14/11/2009

V/A – XVI Reflections On Classical Music

xvi_reflectionsŒuvre d’un immense passionné des musiques sous toutes leurs formes, le patron du label berlinois Nonine, Me Raabenstein, les seize réflexions présentées n’ont pour seul trait commun que la qualité, supérieure et la beauté, admirable. Rassemblées sans la moindre prétention musicologique ni stylistique, le terme classique recoupant aussi bien le néo-classicisme electronica de Takeo Toyama que l’ambient techno de GAS (le génialissime Zauberberg IV), l’ensemble des compositions est de plus haut niveau musical tout en demeurant très accessible.

Outre quelques personnages (re)connus, dont notre chouchou Sylvain Chauveau et son magnifique Il Fait Nuit Noire A Berlin, ainsi que l’incontournable Max Richter sur le très cinématique Arboretum, la compilation regroupe également des artistes moins fréquentés. Un exemple ? Direction plage treize quand le Californien Akira Rabelais nous gratifie d’un air vocal très mystérieux, où un chœur de la Renaissance se verrait projeté dans l’espace en 2050. Expérimental peut-être, réussi sûrement. D’autres noms, parmi nos favoris (Alva Noto & Ryuichi Sakamoto, Philip Glass, Gavin Bryars, Ryan Teague, Hauschka) viennent compléter ce panorama exemplaire, introduction rêvée aux musiques de notre temps.

 

Un disque : V/A XVI Reflections On Classical Music (Universal)


Daydream - Lawrence

1382 Wyclif Gen. II. 7 - Akira Rabelais

21/10/2009

Marc Behrens – Compilation Works 1996 - 2005

marcbehrens-compilationDisponible en téléchargement libre, avis aux aficionados fauchés de la noise ambient, le double album Compilation Works 1996-2005 retrace le parcours hautement agnostique du producteur allemand Marc Behrens. Première sortie sur le web autorisée par son auteur, les dix-neuf projets nous entraînent dans un - parfois - éprouvant voyage électronique, aux frontières malléables et translucides.

Entre réinterprétations d'artistes contemporains (John Hudak, TV Pow, Ilios et quelques autres) et retours sur ses propres compositions, la toute grande majorité des tracks présentées est - avant tout - pleinement conceptuelle. A l'instar du morceau initial, dédié - et oui - à la Coca-Cola Company, la matière sonore s'applique en transformer en instants audibles des éléments inaudibles, au sens premier du terme (la lumière, dans le cas présent, est convertie en sons, cela donne une splendide fluidité qui évoque les installations sonores de l’artiste français Denys Vinzant).

A l'évidence, la patience est de prime vertu quand on aborde l'abstraction behrensienne. Tantôt aux prises avec le non-événement, réfugiée entre silence et chaos, la vision développée par l'homme de Francfort ne laisse pas de poser des questions sur la notion même de matière musicale. Pleinement idiosyncrasique et bruitiste, son œuvre évolue très clairement dans les marges de la marge. Quelque part aux extrémités d'une planète peuplée de tous les Yasuano Tone et Gert-Jan Prins en devenir, l'ampleur de son regard distancié, voire intellectualisant et narcissique, demandera à l'auditeur - quoiqu'il en soit - un effort certain de compréhension, voire d'abandon de soi. A vous de juger, d'autant que son écoute n'allègera votre portefeuille du moindre centime.

 

Un disque : Marc Behrens Compilation Works 1996 - 2005 (Crónica)


Track 1 - Marc Behrens

Track 4 - Marc Behrens

15/10/2009

Gintas K – Lovely Banalities

GintasK-LovelyBanalitiesPorté sur les fonds baptismaux en 2003, le label portugais Crónica est véritablement issu de la rencontre entre les musiques électroniques et les cultures digitales. A l’instar des multiples installations et collaborations qui entrecroisent monde des arts plastiques, pratiques scéniques et univers musical, la maison de Porto s’inscrit dans une démarche souvent radicale, certes. Elle est toutefois, et plus souvent qu’à son tour, une immense bouffée d’oxygène libre dans un monde où les conformismes de tous les suiveurs ont bien trop souvent pignon sur rue.

 

Emanation du trio, aujourd’hui duo, @c, Crónica est issu de l’imaginaire fertile de deux de ses fondateurs Miguel Carvalhais et Pedro Tudela, avides de mettre sur pied ‘une plate-forme pour réaliser, distribuer et promouvoir leurs propres réalisations et celles d'autres activistes ayant les mêmes préoccupations esthétiques’ (interview parue dans la magazine MCD n°22, juin 2004). Entièrement fondé sur une vision numérisée de la musique qui tient cependant plus de la performance multimédia que de l’art de faire danser les foules, le catalogue de la maison lusitanienne s’est enrichi d’une quarantaine de titres, dont le fameux Happiness Will Befall de notre Australien préféré Lawrence English ou le plus ambient Hidden Name des excellents Stephan Mathieu et Janek Schaefer. Les trop rares spectateurs présents un soir de février au Netwerk d’Alost ont pu le vérifier, la très bonne réputation du label n’est pas un vain mot, comme en témoignent trois sortes récentes, dont le magnifique Lovely Banalities de Gintas K, notre recommandation absolue du moment.

 

Second effort de l'artiste sonore lituanien, les charmantes banalités succèdent au très bon double album Lengvai / 60 x One Minute Audio Colours Of 2 kHz Sound. Tout sauf... ban(c)al, composé de quatorze miniatures que l'auteur n'hésite pas à comparer aux Tableaux d'une Exposition du compositeur romantique russe Moussorgsky, l'oeuvre alterne moments de musique digitalisée et field recordings - le cours d'une rivière, la pluie - enregistrés à Marijampole, ville de résidence de notre homme.

Certains titres sont absolument remarquables de justesse harmonique et de précision dynamique. Ainsi, l'introductif In intègre en toute fantaisie une menace extra-terrestre bourdonnante éprise d'Andrei Tarvosky et de bruits épars, dont un drone obsédant bien que familier. Le second titre Q est tout aussi réussi. Evoquant la pulsation d'un téléphone qui sonne occupé revisité par les Boards of Canada, la track est traversée par un brouillard épars d'où l'on s'attend à voire surgir le commandant Spock aux manettes d'HAL 9000. Traversé, d'une manière plus globale, de ses sonorités banales - au sens le plus étymologique - du quotidien, Lovely Banalities n'est cependant pas qu'une exploration de plus des non-événements d'une vie sans relief. Puisé dans une inspiration jusque dans ses meilleures sources, l'essai emprunte autant à alva noto (Something In The Grass) qu'à Svarte Greiner ou Lawrence English (HH3), sans même parler des évidentes connections dépoussiérées avec la maison Editions Mego, (C2, Just 1). Vous l'aurez compris, nous sommes - très - très fans.

 

Un disque : Gintas K Lovely Banalities (Crónica)


Something In The Grass - Gintas K

C2 - Gintas K

01/10/2009

Sylvain Chauveau – Touching Down Lightly

touching_downA l’orée d’une double actualité en 2010 (un prochain disque solo Singular Forms (Sometimes Repeated) et le prochain Arca By the Window / By the Looking-glass), le magicien du piano minimal Sylvain Chauveau nous convie à une visite de son entresol, rare et précieux. Vision ultra-dépouillée d’un musicien déjà peu connu pour ses déluges de notes, Touching Down Lightly s’écoute tel qu’il a été conçu, entre curiosité intellectuelle pour toute chose extraordinaire (au sens étymologique du terme) et pause bienvenue entre travaux majeurs. D’une étonnante précision apprise à la fréquentation de John Cage, l’œuvre du pianiste français affronte, le long de quarante-sept minutes réunies en une seule plage, le silence d’entre les lignes, qui cohabite harmonieusement aux côtés des blanches et des noires. A la manière d’un Kenneth Kirschner pour qui l’electronica accompagne les vides pour mieux les combler, Chauveau nous invite gracieusement en une salle d’attente déritualisée où notes et accalmies s’enlacent pour ne plus se quitter.

 

Un disque : Sylvain Chauveau Touching Down Lightly (Creative Sources Recordings)

17/09/2009

Paranoia Birthday – Il Ne Restera / Hesta

HHH_88Emanation personnelle du fondateur du label bruxellois Young Girls Records, hébergeur de talent d’artistes inclassables parmi lesquels le farouchement indépendant Maurizio Bianchi et sa très recommandable Dekadenz, Paranoia Birthday nous présente au format CD-R ultra-limité (50 copies chacune) deux œuvres éditées par FF HHH, autre maison belge dans les marges (et pas qu’un peu).

Le premier EP deux titres Il Ne Restera est tout particulièrement intéressant, en dépit de son champ d’action fréquenté par l’incroyable Jim O’Rourke sur son magnifique I’m Happy, tout récemment réédité. Tournant sur d’obsédantes boucles à l’orgue qui virent de plus en plus à l’orage (sans qu’il ne craque jamais), Ni L’Amour prend tout son sens quand on l’écoute au casque. Harcelant et grésillant, le morceau termine par rendre complètement dingue, comme si un essaim de robots dans le brouillard cherchait à se faire embaucher dans un montre sidérurgique broyeur d’humains. Impressive. Le second titre Les Larmes nous entraîne dans les restes chauds d’un concerto pour orgue démoli par Fennesz (ou capté sur Radio Tirana), un UFO tournoyant à l’horizon. Avant une brève conclusion proto rock où une mélodie vocale – très – mal chantée sur un air joué sur chaîne hi-fi décomplexera tous les chanteurs en salle de bains de la planète.

Tout en anti-climax spatialisé, le second EP Hesta gargarise en toute volatilité les affres spatiales d’une musique obsédante débarrassée de toute tentation planante. Pleinement fantomatique et lunaire, le drone qui peuple le morceau-titre semble promis à une séance d’envoûtement vers l’au-delà, planté du côté de Henry Chopin ou d’Eliane Radigue. A la fois abstrait et inquiétant, le second et dernier titre Something Will Be The End Of… affronte un gang d’aliens déguisés en jardiniers mutants, entre autres explications improbables d’un monde qui offre des heures incomparables à nos imaginaires malades. Et hors de toute aseptisation, forcément insipide et indolore, la surprise guette au coin de chaque seconde, entretenue dans un cyberespace qui n’a jamais été aussi réel, ni prenant.

 

Deux EP : Paranoia Birthday Il Ne Restera / Hesta (FF HHH)


Hesta - Paranoia Birthday

13/09/2009

V/A – An Anthology of Chinese Experimental Music 1992 - 2008

chinesemusicImmense et diversifiée, la culture chinoise se déguste très largement au-delà des clichés habituellement véhiculés par des médias occidentalisés en mal d’exotisme. Vieille d’environ cinq mille années, ancrée dans une tradition qui juxtapose les différents cultes et philosophies (taoïsme, confucianisme, bouddhisme) en privilégiant l’harmonie à la compétition, elle s’est au fil des siècles inscrite dans une double évolution, interne et externe.

 

Tour à tour replié sur elle-même et ouvert sur le monde, l’Empire du Milieu – traduction littérale du mot 中国 (Zhong Guo, Chine) – n’a cessé d’osciller entre rejet et tolérance, rien qu’au cours du vingtième siècle écoulé. Telle une coquille fermée, il s’est cru plus fort que le dragon (symbole de puissance par excellence) en rejetant toute influence, à deux moments cruciaux de son histoire récente, la guerre des Boxers au tournant des 19è et 20è siècles et la période maoïste, principalement la révolution culturelle maoïste des années soixante, tant fantasmée par les intellectuels d’une certaine gauche soixante-huitarde en manque d’exotisme.

 

Trente années après les réformes économiques de Deng Xiaoping, homme fort du régime – il ne faut pas l’oublier – communiste (et tout ce que cela induit en termes de libertés publiques) de 1979 jusqu’à sa mort en 1997, l’intégration du géant asiatique à l’évolution du monde ne fait plus le moindre doute, en dépit de toutes les contraintes économiques et restrictions politiques d’usage que cet article n’oublie pas, tout en se focalisant sur l’étonnant foisonnement artistique de l’underground local.

 

Il n’est donc guère étonnant que les musiques électroniques aient été à l’avant-plan, si ce n’est l’avant-garde, de l’art chinois contemporain. Quoi de plus international, en effet, que les synthétiseurs, ordinateurs et autres laptops, instruments digitalisés dont la maîtrise artistique dépasse toutes les chapelles culturelles pour se fondre en une immense alliance planétaire, de Berlin à Tokyo, en passant par Sydney, Damas ou (évidemment) Pékin.

 

Remarquablement présenté et documenté (selon les bonnes habitudes du label bruxellois Sub Rosa), le coffret An Anthology of Chinese Experimental Music nous convie à découvrir les musiques d’avant-garde de la scène chinoise, au sens le plus large du terme. Tout en intégrant, évidemment, des artistes de la Chine continentale (Pékin, Shanghai, Hangzhou…), il étend sa vision aux producteurs d’outre les frontières de la République Populaire. De Taiwan à Singapour et de Hong Kong à la Malaisie, voire Berlin (!) c’est toute une génération d’électroniciens farouchement indépendantes et étonnamment créatifs qui nous tend les bras.

 

Mise sur pied par le pionnier hong kongais Dickson Dee aka Li Chin Sung à l’invitation du label manager Guy-Marc Hinant et complétée de deux livrets (les biographies des artistes et une introduction à l’histoire des musiques expérimentales en Chine), l’anthologie accorde toute la place, indispensable et méritée, aux pionniers du genre, notamment les essentiels Dajuin Yao et Yan Jun, sans doute déjà connus des lecteurs du Wire et des partisans les plus acharnés de toutes les musiques électroniques peu ou prou dansantes de la planète.

 

Raisons de lisibilité aidant, il nous est impossible d’entrer dans le détail des quarante-huit (!) artistes présentés. Néanmoins, nous tenterons d’explorer, disque par disque, les éléments les plus pertinents de la compilation, d’une variété stylistique bien plus grande qu’il n’y semble au premier regard.

 

Du premier des quatre CD, le nom déjà évoqué de Li Chin Sung retient merveilleusement l’attention, grâce aux dix extraordinaires minutes de son Somewhere, remplies de craquements industriels noyés dans un fascinant brouillard liquéfié. Ca date de 1994 et ça n’a pas pris une ride. Plus loin, la lenteur bestiale de Zenlu nous ouvre les portes d’un inquiétant voyage interstellaire (Zen), le monde hypnotique de Cheewei rappelle l’élégance de GAS et de Murcof (Evening Has Arrived), tandis que le bruitisme maléfique de Goh Lee Kwang nous plonge dans un trou noir aux allures morbides et infinies (Frong Spraying). Avant une très belle conclusion cosmique, signée du maître Dajuin Yao himself (Psycho Realm).

 

Le second disque débute par une cavalcade en breakbeat faussement dansante, tempi saccadés et ligne vocale étonnamment moyen-orientale. Total respect, totale réussite (Crawing State de Sun Dawei). Elle contraste avec la lenteur extrême de l’ambient du duo WFDD (Wang Fan + Dickson Dee) qui, tel un signal capté du fin fond de l’univers, nous renvoie à la place ridiculement modeste que nous occupons dans la galaxie (Sin). D’autres instants évoquent l’éternel retour de la musique industrielle, le cas échéant revue par Prurient (061020 de Stingrays), alors que le para_dot de Dennis Wong (aka Wong Chung Fai) rappelle l’influence majeure d’un alva noto et de son label Raster-Noton.

 

Placé en tête de la troisième plaque du lot, le très noise hardcore Fugutive du trio Torturing Nurse se mue en chambre d’écho de son Shanghai natal. Il contraste très fortement avec le faux calme précaire du Zero de Wang Fan, telle une sourde menace planant sur sa ville de Pékin. On ne s’y attendait guère, le souvenir du Shanghai glamour des années 30 imprègne le début de j gmc de Hong Qile, hélas noyé dans une masse bruitiste informe sans personnalité. L’humour est de la partie, par contre, sur une étonnante folk song, délirante et volontairement(?) mal troussée, qu’on verrait bien sur le label Paw Tracks (422189 de Z.S.L.O.)

 

L’ultime acte du coffret s’ouvre sur des secondes quasi-bartokiennes, magnifiques et suspendues à un fil au BBC Radiophonic Workshop (Through The Tide of Faces de Wang Changchun). Cette sérénité élégiaque fait place à une cavalcade bruyante qui risque d’effrayer jusqu’à Blixa Bargeld (A Dark Knife de D!O!D!O!D!) qui, elle-même, contraste à pas de loup avec le très cinématique It’s More Than Enough de Yan Jun, où un vieux téléphone fatigué ne cesse de sonner en arrière-plan d’un dialogue de film… russe (et oui). Vous l’aurez deviné, Bird Lady de Pei (aka Liu Pei-Wen) repose sur des field recordings de chants d’oiseaux (et d’un vieux pont vermoulu) et c’est mille fois moins passionnant que le morceau sans titre d’Eric Lin aka Lin Chi-Wei, empreint de l’héritage d’un Luciano Berio atterri au beau milieu d’un jardin d’enfants amoureux des chats. A l’image d’un projet fou où les surprises foisonnent et les découvertes pleuvent. De bonheur.

 

Un disque : V/A – An Anthology of Chinese Experimental Music 1992 - 2008 (Sub Rosa)


Evening Has Arrived - Cheewei

Para_dot - Dennis Wong AKA Wong Chung-Fai

422189 - Z.S.L.O.

09/09/2009

Jason Kahn – Vanishing Point

jasonkahn-vanishingpointArtiste sonore américain émargeant dans les frontières ténues qui séparent la noise music – le cas présent, il faudrait parler de silent music – de l’absence totale de reconnaissance médiatique (en dépit d’une vingtaine de sorties en dix ans), Jason Kahn risque d’entrer dans la cour élective des noms à suivre de l’ambient quietissimo (et c’est tout le mal que nous lui souhaitons à l’issue de ce remarquable Vanishing Point).

Ecrite dans la douleur du décès de sa fille Louise, l’œuvre du résident de Zürich développe des tonalités issues de certaines couleurs précises du spectre, plus précisément les fréquences du blanc, du rose, du marron et du bleu. A l’instar du récent Sur Fond Blanc du duo canadien Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis, mais en une version plus métallique et moins pâle, Vanishing Point décline en une multitude de micro-évolutions sonores l’immense variété ébruitée du monde qui nous entoure.

Tout au long des quarante-sept minutes de son unique morceau, les sons imaginés par le patron du label Cut ne cessent de grandir et de nous prendre par le cortex. En un singulier – et superbe – flux et reflux d’une marée charriant son lot imprévisible de couches échelonnées (et c’est magnifique d’une précision… helvétique), l’œuvre ne cesse de progresser vers un infini inaccessible, entre échos lancinants d’une métallurgie désincarnée et souvenirs colorés d’une vie passée à trépas.

 

Un disque : Jason Kahn Vanishing Point (23five Incorporated)


Vanishing Point (extract) - Jason Kahn

24/08/2009

Fenn O'Berg - The Magic Sound & The Return Of...

fennobergTrois dieux des musiques expérimentales, qu’elles soient d’une teneur ambient majestueuse (Christian Fennesz), indie rock folk noise (Jim O’Rourke) ou drone metal vs electronica (Peter Rehberg aka Pita et moitié de KTL). A lire sur le Grisli

11/08/2009

Maurizio Bianchi – Dekadenz

mb dedadeknzA près de cinquante-cinq ans au compteur, dont treize de silence musical complet (1984 – 1997), Maurizio Bianchi poursuit son œuvre pianistique en toute liberté, mi-anarchique mi-décadente. Boulimique du travail enregistré, le musicien italien a produit des dizaines d’œuvres, sous le pseudonyme de Sacher-Pelz, sous son propre nom (parfois abrégé M.B.) ou en collaborations (dont le projet M.B. + E.D.A. sur le label Baskaru), sans même parler de ses œuvres éditées en 1981 et 1982 sous le moniker de Leibstandarte SS MB qu’il ne considère pas comme faisant partie de sa discographie.

Auteur déjà d’une petite dizaine de réalisations rien qu’en ces six premiers mois de 2009 (c’est Machinefabriek qui doit l’avoir mauvaise), le Milanais a trouvé en le micro-label belge Young Girls Records – il est à suivre ! – une structure en parfaite adéquation avec sa philosophie, libertaire et audacieuse. Tout en demeurant d’une parfaite musicalité accessible à tout qui a déjà exploré l’univers qui sépare Charlemagne Palestine de Delphine Dora, les huit compositions de Dekadenz explorent les limites sonores d’un piano décadent (d’où le titre), dont les notes sont tenues par une utilisation de la pédale sostenuto, tout en étant assourdies par l’emploi de la pédale de sourdine. Enchaînés et joués sur des tempi plutôt allègres (à l’exception d’Adsorbente), les morceaux évoluent dans un registre tonal emprunt d’une modernité alla jazz, elle évoque la subtilité mélancolique des pianistes juifs d’Europe centrale (on se reportera à la magnifique série Entartete Musik de Decca), transposée en une vigueur contemporaine d’un magnifique désespoir lunaire. En d’autres temps troublés, elle aurait valu à son auteur l’exil, voire le camp de concentration. Une raison supplémentaire et ultime de l’écouter, en toute irrévérence.

 

Un disque : Maurizio Bianchi Dekadenz (Young Girls Records)


Ecmenesia - Maurizio Bianchi

Deciduo - Maurizio Bianchi

08/08/2009

Kenneth Kirschner – Filaments & Voids

Kenneth Kirschner – Filaments & VoidsComplexes et mystérieux, les rapports qui sous-tendent la musique et le silence qui lui succède peuvent donner lieu à de multiples interprétations. Dans quelle mesure l’absence de musique marque-t-elle la fin d’une œuvre musicale ? Le silence est-il un mysticisme ou un néant ? David Tudor, interprète magistral de John Cage, l’avait bien compris, le silence en musique ne l’est jamais totalement. Quand il (non-)jouait la célèbre 4’33, les instants séparant l’ouverture et la fermeture du couvercle de son piano lui faisait entendre les bruits du public, tout comme Cage lui-même prétendait que le silence absolu n’existait pas.

Pour son retour sur le label 12K, le compositeur électro-acoustique Kenneth Kirschner inscrit son œuvre quelque part entre une electronica ambient d’une magnifique pureté post-Ligeti (les Filaments) et un continuum cagien (les Voids). Entre composition moderne et drones numérisés, chaque mini-séquence est suivie d’un silence de quelques secondes, le procédé étant répété à de multiples reprises à l’intérieur même de chaque plage (quatre au total sur ce double disque compact). Absolument remarquables de synthèse métaphysique, elle va bien au-delà de l’apparente froideur intellectuelle du projet, les quatre œuvres du musicien de Brooklyn s’inscrivent complètement dans la logique cosmique d’un Murcof (ou d’un Stanley Kubrick en mode 2001, Odyssée de l’Espace), les spectaculaires effets planants en moins, les insondables mystères interplanétaires en plus. Ce silence de l’infini, toujours lui.

 

Un disque : Kenneth Kirschner Filaments & Voids (12K)


October 19, 2006 (extract) - Kenneth Kirschner