07/02/2010

La renaissance du Profan

voigt02Précurseur du mondialement célèbre Kompakt, le label Profan de Wolfgang Voigt renait de ses cendres en ce début 2010. Intitulée Abweichung (Déviance), la nouvelle production du maître de maison Voigt augure, espérons-le, d’une renaissance définitive et enthousiaste. En prime – et c’est la seconde bonne nouvelle, le double CD Wolfgang Voigt – Werkschau jettera un autre regard rétrospectif sur la carrière du producteur de Cologne, deux ans après un Nah und Fern d’anthologie. Aux dernières infos, les feux de joie se multiplient aux quatre coins du dancefloor. Minimal.

04/02/2010

Machinefabriek & Andrea Belfi – Brombron 15: Pulses And Places

brom15kleinVolume 15 de la série Brombron du label néerlandais Korm Plastics, la collaboration entre l’électronicien batave Machinefabriek et le percussionniste italien Andrea Belfi est tout bonnement sensationnelle. La suite sur le Grisli.

 

Un disque : Machinefabriek & Andrea Belfi – Brombron 15: Pulses And Places (Korm Plastics)

Black To Comm – Alphabet 1968

blacktocomm-alphabet1968Boss du label Dekorder (Guido Möbius, Kuupuu, Xela, Stephan Mathieu) et musicien accompli dans le secteur des drones, Marc Richter aka Black To Comm explore des contrées électronica davantage néo-classiques sur ce nouvel opus, le premier pour Type. Parsemé d’atmosphères multiples et d’influences diverses, Alphabet 1968 est un disque malicieux et long en bouche. Entre velléités pianistiques minimalistes, évasions vers la musique concrète ou beats hyper-discrets très germaniques, les ingrédients se chevauchent dans un premier temps, c’est pour mieux d’amalgamer en un délicieux breuvage. A sa dégustation, nombre de nos héros contemporains se rappellent à notre excellent souvenir. Entre ambiances saupoudrées de turntablism à la Giuseppe Ielasi, escapades humides à la Wolfgang Voigt, rythmiques en sourdine façon Michaela Melian ou glockenspiel fébrile à la manière de Colleen, les points de chute se multiplient et s’entrecroisent. A certains instants, c’est tout bonnement magique (Frost, la conjugaison parfaite entre le Zauberberg de GAS et le Baden-Baden de Mme. Melian) ou gargarisant (Musik für Alle, tel du Benjamin Lew). Dans tous les autres cas, le niveau demeure très haut.

 

Un disque : Black To Comm – Alphabet 1968 (Type)

21/12/2009

Un disque : Rothkamm – ALT 1989-2009

rothkamm-altOn enfile le polar avec Rothkamm, la suite est sur le Grisli.

 

Un disque : Un disque : Rothkamm ALT 1989-2009 (Baskaru)

Broadcast & The Focus Group – Investigate Witch Cults Of The Radio Ages

broadcast_focus_group_investigate_witch_cults_largeProjet totalement vénéré par votre serviteur depuis ses débuts vers le milieu des nineties, Broadcast élargit le spectre de ses intentions sur ce mini-album. Aujourd’hui résidant de Hungerford, à mi-chemin entre Bristol et Londres, le duo Trish KeenanJames Cargill collabore pour la première fois avec The Focus Group aka Julian House, le fondateur du label Ghost Box.

Composé de vingt-trois titres pour cinquante minutes de musique, Investigate… s’inscrit pleinement dans la démarche très anglaise de Broadcast, tout en élargissant les horizons entre Vieux et Nouveau Monde. Traçant un lien aussi étonnant que subtil entre le Pink Floyd de Pipers At The Gates Of Dawn et le White Noise de Delia Derbyshire, les titres chantés – ils ne le sont pas tous – sont d’une beauté onirique absolument irréelle, à commencer par un The Be Colony d’anthologie. Parfois, l’évocation de la campagne anglaise trace son chemin au sein d’un pastoralisme électronique bluffant (I See, So I See So) tandis qu’en d’autres instants surprenants, l’ombre de la musique de… Henry Purcell rencontre la musique concrète de Pierre Schaeffer (qui n’était pourtant pas anglais), quand ce n’est un souvenir de jazz bebop affrontant une electronica micro-tonale. Très varié, parfois un peu incohérent tant les idées se bousculent, le treillis élaboré par les trois artistes inspire une luxuriance humaine où la notion de rétro-futurisme prend encore davantage de sens.

 

Un disque : Broadcast & The Focus Group Investigate Witch Cults Of The Radio Ages (Warp)

29/11/2009

Hapsburg Braganza – Hatchling

hapsburgbraganza-hatchlingLe rendez-vous était fixé un soir de septembre 2009, en la demeure bruxelloise de M. Sylvain Chauveau. Les usages respectés et passés, des mini-performances de deux minutes maximum, dont celle fantastique de Pierre-Yves Macé, le temps était venu de lier connaissance. Et jour de chance, parmi la trentaine de présents, le Liégeois (établi à Gand) Yannick Franck était du voyage, il avait même emporté une pile de la dernière sortie – en 300 exemplaires – de son label Idiosyncratics.

Sous le couvert de l’étrange pseudo Hapsburg Braganza se cache l’Anglais de Newcastle Phil Begg. Adepte des collages sonores, notre homme nous offre une seule pièce de quarante minutes, particulièrement dense et intense. Peuplés de field recordings qui rappellent de toute évidence la musique concrète de Francisco Lopez, surtout lors de la première partie, les paysages sonores de Hatchling passent d’une pluie cinématique à des grincements hitchcockiens. Inquiétantes, les atmosphères évoluent de façon presque impalpable, mais réelle, vers une vision de plus en plus liquide, où la beauté sonore passe de flux en reflux, avant l’averse. Petit à petit, un drone organique surgit du mur d’eau et le souvenir des Nocturnal Emissions et de Charlemagne Palestine refait surface, pour ne plus nous quitter. Et on en redemande.

 

Un disque : Hapsburg Braganza Hatchling (Idiosyncratics Records)

Big Mouth - Marie Flore - Severin

Johnny - Constance Verluca - Severin

27/11/2009

Leyland Kirby – Sadly The Future Is No Longer What It Was

leylandkirby-sadlythefutureVéritable identité du mystérieux The Caretaker (alias V/Vm), auteur des remarquables A Stairway To The Stars et Persistent Repetition Of Phrases, Leyland Kirby quitte – enfin – la coquille de l’anonymat volontaire. Comparé au meilleur des musiques ambient, celles d’un William Basinski (quand il ne s’emmêle pas les bandes) et de Janek Schaefer, le musicien britannique installé à Berlin explore, toujours un peu plus loin, une veine néo-classique automnale. Pleinement mélancolique, et c’est peu dire, elle est déclinée en trois doubles vinyls vendus séparément en 450 exemplaires seulement (ou en un coffret de 3 CD), telles des armes absolues contre les frimas automnaux à venir.

 

Installé à Berlin dans le formidable quartier de Friedrichshain, là où les clubs les plus fameux (Berghain, Maria am Ostbahnhof) côtoient les vitrines architecturales du néo-classicisme socialiste (Frankfurter Tor, Karl-Marx Allee), Kirby nous invite à prendre le temps de la déambulation ralentie. Narrée en vingt titres d’une splendide beauté formelle, ne vous étonnez pas de voir des larmes garnir vos joues, l’histoire peut se conter en de multiples tableaux pluvieux et solitaires. Les privilégiés d’entre nous qui ont l’immense chance d’avoir un jour parcouru les rues depuis l’Oberbaumbrücke jusqu’au Volkspark Friedrichshain, un soir frisquet, savent de quoi il en retourne.

 

Avant d’aborder la musique de Kirby, prenez le sentier de Google, bifurcation Youtube. Un click de souris plus loin, vous vous plongez dans une vidéo en noir et blanc, elle est volontairement floue et humide. Tremblotant d’émotion, pris d’une subite envie de gagner les bords de la Spree, elle vous  emmène en promenade dans des rues du quartier habité par le compositeur. Au travers des gouttes et des tremblements, nous passons outre les cocktail-bars embourgeoisés de la Simon-Dach-Strasse. Traversant une histoire mouvementée, nous débouchons au pied des prestigieux – et socialistes – palais des travailleurs de la Frankfurter Allee, vitrines d’une époque heureusement révolue où le tovarich Joseph Staline imposait sa loi martiale et inhumaine à tout un demi-continent. Pris dans un flot ininterrompu de sentiments forts, nous pensons au présent, marqué au fer rouge des expériences du passé.

Construits à des rythmes de forçats proprement insoutenables (ils ont débouché sur la révolte des ouvriers écrasée dans le sang le 17 juin 1953), les – oui, très – beaux immeubles en style confiserie de l’avenue voient défiler le passant pressé, abrité de la pluie et du vent sous sa cape. C’était en 1989, un nouvel espoir tourné vers l’ouest s’offrait à lui, il avait pour nom liberté (et capitalisme, aussi).

Déjà, l’enthousiasme n’était pas partagé par tous. Irréductibles anti-conformistes, les squatteurs chassés de Kreuzberg avaient investi les lieux, occupant tout un côté de la tellement délabrée Mainzer Strasse. Partisans d’une utopie fraternelle où la vie en communauté s’affranchirait des règles bourgeoises de la propriété privée, ils rêvaient d’une autre existence, elle avait également de fortes odeurs d’opiacées qui rendent heureux. C’était au début 1990, les Trabant décoraient encore les rues de Berlin-Est de leur silhouette caractéristique, en attendant la prise de pouvoir des Golf et BMW. Quelques mois plus tard, le rêve était terminé. Lâchés par les sociaux-démocrates, les quelque 500 occupants – oh, pas que des enfants de chœur – sont expulsés manu militari par plus de 4000 policiers (oui, quatre mille). Bienvenue en Occident, History Always Favours The Winners.

 

A l’heure des souvenirs officiels célébrant le culte de la fin de la guerre froide et des régimes communistes bloqués dans leur préhistoire idéologique, les vingt ans de la chute du Mur de Berlin sont aussi, peut-être surtout, l’occasion de faire le point sur la somme des espoirs exprimés et des déceptions engrangées. Certes, regretter le temps des missiles soviétiques braqués sur nos pays serait de particulièrement mauvais aloi, mais qu’avons-nous réellement gagné au change ?

Pour rester dans la capitale allemande, des zones entières de totale liberté artistique et/ou philosophique laissent peu à peu la place à des projets de luxe pour jeunes couples aisés en manque de lofts top cools (accent de Prenzlauer Berg en option).

Heureusement, ça et là subsistent des îlots de contestation. Quelques-uns demeurent implantés et vivaces (l’immense Cassiopeia, Revaler Strasse à Friedrichshain est un Recyclart au centuple), d’autres très sérieusement en péril (le club reggae Yaam en bord de Spree doit bientôt dégager pour faire place à des projets plus rentables, lisez contributeurs d’impôts). D’autres, volontairement ou non, ont basculé du côté obscur de la force en se transformant en attraction pour touristes venus chercher la coolitude berlinoise (le Tacheles, Oranienburger Strasse à Mitte). Et que dire de la reconstruction annoncée du château des Hohenzollern (Berliner Stadtschloss), l’ex-résidence impériale à deux pas de l’Alexanderplatz, démoli dans les années qui ont suivi la guerre. Remplacé vingt ans plus tard par le Palais de la République est-allemande, avant que les pelleteuses n’aient raison de ce dernier l’an dernier, sa future présence témoigne d’une volonté de mettre en creux un pan de l’histoire sans doute pas assez rentable.

Témoignage, un de plus, d’un abandon des rêves en un matérialisme marchand, le retour de ce symbole de l’absolutisme bourgeois risque, si l’on n’y prend garde, de transformer les villes – et nos vies tout entières – en une funeste parodie consumériste plus proche de Disneyland que de Käthe Kollwitz, la géniale sculptrice dont les œuvres forment le décor de plus d’un lieu berlinois. Ces utopies passées enfouies dans un futur devenu présent, Leyland Kirby les met en musique, superbement dosée et, osons le terme, libertairement émotionnelle. Les fans des GAS, Murcof et autres Harold Budd savent ce qu’il leur reste à faire.

 

Un coffret / Trois doubles vinyls : Leyland Kirby – When We Parted My Heart Wanted To Die / Sadly The Future Is No Longer What It Was / Memories Live Longer Than Dreams (History Always Favours The Winners)

26/11/2009

Anne Laplantine – A Little May Time Be

annelaplantine-littletimeDiscrète et admirable, l’évolution discographique d’Anne Laplantine n’a de cesse de nous ramener à l’essentiel. Jonglant avec les machines dont elle tire une humanité profonde que l’électeur FN – ou le fan de Michel Sardou - de base n’embrassera jamais, la créatrice de l’indispensable Nordheim s’amuse au jeu de la patience, au point que l’on se demandait si son devenir artistique ne devait pas se conjuguer au passé. Entre-temps, la Française avait éveillé jusqu’au magazine allemand Der Spiegel, après qu’elle a posté sur YouTube une série de vidéos thématiques reliées aux tueurs fous du campus de Virginia Tech ou de Tuusula (Finlande). Encore un peu et la voilà porte-étendard des massacreurs d’étudiants, là où son approche se voulait une réflexion dans la  lignée d’un Gus Van Sant dans son troublant film Elephant.

Successeur du peu couru (hélas) We de 2005, A Little Time May Be est du tout grand Anne Laplantine. Maîtresse de la miniature poptronica – les 58 pistes, dont 34 de brefs silences, sont compactées en 23 titres sur moins de 40 minutes – la Parisienne ex-Berlinoise manipule des samples lo-fi de guitare ou de flûte pour mieux échafauder des haikus musicaux d’une immense tendresse. En ancienne fausse nipponne, la japonitude de Laplantine est, vous le savez bien, une bénédiction au-delà de tout cliché zen pour jeunes branchés en mal d’évasion.

A la rigueur prévisible, cela reste à démontrer, le disque donne sans rien attendre en retour et s’inscrit dans le droit fil d’une discographie toute personnelle. Les anciens patronymes Michiko Kusaki et Angelika Koehlermann définitivement(?) rangés au placard, Mademoiselle L rend nos jours meilleurs et nos nuits plus douces.

 

Un disque : Anne Laplantine – A Little May Time Be (Ahornfelder)


April - Anne Laplantine

Rev - Anne Laplantine

22/11/2009

Stephan Mathieu + Taylor Deupree – Transcriptions (Spekk)

StephanMathieu+TaylorDeupree-TranscriptionsTrès ardues dès les premiers instants, les Transcriptions de Stephan Mathieu et Taylor Deupree s’inscrivent dans la durée, à plusieurs niveaux. Celui de l’auditeur, qui aura bien besoin de plusieurs écoutes attentives, de préférence au casque et dans le calme capitonné d’un salon de lecture, pour en saisir toutes les riches nuances. Celui des artistes, la matière première des huit morceaux datant des sources originelles de la musique enregistrée, entre cylindres de cire et 78-tours.

Tout en jouant les cylindres sur deux gramophones portables dont les sons étaient captés par un ordinateur via un micro, Mathieu les manipulait en temps réel. Les enregistrements du producteur allemand terminé, Taylor Deupree entrait en scène, en ajoutant divers éléments acoustiques et des sons de synthés vintage, tout en s’efforçant de respecter la source des enregistrements.

D’un abord délicat, l’œuvre dévoile sa grande complexité au fur et à mesure de sa fréquentation. Tout en superposant des couches tel un millefeuille élaboré sur de multiples générations, Mathieu et Deupree proposent un travail sonore d’une beauté stupéfiante. Jamais monotone, en dépit de son apparente abstraction, le disque écoule la chaleur de ses multiples sources au travers d’une refondation informatique d’une immense délicatesse. Ainsi, chaque instant voit les sonorités étagées du duo germano-américain évoluer en des circonvolutions magiques d’harmonies travaillées dans les moindres détails. Au final, on reste admiratif et béat.

 

Un disque : Stephan Mathieu + Taylor Deupree – Transcriptions (Spekk)


Largo - Stephan Mathieu Taylor Deupree

Genius - Stephan Mathieu Taylor Deupree

Stephan Mathieu + Taylor Deupree – Transcriptions (Spekk)

StephanMathieu+TaylorDeupree-TranscriptionsTrès ardues dès les premiers instants, les Transcriptions de Stephan Mathieu et Taylor Deupree s’inscrivent dans la durée, à plusieurs niveaux. Celui de l’auditeur, qui aura bien besoin de plusieurs écoutes attentives, de préférence au casque et dans le calme capitonné d’un salon de lecture, pour en saisir toutes les riches nuances. Celui des artistes, la matière première des huit morceaux datant des sources originelles de la musique enregistrée, entre cylindres de cire et 78-tours.

Tout en jouant les cylindres sur deux gramophones portables dont les sons étaient captés par un ordinateur via un micro, Mathieu les manipulait en temps réel. Les enregistrements du producteur allemand terminé, Taylor Deupree entrait en scène, en ajoutant divers éléments acoustiques et des sons de synthés vintage, tout en s’efforçant de respecter la source des enregistrements.

D’un abord délicat, l’œuvre dévoile sa grande complexité au fur et à mesure de sa fréquentation. Tout en superposant des couches tel un millefeuille élaboré sur de multiples générations, Mathieu et Deupree proposent un travail sonore d’une beauté stupéfiante. Jamais monotone, en dépit de son apparente abstraction, le disque écoule la chaleur de ses multiples sources au travers d’une refondation informatique d’une immense délicatesse. Ainsi, chaque instant voit les sonorités étagées du duo germano-américain évoluer en des circonvolutions magiques d’harmonies travaillées dans les moindres détails. Au final, on reste admiratif et béat.

 

Un disque : Stephan Mathieu + Taylor Deupree – Transcriptions (Spekk)


Largo - Stephan Mathieu Taylor Deupree

Genius - Stephan Mathieu Taylor Deupree