube, vous y dénicherez une épatante performance au Sonntags Abstrakt de Graz. Disque du mois, M. Charlebois !

 

Un disque : Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy (Mosz)

29/06/2010

Marcel Dettmann – Dettmann

ostgutcd12-dettmannLégendaires dans la nuit berlinoise, les platines de Marcel Dettmann font danser les clubbers du mythique Berghain jusqu’à rasade de beats minimalistes depuis déjà pas mal de temps. Auteur de quelques maxis fameux (notamment aux côtés du magnifique Ben Klock), le producteur allemand nous propose – enfin – son premier opus longue durée, il n’est pas sans (belles) surprises. Otez-vous tout d’abord de l’esprit toute tentation dansante de sueur bourrine – ou alors ce disque n’est pas fait pour vous. Ponctué d’atmosphères desséchées – imaginez une rencontre entre le fondamental Unitxt d’alva noto et l’intrigante pièce ambient s6t8r de Gilles AubryDettmann perce l’abandon des environs de la Ostbahnhof au gré de ses rythmes inquiétants. Quasiment industrielle par instants, l’approche décline également des envies de secousses telluriques ubuesques, perçues en écho d’un dancefloor où la vie prend toujours le pas sur la décadence.

 

Un disque : Marcel Dettmann – Dettmann (Ostgut Ton)

27/06/2010

Films – Messenger

films-messengerEmpreinte d’éléments néo-classiques, tel le monde funambulesque de Max Richter illustrant une fable ultime du grand cinéaste Kore-Eda Hirokazu (Nobody Knows, Air Doll), la musique des bien nommés Films se noie – hélas – dans l’évanescence bavarde. Formellement très belles, les atmosphères empreintes de cordes, de piano et d’électronique ont tendance à se perdre dans les méandres vaporeux d’une référence trop voyante. Instrumental, l’univers tonal et apaisant manque de relief rythmique, notamment lorsqu’il s’égare dans un substrat ambient, certes, subtil mais à qui il manque le support visuel pour emprunter davantage de sens. Chantées d’une voix féminine rêveuse, les mélodies s’insèrent dans l’immense interstice séparant les Dead Can Dance de Gutevolk en passant par Soap & Skin (le meilleur) ou Enya (ça devient gênant). A toi de voir, l’ami des elfes aux yeux bridés.

 

Un disque : Films – Messenger (Noble)

04/06/2010

Yannis Kyriakides – Antichamber

yanniskyriakides-antichamberPièce maîtresse du mois, le double album Antichamber nous invite à la découverte de l’œuvre de Yannis Kyriakides, jeune compositeur électroacoustique né à Chypre en 1969 et émigré en Angleterre à la suite de l’invasion turque de la partie nord de l’île en 1974. Aujourd’hui installé à Amsterdam, directeur musical et collaborateur de divers ensembles de musiques contemporaines, notre homme est néanmoins ouvert à d’autres horizons, en témoigne ses duos réguliers avec Andy Moor (The Ex) et sa participation au groupe de musique de ballet improvisée – et oui, ça existe – Magpie Music Dance. Sans compter la gestion du label Unsounds, aux côtés d’Isabelle Vigier (MMD) et du déjà cité Andy M.

Etalés au cours des quinze années écoulées, les dix travaux présentés inscrivent Kyriakides non dans l’antichambre mais dans le salon d’apparat des grands musiciens de notre temps, en premier lieu James Tenney et Louis Andriessen – dont, répétons-le, il faut absolument avoir écouté De Staat pour devenir un honnête homme. Egalement anti-musique de chambre (d’où son titre), la manière de Kyriakides explore diverses combinaisons, tout en demeurant hautement personnelle. Absolument incroyable de tentation subtile, éprise des travaux du BBC Radiophonic Workshop comme de l’idiosyncrasie contemporaine des Berlinois de zeitkratzer, Telegraphic forme un accès idéal au monde cosmogonique du musicien chypriote. Seize minutes d’anthologie que les fans de Kraftwerk ne doivent nullement craindre, parole de… Redécouvrant les racines folkloriques de la musique traditionnelle grecque mêlées à la mélancolie contemporaine d’un émouvant dialogue entre violon et guitare électrique (Zeimbekiko 1918), Kyriakides varie à foison les registres. Faisant œuvre d’abstraction cagienne sur Antichamber, il retrouve la mélodie sur As They Step Into The Same Rivers, superbe lamentation néo-classique où l’alto et la contrebasse dialoguent avec un… iPod, ainsi que sur le lentissimo hYDAtorizon pour quintet avec piano.

Débutant en fanfare où trois instruments évoluent en contrepoint sur des rythmes polyphoniques affolants dans un premier temps, le second disque vise – et atteint – tout autant l’excellence. Seule composition vocale – et de quel niveau !, U mélange dans une folle adresse sinusoïdales et huit voix à la Steve Reich, c’est Mikhail Karikis qui doit être vert de rage (ou d’admiration). Tout aussi remarquable, PNeuma pour basson, piano et bande sonore modernise – c’est une réelle merveille – l’héritage de Luciano Berio, alors que DOG SONG introduit un free jazz virtuose à demi-convaincant seulement. Terminant les trois heures du périple, ATOPIA se promène sur le fil ténu de ses drones harmoniques, pour une pièce à haute teneur en sensibilité acoustique. Les récalcitrants seront enfermés illico au pain sec et au Jean-Michel Jarre.

 

Un disque : Yannis Kyriakides – Antichamber (Unsounds)

01/06/2010

Denseland – Chunk

denseland-chunkEn avant pour un tour du côté du label viennois Mosz, en attendant le très troublant duo Rdeča Raketa – promis, juré! Développé autour d’un spoken word grave (au sens organique du terme), Chunk du trio austro-germano-américain Denseland s’inscrit – parfaitement, svp – dans les interstices qui sépare les albums 2 de Kapital Band 1 et The Ghost Sonata de Tuxedomoon – le tout conté par le timbre ricaneur de l’incomparable David Moss, à la fois ténébreux et impressionniste (think Tom Waits vs Ergo Phizmiz). D’une teneur électroacoustique qui laisse toute sa juste place aux musiques (semi)-improvisées, les dix propositions bénéficient du soutien dynamique, on pourrait écrire olfactif et poivré, de Hannes Strobl (basse, électronique) et Hanno Leichtmann (batterie, électronique).

Tendu autour d’un fil qui atteint un point d’équilibre au bord du miracle parfois (Monk, Low Velocity Zone) – hormis l’une ou l’autre tentation électro-pop expérimentale comique mais accessoire (Obsidian), les vraies folies de Denseland s’en laissent réellement compter quand, sous ses oripeaux électroniques (faussement) désorganisés, se rejoignent les mondes croisés de Felix Kubin et Yannis Kiriakides, quelque part sous un baobab africain. Qui l’eut cru, Lustucru ?

 

Un disque : Denseland Chunk (Mosz)