09/02/2011

Piiptsjilling – Wurdskrieme

piipsjtilling.jpgRégion du nord des Pays-Bas dont la réputation tient essentiellement au… patinage de vitesse – pour qui le stade couvert de Heerenveen représente le même statut iconique que Wembley en football, la Frise possède également pour particularité de conserver la vivacité de sa langue, dont les sonorités gutturales ne sont pas sans évoquer les idiomes scandinaves. Hors de toute idée véloce imaginée sur des lames coupantes, Wurdskrieme (Le Cri des Mots)  de Piiptsjilling conserve l’usage exclusif du Frison, sous la plume insolite de Jan Kleefstra (dont les textes sont traduits en anglais dans le livret). Aux côtés de son comparse de frangin Romke Kleemstra, mais aussi des essentiels Machinefabriek (aka Rutger Zuyderveldt) et Soccer Committee (alias Mariska Baars), il développe des atmosphères nocturnes totalement enveloppantes. Qu’elles soient en duo féminin-masculin (le magnifique Unkrûd), "simplement" accompagné d’un long drone obscur éclairé de quelques notes de guitare ou en solo (Tsjsutere Leaten ou Sangerjende Wyn) épaulé de craquèlements torrentiels et orageux, les déclinaisons en spoken word du musicien néerlandais ne tardent guère à faire leur effet. Prenant le temps de la langueur fugace (sans jamais donner des signes de paresse), échafaudées sur des structures tactiles aux traits inquiétants, le second opus du quatuor tient toutes ses promesses crépusculaires – et même davantage.

Un disque : Piiptsjilling – Wurdskrieme (Experimedia)


Read full review of Wurdskrieme - Piiptsjilling on Boomkat.com ©

08/02/2011

Sic Alps – Napa Asylum

sicalps-napaasylum.jpgParfois, souvent en fait, quand on insère un disque dans le lecteur et qu’on aperçoit le chiffre 22, on n’a qu’envie de s’encourir et appeler Asnières en criant au secours ils sont devenus fous. Dans le cas de Napa Asylum, troisième effort des Sic Alps, on est vraiment triste de s’arrêter à ce double chiffre, tant leur double nouvel album regorge de pépites lo-fi psyché de la plus haute teneur addictive. Prenez le morceau Cement Surfboard, (presque) au hasard. Vous les entendez ces échos post-Smile revigorés au blues cracra des Two Gallants, le tout embrigadé dans une division explosée au crack emmenée par Ariel Pink ? Et bien, les amis, figurez-vous que dans la balance, au-delà de la poudreuse qui ressort du pif, la verve toxico-salace surgit à la manière d’une session des Rolling Stones miraculeusement retrouvée, quarante-trois ans après et ressuscitée à l’aune californienne de notre temps – un peu comme si Phil Spector s’était reconverti en Gary War patron de Paw Tracks. Messieurs les programmateurs de concerts et réjouissances estivales, on compte sur vous !

Un disque : Sic AlpsNapa Asylum (Drag City)


Read full review of Napa Asylum - Sic Alps on Boomkat.com ©

22:22 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sic alps, rock, psyché, pop, folk, drag city, critique |  Facebook |

31/01/2011

Gospel Music – Duettes

Gospel_Music-Duettes.jpgJamais nom de projet n’aura autant envoyé l’auditeur inattentif sur une fausse piste, l’avis est lancé. Heureusement pour nous – et tant pis pour tous ceux qui se voyaient déjà claquer des mains au son de Oh Happy Day – la folk lo-fi (limite tendance punkoïde) de Gospel Music, aka Owen Holmes , répand la bonne parole poppy et invite quatre vocalistes féminines et un masculin, pour cinq duos aux atours de (gros) coup de cœur du mois. Il faut dire que le gaillard, par ailleurs bassiste des Black Kids, a du flair et/ou un joli carnet d’adresses. Dans la liste des heureuses élues, un nom sort du lot car, oyez oyez sortons la guitare acoustique et la batterie, Tracyanne Campbell (Camera Obscura) est du voyage, pour un titre à se dévisser les chevilles du plaisir – le formidable de bonheur Automobile. Ajoutez à la sauce Cassie Ramone des Vivian Girls en clôture de l’EP et zou ! c’est reparti pour se faire des heures entières au son des Moldy Peaches et de Kimya Dawson. Ouais, fieu.

Un EP : Gospel MusicDuettes (Fierce Panda)

22/01/2011

Mark McGuire – Living With Yourself

MarkMcGuire-Living.jpegHomme fort des Emeralds (dont on se rappelle le récent et intéressant Does It Look Like I'm Here?), Mark Mc Guire au placard les synthétiseurs visages frelatés à la Kosmische Musik quand il passe à l’épisode solo sous son propre patronyme. Au lieu des Moog et autres Korg, les guitares électriques occupent tout l’espace, modernisant à foison les interstices laissés par les successeurs sous tension de John Fahey et Robbie Basho. Adressé en premier lieu aux amis et à la famille, selon les propres dires de son auteur, Living With Yourself incarne la beauté des six cordes, revisitées pour l’occasion sous formes d’arpèges éprises de dynamisme mélodique et d’harmonies sonnantes (sans être trébuchantes). Gardant à l’esprit l’environnement qui héberge ses travaux – le label autrichien Editions Mego n’est guère connu pour ses simplismes primesautiers, le guitariste américain tapisse ça et là ses compositions d’un tapis de drones en background (Clouds Rolling In), révélant un art de la virtuose toujours au service de la musique – on admire d’autant plus que le gaillard n’affiche que vingt-trois printemps au compteur. Alors, à moins de honnir à tout prix les efforts solitaires d’instrumentistes de la plus haute tenue, on voit mal de quelle façon on pourrait balancer des tonnes de boue à la face de ce très bon disque, ancré dans un passé glorieux pour mieux en extirper la modernité de son interprétation.

 

Un disque : Mark McGuireLiving With Yourself (Editions Mego)
Read full review of Living With Yourself - MARK MCGUIRE (EMERALDS) on Boomkat.com ©

17/11/2010

Squares On Both Sides – Salt Meadows

SQ_SM_Cover_150.jpgHomme connu pour la retenue mélodique de son œuvre folk aux structures réductionnistes, Daniel Bürkner aka Squares On Both Sides enrichit quelque peu son propos dans ses habits de 2010. Intégrant, outre son habituelle guitare acoustique, des instruments à la présence discrète bien qu’affirmée (un piano, un ukulélé, un mélodica mais, aussi et surtout, de l’electronica), le Munichois joue au Légo dans son univers, décorant subrepticement la mélancolie jamais simpliste de son propos de touches de couleurs pêchées au début de l’automne. Envisageant la nature dans un processus infini où Marcus Fjellström poserait la nappe à carreaux sur la terrasse de Sylvain Chauveau, plus précisément au son du Singular Forms (Sometimes Repeated) du musicien français, Bürkner invite à la méditation personnelle. Toutefois, à la différence notable de Chauveau sur son dernier album, la vision de SOBS est davantage empreinte de chaleur, fût-elle légèrement triste (sans être tourmentée). Et sans jamais nous serrer le cœur, la musique de Salt Meadows nous invite, lentement mais sûrement, à la table de notre hôte, tel un vieil ami qu’on aimerait mieux connaître s’il ouvrait tout grand le champ/chant de ses nouvelles perspectives.

 

Un disque : Squares On Both Sides – Salt Meadows (Own Records)

10/11/2010

Christina Antipa – Everything Starts To Sing

christinaantipa-everything.jpgMême si Christina Antipa joue du hautbois depuis sa tendre enfance, sa musique est tout sauf du pipeau. Œuvrant dans les travées nu folk qui séparent Tara Jane O’Neil de Dawn Landes et Tamara Williamson, la chanteuse américaine interprète ses chansons ultra-sensibles (mention spéciale à It’s Not Enough) dans une bulle où la tendresse le dispute à la mélancolie, la sensualité à l’autisme – c’est qu’il faut laisser du temps à ses seize morceaux. Au-delà de l’instrumentation, minimale le plus souvent (guitare acoustique ou piano), on pourrait penser que la demoiselle de Sacramento n’est pas la plus grande technicienne de ce début de siècle (certes) mais ses chansons ne nécessitent guère de débauche de pyrotechnie démonstrative. Par ailleurs augmentées, de ci de là, d’extraits cinématiques qui leur donnent un supplément d’âme où l’émotion nous prend encore un peu plus (le magnifique morceau-titre), les compositions de Christina Antipa attrapent les tripes et les relocalisent près du cœur.

 

Un disque : Christina Antipa – Everything Starts To Sing (Waterhouse Records)

21/10/2010

Admiral Radley – I Heart California

AdmiralRadley-IHeartCalifornia.jpg

Admiral Radley ou quand deux moitiés font l’unité, belle et cohérente, on ne peut que se réjouir. Evidemment, les forces en présence – Jason Lytle et Aaron Burtch de Grandaddy, ainsi qu’Aaron Espinoza et Ariana Murray d’Earlimart – promettaient de beaux lendemains, ils ne nous déçoivent nullement. Témoins d’une indie pop qui rend un hommage au regretté Denis Wielemans d’autant plus séduisant qu’il est involontaire (on doute que la bande de Braine-l’Alleud ait trouvé un écho jusqu’en Californie), le dynamisme mélodique balance son cœur de beurre entre déclinaisons mélancoliques (le morceau-titre) et cavalcade drolatique (Sunburn Kids). Au-delà de l’aspect mélodique évident sur une grande majorité des titres, les grands noms d’une Amérique moderne (et bien au-delà) peuplent de leur écho inconscient les pages de ce très bel opus. Quelque part au centre d’une vaste plaine où des échos exotiques à la Dirty Projectors ouvrent une valse à la Matt Elliott au son de la voix suave d’Ariana Murray (The Thread), l’ambiance musicale dépote sans fausse pudeur le manque d’ambition de nombre de projets contemporains en matière d’harmonies (les très putassiers Editors, anyone ?). Au-delà du simple exercice de name dropping (Ariel Pink, Yo La Tengo, place your bet), la fusion des deux groupes en présence imprime une révélation marquante sur le cervelet et, à l’occasion, les guiboles.

 

Un disque : Admiral Radley – I Heart California (Admiral Radley)

 

20/08/2010

Hoquets – Couque de Dinant

hoquets-couquededinant.jpgOn a beau dire, si la Belgique n’avait pas existé, le monde aurait sans douté été moins drôle. Matières culinaires (Couque de Dinant) ou imbroglios politico-linguistiques (3 Régions, 3 Communautés), nous ne faisons rien comme les autres – et pendant ce temps, les Hoquets nous décrochent la mâchoire à explorer les richesses incomparables de notre ubuesque patrie. Au-delà du simple exercice de style – il est nettement moins vain qu’il n’y parait, Maxime Lê Hùng, François Schulz & McCloud Zicmuse nous en mettent plein les papilles et c’est non seulement hilarant de bonheur mais en prime, ça nous fiche une envie grave de groover qui vaut tous les remontants de la planète. Et de leur nihilisme totalement pop à s’en rendre gaga et à se faire dessus d’envie, les trois comparses entonnent leurs hymnes à la joie – et c’est parti pour leur emboîter le pas. Allez tous ensemble, Cou-cou-couque de Dinant-ant-ant.

 

Un 7’’ : Hoquets – Couque de Dinant (Matamore)

 

HOQUETS | "3 régions, 3 communautés" | Maison des Musiques, Bruxelles | 10.11.2009 from matamore on Vimeo.


 

18/08/2010

Nina Nastasia – Outlaster

nina-nastasia-outlaster.jpgDentellière des temps modernes aux armes changées en guitare acoustique, Nina Nastasia n’a eu de cesse de nous enchanter au cours de ses divers albums – on y trouve Run To Ruin au sommet – pour un seul demi-échec aux côtés de Jim ‘Dirty Three’ White en 2007 (You Follow Me). Ne pouvant définitivement pas rester sur cette impression saumâtre, la New-Yorkaise a remis les instruments (cordes, guitare & co) sur le métier, pour un disque à ranger au faîte de sa discographie. Nettement moins empêtré dans le tapis d’expérimentations qui ne lui convenaient guère, Nastasia ressuscite le canevas folk de ses comptines, qui touchent directement au cœur. Magnifique de douceur, sa voix fait plus que jamais des merveilles de tendresse, sans affect ni guimauve. Accompagnée d’une troupe de musiciens de tout haut vol – ils offrent à ses chansons alanguies un écrin d’une beauté élégiaque qu’on emmènerait au paradis, la demoiselle from NYC n’attend plus qu’une scène belge pour l’accueillir. Dans l’intervalle, nous lui lançons ce cri : Nina, you’re my only true love (euh, Shannon Wright aussi).

 

Un disque :
podcast
(FatCat)

 

13/08/2010

Frazey Ford – Obadiah

frazeyford-obadiah.jpgChanteuse des très bons The Be Good Tanyas, Frazey Ford tente une première échappée solo en Obadiah, et elle a bien raison. Inspirée de l’univers immense de Neil Young tel qu’Alela Diane (la moderne) ou Ann Peebles (l’ancienne) auraient pu le pervertir – du côté soul plus que folk, donc – la songwriter canadienne nous a pondu une petite grande merveille de disque à ranger précieusement, car on sait qu’on y reviendra souvent. Arrangements capitonnés au coin d’un été chaud et humide, mélodies enivrantes d’un bonheur qui se partage au coin d’une fin de soirée midtempo, les chansons au nombre de treize témoignent d’un bonheur intim(ist)e qui donne envie de revivre le passé et d’anticiper l’avenir. Oui, tout ça.

 

Un disque : Frazey Ford – Obadiah ( Nettwerk )

 


podcast