25/07/2009

Cortney Tidwell – Boys

Cortney Tidwell – BoysElégante et racée, au plein sens américana du terme, Cortney Tidwell vit garçons, pense garçons, joue avec des garçons et au micro, elle regorge – ô joie sublime – de féminité. Aujourd’hui maman de deux enfants (des garçons, que pensiez-vous ?) et génitrice de deux beaux disques (celui-ci étant le second), la fille de Nashville confirme tout le bien déclamé sur son premier opus, le très affirmé Don’t Let Stars Keep Us Tangled Up.

Très classe et pleinement convaincant, son univers mi feutré mi-expressif se mire dans la beauté de St Vincent, plus spécialement dans le tout récent Actor, encensé en ces pages le mois dernier. Passée au tamis d’une scène féminine où Martha Wainwright jouerait le rock aux côtés de Hope Sandoval, la vision tidwellienne de la musique transcende, hors de toute vénération au formol, les héros nord-américains, du beau sexe et de l’autre. Au nombre se ses atours décisifs, sa voix d’orge décline au plus profond de l’âme des mélodies charmeuses, soutenues par des arrangements épris d’Eleni Mandell, de The Polyphonic Spree et de Mazzy Star. Passé ce stade de la surprise, on appelle cela une – éclatante – confirmation.

 

Un disque : Cortney Tidwell – Boys (City Slang)


Solid State - Cortney Tidwell

So We Sing - Cortney Tidwell

24/06/2009

Elfin Saddle – Ringing For The Begin Again

elfinsaddle-ringingforthebeginagainPartenaires de couche et de scène, Jordan McKenzie et Emi Honda en sont à leur second essai discographique sous leur nom d’Elfin Saddle, le premier sur le label Constellation des A Silver Mt Zion, Elizabeth Anka Vajagic et toute la clique de Canadiens farouchement indépendants. L’esprit d’équipe n’étant pas un vain mot au pays du Godspeed, Jessica Moss (violoniste de ASMZ) et Nick Scribner (Clues) viennent pousser le violon et la trompette sur quelques morceaux, alors qu’Efrim Menuck (G!YBE, ASMZ) est aux manettes du projet.

Débutant par une déclamation sombre sur fond de contrebasse, l’inaugural The Bringer évolue progressivement vers une cavalcade à la Yann Tiersen, donnant ainsi le ton à un disque marqué par la multitude de ses styles. Au sein d’un même titre, une folk music balkanique (sans les excès coutumiers du genre, hein Mr. Beirut ?) côtoie une ligne vocale japonisante, chantée évidemment par la demoiselle Honda (Running Sheep), tandis qu’en d’autres lieux, McKenzie entonne une chanson folk nord-américaine de son timbre sombre et cependant enjoué, contrebalancé par les backing vocals de sa comparse nipponne. Très richement orchestré le plus souvent (accordéon, tuba, scie musicale, banjo, xylophone…, l’album peut aussi se rendre plus minimaliste, à l’instar de Sakura, où l’on imaginerait volontiers Emiko (du duo A&E) donner le change à Colleen, avant qu’un rythme naturel enlevé ne reprenne – naturellement – le dessus. Le plus surprenant demeurant ce mélange des genres assumé et naturel.

 

Un disque : Elfin Saddle – Ringing For The Begin Again (Constellation)

Running Sheep - Elfin Saddle

The Procession - Elfin Saddle

09/06/2009

Tall Paul Grundy – Stuff We’ll Never Solve

tallpaulgrundy-stuffExilé mancunien un jour échoué dans les parages géographiques d’un couvent lillois, Tall Paul Grundy – il dépasse allègrement le 1m90 – émarge à cette caste précieuse des singers songwriters britanniques dont le discret parcours ne cesse de nous fasciner (à l’image de cet autre loser magnifique qu’est John Cunningham). Adepte de formes simples – une guitare folk ou un clavier, le plus souvent – maîtrisées à la perfection, ce qui rajoute à leur émotion réelle, le musicien anglais dévoile en toute pudeur des mélodies admirables de retenue. Jamais pris en flagrant délit de forçage de trait, Grundy laisse filer au naturel des chansonnettes qui prennent leur juste place à la gauche de groupes aussi indémodables que les Pernice Brothers. Laissant à chacun le soin de guider ses pas sur des mélopées aux fins traits de comptines pour grands enfants de la pop old skool, notre homme évite de nous flanquer des grosses louches dans la tronche, n’imposant jamais, proposant toujours. Parmi la multitude des réussites de ce disque exemplaire de modestie mi-chantée mi-déclamée (on est moins fan du spoken word de Doing Right By Others), des titres comme Strange Lark sont une bénédiction, grâce à des backing vocals d’une désarmante humilité. C’est qu’il est fort en harmonies vocales, le gars Tall Paul.

 

Un disque : Tall Paul Grundy – Stuff We’ll Never Solve (Structure Records)


Cardboard England - Tall Paul Grundy

Doing Right by Others - Tall Paul Grundy

08/06/2009

Color Cassette – Forever Sparrow

colorcassette-foreversparrowLes origines de Color Cassette nous emmènent au seuil de la porte d’un certain Jason Corder, son quatre pistes, sa guitare et son envie de côtoyer les cimes de la pocket folk(tronica). Ensuite rejoint par le batteur – percussionniste Matt Yarington et quelques invités (une voix, un violon, un vibraphone, des field recordings), la cassette en couleur trouve en la déclinaison labellisée du webzine Autre Directions un écrin où déposer ses pop songs bricolo qui, pour la petite histoire, narrent les aventures d’un petit garçon en bal(l)ade dans une forêt magique où il vit des aventures extraordinaires.

Tous les ingrédients étaient taillés sur mesure pour se forger une jolie réputation dans le cercle restreint qui réunit les passionarias de Chapi Chapo & Les Petites Musiques de Pluie vs The Books vs Tape. Le hic, c’est que la féérie supposée du projet reste relativement plate, et d’un voyage fantasmé dans une aventure miyazakienne aux tons pastels, nous aboutissons à une gentillette promenade acidulée, où la douceur de vivre le dispute à la torpeur. Entre démarche mélodique incertaine et monotonie rythmique presque atone, la beauté de certains arrangements offre toutefois un écrin appréciable de justesse post-Morr Music à tout qui aime se laisse prendre par le calme trompeur de certaines productions Own Records (The Dust Dive, Bexar Bexar). Un peu juste, cependant.

 

Un disque : Color Cassette – Forever Sparrow (Autres Directions in Music)


Black Nest Waters - Color Cassette

Glass Ghosts - Color Cassette

01/06/2009

Frightened Rabbit – Quietly Now!

FrightenedRabbit-QuietlyNowMembres plutôt discrets de l’écurie FatCat, le quatuor écossais Frightened Rabbit a déjà été responsable de deux albums studio, bien faits mais pas renversants, au cours de sa brève carrière entamée voici trois ans. Témoignages de la tournée qui accompagna la sortie de leur second essai The Midnight Organ Fight’ les douze chansons de Quietly Now! démontrent avec beaucoup d’à-propos la vigueur concertiste des Hutchinson Brothers Scott et Grant, ainsi que de leurs acolytes Bill Kennedy et Andy Monaghan. Bien sûr, le chant quelque peu artisanal de Scott n’est pas de la plus grande élégance – n’est pas Michael Gira qui veut – mais un tel plaisir de la pratique musicale sur scène donne rudement envie de les voir le jour où ils se présenteront à notre porte.

 

Un disque : Frightened Rabbit – Quietly Now! (FatCat)

The Modern Leper - Frightened Rabbit

Head Rolls Off - Frightened Rabbit

28/05/2009

Bonnie ‘Prince’ Billy – Beware

bonnie-prince-billy-bewarePour être tout à fait honnête – et c’est bien la moindre des choses pour un chroniqueur musical – ça faisait un bon bout de temps qu’on attendait un disque à l’intérêt marquant de Will Oldham, qui avait actionné la fonction pilote automatique depuis un moment. Etait-ce l’usure du temps ou la sensation malsaine d’avoir tout compris chez le barbu de Louisville, les repères discographiques de ses récents Ask Forgiveness ou Lie Down In The Light manquaient de conviction profonde pour s’établir durablement entre nos cactus et nos prairies. Allelujah !, le cru 2009 du songwriter américain installe en nos pavillons une envie plus que latente de ressortir les violons et les guitares, accompagnées d’un instrumentaire plus développé qu’à l’habitude, ce qui rend au son de M. Palace une vigueur harmonique qui sied à merveille à sa voix toujours autant de velours capitonné. Globalement plus country – mais c’est celle que doivent abhorrer les danseurs en chemises à carreaux du dimanche, oh oui – ce nouvel opus du maître oscille entre sonorités obscures, à l’instar de la lugubre pochette, et pâlots rayons d’un soleil couchant sur les Appalaches. Qui en sont déjà tombées amoureuses.

 

Un disque : Bonnie ‘Prince’ Billy – Beware (Domino)


Beware Your Only Friend - Bonnie "Prince" Billy

I Dont Belong to Anyone - Bonnie "Prince" Billy

26/05/2009

Niobe – Blackbird’s Echo

Niobe – Blackbird’s EchoLorsqu’il nous arrive de remontercriti le cours de la carrière d’Yvonne Cornelius (aka Niobe) on s’aperçoit que quelque part sur une étagère traîne encore un White Hats, précédent effort de la diva germano-vénézuelienne. Sans doute était-ce ces tentatives de prétentieuses de complexifier des choses qui ne méritaient pas de l’être, toujours est-il qu’une certaine circonspection prévalait avant l’écoute de cet écho de l’oiseau noir, quatrième sortie de la (jolie) demoiselle de Cologne. Le premier morceau Silicone Soul fait craindre une raide redite du passé, qui s’arrête toutefois à l’orée de You Have A Gift, tentative neo-folk réussie au discret second degré acidulé. A d’autres instants, hélas plus nombreux, on aimerait davantage de lâcher-prise à la Chica & The Folder, encore que Niobe fasse preuve d’une maîtrise vocale supérieure à celui de la Chilienne de Berlin (et le problème, c’est qu’elle ne le sait que trop bien). Et vu que sa propension à dégommer les genres tend plus de l’artifice arty que d’une réelle complicité sensorielle, nous nous permettrons de décliner poliment l’invitation.

 

Un disque : Niobe Blackbird’s Echo (Tomlab)


You Have a Gift - Niobe

Blackbirds Echo - Niobe

05/05/2009

Mikhail – Morphica (III)

morphica-mikhailDéclinaison en trois actes – électronique, voix et cordes – répartis sur un nombre égal de disques, Morphica aurait pu ne constituer qu’un simple exercice de remix de plus, nous sommes évidemment très loin du compte, au vu du niveau des acteurs en présence. Toujours, il y a cette voix pénétrante dans les aigus de Mikhail, toujours à la limite de la pop contemporaine et de la musique savante (fans d’Antony et de Joanna Newsom, elle est faite pour vous). Qu’elle soit soutenue de chœurs magnifiques dans leur médiévalité, à l’instar du très prenant Prediction, revu de maîtresse façon par Lee Fraser sur le premier cd Electronics ou qu’une harpe ponctue les bruissements digitalisés de Archon du néo-dadaïste belge Gabriel Séverin, aka Rob(u)rang, les atmosphères farouchement habitées de Morphica transportent au-delà de la mystique, dans un univers fantasmagorique peuplé d’elfes bleutées aux yeux mi-narcois mi-surpris. Bien entendu, la familiarité de l’auditeur laissera parfois de marbre à l’une ou l’autre reprise, à l’image de la reprise d’Incubus qui nous a abandonnés au bord du chemin. La méprise ne dure toutefois jamais plus que le temps d’une simple plage de disque laser, la dramaturgie poignante d’un Intitled in Cof Minor venant rappeler l’excellence du projet, qu’il passe sous les manettes du compositeur irlandais Conall Gleeson ou du pape américain du trip hop DJ Spooky.

 

Accompagnées – quel ravissement pour les oreilles ! – par le chœur Alamire, formé de membres d’ensembles aussi fameux, et c’est peu de l’écrire, que The Hilliard Ensemble, The Sixteen, The Tallis Scholars et I Fagiolini, les deux premières compositions du second cd Voices accentuent encore le contraste, magnifique, entre musique médiévale et interprétations modernes. Déjà entendues sous d’autres formes électroniques revisitées, ces relectures purement vocales de Prediction et de Untitled In Cof Minor mériteraient de ne jamais se terminer. Beaucoup plus inattendue est la vision de la Love Song par E.laine qu’on réservera en priorité à tous les thuriféraires de Camille et de Zap Mama, avant que le trio féminin Juice Vocal Ensemble n’offre un regard vocal tout sauf passéiste sur ‘Invisible Thread’, à la ravageuse poésie syllabique. On les suivra attentivement, ces trois demoiselles britanniques ! Le Incubus conclusif renvoie dans les limbes soniques de Michael Cashmore et c’est tout simplement beau.

 

Bien plus bref (une quinzaine, l’ultime disque Strings ne propose pas, loin s’en faut, que des visions cordées de l’univers de Mikhail. Il débute même par le regard electronica néo-classique du l’Allemand Matthias Grüber, le vrai nom de Phon°noir, présent dans notre cas sous le pseudo de Telekaster (ah, cette manie des papes de l’ambient à multiplier les identités!). Enveloppé sous des nappes de cordes synthétiques à la rencontre de Fernando Corona et de Marsen Jules, le chant de Mikhail n’en prend que plus d’intensité dramatique, à la limite du ciel qui vous tombe sur la tête (Asteris (monochrone)). Par contraste, le même morceau soutenu par de vraies cordes, une flûte et un clavecin offre un rapprochement entre Current 93, la musique baroque française et la musique de film hollywoodienne à la John Williams. Inattendue, la comparaison n’en est pas moins captivante. Bien plus spatiale, l’approche de Maenads rejoint le Cosmos de Murcof, étoilé et serein bien qu’on y devine l’ombre d’une puissance stellaire maléfique et l’ultime remix de Untitled In Cof Minor rend les trois autres versions présentées méconnaissables. Et c’était une fichue bonne idée de conclure ce splendide coffret par la vision désincarnée de la compositrice germano-anglaise Claudia Molitor, dont on retiendra désormais le nom.

 

Un coffret : Mikhail – Morphica (Sub Rosa)

Prediction (Lee Fraser mix) - Mikhail

Untitled In Cof Minor (Alamire Consort) - Mikhail

Asteris (strings) - Mikhail

04/05/2009

Felicia Atkinson – La La La

feliciaatkinson-lalalaTout compte fait, la présence de Felicia Atkinson sur le label japonais minimaliste Spekk relève de l’ordre le plus naturel des choses. Reprenons les choses dans l’ordre, quelque part en 2006. Encore Parisienne, la musicienne et illustratrice conjugue ses efforts à la délicatesse poétique de Sylvain Chauveau, pour un duo épistolaire absolument remarquable, où l’intransigeance sonore du duo japonais Opitope (signé sur Spekk, tiens, tiens) confrontait ses trouvailles à un spoken word à la sourde tragédie épurée (Roman Anglais, O Rosa). Deux années plus tard, la demoiselle liait sa destinée à Elise Ladoué au sein du projet Stretchandrelax, pour un disque en tous points sensationnel de dépassement micro-folk allant droit à l’essentiel (…/ Instead of Buying Shoes, Nowaki).

Oeuvrant en solo pour la première fois, encore que le sieur Chauveau ait mis la main à la pâte, Atkinson s’est emparée d’instruments maison (une guitare acoustique, un piano, un glockenspiel, des field recordings) pour décorer – en toute intimité – les nuances überminimalistes de son œuvre, prenante et enivrante au fil des écoutes. Il suffit qu’elle s’empare d’un piano bien (ou mal) tempéré pour que la grâce inquiète de sa poésie lunaire rejoigne sous la voûte céleste un No Wedding aux échos emmurés d’Half Asleep. Au-delà de la démarche, improvisée bien qu’éditée, c’est avant tout la cohérence intime des onze morceaux qui impressionne, que la guitare prenne les commandes sur quelques arpèges simplement belles (Guitar Means Mountains) ou qu’un mélodica accompagne une voix, celle de Nico au petit matin, maladroite comme elle est sensible (Blue Walls). Elle a beau affirmer que ‘les couleurs changeantes sont néfastes pour la santé morale’, la fréquentation habitée de ses miniatures soniques donne aux froids hivernaux un manteau de chaleur humaine dont on ne peut plus se passer.

 

Un disque : Felicia Atkinson La La La (Spekk)


No weddingNo Wedding - フェリシア・アトキンソンFelicia Atkinson

courirCourir - フェリシア・アトキンソンFelicia Atkinson

27/04/2009

Kinit Her – Glyms Or Beame Of Radicall Truthes

kinither-glymsLe danger d’une performance vocale hors du commun – au sens premier du terme – est de phagocyter le terrain musical au point de tout balayer sur son passage, les défauts comme les qualités. Pour rééquilibrer la balance, il faut un génie aux commandes, un maître du funambulisme es partitions, un as des arrangements et des harmonies. A défaut d’avoir pu trouver son Van Dyke Parks en contrepoint de la démesure chantée de Joanna Newsom sur son immense deuxième essai Ys, le trio du Wisconsin Kinit Her passe à côté de la timbale, il s’en serait pourtant fallu de tellement peu. Gorgé des effets de gorge de son chanteur, théâtral et maniéré, Glyms Or Beame Of Radicall Truthes se noie trop souvent dans une expressivité ésotérique à bout de nerfs. En dépit d’incantations médiévales néo-folk tapissées d’humeurs black metal, genre Espers à la rencontre des Swans, les délires incantatoires du chanteur – sorte de cauchemar où un matou en rupture d’acide hurle son malheur dégénéré – donnent plus que jamais raison au dicton ‘tout passe, tout lasse’. Allo, Mr. Parks ?

 

Un disque : Kinit Her Glyms Or Beame Of Radicall Truthes (Hinterzimmer Records)


Quadriga - Kinit Her

Opal Empire - Kinit Her