24/02/2009

Lithops – Ye Viols!

lithops-yeviolsFamilier de tout qui fréquente l’univers sautillant – aux gambettes et plus encore au cortex – du duo Mouse On Mars, Jan St Werner balança en 2007, aux côtés de son éternel comparse Andi Toma, un missile electro punk ravagé/geur – il était aussi étonnant que jouissif. Depuis l’événement, majeur, c’est peu dire que nous attendons un second album de Von Südenfed, rien que pour retrouver le plaisir ronchon de l’incomparable Mark E Smith au micro.

En attendant ce jour miraculeux, St Werner sous son alias de Lithops compile sur Thrill Jockey – label peu habitué aux performances électroniques – une sélection de bandes sonores pour installations exposées dans diverses cités européennes (Amsterdam, Dublin ou Londres). Tour à tour habillage sonore d’esquisses architecturales néo-modernistes (Graf), décor musical d’une exposition de Rosa Barba et David Maljkovic (Handed et ses boucles obsédantes) ou soundtrack d’une performance chorégraphique du jeune Coréen Lee Yaung (Inductech), la musique de l’homme de Düsseldorf ne nécessite toutefois pas d’être plongé dans leur destination finale pour être pleinement appréciée  dans le cadre solitaire de nos logis individualisés. Par moments, pas tous évidemment, c’est carrément une sacrée vrille électro-pop (Sebquenz) qui emporte tout sur son passage, bien que d’autres passages aux ambiances plus abstraites (21. Jhrdt) peinent davantage à retenir l’attention. Mais c’était sans compter sur In Nitro, dont les brèves secousses évoqueront à l’auditeur hexagonal le terrifiant générique d’une émission-culte de la télévision française, nous avons nommé Les Dossiers de l’Ecran.

 

Un disque : Lithops Ye Viols! (Thrill Jockey)


Handed - Lithops

Sebquenz - Lithops

20/02/2009

U.S. Girls fuck it up in style

usgirls-kankakeememoriesPédales de reverb' et distorsion ouvertes à fond les manettes, le noise rock des U.S. Girls dérouille les tympans et l’enclume à en devenir marteau. Au-delà d’un mur du son qu’on croirait sorti d’une meute de nanas en furie, c’est une seule personne – une certaine Megan Remy – qui est responsable de ce déluge infernal. Ce n’est toutefois qu’un seul aspect, terriblement marquant, de sa vision artistique, l’autre versant démontrant un minimalisme revêche en rappel de Heather Leigh Murray, ainsi qu’une vision bricolo arty de la pop qui n’est pas sans évoquer Gary War.

 

Un 7’’ : U.S. Girls Kankakee Memories (Cherry Burger)

19/02/2009

Loren Connors et Jim O'Rourke

lorenconnorsjimorrourke-twonicecatholicboysCombinaison de deux monstres sacrés de la guitare moderne, électrique le cas présent, Two Nice Catholic Boys voit Jim O'Rourke et Loren Connors se donner la réplique, en un rapport de forces qui relève plus de la complicité intime que de la confrontation musclée. On se tait et on écoute, nom de jam.

Un disque : Loren Connors & Jim O’Rourke Two Nice Catholic Boys (Family Vineyard)

zeitkratzer & Terre Thaemlitz – electronics

zeitkratzerterrethaemlitz-electronicsMusicalement aux antipodes des atmosphères feutrées de zeitkratzer, le New Yorkais Terre Thaemlitz est le moins connu des trois noms à l’affiche, alors que sa musique est sans doute la plus ‘accessible’ du lot. Mélange explosif de rythmes tribaux qui ne sont pas sans rappeler le gospel, les percussions de Down Home Kami-Sakunobe s’intègrent difficilement dans le contexte d’un concert, l’Américain jouant une partie irrésistible (certes) qui rend superflue la présence de l’ensemble allemand. Quand il reprend les commandes seul, l’impression d’unité sonore s’en trouve d’ailleurs ragaillardie, notamment sur sloppy 42nds, où le free jazz et l’electronica jouent à saute-mouton avec des percussions obsédantes sans être mordantes. Les choses s’arrangent lors du second titre commun (Hobo Train) avec Thaemlitz au piano, mélange détonant de violon country, de percussions 4/4 et de jazz dégénéré, qui en dépit d’une unité de vues toute relative, séduit par son dynamisme mélodique et sa vigueur rythmique. Avant une conclusion ambient absolument magnifique, quelque part entre Kapital Band 1 et Svarte Greiner.

Un disque : zeitkratzer & Terre Thaemlitz electronics (zeitkratzer)

13/02/2009

zeitkratzer & Carsten Nicolai – electronics

zeitkratzercarstennicolai-electronicsDécidément incontournable ces derniers temps, Carsten Nicolai – aka alva noto – ne pouvait décemment manquer un travail commun avec son compatriote Reinhold Friedl. Déjà auteur en 2008 de l’incontournable Unitxt – album de l’année de votre serviteur – le patron de Raster-Noton pose une patte reconnaissable entre mille sur le second disque. A l’inverse des deux autres parties où le rôle de l’ensemble zeitkratzer est davantage prégnant, les musiciens gardent un profil bas sur les quatre tracks. Ainsi, il n’y a guère que  le minimalisme pianistique sombre – deux seules notes – de Friedl pour accompagner les structures électroniques ravagées de Nicolai sur le magnifique Synchron Bitwave, alors que l’orchestre dépose carrément les armes sur 5 min, où il ne manque plus que la voix d’Anne-James Chaton. Enchaînés en un total de vingt-sept minutes, les conclusifs c1 et c2 montrent également que la collaboration de ces deux fortes personnalités tourne parfois à l’affrontement, le bourdonnement nicolaïen écrasant les restes de notes instrumentales, hormis en les minutes finales où quelques notes de piano et des percussions étouffées nous font regretter la monotonie des instants précédents.

A suivre

 

Un disque : zeitkratzer & Carsten Nicolai electronics (zeitkratzer)

11/02/2009

Mary Halvorson, en trio

maryhalvorsontrio-dragonsheadActive actrice des musiques diverses, Mary Halvorson débroussaille les frontières de genre, passant du jazz du grand Anthony Braxton au free improv de la magnifique Jessica Pavone, sans oublier le duo punk People (troisième opus à l’horizon) qu’elle forme avec Kevin Shea. Pour son premier disque sous son propre blase, la guitariste new-yorkaise forme aux côtés de John Herbert (basse) et Ches Smith (percussions) un trio fondamentalement jazz expérimental qui n’enlève rien à sa vigueur rythmique ni à sa rareté stylistique.

 

Un disque : Mary Halvorson Trio – Dragon’s Head (Firehouse 12)

07/02/2009

zeitkratzer & Keiji Haino – electronics

zeitkratzerkeijjihaino-electronicsPersonnage mythique de la scène free noise rock (en gros), le Japonais Keiji Haino n’est plus à présenter quand il s’agit de dépasser les cadres étriqués des bonnes conventions sonores. Présent aux percussions (sur l’étonnant Drum Duo), à la guitare, à l’électronique et surtout au chant (et lequel !), l’ami du génial Kan Mikami intègre mer-veil-leu-se-ment sa voix unique de ténor fou à l’orchestration, notamment sur le premier Aria, où ses variations vocales déclinent à l’infini un sens de la dramaturgie abstraite comme elle est viscérale. Davantage bruitiste, le second Aria voit zeitkratzer (ils insistent sur le z minuscule) jongler avec l’héritage des Einstürzende Neubauten, confronté une radicalité stockhausienne dont on ne ressort que difficilement vivant. Morceau de bravoure du disque, les vingt-cinq minutes de la Sinfonia confirment la folie furieuse – faudrait-il écrire psychiatrique ? – qui s’est emparée en ce soir autrichien d’avril 2006 et on aurait sacrifié nos intégrales Kevin Drumm et Merzbow pour pouvoir en être. Time machine, anyone ?

 

A suivre

Un disque : zeitkratzer & Keiji Haino electronics (zeitkratzer)

01/02/2009

zeitkratzer égratigne le temps

zeitkratzer_HalbTotale_Andreas_HarderEnsemble de musique contemporaine – dans son versant le plus dépoussiéré et moderne – fondé voici une dizaine d’années par le pianiste berlinois Reinhold Friedl, zeitkratzer (égratignure du temps en allemand) confronte depuis ses débuts l’avant-garde instrumentale (John Cage, Stockhausen, La Monte Young…) et la musique électronique. Parution majeure, le coffret Electronics – trois disques également disponibles séparément – confirme le statut unique de la formation germanique dans le petit monde des musiques nouvelles et/ou improvisées. Sans compter qu’il inaugure le propre label de l’ensemble, à la dénomination forcément éponyme.

 

Familiers d’un répertoire qui les voit voltiger entre grands noms de la musique savante du vingtième siècle – mais en dehors de tout académisme – et musiciens ‘populaires’ (dont Lou Reed et son Metal Machine Music, repris avec l’approbation explicite de l’ex-Velvet Underground), la dizaine de membres de l’orchestre met un malin plaisir à brouiller les pistes. Tantôt l’élitisme gronde le populaire, tantôt le rock et l’electronica technoïde dévergondent les musiques atonales, jamais la recherche esthétique ne se subordonne pas à l’expérimentation inaboutie.

 

Enregistrées dans leur majorité dans divers festivals et lieux de concerts européens (Le Lieu Unique à Nantes, le Digressions Festival de Barcelone, le Donaufestival de Krems, Autriche) ainsi que dans leur tanière berlinoise de la Volksbühne, les trois collaborations réunies en ce projet ont pour fil rouge – c’est bien le seul – une absolue indépendance de vue, en dehors de toutes conventions ou de tout formalisme formolisés. Il faut dire qu’on ne réunit pas impunément des esprits aussi libres que Carsten Nicolai, Keiji Haino et Terre Thaemlitz sans prendre quelques risques de clash artistique, il y en a et nous y reviendrons, dans un jeu brûlant qui vaut toutes les chandelles transversales.

 

A suivre...

 

Un coffret : zeitkratzer Electronics (zeitkratzer)

29/01/2009

Brown Wing Overdrive, experimental fun

bwo-esporganismPremière véritable sortie de la nouvelle série Lunatic Fringe du label de John Zorn, lisez Tzadik, ESP Organism du trio new-yorkais Brown Wing Overdrive emprunte aux diverses sources – inspirées – de ses créateurs. Au sein de collages mêlant impros dignes du patron JZ et  psychédélisme fugace enchevêtrés au milieu d’une électronique parsemée de percussions, les variations décomplexées des trois lascars tiennent davantage d’une magnifique truculence fun aux allures de soleil rose fluorescent.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Brown Wing Overdrive ESP Organism (Tzadik)

22/01/2009

Richard Pinhas vs Merzbow, décollage immédiat

richardpinhasmerzbow-keiolinePour inattendue qu’elle fut, la collaboration entre Merzbow et Richard Pinhas vaut son pesant de trips atmosphériques en hélicoptère. Mais pourquoi l’engin volant préféré de Bebel dans Le Professionnel, me direz-vous ? Car les effets de pales de rotor donnent un cachet tout particulier au son du travail commun du duo franco-japonais, parmi des surprenantes trouvailles sonores loin de la folie furieuse habituelle de Masami Akita lorsqu’il laisse courir les déluges de décibels bruitistes le long de sa guitare solo.

 

Un disque : Richard Pinhas & Merzbow Keio Line (Cuneiform Records)