20/01/2009

Peter Rehberg – Work For GV 2004-2008

peterrehberg-workforgvPatron du label Editions Mego, duettiste aux côtés de Stephen O’Malley dans KTL, collaborateur d’une frange radicale de l’electronica (Kevin Drumm, Marcus Schmickler, Z’EV, on en passe), Peter Rehberg (alias Pita) travaille également aux côtés de la chorégraphe (et marionnettiste) française Gisèle Vienne depuis 2001. Par le passé, leur interaction nous a déjà valu les incroyables Kindertotenlieder, dont la suite discographique s’est révélée d’une fertilité fascinante (trois albums de KTL, un quatrième est sorti voici peu). La présente compilation se concentre sur trois autres travaux du Londonien pour la Parisienne, pour I Apologize, Une Belle Enfant Blonde et Jerk, soit autant d’occasions de révéler l’étonnante polymorphie de la musique rehbergienne.

La moitié des huit titres concerne le premier spectacle, produit en 2004. Au sein d’un même titre (ML6), on y trouve Rehberg en spoken word artist déviant progressivement vers le bruitisme incandescent de KTL. D’autres compositions du maître évoquent une inquiétante plongée dans la face obscure de l’univers, peuplé de monstres abrités derrière des pulsations organiques, dont l’évolution vers une furie indus débouche – étonnamment – sur un rappel évident du The Ghost Sonata de Tuxedomoon, sans compter l’exceptionnellement obsédant Boxes & Angels, dont l’écoute au casque peut rendre fou jusqu’à la mort. Inutile de dire qu’on se sent parfois mal à l’aise et c’est ce qui donne tout son piment à un disque à ne pas mettre entre toutes les oreilles juvéniles, tant les thèmes abordés (la violence domestique pour I Apologize, les meurtres en série pour Jerk) explorent les viscères d’une humanité pas toujours agréable à fréquenter.

 

Un disque : Peter Rehberg – Work For GV 2004-2008 (Editions Mego)

 


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21/12/2008

LEMUR – IIIIIII

lemur-IIIIIIIFormat peu usité en les pages de RifRaf et nettement plus fréquenté dans les pattes de l’Octopus, la musique expérimentale improvisée des Norvégiens de LEMUR se révèle complètement fascinante, avis à tout lecteur guère habitué à la fréquentation du genre. D’une totale liberté stylistique, le quatuor d’Oslo (flûte, cor à pistons, violoncelle, contrebasse) choisit de ne pas choisir entre composition moderne, free jazz, improvisation noise et musique de chambre, laissant libre court à des inspirations sensationnelles, de leurs compatriotes de Supersilent (impossible de ne pas y songer) à l’école viennoise du début du 20è siécle (Berg et Webern surtout), sans oublier Giacinto Scelsi ou Derek Bailey. D’une grande variété dynamique, les quatre Scandinaves étonnent de part en part du disque – première sortie du label +3dB, qui s’annonce passionnant – à fortiori quand on sait qu’il a été enregistré en une seule session. Confondante de naturel, leur spontanéité est marquée au fer rouge d’un sens de la recherche jamais gratuite, où chaque instrument prend le relais de son frère d’arme sans chercher à impressionner la galerie par des effets spectaculaires ou déplacés. Immense disque, tout simplement.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : LEMUR IIIIIII (+3dB)

23:16 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jazz, critique, experimental, lemur, 3db |  Facebook |

Jandek, de l'autre côté de la légende

jandek-glasgowsunday2005Personnage mythique dont la légende a longtemps participé du traitement quasi-religieux où ses fans l’ont entraîné, Jandek est demeuré longtemps un nom vénéré des happy few, le géant Loren Connors en premier (il est d'ailleurs présent à la guitare électrique). Actif depuis plus de trente ans sur la scène blues folk expérimentale, Sterling R. Smith s’est résolu depuis quelque temps à donner des concerts, quitte à tomber le masque, quitte à mettre sa musique à nu. Témoignage d'une de ses toutes premières apparitions scéniques, Glasgow Sunday 2005 se nourrit de la terrible violence maîtrisée de son auteur, trempée dans l’acide, baignée dans les lieux de concert alternatifs à l’extrême. Accompagné pour l’occasion des magnifiques Alan Licht et Heather Leigh Murray (pedal steel et voix sans paroles) le musicien texan prouve que sa totale indépendance d’esprit ne s’est pas altérée dans les méandres du temps.

 

En écoute sur The Omega Order

Un disque : JandekGlasgow Sunday 2005 (Corwood Industries)

 

En clip : JandekReal Wild (Live)

 

19/12/2008

V/A - BiP_HOp Generation Vol. 9 (III)

biphopgenerationvol9Magicien contemporain du piano préparé, l’Allemand Hauschka (alias Volker Bertelmann) évolue dans une toute autre sphère, à un tout autre niveau. Les adorateurs des grands John Cage et Charlemagne Palestine le savent déjà, les sons du musicien de Düsseldorf, pour exigeants qu’ils soient, suscitent des petits miracles de poésie (le plus souvent) atonale, ouverte sur de riches textures qui font aussi penser à Debussy ou à Varèse. Seule – mais laquelle! – composition de Bertelmann présente sur ce volume, Piano Glasses Laptop étend son champ des possibles au contact du duo londonien Antenna Farm, dont les field recordings et expérimentations analogiques s’intègrent en toute harmonie (bien plus que mélodie) sur ces dix-sept minutes d’anthologie.

L’aventure s’achève le piano minimaliste de l’Australien Adrian Klumpes, par ailleurs membre du combo électro-jazz Triosk. D’une très grande pureté, les notes de son clavier dévalent telles des perles de cristal sur une roche diamantée, en une version microtonale et hautement sensuelle où Charlemagne Palestine (oui, encore) reprendrait le piano de Sylvain Chauveau pour mettre la pâtée au bien trop sage Library Tapes. Et c’est une superbe conclusion à un disque à haute teneur musicale ajoutée.

 

Un disque : V/ABiP_HOp Generation Vol. 9 (BiP_HOp)

17/12/2008

V/A - BiP_HOp Generation Vol. 9 (II)

biphopgenerationvol9Le changement d’atmosphère est radical quand on aborde le monde paisible et éthéré de l’Ukrainien Andrey Kiritchenko. Ses field recordings d’une nature automnale où chants d’oiseau et pas dans les feuilles mortes décorent de leur sereine quiétude une guitare acoustique aux frontières de l’élégie et du surnaturel, sur fond de mélodica mélancolica (A Walking Distance To My Happiness). Par comparaison, l’autre morceau Liberation est presque solaire, imaginez-le toutefois en fin de soirée aoûtienne, lorsque les grillons garnissent de leur répétitivité des notes de cloche et de guitare d’un apaisement sonore qu’apprécieront les fidèles de F.S. Blumm.

Pour ne pas changer les habitudes – et pour encore mieux illustrer la diversité du label – l’ensemble italien Illàchime Quartet débusque un tout autre registre, quelque part entre un jazz pianistique à la Ervin Schulhoff, un violoncelle à la Gavin Bryars et une post pop cinématique dans les marges de We vs Death. La confrontation, si elle est osée, n’est pas complètement aboutie.

 

A suivre...

14/12/2008

Svarte Greiner, drone à la bouche

svartegreiner-manbirddressDans le petit monde des drones, vous savez ces inquiétants bourdonnements aux atours de machine qui rend fou, les prétendants sont nombreux, les vrais maîtres rares. Il en est un au moins – le Norvégien Svarte Greiner, aux inspirations toutes en nuances rehbergiennes – dont l’univers transcende les fredonnements ambient de son groupe Deaf Center, alors qu’il aurait été tellement plus simple de se complaire dans un registre paresseux post-KTL. Prélude à son prochain Kappe, à venir sur Type dans quelques mois, le LP Man Bird Dress n’est disponible qu’en 300 copies pour le monde, c’est bien le seul reproche qu’on lui adressera.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Svarte GreinerMan Bird Dress (SMTG)

13/12/2008

V/A - BiP_HOp Generation Vol. 9 (I)

biphopgenerationvol9Poursuivant la très bonne habitude de la série, le neuvième volume de la série BiP_Hop Generation met aux prises valeurs confirmées (Kammerflimmer Kollektief, Hauschka) et noms plus insolites, tout étant très relatif dans ce milieu viscéralement attaché à son indépendance artistique. Le disque s’ouvre sur un titre absolument majeur, must absolu de l’année 2008, œuvre du Kollektief de Karlsruhe, où les caresses americana d’une guitare et d’un pedal steel se lovent en une immense subtilité mélodique auprès d’un saxophone jazzissimo, réconforté des murmures vocaux de Heike Aumüller, Tout simplement sublimissime et le remix des Strings of Consciousness n’y est pas étranger ! Davantage inscrit dans une veine free jazz au dynamisme insubmersible, le second titre du KK voit l’affrontement sans pitié d’un saxo déluré et d’une séduisante contrebasse rondelette, et c’est à peine moins prenant.

Moins connus que leurs homologues allemands, le duo anglais Spaceheads visite en toute morgue acidulée les bars jazz louches des tréfonds urbains. D’un regard moqueur mais lucide, la trompette d’Andy Diagram et la batterie de Richard Harrisson dialoguent sur un air de whisky frelaté au fort goût de 9mm refroidi à l’image du cadavre fraîchement abattu, et c’est fondamentalement réussi (Deep Blue Deep). L’ajout d’un troisième larron, le contrebassiste frenchie Vincent Bertholet, ajoute un grain de poivre raffiné comme il est attirant. Plus orienté vers un jazz rock tel qu’on l’avait déjà trouvé sur l’excellent disque The Joint Between des Belges de Babils, le second morceau ‘Urban Bull’ trouve un écho plus relâché, encore qu’un brin de sauvagerie supplémentaire à la 16-17 eût été le bienvenu, mais c’est vraiment pour chicaner.

 

A suivre...

10/12/2008

BiP_HOp, label à haute teneur ajoutée

biphopImprobable satellite solitaire de la Planète Marseille, le label BiP_HOp ravive depuis sa création vers la fin des années 90 la flamme d’une musique électronique – mais pas seulement, tant les influences jazz transpercent son catalogue – le plus souvent subtile, sans être monomaniaque. Pensée non seulement comme maison de disques au sens le plus traditionnel du terme, mais aussi webzine, émission de radio et organisation de concerts et autres soirées, la structure marseillaise propose à intervalles réguliers une série de compilations intitulée BiP_HOp Generation, dont le tout récent neuvième volume vaut bien un retour sur hébergeur, passionnant plus souvent qu’à son tour.

 

Œuvre d’un seul homme, le très dynamique Philippe Petit – par ailleurs maître d’œuvre de Pandemonium Records, membre émérite du projet jazztronica Strings of Consciousness et DJ sous le pseudo de DJ ip@bip-hop.com – la maison BiP_HOp est le fruit d’une série de rencontres accidentelles, nouvelles technologies aidant. En à peine plus de deux ans, là où d’autres époques lui en auraient demandé le triple, le web et ses tentacules ont mis Petit en contact avec la crème de la crème des expérimentateurs électroniciens de la planète (Schneider TM, B. Fleischmann, Mira Calix, Rechenzentrum, Scanner, Taylor Deupree, Murcof), qui se sont empressés de répondre à ses appels, permettant à de jeunes pousses prometteuses de se mesurer à leurs maîtres, dès le premier volume paru début 2001. Sans même parler des albums propres au label, dont le magnifique Eleven Stages of Intervention de Rothko et le tout aussi récent que réussi Hespera de la violoncelliste électrique Bela Emerson.

08/12/2008

Aufgehoben, radicalité puissance cinq

aufgehoben-khoraCollision fractale sans la moindre compromission possible entre noise, rock et jazz, Khora des mystérieux Aufgehoben – à peine s’ils acceptent la diffusion de leurs noms – poursuit la voie tracée sur ses quatre prédécesseurs. Un chouia, mais alors ça se compte en microgrammes, plus ouvert qu’auparavant, le son du quatuor de Brighton pénètre l’auditeur par tous les pores, rappel précis et inexorable de sa condition fragile soumise à toutes les tempêtes de l’existence. God damn it.

 

En écoute sur Dotshop

Un disque : AufgehobenKhora (Holy Mountain)

06/12/2008

Gang Gang Dance @ La Flèche d'Or

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