01.02.2011
RV Paintings – Samoa Highway
Membre fondateur des libérateurs psyché Starving Weirdos – c’est là son principal fait d’armes « people », Brian Pyle fait cause commune avec son frangin Jon au sein de RV Paintings. Nés en Californie, plus exactement dans le Humboldt County, soit très loin des lumières de San Francisco et Los Angeles, ils conjuguent les visions impressionnistes de leur terre natale à un psychédélisme cinématique ravageur – le résultat est très satisfaisant, voire par instants stupéfiant (tel l’inaugural Millions). Pendues sur le fil d’un drone qui relie un shoegaze abstrait aux réflexes pavloviens d’une sortie de route bruitiste, les déclinaisons de Samoa Highway (dont le titre fait référence au long pont reliant les deux communautés du comté) s’imprègnent des bruits familiers du lieu – l’aéroport du coin, par exemple. Alors que tout cela risquait de nous faire glisser vers le déjà entendu, d’autres ingrédients viennent, heureusement, ajouter une touche personnelle aux cinq morceaux. Entre un piano minimaliste à ma gauche et des effets organiques à ma droite (on songe notamment à Hildur Gudnadóttir), les instants fouillés développés par la fratrie américaine s’imposent par l’évidence de leur architecture, en dépit de (ou plutôt grâce à) la richesse flamboyante de ses oripeaux ambient, servis sur des souvenirs néo-classiques qu’on ne peut que vous recommander.
Un disque : RV Paintings – Samoa Highway (The Helen Scarsdale Agency)
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21:55
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30.01.2011
Marcus Schmickler – Palace Of Marvels (queered pitch)
Quoi de mieux pour démarrer une année électronique qu’un disque de Marcus Schmickler – rappelez-vous, l’auteur du fondamental Altars Of Science paru en 2007 et dont les frétillements à la Florian Hecker n’ont eu de cesse de combler les trois années qui le séparent du présent Palace Of Marvels’. En dépit d’un titre qui n’évoque guère la modestie, l’ambition est à la hauteur des enjeux. Héritier spirituel du BBC Radiophonic Workshop et de la Kosmische, le morceau d’ouverture New Methodical Limits Of Ascencion envole dans la stratosphère des volutes où sensualité et expérimentation se caressent le bout du nez. C’est d’ailleurs tout le miracle des douze compositions de ce disque, aux multiples et volubiles trompe-l’oreille. Réinventant l’art de Roger Shepard, créateur de la gamme qui porte son nom où les sons donnent l’illusion de monter ou descendre indéfiniment, le musicien allemand sublime à chaque seconde l’envie de se projeter au-delà d’un cyberspace névrotique. Terriblement hypnotiques, certains titres finissent par rendre maboul, tant leurs tournoiements impriment un effet indélébile sur le cortex – on songe en particulier au troisième titre Risset Brain Hammer. En d’autres instants, un drone maléfique vire à l’incantation nihiliste, c’est toutefois sans compter sur la carrure post-ligetienne de Charm/Anticharm, réponse en tous points remarquables à l’œuvre pour orgue de Bach passée au crible de l’incroyable Acid In The Style Of David Tudor du déjà nommé Florian H. Arrivé trop tard pour figurer dans notre Top 10 de l’année écoulée, la bête aurait trouvé sans le moindre souci sa place sur le podium aux côtés de zeitkratzer/Whitehouse ou Lene Grenager.
Un CD/2 LP : Marcus Schmickler – Palace Of Marvels (queered pitch) (Editions Mego)
22:26
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22.01.2011
Mark McGuire – Living With Yourself
Homme fort des Emeralds (dont on se rappelle le récent et intéressant Does It Look Like I'm Here?), Mark Mc Guire au placard les synthétiseurs visages frelatés à la Kosmische Musik quand il passe à l’épisode solo sous son propre patronyme. Au lieu des Moog et autres Korg, les guitares électriques occupent tout l’espace, modernisant à foison les interstices laissés par les successeurs sous tension de John Fahey et Robbie Basho. Adressé en premier lieu aux amis et à la famille, selon les propres dires de son auteur, Living With Yourself incarne la beauté des six cordes, revisitées pour l’occasion sous formes d’arpèges éprises de dynamisme mélodique et d’harmonies sonnantes (sans être trébuchantes). Gardant à l’esprit l’environnement qui héberge ses travaux – le label autrichien Editions Mego n’est guère connu pour ses simplismes primesautiers, le guitariste américain tapisse ça et là ses compositions d’un tapis de drones en background (Clouds Rolling In), révélant un art de la virtuose toujours au service de la musique – on admire d’autant plus que le gaillard n’affiche que vingt-trois printemps au compteur. Alors, à moins de honnir à tout prix les efforts solitaires d’instrumentistes de la plus haute tenue, on voit mal de quelle façon on pourrait balancer des tonnes de boue à la face de ce très bon disque, ancré dans un passé glorieux pour mieux en extirper la modernité de son interprétation.
Un disque : Mark McGuire – Living With Yourself (Editions Mego)
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14:00
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21.01.2011
Cyclobe – Wounded Galaxies Tap At The Window
Anciens membres des légendaires Coil,Ossian Brown et Stephen Thrower demeurent des acteurs totalement intéressants, par moments même fascinants, sous leurs traits de Cyclobe. Fondé en 1999, leur duo s’est enrichi de quatre apports extérieurs, dont Tim Lewis aka Thighpaulsandra, un ancien du groupe expérimental britannique à la vocation de Scatology (leur premier effort de 1984). Première sortie de la paire londonienne depuis la mort du troisième larron John Balance (ex-Psychic TV également) en 2004, Wounded Galaxies Tap At The Window explore une galaxie hallucinante de beauté cosmique, entre irréel et incantation. Inscrite autant dans la continuité de ses travaux précédents que dans le naturalisme poétique d’un Benjamin Lew qui s’accouplerait avec l’envoûtement de David Tibet (l’occasion de rappeler que le leader de Current 93 est venu donner un coup de main à la chose), la passion selon Sts Ossian & Stephen embaume les neurones dans un voyage überpsychédélique où les passagers inhaleraient des vapeurs d’argan, les échos sonores en tête de multiples héros de notre temps (Xela, Sunno))), Tujiko Noriko, Svarte Greiner – la liste est sans fin).
Un disque : Cyclobe – Wounded Galaxies Tap At The Window (Phantomcode)
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12:03
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06.07.2010
alva noto – For 2
Personnage quasi-récurrent du Love On The Bits – nous reparlerons très prochainement de sa collaboration avec – mais oui – Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten), alva noto compile sur For 2 les compositions dédiées à des personnages du vingtième siècle, du cinéaste russe Andrei Tarkovsky au dramaturge allemand Heiner Müller en passant par le musicien américain Phill Niblock. En avant pour un très intéressant aperçu de la vie parallèle de l’auteur de Unitxt, entre 2003 et 2007.
Davantage inspiré par un esprit ambient qui confine au néo-classiscisme tel que l’imaginerait Wolfgang Voigt (alias GAS), Carsten Nicolai n’oublie toutefois pas complètement le minimalisme de ses beats, ceux qui nous excitent tant sur son label Raster-Noton (Garment, 13). Ici penché sur l’héritage indispensable de la musique concrète de Francisco López (Villa Aurora), là imprégné d’un faux jazz viennois que pratiquerait Kai Fagaschinski aux côtés de Philip Glass (Argonaut), For 2 dévoile les multiples facettes méconnues de son auteur. Explorateur des espaces interstellaires, à l’instar de Lawrence English mais aussi de Brian Eno, le musicien de Chemnitz sublime le beau dans la pérennité alors que, trop souvent rangé dans la catégorie des producteurs d’une techno squelettique qui n’en demeure pas moins indispensable, il pourrait se contenter de capitaliser sur la recette d’une relative et bien illusoire notoriété.
Un disque : alva noto – For 2 (Raster-Noton)
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23:39
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04.07.2010
Phlippe Petit & friends – Silk-screened
Homme des coulisses du label marseillais BiP_Hop (les neuf compilations BiP_Hop Generation, très recommandables), patron exigeant des musiques de notre temps qui n’hésitent pas à en prendre (Janek Schaefer, Rothko, Bela Emerson), Philippe Petit invite – vous l’aurez deviné – une ribambelle d’amis musiciens sur ce très joli Silk-screened. Parmi moult sons familiers d’une scène (très) indépendante où le jazz fait de l’œil à l’electronica, on reconnaît entre milles la clarinette humectée de Jérôme Paressant (abraxas, liquide et transgressif). En d’autres temps, les grésillements turntablisés de Petit – quand il ne s’agit d’égards acoustiques retraités – laissent vibrer de toute leur énergie vitale les instruments. Pièce maîtresse de l’ensemble, l’extraordinaire bravoure free rock a swirling mix of dystopia incruste la totale liberté du No-Neck Blues Band au gré de Miles Davis, pour une sublimissime confrontation où les guitares de Rémi Bellin et Cyril Secq (Astrïd) s’enchevêtrent dans un déluge cuivré – merci la trompette d’Andy Diagram (James) – et percussif (thanks Ronan Benoit). Total respect, dude.
Un disque : Phlippe Petit & friends – Silk-screened (Trace Recordings)
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22:38
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03.07.2010
Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy
Duo formé de la Slovène (basée à Vienne) Maja Osojnik et de l’Autrichien Matija Schellander (déjà entendu dans Métalycée), Rdeča Raketa – prononcer Rdetcha Raketa – emmène l’auditeur en une extraordinaire promenade fantasmagorique dans les contrées turntablisées de Philip Jeck et de Giuseppe Ielasi. Grâce à la combinaison épatante d’enregistreurs à cassette, de Paetzold recorder, de jouets, de basse électrique et de multiples outils électroniques, les deux complices démontent les concepts nauséeux et placent la bravoure libertaire au centre de leur attention, nourrie d’opposition à tout préjugé. Mariant la décalcomanie à la bravoure sonore, débusquant au coin d’un magasin de jouets pour grands enfants exilés sur Touch ou Schoolmap Records les sonorités d’un voyage au pays de tous les (im)possibles, Osojnik et Schellander déclinent en une seule longue plage un dynamisme intellectuel qui n’exclut ni plaisir ni lucidité. Et pour vous donner une idée encore plus exacte de la vitalité neuronale extrême de notre duo favori – rayon nouveautés 2010, on vous invite à fouiller YouTube, vous y dénicherez une épatante performance au Sonntags Abstrakt de Graz. Disque du mois, M. Charlebois !
Un disque : Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy (Mosz)
11:23
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04.06.2010
Yannis Kyriakides – Antichamber
Pièce maîtresse du mois, le double album Antichamber nous invite à la découverte de l’œuvre de Yannis Kyriakides, jeune compositeur électroacoustique né à Chypre en 1969 et émigré en Angleterre à la suite de l’invasion turque de la partie nord de l’île en 1974. Aujourd’hui installé à Amsterdam, directeur musical et collaborateur de divers ensembles de musiques contemporaines, notre homme est néanmoins ouvert à d’autres horizons, en témoigne ses duos réguliers avec Andy Moor (The Ex) et sa participation au groupe de musique de ballet improvisée – et oui, ça existe – Magpie Music Dance. Sans compter la gestion du label Unsounds, aux côtés d’Isabelle Vigier (MMD) et du déjà cité Andy M.
Etalés au cours des quinze années écoulées, les dix travaux présentés inscrivent Kyriakides non dans l’antichambre mais dans le salon d’apparat des grands musiciens de notre temps, en premier lieu James Tenney et Louis Andriessen – dont, répétons-le, il faut absolument avoir écouté De Staat pour devenir un honnête homme. Egalement anti-musique de chambre (d’où son titre), la manière de Kyriakides explore diverses combinaisons, tout en demeurant hautement personnelle. Absolument incroyable de tentation subtile, éprise des travaux du BBC Radiophonic Workshop comme de l’idiosyncrasie contemporaine des Berlinois de zeitkratzer, Telegraphic forme un accès idéal au monde cosmogonique du musicien chypriote. Seize minutes d’anthologie que les fans de Kraftwerk ne doivent nullement craindre, parole de… Redécouvrant les racines folkloriques de la musique traditionnelle grecque mêlées à la mélancolie contemporaine d’un émouvant dialogue entre violon et guitare électrique (Zeimbekiko 1918), Kyriakides varie à foison les registres. Faisant œuvre d’abstraction cagienne sur Antichamber, il retrouve la mélodie sur As They Step Into The Same Rivers, superbe lamentation néo-classique où l’alto et la contrebasse dialoguent avec un… iPod, ainsi que sur le lentissimo hYDAtorizon pour quintet avec piano.
Débutant en fanfare où trois instruments évoluent en contrepoint sur des rythmes polyphoniques affolants dans un premier temps, le second disque vise – et atteint – tout autant l’excellence. Seule composition vocale – et de quel niveau !, U mélange dans une folle adresse sinusoïdales et huit voix à la Steve Reich, c’est Mikhail Karikis qui doit être vert de rage (ou d’admiration). Tout aussi remarquable, PNeuma pour basson, piano et bande sonore modernise – c’est une réelle merveille – l’héritage de Luciano Berio, alors que DOG SONG introduit un free jazz virtuose à demi-convaincant seulement. Terminant les trois heures du périple, ATOPIA se promène sur le fil ténu de ses drones harmoniques, pour une pièce à haute teneur en sensibilité acoustique. Les récalcitrants seront enfermés illico au pain sec et au Jean-Michel Jarre.
Un disque : Yannis Kyriakides – Antichamber (Unsounds)
22:27
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01.06.2010
Denseland – Chunk
En avant pour un tour du côté du label viennois Mosz, en attendant le très troublant duo Rdeča Raketa – promis, juré! Développé autour d’un spoken word grave (au sens organique du terme), Chunk du trio austro-germano-américain Denseland s’inscrit – parfaitement, svp – dans les interstices qui sépare les albums 2 de Kapital Band 1 et The Ghost Sonata de Tuxedomoon – le tout conté par le timbre ricaneur de l’incomparable David Moss, à la fois ténébreux et impressionniste (think Tom Waits vs Ergo Phizmiz). D’une teneur électroacoustique qui laisse toute sa juste place aux musiques (semi)-improvisées, les dix propositions bénéficient du soutien dynamique, on pourrait écrire olfactif et poivré, de Hannes Strobl (basse, électronique) et Hanno Leichtmann (batterie, électronique).
Tendu autour d’un fil qui atteint un point d’équilibre au bord du miracle parfois (Monk, Low Velocity Zone) – hormis l’une ou l’autre tentation électro-pop expérimentale comique mais accessoire (Obsidian), les vraies folies de Denseland s’en laissent réellement compter quand, sous ses oripeaux électroniques (faussement) désorganisés, se rejoignent les mondes croisés de Felix Kubin et Yannis Kiriakides, quelque part sous un baobab africain. Qui l’eut cru, Lustucru ?
Un disque : Denseland – Chunk (Mosz)
22:00
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23.04.2010
Baktruppen – 1986-2008
Sous la forme d’un coffret de trois CD, elle retrace en 105 (!) morceaux la vingtaine d’années de carrière du collectif Baktruppen, entre 1986 et 2008. Formé dans la ville portuaire de Bergen, l’ensemble – what else ? – norvégien est complètement inclassable. Tour à tour adepte des musiques populaires, entendez folkloriques au sens de la poésie sonore d’un Ghédalia Tazartès, d’improvisations théâtralisées en allemand (et anglais) ou d’échappées électroniques cinématiques, pour ne citer qu’elles, la troupe scandinave fait définitivement partie de ces farouches indépendantistes de l’idiosyncrasie sans concessions – ah que non – ni prises de tête – encore moins. Absolument culte dans les milieux berlinois underground, la vision libertaire des Baktruppen est virtuellement impossible à résumer en l’espace de quelques lignes. Echappées rigolotes qui se foutent de la tronche trop sérieuse d’une certaine musique concrète ou délires ludiques de grands enfants à jamais de bonne humeur, les morceaux s’inscrivent dans une démarche où la musique n’est qu’une des composantes – et à sa simple écoute, elle est globalement satisfaisante. Aussi bien performers scéniques que musiciens événementiels, les fascinantes photos du livret en témoignent, l’ensemble nordique se laisse parcourir au gré de son incomparable fantaisie. Idéalement, on la parcourra en poussant la touche Random du lecteur, histoire d’oublier l’éventuelle lassitude qui pourrait guetter au coin du feu.
Un disque : Baktruppen – 1986-2008 (+3dB)
22:59
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